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Auto-anticorps, neuropathie des petites fibres et IVIG dans le Covid long : que tester, pourquoi, et comment y accéder en France

Dans le Covid long, un sous-groupe de personnes présente des anomalies immunologiques précises : auto-anticorps dirigés contre les récepteurs du système nerveux autonome, ou atteinte des petites fibres nerveuses sensitives. Ces bilans n'ont rien d'exotique : ils s'inscrivent dans une littérature biomédicale cohérente, et leur résultat peut orienter vers des approches immunomodulatrices, dont les immunoglobulines intraveineuses (IVIG). Ce guide détaille ce qu'on teste, dans quel contexte, et comment construire un parcours en France.

⚡ L'essentiel en 4 points

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Auto-anticorps GPCR

Des auto-anticorps contre les récepteurs adrénergiques (β1, β2) et muscariniques (M3, M4) sont retrouvés à taux élevés dans des sous-groupes SFC/Covid long, corrélés à la sévérité des symptômes autonomiques.

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NPF et biopsie cutanée

Une neuropathie des petites fibres est confirmée par biopsie chez plus de 50 % des personnes Covid long avec paresthésies. Des auto-anticorps FGFR3 / TS-HDS orientent vers une origine dysimmune.

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IVIG : signal préliminaire

Des études pilotes rapportent une amélioration des symptômes neuropathiques sous IVIG dans des cohortes Covid long avec NPF dysimmune. Aucun RCT publié à ce jour.

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Accès en France

Le bilan CellTrend est accessible sans ordonnance (frais réels). La biopsie NPF et les IVIG nécessitent un neurologue ou un immunologiste, avec accès hors AMM pour les IVIG.

📖 Glossaire des termes clés
  • Auto-anticorps — Anticorps produits par le système immunitaire contre les propres tissus de l'organisme.
  • GPCR — Récepteurs couplés aux protéines G (G-Protein Coupled Receptors), famille de récepteurs membranaires impliqués dans la régulation vasculaire et autonomique.
  • β1 / β2-adrénergique — Récepteurs sensibles à l'adrénaline et la noradrénaline, régulant fréquence cardiaque et vasoconstriction.
  • M3 / M4 muscarinique — Récepteurs à l'acétylcholine, impliqués dans la régulation du tonus vasculaire et glandulaire.
  • NPF — Neuropathie des petites fibres : atteinte sélective des fibres C (non myélinisées) et Aδ (faiblement myélinisées), responsables de la douleur, du prurit et de la régulation autonomique.
  • FGFR3 — Fibroblast Growth Factor Receptor 3 : récepteur membranaire cible d'auto-anticorps IgG dans un sous-groupe de NPF dysimmunes.
  • TS-HDS — Trisulfated Heparan Disaccharide : glycosaminoglycane cible d'auto-anticorps IgM dans les NPF à début aigu.
  • IVIG — Immunoglobulines intraveineuses : préparation polyclonale d'IgG humains utilisée pour moduler la réponse immunitaire.
  • POTS — Syndrome de tachycardie orthostatique posturale, forme de dysautonomie fréquente dans le Covid long.
  • SFC — Syndrome de fatigue chronique, aussi appelé EM/SFC (Encéphalomyélite myalgique).
  • AMM — Autorisation de mise sur le marché, cadre réglementaire d'utilisation d'un médicament en France.
Représentation abstraite d'un réseau nerveux périphérique avec des molécules d'immunoglobulines en rendu 3D scientifique

Pourquoi ces bilans existent : le contexte auto-immun

🟠 Association documentée — cohortes observationnelles, n = 24–116

Le Covid long n'est pas monolithique. Dans une fraction significative de cas, les données convergent vers une composante auto-immune : persistance d'auto-anticorps, activation chronique des lymphocytes B, dysfonction du complément. Les travaux du groupe de Carmen Scheibenbogen à la Charité de Berlin ont été déterminants pour cartographier les cibles spécifiques.

Les récepteurs GPCR vasorégulateurs sont des cibles documentées dans l'EM/SFC post-infectieux. Une cohorte de 116 personnes avec EM/SFC a montré une corrélation significative entre les taux d'auto-anticorps dirigés contre les récepteurs β1, β2, M3, M4 muscariniques et les récepteurs AT1 (angiotensine II) et ETA (endothéline) d'une part, et la sévérité des symptômes de fatigue et de douleur musculaire d'autre part (Freitag, Scheibenbogen et al., *J Clin Med* 2021).[2] Les personnes avec SFC à déclenchement infectieux présentaient des corrélations plus nombreuses et plus spécifiques que le groupe sans déclencheur infectieux, ce qui est cohérent avec un mécanisme d'auto-immunité post-virale. Une analyse complémentaire du même groupe a montré que le profil d'auto-anticorps diffère selon la présence ou l'absence d'un déclencheur infectieux, notamment pour les anticorps anti-α1 et anti-M3, renforçant l'hypothèse d'un mécanisme post-viral distinct.[3]

Une étude de validation suédoise portant sur deux cohortes indépendantes (plasma et LCR, n = 48) a confirmé des taux significativement élevés d'auto-anticorps anti-M3 et anti-M4 dans les deux cohortes, et d'auto-anticorps anti-β1, β2, M3 et M4 dans l'une des deux.[1] Cette réplication partielle souligne que l'hétérogénéité de la population est réelle : tous les individus avec EM/SFC n'ont pas de profil auto-anticorps identique.

SARS-CoV-2 Infection initiale Lymphocyte B auto-réactif ↓ tolérance IgG anti-GPCR β1/β2, M3/M4, AT1 Dysautonomie POTS · fatigue douleur · brouillard CellTrend mesure les IgG

Voie hypothétique : infection SARS-CoV-2 → rupture de tolérance B → IgG anti-GPCR → dysautonomie. Le dosage CellTrend quantifie ces IgG circulants.

Le lien physiopathologique avec le Covid long spécifiquement reste à confirmer par des études dédiées de grande taille. Les données disponibles proviennent principalement de cohortes EM/SFC, avec extrapolation au Covid long post-infectieux qui présente un tableau superposable dans ses sous-groupes.

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La question clé n'est pas "est-ce que ces anticorps existent ?" (la réponse est oui, dans une fraction de la population) mais "est-ce qu'ils causent les symptômes ou en sont-ils un épiphénomène ?". Les corrélations cliniques documentées dans les cohortes Scheibenbogen sont biologiquement plausibles (les récepteurs β2 et M3 régulent le tonus vasculaire et le débit sanguin) mais ne constituent pas encore une relation causale établie par des études interventionnelles.

Que tester selon ton tableau clinique : guide pratique

🟠 Signal clinique — données observationnelles, accès via laboratoires privés

L'orientation du bilan dépend du tableau clinique dominant. Deux grandes cibles coexistent : les auto-anticorps GPCR (voie autonomique/vasculaire) et les auto-anticorps de neuropathie des petites fibres (voie neuropathique).

Panel A — Auto-anticorps GPCR via CellTrend (Luckenwalde, Allemagne)

CellTrend est le seul laboratoire commercialement disponible pour ce dosage en Europe. Il a été le prestataire de référence des études Scheibenbogen. Deux panels sont proposés selon le tableau clinique :

Indicé pourFatigue sévère, malaise post-effort, tableau EM/SFC
Anticorps dosésβ1, β2, M3, M4 (IgG)
PrélèvementSérum (10 mL) via labo local, envoi postal
Délai~2–3 semaines
Panel POTS — 467 €
Indicé pourPOTS, intolérance orthostatique, palpitations
Anticorps dosésβ1, β2, M1–M5, α1, α2, ETA, ETB, AT1, MAS (IgG)
PrélèvementSérum (10 mL) via labo local, envoi postal
Délai~2–3 semaines
Panel NPF — FGFR3 / TS-HDS
Indicé pourParesthésies, brûlures, douleur neuropathique
Anticorps dosésIgG anti-FGFR3 + IgM anti-TS-HDS
PrélèvementSérum, labo hospitalier spécialisé (Pitié-Salpêtrière, CHU Bordeaux)
RemboursementPartiel possible selon établissement

Panel B — Neuropathie des petites fibres par biopsie cutanée

La biopsie cutanée avec immunomarquage de la protéine PGP9.5 et comptage des fibres intraépidermiques (densité IENF) est le gold standard diagnostique de la NPF. Une étude publiée dans Muscle & Nerve (2021, n = 13 rétrospectif) a documenté une atteinte confirmée par biopsie chez 6 des 13 personnes Covid long présentant des paresthésies, avec un délai d'apparition inférieur à 2 mois après l'infection aiguë.[7] La plus grande cohorte publiée à ce jour (Maguire et al., *medRxiv* preprint 2025, n = 977) confirme une NPF à biopsie chez 56,5 % des cas testés parmi les personnes Covid long avec symptômes neuropathiques.[6] Une série italienne a également documenté une NPF associée à des arthrites post-Covid et post-vaccin, avec amélioration clinique à 12 mois de suivi.[12]

Spécificité des anticorps FGFR3 et TS-HDS dans la NPF

Levine et al. (Muscle & Nerve 2019, n = 155 NPF cryptogéniques) ont montré qu'environ 48 % des NPF sans cause identifiée présentaient des auto-anticorps : 37 % d'IgM anti-TS-HDS et 15 % d'IgG anti-FGFR3, les IgM anti-TS-HDS étant particulièrement associés aux NPF à début aigu (92 % des cas aigus).[9] Une étude comparative ultérieure (Murin et al., 2024, n = 172) montre que les phénotypes FGFR3 et TS-HDS sont distincts l'un de l'autre et tous deux distincts des témoins séronégatifs, ce qui plaide pour leur valeur de biomarqueur différentiel.[10]

Tableau clinique Covid long persistant Dysautonomie dominante POTS · tachycardie · fatigue orthostatique Neuropathie sensitive Paresthésies · brûlures · allodynie SFC pur Fatigue · PEM · brouillard cognitif CellTrend POTS — 467 € β1/β2/M1–M5/α1/α2 AT1/ETA/ETB/MAS (IgG) + Schellong/tilt test Biopsie cutanée IENF + IgG anti-FGFR3 + IgM anti-TS-HDS Centre neurologique spécialisé CellTrend SFC — 108 € β1/β2/M3/M4 (IgG) En première intention Sans ordonnance

Arbre décisionnel : orientation du bilan selon le tableau clinique dominant. Les bilans ne s'excluent pas mutuellement.

Comment ça marche concrètement : la procédure CellTrend

🟢 Procédure établie — laboratoire certifié ISO, prestataire des études Scheibenbogen

CellTrend GmbH est un laboratoire allemand basé à Luckenwalde, dont Harald Heidecke (co-auteur des publications Scheibenbogen) est le directeur scientifique. Il n'est pas nécessaire de se rendre en Allemagne. La procédure peut se faire entièrement depuis la France.

  1. Commander le kit sur celltrend.de (section "Order test kit"). Choisir le panel adapté (SFC ou POTS). Une confirmation de commande et les instructions de prélèvement sont envoyées par email.
  2. Réaliser la prise de sang en laboratoire local avec une ordonnance ou directement sans ordonnance selon les panels (le sérum est la fraction nécessaire — tube sec ou gel, 10 mL minimum). Le médecin traitant peut prescrire "dosage d'auto-anticorps GPCR, prélèvement sérum pour envoi à l'étranger".
  3. Séparer le sérum et conditionner pour l'envoi international. CellTrend fournit les instructions précises : le sérum peut être conservé congelé et expédié en colis réfrigéré. Le laboratoire local peut souvent gérer cette étape sur demande.
  4. Envoyer à CellTrend par courrier international suivi selon les instructions du kit. Les résultats arrivent sous 2 à 3 semaines par email.
  5. Interpréter avec un spécialiste. Le rapport CellTrend fournit des valeurs en U/mL avec des seuils de référence. L'interprétation dans le contexte clinique individuel (tableau symptomatique, autres bilans) est indispensable — un immunologiste, un interniste ou un médecin spécialisé Covid long est le bon interlocuteur.
⚠️ Limites importantes du bilan CellTrend

Avant tout envoi, il est important de comprendre ce que ce bilan peut et ne peut pas t'apporter.

① Un résultat positif n'est pas un diagnostic. Des taux élevés d'auto-anticorps GPCR sont retrouvés dans d'autres pathologies auto-immunes et parfois chez des personnes asymptomatiques.
② Un résultat négatif n'exclut pas une composante auto-immune. Les auto-anticorps GPCR ne couvrent qu'une partie du spectre auto-immun.
③ Ce bilan ne débouche pas automatiquement sur un accès aux IVIG. L'indication thérapeutique nécessite une évaluation clinique complète et une RCP spécialisée.

Ce bilan a une valeur d'orientation et de documentation clinique, pas de prescription automatique d'un traitement.

Si le bilan est positif : les IVIG, mécanisme et accès en France

🔴 Signal préliminaire — études pilotes, n = 7–8, aucun RCT
⚠️ Hors AMM, accès restreint, coût élevé

Les IVIG ne disposent d'aucune AMM pour le Covid long en France. Leur accès se fait exclusivement dans un cadre hospitalier spécialisé, via une demande de prise en charge hors AMM portée par un immunologiste ou un neurologue référent.

① Contexte obligatoire : discussion en RCP (réunion de concertation pluridisciplinaire) avant toute prescription.
② Coût réel : une cure d'IVIG (2g/kg réparti sur 2–5 jours) représente selon le poids 10 000 à 20 000 € en secteur hospitalier public avec prise en charge partielle possible ; le coût peut dépasser 20 000 € en secteur privé. Les cures peuvent être répétées (souvent mensuellement les premiers mois), ce qui explique les montants annuels évoqués. La prise en charge par l'Assurance maladie dépend du cadre réglementaire obtenu (voir ci-dessous).
③ Contre-indications à connaître : déficit en IgA (risque anaphylactique), insuffisance rénale, thrombose active, hyperviscosité.

En dehors de ce cadre, aucune prescription d'IVIG pour cette indication n'est possible ni légale en France.

Mécanisme d'action des IVIG dans un contexte auto-immun

Les IVIG exercent leurs effets immunomodulateurs par au moins quatre mécanismes parallèles. À fortes doses (2 g/kg), elles saturent les récepteurs Fcγ des cellules phagocytaires, bloquant l'opsonisation des cellules cibles. Elles neutralisent directement les auto-anticorps pathogènes par le biais d'anticorps anti-idiotypes présents dans le pool polyclonal. Elles interfèrent également avec l'activation du complément et modulent les voies de signalisation des lymphocytes B et T. Dans le contexte spécifique des auto-anticorps GPCR, la saturation directe des IgG pathogènes est la voie d'action la plus plausible.

La revue de Danieli et al. (Scandinavian Journal of Immunology 2021) a documenté l'utilisation des IVIG dans le Covid aigu sévère et le post-Covid, soulignant l'efficacité dans les formes avec signature auto-immune documentée, tout en insistant sur les limites méthodologiques (petits effectifs, absence de groupe contrôle dans la majorité des études).[11]

Données cliniques dans le Covid long

Deux études pilotes méritent d'être documentées, avec leurs limites explicites :

Oesch-Régeni et al. (J Clin Med 2025, n = 7) ont appliqué une combinaison de plasmaphérèse (4 sessions) suivie d'IVIG à faible dose chez des personnes avec EM/SFC/Covid long et auto-anticorps β2 et M3 élevés. Une association négative entre la concentration des auto-anticorps et le score de qualité de vie EQ-5D-5L a été documentée : chaque augmentation de 1 U/mL de β2-AAB était associée à une réduction de 0,63 % du score de qualité de vie, et de 1,26 % pour M3-AAB.[5] L'effectif est beaucoup trop faible pour conclure à une efficacité, mais la corrélation dose-effet est biologiquement cohérente.

La cohorte de Maguire et al. (medRxiv 2025, preprint, n = 977) représente la plus grande série publiée à ce jour sur la NPF dans le Covid long. Sur 8 personnes traitées par IVIG dans un sous-groupe pilote, une amélioration des symptômes neuropathiques a été rapportée par les personnes concernées, soutenant l'hypothèse auto-immune.[6] Ce résultat doit être lu avec la prudence qu'exige un preprint sans groupe contrôle. Un cas clinique récent documente par ailleurs des auto-anticorps anti-VGLUT2 chez une personne avec Covid long et dysfonction neurocognitive sévère, avec réponse partielle aux IVIG, élargissant le spectre des cibles auto-immunes potentielles.[4]

Oaklander (revue, Neurotherapeutics 2016) avait déjà posé les fondements mécanistiques en documentant l'efficacité préliminaire des corticoïdes et des IVIG dans les NPF dysimmunes, en particulier chez les enfants et adolescents sans facteurs de risque alternatifs, suggérant un mécanisme à prédominance humorale avec consommation du complément.[8]

IVIG 2 g/kg IV ① Blocage FcγR Saturation récepteurs Fcγ → ↓ phagocytose ② Anti-idiotypes Neutralisation directe des auto-anticorps ③ ↓ Complément Interférence voie classique C3/C5 ④ Modulation B/T Régulation cytokines et co-stimulation

Les 4 mécanismes immunomodulateurs principaux des IVIG à forte dose. Dans le contexte des auto-anticorps GPCR, le mécanisme ② (anti-idiotypes) est le plus pertinent.

Parcours d'accès en France

L'accès aux IVIG hors AMM nécessite un parcours structuré. La séquence habituellement suivie dans les centres experts est la suivante :

  1. Consultation avec un immunologiste ou un neurologue référent Covid long (Pitié-Salpêtrière, Cochin, CHU Bordeaux, CHU Nice, CHU Strasbourg notamment).
  2. Bilan auto-immun complet : auto-anticorps GPCR (CellTrend ou équivalent), bilan auto-immun standard (ANA, ANCA, antiphospholipides, complément), NFS, CRP, EPS, électrophorèse.
  3. Biopsie cutanée NPF si tableau neuropathique, avec compte IENF et immunomarquage.
  4. Discussion en RCP avec présentation du dossier clinique et biologique complet.
  5. En cas d'indication retenue : prescription hospitalière dans le cadre d'un accès précoce ou d'un accès compassionnel (dispositifs remplaçant l'ancienne ATU depuis la réforme de juillet 2021), ou dans le cadre d'un protocole de recherche clinique, avec traçabilité ANSM.

Par où commencer : le bon ordre

🟢 Recommandation pratique — basée sur le parcours de soins disponible en France

La première étape n'est pas un bilan de laboratoire, c'est un interlocuteur médical. Sans médecin référent qui connaît ces bilans et peut les interpréter dans le contexte clinique, un résultat CellTrend positif ne mène nulle part. La séquence recommandée :

Séquence optimale — du tableau clinique au bilan

① Documenter son tableau clinique par écrit : symptômes, intensité, chronologie, facteurs aggravants (effort, position, alimentation). L'application Boussole peut structurer ce suivi longitudinal.

② Identifier un médecin référent : médecin traitant formé au Covid long, ou consultation spécialisée (liste des centres coordonnateurs sur le site du Ministère). Présenter les bilans envisagés pour valider l'indication.

③ Réaliser le bilan ciblé selon le tableau clinique dominant (voir section ②). Ne pas multiplier les bilans sans orientation clinique préalable.

④ Selon les résultats : si le profil auto-immun est documenté, obtenir un avis immunologique ou neurologique spécialisé pour discuter des options d'approche immunomodulatrice.

👁️ L'œil du Docteur en pharmacie

La tentation de "tout tester" est compréhensible dans le contexte de l'errance diagnostique du Covid long. Mais un bilan positif sans cadre clinique interprétatif peut générer de l'anxiété sans ouvrir de perspective thérapeutique concrète. Le bilan CellTrend est un outil, pas une réponse. Ce qui fait la différence, c'est le médecin qui peut le lire, le contextualiser, et construire une stratégie cohérente avec lui.

Sur les IVIG spécifiquement : les données sont prometteuses mais très préliminaires. Ce n'est pas un traitement accessible en ville, et c'est justifié au regard de son profil de risque (thrombose, insuffisance rénale, effets neuropsychiatriques transitoires). La recherche clinique sur ce sujet avance rapidement en 2025-2026 et plusieurs essais sont en cours.

🧩 Ce que l'on sait — et ce que l'on ne sait pas encore

Ce qui est établi : Des auto-anticorps dirigés contre les récepteurs GPCR vasorégulateurs (β1, β2, M3, M4) sont retrouvés à taux élevés dans des sous-groupes d'EM/SFC post-infectieux et de Covid long, corrélés à la sévérité des symptômes autonomiques dans des cohortes observationnelles. La neuropathie des petites fibres est confirmée par biopsie dans plus de 50 % des cas Covid long avec paresthésies, avec une fraction présentant des auto-anticorps FGFR3 ou TS-HDS orientant vers un mécanisme dysimmune. La procédure CellTrend est accessible depuis la France. La biopsie IENF existe dans des centres spécialisés français.

Ce qui reste incertain : La causalité entre les auto-anticorps GPCR et les symptômes n'est pas démontrée par des études interventionnelles randomisées. L'efficacité des IVIG dans le Covid long avec profil auto-immun n'est documentée que par des séries pilotes de très faible effectif (n = 7–8), sans groupe contrôle. La sélection des personnes qui pourraient bénéficier d'une immunomodulation reste un enjeu non résolu. Les données sur Camici et al. (Spallanzani/Lancet ID) mentionnées dans la littérature orale n'étaient pas indexées sur PubMed à la date de rédaction de cet article et n'ont pas pu être vérifiées : elles ne sont pas intégrées.

Conclusion

Si tu vis avec un Covid long et que tu te demandes "mais pourquoi je ne vais pas mieux ?", il existe aujourd'hui des pistes biologiques concrètes à explorer. Certaines personnes ont dans le sang des anticorps qui perturbent leur système nerveux autonome ou abîment les petites fibres qui transmettent les sensations. Ces bilans ne sont pas réservés aux chercheurs : ils sont accessibles, et leurs résultats peuvent changer la conversation avec ton médecin. Ce n'est pas une promesse de guérison — c'est une façon de mieux comprendre ce qui se passe dans ton corps, pour avancer avec les bons interlocuteurs.

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Questions fréquentes

Le bilan CellTrend est-il remboursé par l'Assurance maladie ?
Non. Le bilan CellTrend (laboratoire privé allemand) n'est pas pris en charge par l'Assurance maladie française. Le coût est de l'ordre de 108 € pour le panel SFC ou 467 € pour le panel POTS. Certaines mutuelles peuvent rembourser partiellement sur présentation de la facture.
Où faire la biopsie cutanée pour diagnostiquer une NPF en France ?
La biopsie cutanée avec comptage des fibres intraépidermiques est réalisée dans des centres neurologiques spécialisés. Les principaux centres en France sont la Pitié-Salpêtrière (Paris), le CHU de Nice, le CHU de Bordeaux et les consultations spécialisées Covid long disposant d'un plateau neurologique. Une ordonnance d'un neurologue est nécessaire.
Les IVIG sont-ils remboursés pour le Covid long en France ?
Il n'existe pas d'AMM pour les IVIG dans le Covid long. L'accès se fait via un accès précoce ou un accès compassionnel (réforme juillet 2021), porté par un immunologiste ou un neurologue en RCP. L'accès reste limité aux centres experts.
Le bilan FGFR3 / TS-HDS est-il disponible en France ?
Oui. La recherche d'anticorps IgG anti-FGFR3 et IgM anti-TS-HDS peut être réalisée dans certains laboratoires hospitaliers français (Pitié-Salpêtrière notamment) ou via envoi à des laboratoires spécialisés en immunologie neuromusculaire. Une prescription médicale d'un neurologue est nécessaire.
Que signifie un bilan CellTrend positif ?
Un bilan positif (titre élevé d'auto-anticorps anti-récepteurs adrénergiques ou muscariniques) indique la présence d'anticorps dirigés contre des récepteurs du système nerveux autonome. Cela ne constitue pas en soi un diagnostic ni une indication thérapeutique directe. L'interprétation doit se faire dans le contexte clinique global par un immunologiste ou un interniste, en intégrant les symptômes, les autres bilans et le tableau fonctionnel.

Sources

  1. Bynke A, Julin P, Gottfries CG, Heidecke H, Scheibenbogen C, Bergquist J. Autoantibodies to beta-adrenergic and muscarinic cholinergic receptors in Myalgic Encephalomyelitis (ME) patients — A validation study in plasma and cerebrospinal fluid from two Swedish cohorts. Brain Behav Immun Health. 2020;7:100107. Bynke et al., 2020 — PubMed PMID 34589868
  2. Freitag H, Szklarski M, Lorenz S, et al. Autoantibodies to Vasoregulative G-Protein-Coupled Receptors Correlate with Symptom Severity, Autonomic Dysfunction and Disability in Myalgic Encephalomyelitis/Chronic Fatigue Syndrome. J Clin Med. 2021;10(16):3675. Freitag, Scheibenbogen et al., 2021 — PubMed PMID 34441971
  3. Szklarski M, Freitag H, Lorenz S, et al. Delineating the Association Between Soluble CD26 and Autoantibodies Against G-Protein Coupled Receptors in Post-Infectious vs. Non-Infection-Triggered Myalgic Encephalomyelitis/Chronic Fatigue Syndrome. Front Immunol. 2021;12:644548. Szklarski, Scheibenbogen et al., 2021 — PubMed PMID 33889154
  4. Charles James J, Teegen B, Pakeerathan T, et al. Anti-VGLUT2 autoantibodies associated with post-COVID neurocognitive dysfunction: a case report. Front Immunol. 2025;16:1731744. Charles James et al., 2025 — PubMed PMID 41624858
  5. Oesch-Régeni B, Germann N, Hafer G, et al. The Effect on Quality of Life of Therapeutic Plasmapheresis and Intravenous Immunoglobulins on a Population of ME/CFS Patients with Elevated β-Adrenergic and M3-Muscarinic Receptor Antibodies — A Pilot Study. J Clin Med. 2025;14(11):3802. Oesch-Régeni et al., 2025 — PubMed PMID 40507564
  6. Maguire C, Kashyap K, Williams E, et al. Analysis of 977 Long COVID Patients Reveals Prevalent Neuropathy and Association with Anti-Ganglioside Antibodies. medRxiv preprint. 2025. [Preprint, non soumis à révision par les pairs à la date de rédaction] Maguire et al., 2025 — PubMed PMID 40093251
  7. Abrams RMC, Simpson DM, Navis A, et al. Small fiber neuropathy associated with SARS-CoV-2 infection. Muscle Nerve. 2022;65(4):440-443. [Étude rétrospective, n = 13] Abrams et al., 2022 — PubMed PMID 34766365
  8. Oaklander AL. Immunotherapy Prospects for Painful Small-fiber Sensory Neuropathies and Ganglionopathies. Neurotherapeutics. 2016;13(1):108-117. Oaklander, 2016 — PubMed PMID 26526686
  9. Levine TD, Kafaie J, Zeidman LA, et al. Cryptogenic small-fiber neuropathies: Serum autoantibody binding to trisulfated heparan disaccharide and fibroblast growth factor receptor-3. Muscle Nerve. 2020;61(4):512-515. Levine et al., 2019 — PubMed PMID 31650561
  10. Murin PJ, Khasiyev F, Profirovic J, et al. Comparing FGFR-3 and TS-HDS Seropositive Small Fiber Neuropathy. J Clin Neuromuscul Dis. 2024;25(4):171-177. Murin et al., 2024 — PubMed PMID 38771226
  11. Danieli MG, Piga MA, Paladini A, et al. Intravenous immunoglobulin as an important adjunct in the prevention and therapy of coronavirus 2019 disease. Scand J Immunol. 2022;94(5):e13101. Danieli et al., 2021 — PubMed PMID 34940980
  12. Bandinelli F, Nassini R, Gherardi E, et al. Small Fiber Neuropathy Associated with Post-COVID-19 and Post-COVID-19 Vaccination Arthritis. J Pers Med. 2024;14(8):789. Bandinelli et al., 2024 — PubMed PMID 39201981