LDN (naltrexone à faible dose) : ce que la science dit pour la douleur et la fatigue chronique
L'article en 1 minute
La naltrexone est autorisée à 50 mg contre les dépendances aux opioïdes et à l'alcool. À faible dose (1,5 à 4,5 mg), elle est utilisée hors autorisation de mise sur le marché, en préparation magistrale, dans la fibromyalgie, le Covid long et l'EM/SFC, sur l'hypothèse d'un frein à l'inflammation du cerveau.
Dans la fibromyalgie, après un premier petit essai favorable, les essais randomisés récents sont négatifs : INNOVA (98 femmes, 12 mois) n'a montré aucun bénéfice net sur la douleur. Dans le Covid long, une méta-analyse de 2026 regroupe 4 études sans groupe contrôle (155 personnes) avec des effets modérés à larges.
Le mécanisme est plausible et la tolérance plutôt rassurante, mais l'efficacité n'est pas démontrée : une piste hors AMM, expérimentale.
Aucun essai randomisé publié dans le Covid long ni l'EM/SFC ; les auteurs de la méta-analyse jugent eux-mêmes la certitude faible.
À retenir : pas d'automédication ni de préparation maison. Toute discussion passe par un médecin, en listant d'abord les opioïdes en cours, qui sont contre-indiqués.
📊 Chiffres clés
Introduction Dans les groupes de soutien autour du Covid long et de la fibromyalgie, le LDN est omniprésent. Certains rapportent des changements importants. D'autres n'ont rien ressenti. Voici ce que les données scientifiques permettent réellement de dire, et comment décider si ce sujet mérite une conversation avec votre médecin.
Ce que vous avez peut-être déjà entendu
📋 ContexteLe LDN est une piste discutée dans les maladies chroniques, mais ce n'est pas un médicament miracle. Il existe de vrais signaux positifs, avec beaucoup d'incertitudes qui méritent d'être expliquées honnêtement.
Voir le détail ↓Dans les espaces dédiés au Covid long, à la fibromyalgie ou au syndrome de fatigue chronique, le LDN revient régulièrement. Des témoignages parlent de changements notables sur la douleur, l'énergie ou la clarté mentale. D'autres rapportent une absence totale d'effet après plusieurs mois d'essai.
Cette variabilité n'est pas une anomalie. Elle reflète une réalité scientifique : ces pathologies ne sont pas homogènes, et une intervention qui cible un mécanisme précis ne peut pas fonctionner de la même façon chez tout le monde. Le Dr Robert Groysman, spécialisé dans le Covid long (Covid Institute, Dallas), formule cette logique de façon directe : avant d'envisager toute intervention, la première question à poser est « est-ce que ça cible mes mécanismes spécifiques ? »
Aucun biomarqueur ni phénotype clinique n'a démontré, à ce jour, une capacité à prédire qui répondra au LDN et qui n'y répondra pas.
Cet article ne cherche pas à valider ou invalider votre expérience. Il cherche à vous donner le cadre scientifique pour avoir une conversation éclairée avec votre professionnel de santé.
Naltrexone standard vs faible dose : deux usages pharmacologiques
✅ Pharmacologie établieLa naltrexone standard et le LDN partagent la molécule, mais pas la dose, le contexte ni l'hypothèse pharmacologique. Le LDN (1,5 à 4,5 mg) repose sur un blocage plus bref, suivi d'une possible adaptation du système opioïde endogène. Le mécanisme est plausible, mais il reste discuté.
Voir le détail ↓La naltrexone est un antagoniste opioïde commercialisé depuis les années 1980, à la dose de 50 mg par jour, pour le traitement de la dépendance aux opioïdes et à l'alcool. À cette dose, elle bloque durablement les récepteurs opioïdes µ. C'est son usage autorisé en France (spécialités Naltrexone Viatris® ou Naltrexone Accord®, selon disponibilité).
La naltrexone à faible dose — entre 1,5 et 4,5 mg par jour, soit 10 à 30 fois moins — est utilisée dans un cadre très différent. Le blocage des récepteurs µ est supposé plus bref et pourrait être suivi d'une réponse compensatrice du système opioïde endogène, avec production accrue d'endorphines et d'enképhalines. C'est une hypothèse pharmacologique cohérente, mais ce mécanisme n'est pas une preuve d'efficacité clinique.
L'autre mécanisme proposé, non opioïde celui-là, est l'antagonisme des récepteurs TLR4 (Toll-like receptor 4), très présents sur les cellules microgliales du système nerveux central. C'est ce mécanisme qui nourrit l'intérêt actuel pour les maladies inflammatoires chroniques, mais les données humaines restent indirectes.[8]
La fenêtre dite « LDN » est généralement située entre 1,5 et 4,5 mg. Au-delà, le blocage opioïde devient plus prolongé et l'extrapolation des mécanismes observés à faible dose devient fragile. C'est une fenêtre empirique, pas une garantie d'effet.
Le LDN n'a aucune autorisation de mise sur le marché pour la fibromyalgie, le Covid long ou l'EM/SFC. Son utilisation dans ces indications est un usage hors AMM, ce qui implique que la décision de prescription relève d'un médecin ayant évalué le rapport bénéfice/risque individuel.
Comment le LDN agit sur l'inflammation et la douleur
🔬 Données mécanistiques (in vitro / animal)Les mécanismes proposés du LDN restent surtout précliniques : ils expliquent une plausibilité, pas une réponse individuelle. Le LDN pourrait réduire l'activité des cellules immunitaires du cerveau et modifier la signalisation opioïde endogène, sans permettre de prédire l'effet chez une personne donnée.
Voir le détail ↓Voir le détail complet (mécanisme) ↓
La microglie est la cellule immunitaire résidente du système nerveux central. Quand elle est chroniquement activée — phénomène suspecté ou observé dans certaines études sur la fibromyalgie et le Covid long — elle peut produire des cytokines pro-inflammatoires comme l'IL-1β, l'IL-6 et le TNF-α, ainsi que des radicaux libres. Ce phénomène est souvent décrit comme une neuroinflammation de bas grade.
Le LDN pourrait intervenir sur ce cercle, mais la preuve reste surtout préclinique. Des travaux en culture cellulaire (lignée BV-2 de microglie, exposées à 100 µM de naltrexone pendant 24 h, une concentration expérimentale sans équivalence directe établie avec les doses LDN chez l'humain) ont montré un profil compatible avec une bascule de la microglie d'un phénotype M1 pro-inflammatoire vers un phénotype M2 anti-inflammatoire.[9] Ce switch s'accompagne d'un changement métabolique : passage de la glycolyse anaérobie (typique de la microglie activée) vers la phosphorylation oxydative mitochondriale, via la modulation de la voie mTOR/S6K.
Sur modèle animal (rat EAE, modèle de sclérose en plaques), le (+)-naltrexone — un énantiomère non-opioïde pur — a prévenu l'augmentation de marqueurs inflammatoires hippocampiques (TLR2, TLR4, NLRP3, IL-17, Iba1) et les déficits cognitifs associés.[10]
Une partie importante des travaux ayant permis de dissocier l'effet sur TLR4 de l'antagonisme des récepteurs opioïdes utilise le (+)-naltrexone, énantiomère expérimental pratiquement dépourvu d'activité sur les récepteurs opioïdes. La naltrexone utilisée en clinique correspond au (−)-énantiomère. Des modèles cellulaires et animaux suggèrent toutefois que l'interaction avec la voie TLR4 n'est pas strictement stéréosélective et peut également être observée avec le (−)-naltrexone.[30][31] L'importance de ce mécanisme aux faibles concentrations obtenues avec le LDN chez l'humain reste cependant incertaine.
Plusieurs modèles précliniques convergent vers une modulation immunitaire/TLR4, sans démontrer que ce mécanisme est pertinent aux faibles expositions du LDN chez l'humain. Elles ne constituent pas une preuve d'efficacité clinique, mais elles fournissent une base biologique plausible pour les observations cliniques.
D'autres molécules explorent des voies voisines : le CBD agit notamment sur les récepteurs CB2 exprimés par la microglie et sur le récepteur TRPV1, avec un profil mécanistique différent du LDN mais partiellement convergent. Une analyse détaillée du CBD dans le Covid long, l'EM/SFC et la fibromyalgie est disponible sur ce site.
Ce que disent les études, par indication
Trois indications, trois niveaux de preuve différents. La fibromyalgie dispose du dossier expérimental le plus fourni, mais les essais randomisés les plus récents sont négatifs. Le Covid long et l'EM/SFC reposent pour l'instant sur des données observationnelles, sans essai randomisé publié à ce jour. Chaque étude clé est détaillée dans l'accordéon « Voir l'étude en détail » qui suit son résumé.
Fibromyalgie : le dossier le plus fourni, mais négatif dans les essais récents
📊 Signal clinique hétérogèneLa fibromyalgie est l'indication où le dossier est le plus fourni, mais les résultats cliniques récents sont défavorables. Les premiers petits essais étaient favorables, tandis que plusieurs essais randomisés plus récents n'ont pas confirmé de bénéfice clinique net sur la douleur ou les symptômes.
Voir le détail ↓Voir l'étude en détail ↓
L’étude historique dans la fibromyalgie est un essai randomisé croisé en double aveugle contre placebo conduit à Stanford par Younger et al., publié en 2013 dans Arthritis & Rheumatism.[1] Trente et une femmes atteintes de fibromyalgie ont reçu 4,5 mg/j de naltrexone ou placebo dans un protocole croisé.
Résultat principal : une réduction de la douleur de 28,8 % dans le groupe LDN contre 18 % dans le groupe placebo (p = 0,016). La qualité de vie générale et l'humeur se sont également améliorées de façon significative. La fatigue et le sommeil n'ont pas atteint le seuil de significativité.
Depuis, le dossier s'est complexifié. Un essai croisé randomisé publié en 2023 chez 58 personnes n'a pas retrouvé d'effet antalgique cliniquement pertinent du LDN 4,5 mg versus placebo.[13] L'essai FINAL, publié en 2024 dans The Lancet Rheumatology, a randomisé 99 femmes sous naltrexone 6 mg ou placebo pendant 12 semaines : la différence sur la douleur n'était pas statistiquement significative.[14]
L'étude INNOVA, publiée en 2026, a ensuite suivi 98 femmes randomisées sous LDN 4,5 mg ou placebo pendant 12 mois : elle n'a pas montré de bénéfice cliniquement significatif sur la douleur ni sur les principaux symptômes, malgré une tolérance favorable.[22]
Restait une hypothèse de repli, souvent avancée dans les groupes d'entraide : si le LDN n'agit pas sur la douleur, peut-être agit-il sur le reste — la fatigue, le sommeil, le brouillard mental. Une analyse exploratoire des données de FINAL, publiée en août 2026, a testé précisément cette hypothèse et n'a rien trouvé.[27] Les auteurs ont comparé, chez les mêmes 99 femmes, la proportion de personnes améliorées d'au moins 30 % sur six symptômes non douloureux. Aucune différence significative entre naltrexone et placebo, sur aucun des six : mémoire (risque relatif 1,67 ; IC 95 % 0,82-2,95), sommeil (1,28 ; 0,92-2,64), raideur (1,26 ; 0,84-2,89), sensibilité (1,16 ; 0,88-2,67), fatigue (1,10 ; 0,78-3,13) et dépression (0,96 ; 0,92-2,66).
Une nuance s'impose toutefois : ne pas démontrer un effet n'équivaut pas à démontrer son absence. Il s'agit d'une analyse secondaire non prévue au protocole initial, sur 99 participantes et 12 semaines seulement. Les intervalles de confiance restent larges — celui de la mémoire, le signal le plus élevé, va de 0,82 à 2,95 et reste compatible avec un bénéfice réel comme avec un effet nul. Les auteurs concluent eux-mêmes que des études plus larges sont nécessaires. Ce résultat ne ferme pas définitivement la question ; il retire simplement un argument à ceux qui présentent le LDN comme efficace « au moins sur la fatigue ».
Une étude prospective ouverte publiée dans Current Rheumatology Reviews a apporté des données complémentaires en pratique réelle, surtout utiles pour la tolérance et la faisabilité.[2] Un cas clinique avec suivi sur deux ans, publié en 2025 dans Cureus, documente une amélioration soutenue d'une fibromyalgie sévère réfractaire aux traitements standards, mais un cas isolé ne permet pas d'inférer une efficacité générale.[3]
Les méta-analyses récentes gardent un signal moyen favorable sur la douleur, sans signal de toxicité grave, mais elles agrègent des essais de petite taille et des résultats discordants.[15] Après Bested, FINAL et INNOVA, ce signal ne suffit plus à présenter le LDN comme une option à pertinence élevée dans la fibromyalgie : il reste une piste hors AMM, expérimentale, surtout à discuter en cas d'échec, d'intolérance ou de bénéfice insuffisant des approches validées.
L'ensemble des données suggère au mieux un effet moyen possible sur la douleur, mais les essais récents et mieux dimensionnés sont négatifs ou non convaincants. On ne peut pas parler de traitement validé, ni de piste prioritaire : on peut parler d'une option hors AMM documentée, expérimentale, à discuter avec un médecin dans des situations sélectionnées.
Covid long : hypothèse observationnelle non confirmée
⏳ Signal préliminaire — données sans contrôleDans le Covid long, le signal LDN reste observationnel, donc insuffisant pour conclure. Une méta-analyse 2026 chiffre pour la première fois des effets modérés à larges sur la fatigue, la douleur, le sommeil et le fonctionnement quotidien, mais les 4 études poolées sont toutes sans groupe contrôle. Au registre ClinicalTrials.gov, aucun résultat officiel n'est déposé pour l'essai randomisé canadien ; des résultats préliminaires négatifs sur la fatigue ont toutefois été annoncés en conférence en août 2026 (détail plus loin).
Voir le détail ↓Voir l'étude en détail ↓
L’étude la plus citée dans le Covid long est celle d'O'Kelly et al., publiée en 2022 dans Brain, Behavior, & Immunity – Health.[5] Cinquante-deux personnes atteintes de Covid long (77 % de femmes, âge médian 43 ans, durée médiane depuis le Covid : 333 jours) ont reçu du LDN pendant deux mois, en escalade de dose (1 mg puis 2 mg). Résultat : une amélioration significative sur 6 des 7 paramètres évalués, énergie, douleur, concentration, sommeil, capacité à réaliser les activités quotidiennes. L'humeur n'a pas atteint le seuil de significativité.
Limite majeure de cette étude : pas de groupe contrôle. L'amélioration observée ne peut pas être distinguée d'un effet placebo, d'une évolution naturelle de la maladie, ou d'un effet Hawthorne (le fait d'être suivi améliore les résultats déclarés). La dose maximale atteinte (2 mg) est inférieure à celle utilisée dans les études fibromyalgie (4,5 mg).
Un survey transversal conduit à la Mayo Clinic en 2024 (n = 536 personnes atteintes de Covid long) rapporte que 58 % des 77 utilisateurs de LDN l'ont jugé « aidant ».[6] C'est un signal intéressant, mais un survey auto-déclaré sans contrôle a une valeur épidémiologique limitée.
Une revue publiée dans Viruses en 2024 positionne le LDN comme le deuxième signal après la metformine parmi les approches non-antivirales, tout en soulignant l'absence d'essais robustes.[7]
Une méta-analyse publiée en juillet 2026 dans BMJ Open a chiffré ce signal pour la première fois.[23] Sur 397 publications passées en revue, aucun essai randomisé n'a été retrouvé : seules 4 études avant-après sans groupe contrôle remplissaient les critères d'inclusion (155 personnes au total, États-Unis et Irlande), dont l'étude d'O'Kelly déjà citée ci-dessus. Les doses allaient de 1 à 6 mg/jour.
Les effets poolés se sont révélés modérés à larges en faveur du LDN : fatigue (taille d'effet standardisée −0,74), qualité du sommeil (−0,60), brouillard mental (−0,53), douleur (−0,93) et fonctionnement quotidien (−0,93). Aucun effet indésirable grave n'a été rapporté dans les 2 études qui évaluaient la tolérance. Lors de la recherche des auteurs, arrêtée au 5 mai 2026, quatre essais randomisés étaient recensés comme enregistrés dans le monde (Canada, Australie ×2, États-Unis) ; depuis, le NCT05430152 canadien (déjà mentionné plus loin) est terminé.
Cette méta-analyse doit être interprétée avec prudence : elle ne comprend aucun essai randomisé et repose sur quatre études observationnelles pré-post totalisant 155 participants. Surtout, l'une des quatre études incluses (Isman et al., 2024 ; n=36) associait systématiquement le LDN à une supplémentation en NAD+ administrée par patch d'iontophorèse.[29] Les améliorations observées dans cette cohorte ne peuvent donc pas être attribuées au LDN seul. Les estimations poolées combinent ainsi des études hétérogènes et, pour au moins l'une d'elles, une co-intervention majeure. Les auteurs classent eux-mêmes la certitude globale des preuves comme faible.
EM/SFC : un signal observationnel, mais toujours aucune preuve randomisée
📋 Signal observationnel, non randomiséDans l'EM/SFC, un signal plus étoffé qu'une simple série de cas existe, mais aucun essai randomisé publié ne démontre encore l'efficacité du LDN. Une étude rétrospective de 218 personnes rapporte une amélioration dans la majorité des dossiers. Un essai post-Covid (NCT05430152) est terminé, avec des résultats préliminaires non publiés ; l'essai LIFT, spécifique à l'EM/SFC, est en cours.
Voir le détail ↓Voir l'étude en détail ↓
Pour le syndrome de fatigue chronique / encéphalomyélite myalgique (EM/SFC), le signal va au-delà d'une simple série de cas. Une étude rétrospective finlandaise a analysé les dossiers de 218 personnes diagnostiquées EM/SFC et traitées par LDN entre 2010 et 2014, le plus souvent à des doses de 3 à 4,5 mg/j.[24] Avec un suivi moyen de 1,7 an, 73,9 % des dossiers rapportaient une réponse qualifiée de positive, surtout sur la vigilance et les capacités physiques ou cognitives.
Ce chiffre ne veut pas dire que « 74 % des personnes répondent au LDN » : l'étude est rétrospective, ouverte, sans placebo et sans critère de jugement standardisé au départ, ce qui l'expose aux biais de sélection, d'évaluation et à l'évolution spontanée des symptômes. C'est un signal clinique sérieux, pas une estimation fiable de l'efficacité.
Une série de trois cas publiée en 2020 dans le BMJ Case Reports rapporte par ailleurs des réponses très hétérogènes, de « un changement de vie » à une réduction partielle de quelques symptômes seulement, à des doses de 4 à 12 mg, la plus haute sortant du cadre habituel du LDN.[12]
Une piste mécanistique s'y ajoute. Une étude a mesuré l'activité du canal TRPM3, un canal ionique impliqué dans la fonction des cellules NK (natural killer), sur des cellules de 9 personnes EM/SFC sous LDN comparées à 9 témoins sains : les courants TRPM3, dysfonctionnels dans l'EM/SFC, étaient restaurés chez les personnes sous traitement.[25] Ce résultat soutient une hypothèse reliant récepteurs opioïdes, signalisation calcique et fonction immunitaire. Il ne démontre ni que TRPM3 est une cause centrale de l'EM/SFC, ni que sa modulation entraîne une amélioration clinique. Il s'agit d'un effectif exploratoire très restreint, donnant des estimations nécessairement imprécises et particulièrement sensibles à la sélection des participants ; une réplication sur des cohortes indépendantes et plus larges est nécessaire avant d'en tirer une portée clinique.
La suite est désormais expérimentale, sur deux essais distincts. Au Canada, l'essai randomisé en double aveugle NCT05430152 (n = 160, LDN seul contre placebo, population de fatigue post-Covid, un tableau clinique proche mais distinct de l'EM/SFC) est terminé depuis février 2026 ; des résultats préliminaires négatifs sur la fatigue ont été présentés en conférence, mais non encore publiés (voir détail plus haut).[11]
Aux États-Unis, le protocole de l'essai LIFT (Life Improvement Trial, Open Medicine Foundation, NCT06366724), accepté par la revue Trials le 12 août 2026, prévoit 160 personnes répondant aux critères de l'EM/SFC avec intolérance orthostatique, randomisées entre LDN seul, pyridostigmine seule, l'association des deux, ou placebo.[26] Aucun résultat publié dans une revue à comité de lecture n'est disponible pour LIFT ; pour NCT05430152, des résultats préliminaires négatifs sur la fatigue ont été annoncés mais restent non publiés (détail plus haut).
L'EM/SFC partage avec le Covid long plusieurs mécanismes biologiques (neuroinflammation, dysfonction mitochondriale, activation microgliale). La cohérence mécanistique avec le mode d'action du LDN est réelle, et le signal observationnel est désormais plus qu'anecdotique. Mais tant qu'un bénéfice reproductible contre placebo n'est pas établi par un essai randomisé, l'efficacité clinique reste non démontrée.
Profil de sécurité et praticabilité en France
✅ Profil de sécurité bien documentéLe LDN semble globalement bien toléré à faible dose, mais son accès en France impose ordonnance et préparation magistrale. Les effets secondaires les plus fréquents apparaissent au début et s'estompent souvent ; l'association avec des opioïdes reste le point de vigilance majeur.
Voir le détail ↓Le LDN nécessite une ordonnance médicale et une évaluation individuelle du rapport bénéfice/risque. Trois points non négociables :
① Opioïdes : toute association avec un opioïde doit être arbitrée médicalement. Les morphiniques de palier III, les agonistes-antagonistes et les traitements de substitution (buprénorphine, méthadone) sont contre-indiqués ; la codéine, la dihydrocodéine et le tramadol sont des associations déconseillées car l'effet antalgique peut être bloqué et un sevrage peut être précipité chez une personne dépendante.[17]
② Urgence, chirurgie, douleur aiguë : prévenez tout médecin, urgentiste, chirurgien, anesthésiste ou dentiste qu'une prise de naltrexone est en cours ou récente. Le blocage opioïde peut compliquer l'analgésie ; si un opioïde devient nécessaire en urgence, la surveillance doit être médicale et spécialisée.[17]
③ Foie, rein, grossesse, allaitement : hépatite aiguë, insuffisance hépatocellulaire sévère ou insuffisance rénale sévère sont des contre-indications dans le RCP de la naltrexone 50 mg. Les données de grossesse sont insuffisantes. Les données cliniques pendant l'allaitement sont également insuffisantes : la naltrexone et son métabolite 6β-naltrexol passent dans le lait maternel, et le RCP prévoit une utilisation uniquement si le bénéfice potentiel dépasse le risque éventuel.[17]
④ Préparation artisanale : diluer soi-même des comprimés à 50 mg est dangereux (aucune procédure domestique validée, risque de sur/sous-dosage et de contamination). La préparation magistrale en pharmacie est la seule voie sûre.
Cette information est éducative : la décision appartient à votre médecin.
Effets indésirables connus
À faible dose, le LDN est généralement bien toléré. Les effets indésirables les plus fréquents, rapportés dans les études, sont transitoires et dose-dépendants : troubles du sommeil (insomnie, rêves vivaces) surtout en début de traitement, légères nausées, parfois fatigue initiale. L'horaire de prise doit être ajusté avec le prescripteur selon le sommeil et la tolérance individuelle. Ces effets s'estompent généralement dans les 2 à 4 premières semaines.
Contre-indications absolues
La vigilance la plus importante concerne les opioïdes. Les morphiniques de palier III (morphine, oxycodone, fentanyl), les agonistes-antagonistes et les médicaments de substitution aux opiacés (buprénorphine/Subutex®/Suboxone®, méthadone) sont contre-indiqués avec la naltrexone. Les opioïdes de palier II comme la codéine, la dihydrocodéine et le tramadol sont des associations déconseillées, notamment parce que l'effet antalgique peut être diminué et qu'un sevrage peut être précipité chez une personne dépendante.[17]
Les personnes présentant une hépatite aiguë, une insuffisance hépatocellulaire sévère ou une insuffisance rénale sévère ne doivent pas utiliser la naltrexone selon le RCP des spécialités à 50 mg.[17]
Urgence, chirurgie et douleur aiguë
La naltrexone peut bloquer l'effet des antalgiques opioïdes. En cas de chirurgie programmée, de soins dentaires invasifs, d'accident ou de passage aux urgences, il faut signaler toute prise en cours ou récente de LDN. Le RCP de la naltrexone 50 mg précise qu'en urgence, si un opioïde est nécessaire, les doses requises peuvent dépasser les doses usuelles et exposer à une dépression respiratoire plus profonde ou prolongée, ce qui impose une surveillance hospitalière par une équipe formée. Pendant le traitement, l'analgésie doit privilégier les options non opioïdes quand elles sont adaptées.[17]
Grossesse, projet de grossesse et allaitement
Les données cliniques sur la naltrexone pendant la grossesse sont insuffisantes. Le RCP indique que la naltrexone ne doit être utilisée chez une femme enceinte que si le bénéfice attendu dépasse le risque possible, selon l'avis du médecin. Les données cliniques pendant l'allaitement sont également insuffisantes : la naltrexone et son métabolite 6β-naltrexol ont été détectés dans le lait maternel, et le RCP prévoit là aussi une utilisation uniquement si le prescripteur estime que le bénéfice potentiel dépasse le risque éventuel.
Pour un usage hors AMM en LDN, la décision doit donc être individualisée, en discutant explicitement grossesse, projet de grossesse ou allaitement avec le médecin avant toute prescription.[17]
Accès en France : préparation magistrale uniquement
Il n'existe en France aucune spécialité commerciale de naltrexone à faible dose. L'accès passe par une préparation magistrale, réalisée dans une pharmacie disposant d'un laboratoire de préparation conforme aux Bonnes Pratiques de Préparation de l'ANSM. La naltrexone est classée Liste I (et non stupéfiant) : tout médecin peut prescrire, aucune restriction de spécialité, sur ordonnance standard, sans ordonnance sécurisée.[17]
Aucun schéma de titration n'a été comparé formellement à un autre dans un essai clinique : les schémas publiés ou utilisés en pratique sont hétérogènes et non validés comparativement. La dose de départ, la vitesse de progression et la dose cible relèvent du prescripteur et de la tolérance individuelle : ce n'est pas un protocole à reproduire seul. Le coût est typiquement de 30 à 60 €/mois selon la pharmacie et la forme galénique. En pratique, les gélules et certaines formes liquides préparées en pharmacie sont les options les plus discutées.
Certaines personnes tentent de diluer des comprimés à 50 mg dans de l'eau ou du jus d'orange pour obtenir leur propre LDN. Cette pratique est dangereuse : aucune procédure de préparation domestique n'est validée, ni pour la précision volumétrique, ni pour la conservation, ni pour l'absence de contamination microbiologique. Le dosage au milligramme requiert une balance analytique à trois décimales, un véhicule de suspension qualifié et un environnement contrôlé. La sécurité d'un médicament ne s'improvise pas.
👁️ L'œil du Docteur en pharmacie : Réglementation et interactions
La naltrexone figure dans le tableau des associations contre-indiquées des médicaments de substitution aux opiacés (Suboxone®, Subutex®, buprénorphine générique, méthadone) publié par l'Ordre national des pharmaciens. Le mécanisme est un antagonisme compétitif au niveau des récepteurs µ, provoquant un syndrome de sevrage précipité si un opioïde est présent dans l'organisme.
En dehors des opioïdes, les interactions cliniquement significatives sont rares. Les antidépresseurs de type ISRS/IRSN (duloxétine, milnacipran, souvent prescrits dans la fibromyalgie) ne sont pas contre-indiqués. La prégabaline (Lyrica®) non plus. Une surveillance hépatique initiale est prudente, la naltrexone étant métabolisée par le foie (bien que les données à faible dose soient rassurantes).
Pour les personnes en cours de suivi pour une dépendance aux opioïdes : le LDN est contre-indiqué. Pour les personnes qui prennent de la codéine, du tramadol ou un autre opioïde prescrit : ne pas arrêter seules. Le RCP de la naltrexone à 50 mg impose une vérification médicale préalable de l'absence d'opioïdes avant toute initiation : il mentionne des délais indicatifs (de l'ordre de 7 à 10 jours, davantage pour la méthadone), mais ce délai dépend de l'opioïde concerné et de la situation individuelle : il ne se détermine pas soi-même, il se fixe avec le médecin.
Pour quel profil en discuter avec son médecin ?
⚖️ Raisonnement cliniqueLe LDN se discute surtout si le tableau évoque douleur, fatigue ou neuroinflammation, jamais comme automédication. Ce n'est pas une solution universelle, et cela ne remplace pas une prise en charge globale.
Voir le détail ↓La question n'est pas « est-ce que le LDN marche ? » mais « est-ce que le LDN cible mes mécanismes spécifiques ? ». C'est le principe fondamental du raisonnement clinique en médecine de précision pour les maladies chroniques complexes.
| Tableau clinique | Pertinence LDN | Priorité relative |
|---|---|---|
| Fibromyalgie avec douleurs diffuses | Modérée à incertaine — mécanismes alignés, mais essais récents non confirmatoires | À discuter après échec, intolérance ou bénéfice insuffisant des approches validées, sans attente forte |
| Covid long avec fatigue, douleurs, brouillard mental | Faible à modérée — signal observationnel, mécanismes cohérents, aucune preuve randomisée publiée | À discuter uniquement comme piste hors AMM, en attendant les résultats randomisés |
| Dysautonomie (dont POTS) | Faible – aucune amélioration significative du score autonomique (COMPASS-31) dans la seule étude disponible, une petite série rétrospective mêlant dysautonomie générale, POTS et stiff-person syndrome | D'autres approches à envisager en priorité |
| EM/SFC isolé | Incertaine — cohérence mécanistique, données insuffisantes | Décision individuelle avec médecin informé |
| Traitement opioïde en cours | Nulle ou très défavorable selon l'opioïde — arbitrage médical obligatoire | Ne pas initier |
Ce dernier point mérite une nuance, car le LDN est parfois proposé dans la dysautonomie. Une étude de 2025 menée dans un centre spécialisé (29 personnes avec dysautonomie, dont des POTS) n'a retrouvé aucune amélioration significative du score d'atteinte autonomique (COMPASS-31) sous LDN ; une amélioration de la douleur n'était documentée que chez environ un quart des personnes, le plus souvent quand existait une composante douloureuse de type fibromyalgie.[21]
Une seule petite étude (29 personnes) ne permet pas de conclure que le LDN n'agit jamais sur le versant autonomique du POTS : elle permet seulement de dire qu'aucun bénéfice autonome clair n'a été démontré à ce jour ; c'est plutôt la composante douleur/inflammation qui peut éventuellement répondre.
En pratique, avant une consultation : notez vos symptômes dominants, listez vos traitements en cours, surtout opioïdes, et identifiez si un bilan inflammatoire usuel a été fait (CRP, ferritine, bilan hépatique et rénal) : ces marqueurs éclairent le bilan général, mais aucun n'est validé comme prédicteur d'une réponse au LDN. Le LDN est une conversation médicale, pas une automédication.
À ce jour, non de façon validée. Aucun biomarqueur ni phénotype clinique n'a démontré une capacité à prédire la réponse au LDN. La douleur, la fatigue, les troubles cognitifs, le sommeil non réparateur ou la dysautonomie peuvent motiver une discussion clinique selon le contexte, mais ne constituent pas des marqueurs de réponse. Les travaux sur TRPM3, la microglie, l'inflammation ou les auto-anticorps autonomiques restent exploratoires et ne permettent pas de guider une prescription individuelle.
Ce qu'on peut dire, et ce qu'on ne peut pas
📊 Synthèse épistémiqueLe bilan honnête est intermédiaire : mécanisme plausible, tolérance plutôt rassurante, efficacité encore incomplètement démontrée. On ne peut pas dire que le LDN marche pour tout le monde, que les preuves suffisent pour en faire un traitement de référence, ou que l'automédication est sans risque.
Voir le détail ↓| Indication | Niveau de preuve | Formulation calibrée |
|---|---|---|
| Fibromyalgie (douleur) | Signal hétérogène — petits essais positifs, essais récents non confirmatoires, INNOVA 2026 négatif | Un effet moyen reste possible dans certains profils, mais les données récentes ne soutiennent pas un usage de routine |
| Fibromyalgie (fatigue, sommeil) | Non concluant — résultats secondaires variables selon les essais | On ne peut pas conclure sur ces paramètres |
| Covid long (ensemble des symptômes) | Préliminaire — méta-analyse 2026 sur 4 études sans contrôle (effets modérés à larges, certitude qualifiée de faible) ; essai randomisé terminé sans résultats publiés | Hypothèse plausible désormais chiffrée, efficacité non démontrée à ce jour |
| EM/SFC | Faible — étude rétrospective de 218 patients + série de cas + données mécanistiques, sans essai randomisé publié | Signal clinique intéressant, efficacité non démontrée |
| Mécanisme (neuroinflammation) | Documenté surtout in vitro + animal | Le mécanisme proposé est biologiquement plausible, mais ne prédit pas une réponse clinique individuelle |
Ce que les données ne permettent pas encore de dire : qui va répondre, à quelle dose optimale, pendant combien de temps, et si les effets sont maintenus à long terme. Dans le Covid long, l'essai randomisé NCT05430152 est terminé ; des résultats préliminaires négatifs sur la fatigue ont été présentés en conférence, en attente de publication.
🧩 Ce que l'on sait, et ce que l'on ne sait pas encore
Ce qui est établi concerne surtout la pharmacologie et la tolérance, tandis que l'efficacité clinique reste variable selon les indications. La naltrexone à faible dose repose sur des mécanismes pharmacologiques distincts de la naltrexone standard : blocage opioïde plus bref, hypothèse de rebond endorphinique, modulation microgliale via TLR4 surtout documentée en préclinique. Dans la fibromyalgie, les essais cliniques sont désormais plus nombreux, mais leurs résultats ne sont pas concordants.
Ce que l'on ne sait pas encore : qui va répondre et qui ne répondra pas, la dose optimale pour chaque profil, la durée de traitement pertinente, et si les effets se maintiennent à long terme.
Dans le Covid long, une méta-analyse 2026 a chiffré des effets poolés prometteurs sur 4 études non contrôlées, tout en qualifiant elle-même cette certitude de preuve de faible ; dans l'EM/SFC, une étude rétrospective de 218 personnes apporte un signal favorable mais non contrôlé, complété par des cas cliniques et des données mécanistiques (canal TRPM3) ; l'essai randomisé NCT05430152 est terminé, avec des résultats préliminaires négatifs sur la fatigue non encore publiés ; l'essai LIFT reste en cours, sans résultat disponible à ce jour.
Une revue narrative de 2026 ayant passé en revue 105 études (dont 15 essais randomisés, toutes indications confondues) résume bien la situation : les premiers résultats favorables des études ouvertes sont rarement répliqués dans les essais contrôlés contre placebo, et les données actuelles ne soutiennent pas un usage de routine. Les auteurs réservent au LDN un rôle pragmatique dans les situations résistantes aux traitements standards, à condition d'en expliquer clairement le statut expérimental.[20]
Ce qu'il faut retenir
La naltrexone à faible dose (LDN) est une piste hors autorisation de mise sur le marché (AMM) documentée, mais son efficacité n'est pas démontrée de façon robuste dans le Covid long ou l'encéphalomyélite myalgique/syndrome de fatigue chronique (EM/SFC), et les essais récents en fibromyalgie sont globalement non confirmatoires. À doses 10 à 30 fois inférieures aux doses standard, la naltrexone pourrait mobiliser une pharmacologie différente : blocage opioïde plus bref, hypothèse de rebond endorphinique, modulation microgliale préclinique via le récepteur de type Toll 4 (TLR4). Cette plausibilité ne suffit pas à prédire une réponse clinique.
La décision d'essayer se prend avec un médecin, en tenant compte du profil individuel, des opioïdes ou antalgiques possibles, des situations d'urgence/chirurgie, d'une grossesse ou d'un allaitement, du bilan hépatique/rénal et de la disponibilité d'une pharmacie de préparation magistrale. Une titration très progressive est indispensable. Un vieux médicament, une pharmacologie plausible, une piste encore incomplète, pas un raccourci thérapeutique.
🎯 À retenir en pratique
Avant de discuter le LDN, listez vos traitements en cours, surtout opioïdes, antalgiques, antitussifs opioïdes, contexte de chirurgie possible, grossesse, allaitement, bilan hépatique/rénal et objectifs réalistes : douleur, sommeil, fatigue ou tolérance à l'effort.
Le LDN reste une prescription hors AMM à titration lente. L'amélioration n'est ni garantie ni immédiate ; l'intérêt éventuel se juge sur une trajectoire documentée, pas sur une promesse de traitement de fond du Covid long ou de l'EM/SFC.
Questions fréquentes
Le LDN est-il efficace dans la fibromyalgie ?
C'est l'indication la mieux étudiée, mais les résultats restent partagés et de plus en plus prudents. Une méta-analyse publiée en 2024 dans The Korean Journal of Pain, portant sur 4 essais randomisés (222 personnes), retrouve une réduction significative de la douleur sous naltrexone faible dose, sans bénéfice clair sur la fatigue ni sur le questionnaire d'impact de la fibromyalgie (FIQR).[18]
Mais Bested 2023, FINAL 2024 et INNOVA 2026 n'ont pas confirmé de bénéfice clinique net sur la douleur ou les symptômes.[13][14][22] Le LDN reste une piste hors AMM documentée, non validée comme traitement de référence : c'est une conversation à avoir avec un médecin, pas une automédication.
Le LDN aide-t-il contre la fatigue chronique et le Covid long ?
Le signal reste préliminaire, mais désormais chiffré. Une méta-analyse publiée en 2026 sur 4 études sans groupe contrôle (155 personnes au total) retrouve des effets modérés à larges sur la fatigue, la douleur, le sommeil et le fonctionnement quotidien, tout en qualifiant elle-même ce niveau de preuve de faible.[23] Une revue de cartographie des traitements candidats publiée la même année classe aussi le LDN parmi les pistes à faible niveau de certitude, sans essai randomisé spécifique encore publié.[19]
L'essai randomisé canadien (NCT05430152), terminé en février 2026, a fait l'objet de résultats préliminaires négatifs sur la fatigue présentés en conférence, non encore publiés. Dans l'encéphalomyélite myalgique / syndrome de fatigue chronique, une étude rétrospective portant sur 218 patients rapporte un signal favorable, mais son absence de groupe placebo empêche d'en déduire une efficacité. Des travaux mécanistiques sur TRPM3 et des cas cliniques complètent ce signal. Des essais randomisés sont maintenant en cours.
Le LDN est-il disponible en pharmacie en France ?
Non sous forme de spécialité commerciale. Le LDN nécessite une préparation magistrale dans une pharmacie équipée d'un laboratoire de préparation conforme aux Bonnes Pratiques de Préparation de l'ANSM. Il faut une ordonnance médicale. Tout médecin peut prescrire, sans restriction de spécialité. Le coût varie entre 30 et 60 €/mois selon la pharmacie et la forme.
Combien de temps avant de voir un effet ?
La vitesse de titration et le délai avant réévaluation ne sont pas standardisés : ils sont individualisés par le prescripteur selon l'indication et la tolérance, sur une échelle typique de plusieurs semaines à quelques mois. Certains paramètres comme la douleur peuvent évoluer plus rapidement. D'autres comme l'énergie ou la clarté mentale demandent plus de temps. L'absence d'amélioration à 3 mois est un signal d'arrêt raisonnable à discuter avec votre médecin. Tracer vos ressentis quotidiennement (avec Boussole ou un carnet) permet de documenter les évolutions sans les surinterpréter.
Peut-on associer le LDN à d'autres traitements ?
Le LDN est généralement bien toléré en association, mais les opioïdes sont le point critique. Les morphiniques de palier III, les agonistes-antagonistes et les traitements de substitution comme la buprénorphine ou la méthadone sont contre-indiqués avec la naltrexone. La codéine, la dihydrocodéine et le tramadol nécessitent aussi un arbitrage médical strict. Les antidépresseurs de type ISRS ou IRSN (duloxétine, milnacipran), souvent prescrits dans la fibromyalgie, ne sont pas contre-indiqués. La prégabaline non plus. Informez toujours votre médecin de l'ensemble de vos traitements.
Que faire en cas de chirurgie, urgence ou douleur aiguë ?
Prévenez tout médecin, urgentiste, chirurgien, anesthésiste ou dentiste si vous prenez ou avez pris récemment du LDN. La naltrexone peut bloquer l'effet des antalgiques opioïdes. En urgence, si un opioïde devient nécessaire, les doses usuelles peuvent être insuffisantes et la surveillance doit être hospitalière et spécialisée. N'arrêtez pas seul un opioïde prescrit pour pouvoir essayer le LDN.
Le LDN est-il compatible avec grossesse ou allaitement ?
Les données du RCP de la naltrexone standard restent limitées pendant la grossesse. Les données cliniques pendant l'allaitement sont également insuffisantes : la naltrexone et son métabolite 6β-naltrexol ont été détectés dans le lait maternel, et le RCP prévoit une utilisation uniquement si le prescripteur estime que le bénéfice potentiel dépasse le risque éventuel. Pour un usage hors AMM à faible dose, la décision doit donc être individualisée : grossesse, projet de grossesse ou allaitement doivent être discutés explicitement avec le médecin avant toute prescription.
Peut-on préparer le LDN soi-même en diluant des comprimés à 50 mg ?
Non. Le chlorhydrate de naltrexone est en réalité très soluble dans l'eau : ce n'est pas la solubilité qui pose problème, mais l'absence de procédure validée à domicile. Sans balance analytique à trois décimales, sans véhicule de suspension qualifié et sans contrôle qualité, rien ne garantit la précision de la dose, la conservation dans le temps ni l'absence de contamination microbiologique. Une pharmacie de préparation magistrale maîtrise ces trois points sous contrôle pharmaceutique. C'est une question de sécurité, pas de praticité, et cela s'applique même si des tutoriels en ligne prétendent le contraire.
Suivez votre énergie, votre sommeil et votre douleur
Boussole vous permet de documenter vos ressentis jour après jour et de garder des repères lisibles à partager avec votre médecin.
Essayer gratuitement →Sources
- Younger J, Noor N, McCue R, Mackey S. Low-dose naltrexone for the treatment of fibromyalgia: findings of a small, randomized, double-blind, placebo-controlled, counterbalanced, crossover trial assessing daily pain levels. Arthritis Rheum. 2013;65(2):529-38. Younger et al., 2013 — PubMed
- Metyas S, Chen CL, Yeter K, Solyman J, Arkfeld DG. Low Dose Naltrexone in the Treatment of Fibromyalgia. Curr Rheumatol Rev. 2018;14(2):177-180. Metyas et al., 2018 — PubMed
- Moser U. Low-Dose Naltrexone for Severe Fibromyalgia Syndrome: A Report of a Case With Two-Year Follow-Up. Cureus. 2025;17(5):e83824. Moser, 2025 — PubMed
- Varrassi G et al. Is Fibromyalgia a Fashionable Diagnosis or a Medical Mystery? Cureus. 2023;15(9):e44852. Varrassi et al., 2023 — PubMed
- O'Kelly B, Vidal L, McHugh T et al. Safety and efficacy of low dose naltrexone in a long covid cohort; an interventional pre-post study. Brain Behav Immun Health. 2022;24:100485. O'Kelly et al., 2022 — PubMed
- Hurt RT et al. Longitudinal Progression of Patients with Long COVID Treated in a Post-COVID Clinic: A Cross-Sectional Survey. J Prim Care Community Health. 2024;15:21501319241258671. Hurt et al., 2024 — PubMed
- Livieratos A, Gogos C, Akinosoglou K. Beyond Antivirals: Alternative Therapies for Long COVID. Viruses. 2024;16(11):1795. Livieratos et al., 2024 — PubMed
- Dietz TK, Brondstater KN. Long COVID management: a mini review of current recommendations and underutilized modalities. Front Med (Lausanne). 2024;11:1430444. Dietz & Brondstater, 2024 — PubMed
- Kučić N et al. Immunometabolic Modulatory Role of Naltrexone in BV-2 Microglia Cells. Int J Mol Sci. 2021;22(16):8429. Kučić et al., 2021 — PubMed
- Kwilasz AJ et al. Experimental autoimmune encephalopathy (EAE)-induced hippocampal neuroinflammation and memory deficits are prevented with the non-opioid TLR2/TLR4 antagonist (+)-naltrexone. Behav Brain Res. 2021;396:112896. Kwilasz et al., 2021 — PubMed
- Naik H et al. Low-dose naltrexone for post-COVID fatigue syndrome: a study protocol for a double-blind, randomised trial in British Columbia. BMJ Open. 2024;14(5):e085272. Naik et al., 2024 — PubMed
- Bolton MJ, Chapman BP, Van Marwijk H. Low-dose naltrexone as a treatment for chronic fatigue syndrome. BMJ Case Rep. 2020;13(1):e232502. Bolton et al., 2020 — PubMed
- Bested K, Jensen LM, Andresen T, Tarp G et al. Low-dose naltrexone for treatment of pain in patients with fibromyalgia: a randomized, double-blind, placebo-controlled, crossover study. Pain Rep. 2023;8:e1080. Bested et al., 2023 — PubMed
- Due Bruun K, Christensen R, Amris K, Vaegter HB et al. Naltrexone 6 mg once daily versus placebo in women with fibromyalgia: a randomised, double-blind, placebo-controlled trial. Lancet Rheumatol. 2024;6:e31-e39. Due Bruun et al., 2024 — PubMed
- Nazir MH, Mehboob U, Farhan M, Patel T et al. Efficacy and safety of low-dose naltrexone (LDN) in fibromyalgia: a systematic review and meta-analysis. Ann Med Surg (Lond). 2025;87(5):2928-2935. Nazir et al., 2025 — PubMed
- Low-dose Naltrexone for Post-COVID Fatigue Syndrome. ClinicalTrials.gov NCT05430152. Statut consulté le 16/09/2026 : étude terminée, résultats non déposés sur le registre ; résultats préliminaires négatifs annoncés par ailleurs (cf. source 28). ClinicalTrials.gov (NCT05430152)
- Base de données publique des médicaments. NALTREXONE ACCORD 50 mg, comprimé pelliculé sécable — Résumé des caractéristiques du produit. Contre-indications, interactions opioïdes, douleur aiguë, précautions hépatiques/rénales, grossesse et allaitement. BDPM — RCP naltrexone
- Vatvani AD, Patel P, Hariyanto TI, Yanto TA. Efficacy and safety of low-dose naltrexone for the management of fibromyalgia: a systematic review and meta-analysis of randomized controlled trials with trial sequential analysis. Korean J Pain. 2024;37(4):367-378. Vatvani et al., 2024 — PubMed · DOI
- Baptista SN, Atkins T, Chakraborty S, Bakhit M, Glasziou P, Byambasuren O. Candidate treatments for long COVID: a narrative review of expert and patient-driven priorities. Front Med (Lausanne). 2026;13:1734600. Baptista et al., 2026 — PubMed · DOI
- Gouda AHK, Aitcheson NEC, Steadman KJ. Low-Dose Naltrexone: What is the Evidence? A Narrative Review. Adv Ther. 2026. Gouda et al., 2026 — PubMed · DOI
- Zapata N, Georgiadi E, Cantrell C, Rilinger RG, Levine MA, Wilson R. Low-Dose Naltrexone for Managing Pain and Autonomic Symptoms in Patients With Dysautonomia. Cureus. 2025;17(6):e86538. Zapata et al., 2025 — PubMed · DOI
- Rodríguez-Freire C, Navarrete J, Rozadilla-Sacanell A, Sanabria-Mazo JP, Del Pino-Gaya B, Borràs X et al. Efficacy of Low-Dose Naltrexone in Women With Fibromyalgia Syndrome: A 12-Month Randomised, Double-Blind, Placebo-Controlled Single-Centre Clinical Trial (INNOVA Study). Eur J Pain. 2026;30(6):e70321. PMID 42385209 — PubMed · DOI 10.1002/ejp.70321
- Byambasuren O, Atkins T, Baptista S, Glasziou P, Chakraborty S. Effect of low-dose naltrexone for long COVID: a systematic review and meta-analysis. BMJ Open. 2026;16(7):e111253. Byambasuren et al., 2026 — PubMed · DOI 10.1136/bmjopen-2025-111253
- Polo O, Pesonen P, Tuominen E. Low-dose naltrexone in the treatment of myalgic encephalomyelitis/chronic fatigue syndrome (ME/CFS). Fatigue: Biomedicine, Health & Behavior. 2019;7(4):207-217. Polo et al., 2019 — DOI
- Cabanas H, Muraki K, Eaton-Fitch N, Staines DR, Marshall-Gradisnik S. Potential Therapeutic Benefit of Low Dose Naltrexone in Myalgic Encephalomyelitis/Chronic Fatigue Syndrome: Role of Transient Receptor Potential Melastatin 3 Ion Channels in Pathophysiology and Treatment. Front Immunol. 2021;12:687806. Cabanas et al., 2021 — PubMed · DOI
- Meadows D, Squires J, Dibble J et al. Pyridostigmine and low-dose naltrexone for ME/CFS: study protocol for the Life Improvement Trial (LIFT), a randomized, double-blind, placebo-controlled clinical trial. Trials. 2026. ClinicalTrials.gov NCT06366724. DOI 10.1186/s13063-026-09943-6
- Nielsen MJ, Vaegter HB, Bruun KD. Symptom Response to Low-Dose Naltrexone in Fibromyalgia: An Exploratory Analysis of the Randomized Placebo-Controlled FINAL Trial. Pain Manag Nurs. 2026. PubMed PMID 42586891
- ME Association. Treatment: Clinical trials into the use of LDN in ME/CFS, Long Covid and Fibromyalgia. 17/08/2026 : rapporte des résultats préliminaires négatifs de l'essai NCT05430152 (Dr Luis Nacul et coll.), présentés en conférence, manuscrit en cours de soumission. ME Association, 08/2026
- Isman A, Nyquist A, Strecker B, Harinath G, Lee V, Zhang X, Zalzala S. Low-dose naltrexone and NAD+ for the treatment of patients with persistent fatigue symptoms after COVID-19. Brain Behav Immun Health. 2024;36:100733. Isman et al., 2024 — PubMed · DOI
- Wang X, Zhang Y, Peng Y, Hutchinson MR, Rice KC, Yin H, Watkins LR. Pharmacological characterization of the opioid inactive isomers (+)-naltrexone and (+)-naloxone as antagonists of toll-like receptor 4. Br J Pharmacol. 2016;173(5):856-69. Wang et al., 2016 — PubMed · DOI
- Hutchinson MR et al. Non-stereoselective reversal of neuropathic pain by naloxone and naltrexone: involvement of toll-like receptor 4 (TLR4). Eur J Neurosci. 2008;28(1):20-9. Hutchinson et al., 2008 — PubMed · DOI