Patch à la nicotine et Covid long : une hypothèse sérieuse, une preuve encore incomplète
Depuis 2020, une observation épidémiologique paradoxale a alimenté une hypothèse ambitieuse : les récepteurs nicotiniques (nAChR) pourraient jouer un rôle central dans le Covid long. Des milliers de personnes malades ont commencé à tester des patchs à la nicotine à faible dose, parfois avec des résultats frappants. Mais qu'est-ce que la science dit vraiment ? Entre mécanisme biologique plausible, données cliniques préliminaires et absence de RCT, voici un état des lieux rigoureux.
⚡ L'essentiel en 4 points
Hypothèse mécanistique solide
Le spike du SARS-CoV-2 présente une séquence homologue aux toxines de serpent avec affinité pour les nAChR. Ce blocage pourrait expliquer dysautonomie, brouillard mental et fatigue chronique.
Données cliniques préliminaires
Série de 4 cas avec améliorations rapides, enquête sur 231 utilisateurs (73,5 % d'amélioration significative), et un cas d'imagerie PET documentant des changements de récepteurs. Pas de RCT.
Mécanisme orthostérique infirmé
L'idée que la nicotine "déplace le spike" des sites orthostériques α7 est infirmée (PNAS 2022). Le mécanisme le mieux documenté est un downregulation par compétition pour les chaperonnes RIC3/Bcl-2 (ACS Chem Neurosci 2023).
Pas de recommandation possible
L'absence de RCT et les contre-indications sérieuses (POTS hyperadrénergique, cardiopathies) rendent impossible toute recommandation clinique. À discuter avec son professionnel de santé.
📖 Termes de référence
- Récepteurs nicotiniques (nAChR) = Nicotinic Acetylcholine Receptors (nAChR)
- Voie cholinergique anti-inflammatoire (CAP) = Cholinergic Anti-inflammatory Pathway (CAP)
- Acétylcholine (ACh) = Acetylcholine (ACh)
- Glycoprotéine spike (SGP) = Spike Glycoprotein (SGP)
- Nicotine transdermique à faible dose (LDTN) = Low-Dose Transdermal Nicotine (LDTN)
- Tomographie par émission de positons (TEP) = Positron Emission Tomography (PET)
- POTS = Postural Orthostatic Tachycardia Syndrome
- Essai contrôlé randomisé (ECR) = Randomized Controlled Trial (RCT)
- Facteur nucléaire kappa B (NF-κB) = Nuclear Factor kappa B (NF-κB)
L'observation qui a tout déclenché
🟠 Association documentée — méta-analyse 22 étudesEn 2020, quand les premières données chinoises arrivent, une anomalie statistique attire l'attention. Les fumeurs semblent sous-représentés parmi les patients hospitalisés pour Covid-19 — environ un quart de la prévalence attendue en population générale selon une méta-analyse portant sur 7 162 patients.[3] L'hypothèse que la nicotine pourrait jouer un rôle protecteur commence à circuler.
Mais une nuance est indispensable dès le départ : le tabagisme aggrave les formes sévères de Covid-19. Une autre méta-analyse montre un odds ratio de 2,25 pour les antécédents tabagiques en termes de progression vers une forme grave.[4] Ces deux données ne sont pas contradictoires — elles distinguent la nicotine isolée de la fumée de cigarette. Cette distinction est fondamentale pour la suite.
La fumée de cigarette et le patch nicotinique représentent deux expositions pharmacologiquement distinctes. L'observation initiale portait sur les fumeurs, pas sur les utilisateurs de patches.
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La nicotine n'est pas le tabac
🟢 Preuve établie — pharmacologie cliniqueLa nicotine est un alcaloïde naturel présent dans le tabac, mais aussi dans d'autres solanacées (tomates, aubergines, pommes de terre) à des concentrations très faibles. En tant que molécule isolée, son profil de risque est très différent de celui de la fumée.[13]
Lorsqu'elle est délivrée par voie transdermique, la nicotine présente trois propriétés clés qui la distinguent radicalement de l'usage tabagique. D'abord, les taux sanguins sont stables et continus — sans les pics rapides responsables de la récompense dopaminergique et du développement de la dépendance. Ensuite, les données de pharmacovigilance sur les thérapies de remplacement nicotinique (NRT) transdermiques chez des non-fumeurs n'identifient pas de signal de dépendance comportementale significatif après arrêt, contrairement aux formes inhalées.[13] Enfin, le patch ne produit pas de monoxyde de carbone, de composés thrombogènes ni de carcinogènes — les produits qui font du tabagisme un facteur de risque cardiovasculaire et oncologique.[4]
La question "la nicotine est-elle dangereuse ?" mérite donc d'être posée séparément de la question "le tabac est-il dangereux ?". La réponse à la seconde est un oui catégorique. La réponse à la première est plus nuancée, dépend de la dose, du profil clinique du patient, et de la voie d'administration.
Les nAChR : des récepteurs au carrefour de tout
🟢 Preuve établie — neurobiologie fondamentalePour comprendre l'hypothèse nicotinique, il faut d'abord comprendre ce que font les récepteurs nicotiniques à l'acétylcholine (nAChR). Ces récepteurs ionotropiques pentamériques sont présents dans quasi toutes les cellules du corps — pas seulement dans les neurones. On les retrouve dans les mitochondries, les lymphocytes B, les mastocytes, les érythrocytes, les plaquettes, l'endothélium et les jonctions neuromusculaires.[6]
La voie cholinergique anti-inflammatoire (CAP) est l'une de leurs fonctions les plus importantes. Schématiquement : quand une inflammation débute, des signaux afférents remontent via le nerf vague jusqu'au tronc cérébral. En retour, le nerf vague libère de l'acétylcholine au site de l'inflammation. Cette ACh se fixe sur les α7nAChR des macrophages et lymphocytes, bloquant l'activation du facteur de transcription NF-κB — le principal chef d'orchestre de la production de cytokines pro-inflammatoires.[8]
La voie CAP utilise le nerf vague pour freiner l'inflammation via l'acétylcholine et les α7 nAChR. Le SARS-CoV-2 altère la disponibilité de ces récepteurs par plusieurs mécanismes (détaillés en §6) — dont le downregulation par compétition de chaperonnes, confirmé expérimentalement.
Ce mécanisme, documenté par les travaux fondateurs de Tracey et Borovikova, établit que le tonus vagal détermine directement la capacité de l'organisme à freiner une réaction inflammatoire. Des personnes avec un tonus vagal déprimé — ce qui est le cas dans de nombreuses pathologies chroniques — ont une CAP moins efficace, ce qui pourrait expliquer leur vulnérabilité aux formes sévères de Covid-19.[1]
La nicotine se fixe sur ces mêmes nAChR avec une affinité allant jusqu'à 30 fois supérieure à celle de l'acétylcholine pour les sous-types α7.[5] C'est ce rapport pharmacocinétique qui fonde l'intérêt thérapeutique potentiel.
L'hypothèse nicotinique du Covid long
🟠 Association documentée — modélisation in silico et in vitroEn 2020, Changeux et al. proposent l'hypothèse nicotinique du Covid-19 : la glycoprotéine spike du SARS-CoV-2 contiendrait une séquence d'acides aminés homologue aux toxines de venin de serpent (cobras, Bungarus) — des molécules connues pour bloquer les nAChR. Cette séquence PRRA, localisée à l'interface S1/S2 du spike, aurait une affinité computationnelle pour les récepteurs α9 et α7.[2]
Leitzke développe cette hypothèse en deux temps. D'abord, en 2020, il montre que le tonus vagal détermine la sévérité des formes aigues de Covid-19 via la voie CAP.[1] Puis, en 2023, il propose que le blocage persistant des nAChR par le spike résiduel dans les tissus pourrait être la cause centrale du Covid long — expliquant la quasi-totalité des symptômes par un déficit de neuromodulation cholinergique.[5]
L'extension naturelle de cette hypothèse est systémique et convaincante sur le plan de la cohérence. Dans l'étude de 2025, Leitzke et al. détaillent comment le blocage des nAChR sur différents types cellulaires pourrait expliquer chaque symptôme du Covid long : l'altération des nAChR mitochondriaux expliquerait le déficit énergétique et le malaise post-effort, le blocage des nAChR des lymphocytes B expliquerait le dérapage auto-immun, celui des nAChR mastocytaires expliquerait le SAMA (syndrome d'activation mastocytaire), celui des nAChR érythrocytaires expliquerait la dyspnée sans cause pulmonaire, et celui des nAChR intracardiaques expliquerait le POTS.[6]
Selon l'hypothèse de Leitzke et al. (2025), le blocage multisystémique des nAChR par le spike résiduel fournirait une explication unifiée à l'ensemble des symptômes du Covid long — hypothèse plausible, pas encore prouvée causalement.
Cette hypothèse unifiée est intellectuellement séduisante. Elle donne une cohérence mécanistique à une constellation de symptômes qui semblaient disparates. Elle est également extensible à d'autres syndromes post-viraux : d'autres virus (HIV-1, EBV, virus de la rage) présentent des séquences avec affinité pour les nAChR, ce qui pourrait expliquer certains syndromes post-infectieux chroniques indépendants du SARS-CoV-2.[14]
Ce que les données cliniques disent réellement
🔴 Signal préliminaire — séries de cas, pas de RCTIci, la rigueur méthodologique s'impose. Le corpus clinique disponible fin 2025 comporte trois niveaux de données, dont aucun ne constitue une preuve au sens médical du terme.
La série de 4 cas (Leitzke, 2023)
Quatre personnes non-fumeuses, PCR SARS-CoV-2 confirmées, présentant des symptômes de Covid long persistants (faiblesse, dyspnée, anosmie, agueusie, troubles cognitifs). Toutes reçoivent un patch à 7,5 mg/24h le matin.[5] Résultats : faiblesse et intolérance à l'effort résolues avant J6 chez tous. Anosmie et agueusie résolues entre J13 et J16. Pas de rechute sur 3 à 6 mois de suivi.
Le cas 3 est particulièrement instructif : ce patient prend par erreur le double de la dose recommandée (15 mg), ce qui provoque des vomissements intolérables et un arrêt à 10h. Pourtant, ses symptômes continuent à diminuer et disparaissent au J15 — ce qui, selon Leitzke, illustre une relation dose-réponse cohérente avec l'hypothèse.
Limites majeures : pas de groupe contrôle, pas d'insu, composante psychosomatique non exclue (Leitzke le reconnaît lui-même). Une série de 4 cas ne permet aucune conclusion générale.
Le cas d'imagerie PET Flubatine (Leitzke et al., 2025)
Une enseignante de 44 ans, Covid long depuis 3,5 ans, incapable de parler de façon fluide. Deux TEP corps entier avec traceur ¹⁸F-Flubatine spécifique des α4β2 nAChR : une avant et une après 7 jours de LDTN à 7 mg/24h (réalisée 7 jours après l'arrêt pour exclure l'effet direct de la nicotine sur la densité des récepteurs).[6]
Résultat : augmentation du volume de distribution (VT) de 7,6 % dans le cerveau, 7,4 % dans les muscles, 39,2 % dans les vertèbres. Ces chiffres sont dans la même plage que les différences mesurées entre Alzheimer léger et sujets sains avec ce même traceur (1-10 %). À J29, seuls vertiges légers et yeux irrités persistent. L'orthophonie est complètement restaurée.
Ce N=1 est le premier biomarqueur objectif du corpus. Il ne prouve pas la causalité mais il démontre qu'une modification mesurable de la disponibilité des nAChR suit l'administration de LDTN chez une patiente avec Covid long.
L'enquête sur 231 utilisateurs (2025)
73,5 % des participants rapportent une amélioration significative de leurs symptômes. Rémission dans environ un tiers des cas. Les biais sont importants : population autosélectionnée dans un groupe Facebook de soutien, pas de groupe contrôle, évaluation rétrospective subjective.[6] Le groupe "The Nicotine Patch Test" comptait 37 400 membres fin 2025.
La revue Baptista et al. (2026) — la perspective la plus rigoureuse
Cette revue narrative publiée dans Frontiers in Medicine identifie la nicotine parmi les 14 candidats thérapeutiques prioritaires du Covid long — sélectionnés à la fois par des cliniciens et des personnes vivant avec la maladie. Sa conclusion est nette : la nicotine présente une plausibilité biologique et une acceptabilité suffisantes pour être testée en RCT, mais les données directes sont insuffisantes pour toute recommandation clinique.[12]
C'est l'état honnête de la science en mars 2026 : un signal qui mérite d'être exploré, pas une thérapeutique validée.
👁️ L'œil du Docteur en pharmacie
La "displacement theory" — selon laquelle la nicotine déplacerait directement le spike des sites orthostériques α7 — a été mise à l'épreuve expérimentalement en 2022. L'étude de Godellas, Cymes et Grosman (PNAS) montre que le spike du SARS-CoV-2 ne déplace pas le ligand radioactif des sites orthostériques α7 de façon significative, et qu'il n'affecte pas les courants α7.[7] Le mécanisme narratif simplifié est donc probablement inexact.
Ce que Leitzke et al. (2025) répondent : α7 présente peut-être une affinité plus faible pour le spike que α4β2, ce qui expliquerait la non-détection. D'autres études confirment une interaction avec des sites allostériques plutôt qu'orthostériques. La nicotine pourrait agir via plusieurs voies simultanées : activation de la voie CAP, modulation de la neuroinflammation, régulation de l'immunité des lymphocytes B et des mastocytes.[8][9]
En pharmacologie, un mécanisme d'action inexactement décrit n'invalide pas l'effet clinique. Le fait que la "displacement theory" soit simpliste ne signifie pas que le patch est sans effet — cela signifie que nous ne comprenons pas encore précisément comment il agit.
Mécanismes complémentaires : downregulation, désensibilisation, auto-anticorps et nerf vague
🟠 Association documentée — études observationnelles et RCT piloteL'hypothèse de Leitzke — blocage direct des nAChR par le spike — n'est pas la seule piste mécanistique documentée dans le Covid long. Trois voies complémentaires méritent d'être mentionnées, car elles pourraient expliquer pourquoi certains profils répondent mieux que d'autres à la LDTN.
Auto-anticorps contre les récepteurs autonomes
Une étude allemande portant sur 72 patients Covid long vs 58 post-COVID sans syndrome persistant a identifié des taux significativement plus élevés d'auto-anticorps contre les récepteurs muscariniques M3/M4 (CHRM3/CHRM4) et les récepteurs β1/β2 adrénergiques dans le groupe Covid long (p=2,1×10⁻⁷).[16] Les taux de CHRM3 corrèlent positivement avec l'intensité de la fatigue (Chalder Fatigue Scale, r=0,37), et les taux d'ARB1/ARB2 corrèlent négativement avec la vitesse psychomotrice et l'attention (Trail Making Test A/B).
Une seconde étude autrichienne (N=100) confirme des taux élevés d'auto-anticorps anti-ETAR (récepteur de l'endothéline A), avec corrélation aux limitations fonctionnelles auto-rapportées.[17]
Point critique : ces auto-anticorps ciblent des récepteurs muscariniques et adrénergiques — pas des nAChR nicotiniques. L'analogie avec la myasthénie grave (ciblage direct des nAChR) est donc inexacte. Ces deux systèmes sont néanmoins interconnectés : un dysfonctionnement muscarinique entrave la signalisation cholinergique globale, ce qui peut potentialiser l'effet d'un blocage nicotinique parallèle.
Downregulation par compétition pour les protéines chaperonnes
C'est le mécanisme le plus solide et le mieux documenté à ce jour. Une étude NIH-funded de l'Université de Pittsburgh publiée dans ACS Chemical Neuroscience identifie un mécanisme de downregulation direct, indépendant du site orthostérique et indépendant de toute désensibilisation.[20]
Le spike du SARS-CoV-2 contient dans son domaine S2 — la région "spike neck" — un segment hélicoïdal (L1145-L1152) homologue au motif intracellulaire du α7nAChR (L411-V418) qui se fixe aux protéines chaperonnes RIC3 et Bcl-2. Ces deux protéines sont indispensables pour que le α7 soit correctement replié et adressé à la membrane cellulaire. En mimant ce motif, le spike entre en compétition pour la fixation de RIC3 et Bcl-2, détournant le trafic intracellulaire du récepteur — avec pour conséquence une réduction mesurable des α7nAChR fonctionnels en surface cellulaire, sans modification des pools intracellulaires.
Deux confirmations expérimentales solides : (1) la mutation triple du segment hélicoïdal du spike (L1145A-F1148A-L1152A) abolit presque totalement l'effet de downregulation ; (2) le spike S12 co-immunoprécipite RIC3, confirmant la compétition directe. Ce mécanisme est donc distinct et orthogonal au blocage orthostérique (infirmé par Godellas/Grosman) et à la désensibilisation fonctionnelle. La réduction n'implique pas un récepteur épuisé ou bloqué — elle implique un récepteur qui n'arrive tout simplement pas à la membrane en nombre suffisant.
Les auteurs notent explicitement que ce mécanisme fournit une base pour comprendre certains symptômes du Covid long et pour repenser la conception des vaccins à ARNm — une perspective thérapeutique directement liée à la question du patch nicotinique : si la nicotine augmente le nombre de sites de liaison disponibles, c'est peut-être en partie parce qu'elle pourrait contrebalancer ce déficit de surface en saturant les chaperonnes RIC3/Bcl-2 différemment du spike — hypothèse qui reste à confirmer expérimentalement.
Les trois mécanismes d'altération des α7 nAChR par le SARS-CoV-2. Le blocage orthostérique direct a été infirmé expérimentalement. La désensibilisation est un mécanisme pharmacologique connu mais non prouvé dans le Covid long. Le downregulation par compétition de chaperonnes est le mécanisme le mieux documenté à ce jour.
Désensibilisation fonctionnelle des α7 nAChR — une nuance importante
Contrairement à l'intuition, la désensibilisation des α7 n'est pas une panne : dans les macrophages et les cellules immunitaires, les récepteurs agissent davantage comme des récepteurs métabotropiques que comme des canaux ioniques. Les états non-conducteurs désensibilisés sont précisément les états qui déclenchent la signalisation anti-inflammatoire intracellulaire (inhibition de NF-κB, JAK2/STAT3, HMGB1/RAGE).[18] Des agonistes silencieux comme NS6740, qui stabilisent délibérément cet état non-conducteur, produisent des effets anti-inflammatoires et analgésiques robustes sans activation ionique préalable.
L'hypothèse que l'inflammation chronique du Covid long induirait une désensibilisation excessive reste biologiquement plausible. Mais à ce jour, aucune étude publiée n'a mesuré directement la densité ou l'état fonctionnel des nAChR dans le tissu de patients Covid long (à l'exception du N=1 de Leitzke par TEP-Flubatine, qui porte sur les α4β2). Ce mécanisme reste une extrapolation pharmacologique, pas une donnée clinique établie.
Stimulation du nerf vague (VNS)
La stimulation vagale auriculo-transcutanée (taVNS) active la même voie CAP que la nicotine — elle représente donc une approche parallèle cohérente avec l'hypothèse cholinergique. Un RCT pilote brésilien (N=21, hospitalisés COVID-19 aigu) montre une réduction significative de la CRP dans le groupe actif vs sham (p=0,04), avec amélioration de la mémoire et de l'attention à 14 jours.[19] Ces résultats portent sur la phase aiguë, pas sur le Covid long — mais ils établissent la preuve de concept de la modulation vagale dans le contexte SARS-CoV-2.
Pour qui — et avec quelles précautions
🟠 Association documentée — données de pharmacovigilance NRTSynthèse des profils issus de la littérature disponible. Ces données ne constituent pas une recommandation clinique — l'évaluation individuelle par un professionnel de santé reste indispensable.
Le POTS hyperadrénergique mérite une mention particulière. La nicotine stimule le système nerveux sympathique via la libération de norépinéphrine. Pour les personnes atteintes du sous-type hyperadrénergique de POTS — caractérisé par un excès de norépinéphrine en circulation — cet effet sympathomimétique pourrait aggraver les symptômes au lieu de les améliorer. Janna Moen (Yale), chercheuse qui utilise elle-même des patches pour son Covid long, conseille explicitement d'éviter cet usage pour ce profil.[15]
La revue de Sinkevicius et al. (2025) rappelle également que si les études cliniques sur les NRT (nicotine replacement therapies) chez des personnes avec maladie coronarienne stable ne montrent pas d'augmentation du risque cardiovasculaire, la prudence reste de mise en dehors des indications validées.[13]
Comment c'est utilisé en pratique
🔴 Signal préliminaire — protocoles empiriques sans validation RCTDes milliers de personnes atteintes de Covid long ont expérimenté cette approche, principalement via le groupe Facebook "The Nicotine Patch Test" (37 400 membres fin 2025). Les protocoles utilisés sont empiriques et convergent sur quelques principes.
Le point essentiel est que les patches disponibles sans ordonnance sont dosés pour des fumeurs lourdement dépendants. Pour une personne n'ayant jamais fumé, commencer avec un patch à 7 mg constitue déjà un dosage significatif. Les praticiens qui utilisent cette approche recommandent des doses encore plus basses pour les premières heures, une progression très lente, et une surveillance attentive des réactions.[5]
Les effets indésirables les plus fréquents sont les nausées, les palpitations, les maux de tête et les troubles du sommeil si le patch est porté la nuit. Ils disparaissent généralement à l'arrêt du patch et tendent à diminuer avec l'adaptation progressive au dosage.
Cette information ne constitue pas un guide d'automédication. L'approche doit impérativement être discutée avec un professionnel de santé, qui sera le seul à pouvoir évaluer les interactions médicamenteuses, les contre-indications liées au profil clinique, et la pertinence de cette piste dans un contexte de prise en charge globale du Covid long.
Ce qu'on attend de la recherche
🔴 Signal préliminaire — essais en cours de conceptionL'étape incontournable est un essai contrôlé randomisé (RCT) en double aveugle avec groupe placebo. Leitzke signale que cette étude est en préparation, mais que le financement n'est pas encore assuré.[5] La communauté scientifique reconnaît la plausibilité biologique mais exige des données contrôlées avant toute recommandation.
Au-delà du RCT, des questions de recherche fondamentales restent ouvertes. Quel sous-type de nAChR est impliqué de façon prépondérante ? Quel sous-type de Covid long répond le mieux ? Quelle est la durée optimale de traitement ? Et — question plus large — peut-on développer des agonistes sélectifs de sous-types spécifiques qui obtiendraient les bénéfices de la nicotine sans ses risques ?
Cette dernière question illustre pourquoi la recherche sur la nicotine dans le Covid long dépasse la seule question thérapeutique immédiate. Si le mécanisme est compris avec précision, il pourrait ouvrir une classe thérapeutique entière pour les syndromes post-viraux — y compris ceux liés à d'autres virus qui présentent des séquences avec affinité pour les nAChR.[14]
🧩 Ce que l'on sait — et ce que l'on ne sait pas encore
Ce qui est établi : les récepteurs nicotiniques jouent un rôle central dans la régulation de l'inflammation (voie CAP), la neuromodulation, l'immunité et le système nerveux autonome. Le SARS-CoV-2 interagit avec les nAChR via une séquence de la protéine spike. Le tonus vagal déprimé est associé aux formes sévères de Covid-19. La nicotine transdermique est pharmacologiquement distincte du tabac et présente un profil de sécurité acceptable chez les non-fumeurs.
Ce qui est probable mais non prouvé : la persistance du spike dans les tissus post-infection altèrerait durablement la disponibilité des α7 nAChR en surface cellulaire — via compétition pour les chaperonnes RIC3/Bcl-2 et possiblement d'autres mécanismes — expliquant les symptômes du Covid long. La LDTN pourrait contrebalancer ce déficit et rétablir une neuromodulation cholinergique normale.
Ce qui reste spéculatif : la "displacement theory" directe (nicotine déplace le spike des sites orthostériques α7) est probablement inexacte. Les mécanismes réels impliquent vraisemblablement plusieurs voies simultanées, dont certaines restent à identifier. L'efficacité clinique à grande échelle n'est pas démontrée en l'absence de RCT.
Questions fréquentes
Fumer des cigarettes est-il donc protecteur contre le Covid long ?
Le patch à la nicotine peut-il remplacer un suivi médical pour le Covid long ?
Comment expliquer que certaines personnes aillent moins bien avec le patch ?
Les gommes à mâcher (Nicorettes) peuvent-elles remplacer le patch ?
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Essayer Boussole gratuitementSources
- Leitzke M, Stefanovic D, Meyer J-J, Schimpf S, Schönknecht P. Autonomic balance determines the severity of COVID-19 courses. Bioelectron Med. 2020;6:22. Leitzke et al., 2020 — PubMed 33292846
- Farsalinos K, Eliopoulos E, Leonidas DD, et al. Nicotinic Cholinergic System and COVID-19: In Silico Identification of an Interaction between SARS-CoV-2 and Nicotinic Receptors. Int J Mol Sci. 2020;21(16):5807. Farsalinos et al., 2020 — PubMed 32823591
- Farsalinos K, Bagos PG, Giannouchos T, et al. Smoking prevalence among hospitalized COVID-19 patients and its association with disease severity. Harm Reduct J. 2021;18(1):9. Farsalinos et al., 2021 — PubMed 33453726
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