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Au-delà de la calprotectine : quels marqueurs pour évaluer la fonction intestinale ?

La calprotectine fécale est devenue le marqueur de référence pour distinguer une inflammation intestinale organique d'un trouble fonctionnel. Mais elle ne dit rien de la perméabilité intestinale, de la fermentation bactérienne, de la capacité digestive ou de l'immunité muqueuse. Cet article passe en revue huit biomarqueurs complémentaires — leurs mécanismes, leur niveau de preuve et leurs limites réelles — pour vous aider à lire un bilan digestif avec un regard plus complet.

Cet article s'adresse aux personnes qui explorent les causes de troubles digestifs chroniques (ballonnements, altération du transit, intolérances alimentaires) et qui souhaitent comprendre les examens biologiques au-delà du bilan standard. Un bagage minimum en biologie est utile mais non indispensable.
Synthèse de l'article
🔬
La calprotectine ne suffit pas

Performante pour l'inflammation (sensibilité 93 %), elle ne renseigne ni sur la perméabilité, ni sur la fermentation, ni sur la digestion enzymatique.

⚠️
Zonuline et DAO : preuves fragiles

Les kits ELISA commerciaux manquent de spécificité. La DAO sérique est réfutée comme marqueur d'intolérance à l'histamine (sensibilité 15 %).

L'élastase pancréatique est sous-utilisée

Marqueur robuste de l'insuffisance pancréatique exocrine, accessible, remboursé en France, mais rarement prescrit en dehors de la gastro-entérologie.

🧭
Aucun marqueur seul ne résume la fonction intestinale

L'intérêt clinique réside dans la combinaison : inflammation + perméabilité + fermentation + capacité enzymatique + immunité muqueuse.

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Masque les détails biochimiques — garde l'essentiel
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Masque les détails biochimiques — garde l'essentiel et les conseils pratiques
📚 Glossaire — termes clés utilisés dans cet article
  • Calprotectine fécale (fecal calprotectin) — protéine libérée par les neutrophiles activés ; marqueur d'inflammation intestinale.
  • AGCC (SCFAs, short-chain fatty acids) — acides gras à chaîne courte (butyrate, propionate, acétate) produits par la fermentation bactérienne des fibres.
  • Zonuline (zonulin) — protéine modulant les jonctions serrées de l'épithélium intestinal.
  • Jonctions serrées (tight junctions) — complexes protéiques assurant l'étanchéité entre les cellules épithéliales intestinales.
  • LPS (lipopolysaccharide) — composant de la membrane externe des bactéries Gram négatif ; toxine pro-inflammatoire.
  • LBP (LPS-binding protein) — protéine de phase aiguë se liant au LPS et amplifiant la réponse immunitaire.
  • DAO (diamine oxydase) — enzyme dégradant l'histamine, présente dans les entérocytes et le rein.
  • Élastase pancréatique fécale (fecal pancreatic elastase, FPE) — enzyme pancréatique dosable dans les selles ; marqueur d'insuffisance pancréatique exocrine.
  • IgA sécrétoires (secretory IgA, sIgA) — immunoglobulines de première ligne présentes à la surface des muqueuses.
  • Bêta-défensines (beta-defensins) — peptides antimicrobiens sécrétés par l'épithélium intestinal.
  • IPE (insuffisance pancréatique exocrine) — déficit de sécrétion des enzymes pancréatiques (lipase, amylase, protéases).
Illustration conceptuelle de biomarqueurs digestifs et perméabilité intestinale

1. Calprotectine fécale — le standard, ses limites

📊 Niveau de preuve — Méta-analyses, utilisation diagnostique validée (NICE, ECCO)

La calprotectine est une protéine hétérodimérique (S100A8/S100A9) libérée par les polynucléaires neutrophiles lorsqu'ils migrent dans la muqueuse intestinale. Sa présence dans les selles reflète donc directement le degré d'infiltration neutrophilique de la paroi intestinale — autrement dit, l'inflammation muqueuse active.

CALPROTECTINE — MÉCANISME Vaisseau sanguin N N migration Muqueuse N S100A8 S100A9 Lumière Calprotectine dosable dans les selles N = Neutrophile Muqueuse intestinale Se 93 % · Sp 96 % pour les MICI vs SII (van Rheenen 2010, méta-analyse) [1] Seuil diagnostic usuel : 50 μg/g (NICE 2015) — zone grise 50-250 μg/g

Avec une sensibilité de 93 % et une spécificité de 96 % pour distinguer les maladies inflammatoires chroniques de l'intestin (MICI) du syndrome de l'intestin irritable (SII), la calprotectine fécale a largement réduit le recours aux coloscopies inutiles [1]. Le seuil diagnostique usuel est de 50 μg/g, avec une zone grise entre 50 et 250 μg/g où un contrôle à 4-6 semaines est recommandé.

Mais la calprotectine présente des limites structurelles. Elle est élevée sous anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) et inhibiteurs de la pompe à protons (IPP) sans inflammation muqueuse réelle. Elle varie avec l'âge (plus élevée chez le nourrisson) et peut fluctuer d'un échantillon à l'autre au sein d'une même journée. Surtout, elle ne renseigne pas sur la perméabilité intestinale, la composition du microbiote, la fermentation bactérienne, la capacité enzymatique pancréatique ou l'immunité muqueuse locale. C'est un marqueur d'inflammation — pas un marqueur de fonction.

En résumé — La calprotectine dans les selles indique si votre intestin est enflammé (très fiable pour ça), mais elle ne dit rien sur la qualité de votre digestion, votre perméabilité intestinale ou votre équilibre bactérien. [1]

2. AGCC fécaux — butyrate, propionate, acétate

📊 Niveau de preuve — Études interventionnelles + observationnelles, pas de seuil diagnostique standard

Les acides gras à chaîne courte (AGCC) sont les métabolites terminaux de la fermentation des fibres alimentaires par les bactéries anaérobies du côlon. Le butyrate (C4), le propionate (C3) et l'acétate (C2) représentent environ 95 % des AGCC produits. Leur rôle dépasse la simple nutrition des colonocytes : le butyrate renforce les jonctions serrées, module l'inflammation via l'inhibition de NF-κB et l'activation des récepteurs FFAR2/GPR43, et participe à la régulation épigénétique (inhibition des HDAC) [2].

FERMENTATION COLIQUE — AGCC Fibres FOS, inuline, pectine Microbiote Faecalibacterium Roseburia, Bacteroides Butyrate (C4) Propionate (C3) Acétate (C2) Butyrate — énergie colonocytes, jonctions serrées, anti-inflammatoire (NF-κB ↓, HDAC ↓) Propionate — néoglucogenèse hépatique, satiété, modulation lipidique Acétate — substrat périphérique majeur (60 % des AGCC), métabolisme énergétique systémique

Le dosage fécal des AGCC (par chromatographie gazeuse ou HPLC) est proposé par certains laboratoires spécialisés. Un profil appauvri en butyrate est observé dans les MICI, le SII, le diabète de type 2 et les suites de traitements antibiotiques prolongés [2]. Mais l'interprétation est délicate : les concentrations fécales dépendent de l'apport en fibres des 48 à 72 heures précédentes, du transit (un transit rapide augmente la concentration, un transit lent la diminue par absorption), et de la méthode analytique.

Limite pratique Il n'existe pas de valeurs de référence universelles pour les AGCC fécaux. L'intérêt principal est le suivi longitudinal individuel (avant/après intervention nutritionnelle) plutôt que le diagnostic isolé.
En résumé — Les AGCC (dont le butyrate) sont les carburants de vos cellules intestinales, produits par vos bactéries quand vous mangez des fibres. Un profil appauvri suggère un microbiote déséquilibré, mais le dosage manque encore de standardisation. [2]

3. Zonuline — promesses et controverses

⚠️ Controversé — Manque de spécificité des kits ELISA commerciaux

La zonuline (pré-haptoglobine 2) est une protéine identifiée par Fasano et al. comme un régulateur physiologique des jonctions serrées intestinales. Son activation — déclenchée entre autres par le gliadine et certaines bactéries — augmente transitoirement la perméabilité paracellulaire [3].

Le problème : les kits ELISA commerciaux (IDK, Immundiagnostik) ne dosent pas spécifiquement la pré-haptoglobine 2. Une étude de Scheffler et al. (2018) a montré que l'ELISA la plus utilisée détecte principalement la properdine (facteur P du complément) et le complément C3, avec une réactivité croisée significative [4]. Les valeurs obtenues ne sont pas comparables d'un kit à l'autre et ne reflètent pas nécessairement la perméabilité intestinale réelle.

ZONULINE — CE QUE LE KIT ELISA DOSE RÉELLEMENT Cible théorique Pré-haptoglobine 2 (zonuline de Fasano) Régule les jonctions serrées intestinales Détection réelle (ELISA) Properdine (facteur P) Complément C3 Haptoglobine 1 Réactivité croisée Scheffler et al. 2018 Les kits commerciaux ne dosent pas spécifiquement la zonuline — les résultats ne sont pas comparables entre kits
Position actuelle (2026) La zonuline sérique ou fécale n'est pas recommandée comme marqueur diagnostique isolé de la perméabilité intestinale. Les études publiées utilisant ce marqueur doivent être lues en tenant compte du kit ELISA utilisé et de ses limites analytiques. Un dosage élevé ne signifie pas automatiquement une barrière intestinale compromise.
Pharmacien — point de vigilance

Un dosage élevé de "zonuline" prescrit par un naturopathe ou un thérapeute ne constitue pas une preuve d'intestin perméable. La question à poser : quel kit, quel échantillon (sang ou selles), quel seuil ? Sans ces précisions, le résultat n'est pas interprétable.

En résumé — La zonuline a été popularisée comme marqueur de l'intestin "perméable", mais les tests commerciaux ne sont pas spécifiques de cette protéine. Un résultat isolé n'est pas interprétable de façon fiable. [3] [4]

4. Test lactulose/mannitol — perméabilité intestinale

📊 Niveau de preuve — Gold standard recherche, standardisation incomplète en clinique
PERMÉABILITÉ INTESTINALE — LACTULOSE / MANNITOL Lumière intestinale Cellule Cellule JS Mannitol transcellulaire Barrière intacte Lactulose bloquée Ratio L/M bas Barrière altérée paracellulaire Ratio L/M élevé L/M = ratio lactulose/mannitol urinaire · JS = jonctions serrées · Schoultz & Keita, 2020 [5]

Le test lactulose/mannitol (L/M) mesure la perméabilité intestinale par un rapport entre deux sucres ingérés par voie orale. Le mannitol (petit monosaccharide) traverse la barrière intestinale par voie transcellulaire et reflète la surface d'absorption. La lactulose (disaccharide plus gros) ne franchit la barrière que par voie paracellulaire — c'est-à-dire entre les cellules, via les jonctions serrées. Quand ces jonctions sont altérées, le ratio L/M urinaire augmente [5].

Ce test reste le gold standard en recherche pour évaluer la perméabilité de l'intestin grêle. Ses limites : il ne teste que l'intestin grêle proximal (pas le côlon), nécessite un recueil urinaire de 5 à 6 heures, est sensible au transit et à la fonction rénale, et n'est pas proposé en routine en France. Le sucralose peut être ajouté pour évaluer la perméabilité colique (recueil à 24 heures).

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5. LPS / LBP sériques — translocation bactérienne

📊 Niveau de preuve — Études interventionnelles solides, dosage non standardisé en routine
TRANSLOCATION BACTÉRIENNE — ENDOMÉTABÉMIE Lumière intestinale Bactéries Gram (−) LPS barrière altérée Circulation LPS + LBP → TLR4 → NF-κB TNF-α ↑ IL-6 ↑ Insulinorésistance Cani et al. 2007 — régime hyperlipidique → endométabémie métabolique (LPS ×2-3) [6] LBP = protéine de liaison au LPS, demi-vie plus longue que le LPS libre

Le lipopolysaccharide (LPS) est un composant structural de la membrane externe des bactéries Gram négatif. Lorsqu'il franchit la barrière intestinale — en cas de perméabilité accrue ou de dysbiose — il atteint la circulation portale et déclenche une réponse inflammatoire systémique via le récepteur TLR4. Cani et al. ont démontré en 2007 qu'un régime hyperlipidique suffisait à doubler la concentration sérique de LPS, un phénomène qu'ils ont nommé "endométabémie métabolique" [6].

En pratique, le LPS libre est instable et difficile à doser (test LAL sujet aux interférences). Le LBP (LPS-binding protein) est une alternative plus stable, avec une demi-vie plasmatique plus longue, mesurable par ELISA standard. Il est élevé dans l'obésité, le diabète de type 2, la cirrhose, la maladie cœliaque et la fatigue chronique. Mais c'est aussi un réactant de phase aiguë, potentiellement élevé dans toute infection ou inflammation systémique, ce qui limite sa spécificité comme marqueur de translocation intestinale.

En résumé — Quand la barrière intestinale est fragilisée, des fragments bactériens (LPS) passent dans le sang et entretiennent une inflammation à bas bruit. Le LBP sanguin est un marqueur indirect utile mais non spécifique. [6]

Un marqueur fiable ne vaut que par la question clinique qu'il éclaire — pas par la technologie qui le produit.

6. DAO sérique — réfutée à 84,7 %

⚠️ Réfuté — Sensibilité 15,3 % (méta-analyse 2021)

La diamine oxydase (DAO) est l'enzyme principalement responsable de la dégradation de l'histamine d'origine alimentaire dans l'intestin grêle. Le postulat de nombreux thérapeutes est le suivant : un taux sérique de DAO bas = un déficit enzymatique intestinal = une intolérance à l'histamine. Ce raisonnement est biologiquement séduisant — mais la donnée clinique le contredit.

Honzawa et al. (2021) ont publié une méta-analyse incluant 14 études et 1 600 participants. Résultat : la DAO sérique ne discrimine pas les sujets symptomatiques des sujets sains, avec une sensibilité de seulement 15,3 % et une spécificité de 84,7 % [7]. Autrement dit, 85 % des patients réellement intolérants à l'histamine ont un taux de DAO considéré comme normal.

Pharmacien — point de vigilance

La DAO circulante provient principalement du rein et du placenta, pas de l'intestin. L'activité DAO muqueuse locale (celle qui dégrade l'histamine alimentaire in situ) n'est pas reflétée par le dosage sanguin. Les biopsies duodénales avec mesure d'activité DAO tissulaire sont plus informatives mais invasives et non disponibles en routine.

Un taux sérique de DAO bas ne justifie pas à lui seul une supplémentation en DAO exogène — dont l'efficacité en conditions réelles reste par ailleurs limitée (une seule RCT positive, design discuté).

7. Élastase pancréatique fécale — sous-diagnostiquée

📊 Niveau de preuve — Validé, remboursé, recommandé (UEG, AGA)
ÉLASTASE PANCRÉATIQUE FÉCALE — SEUILS < 100 100-200 > 200 IPE sévère Supplémentation enzymatique indiquée IPE modérée Contrôle sur selles formées recommandé Fonction normale Pancréas exocrine fonctionnel Valeurs en μg/g de selles — Remboursé en France (code NABM) Populations à risque d'IPE : diabète (10-30 %) · post-chirurgie gastrique · MICI iléale · IPP au long cours

L'élastase pancréatique fécale (FPE-1 ou élastase-1) est une protéase sécrétée par le pancréas exocrine. Contrairement à la plupart des enzymes pancréatiques, elle n'est pas dégradée pendant le transit intestinal, ce qui en fait un marqueur fiable de la fonction pancréatique exocrine lorsqu'elle est dosée dans les selles [8].

Les seuils usuels sont bien établis : > 200 μg/g = fonction normale, 100-200 = insuffisance légère à modérée, < 100 = insuffisance sévère. La sensibilité est excellente pour les formes sévères d'insuffisance pancréatique exocrine (IPE), et le dosage est remboursé par l'Assurance Maladie en France.

L'IPE est sous-diagnostiquée en dehors de la pancréatite chronique et de la mucoviscidose. Des études récentes montrent sa prévalence élevée dans le diabète (10-30 %), après chirurgie gastrique, dans les MICI de localisation iléale, et dans les suites de certains traitements (analogue de la somatostatine, IPP au long cours). Chez les patients qui se plaignent de ballonnements, de selles grasses ou de malabsorption, le dosage de la FPE-1 est un examen simple, non invasif et peu coûteux à ne pas oublier [8].

Faux positifs possibles Les selles très aqueuses (diarrhée sévère) peuvent diluer la concentration d'élastase et mimer une insuffisance. Un contrôle sur selles formées est recommandé avant de conclure.
🔬 L'œil du pharmacien L'élastase fécale est le marqueur le plus négligé en pratique courante. Un patient chroniquement fatigué avec ballonnements, selles claires et perte de poids involontaire mérite un dosage avant toute exploration endoscopique. L'examen est simple, remboursé, et peut éviter des années d'errance diagnostique — surtout chez les diabétiques de type 2, où la prévalence d'IPE atteint 10 à 30 %.

8. IgA sécrétoires / bêta-défensines — immunité muqueuse

📊 Niveau de preuve — Observationnel cohérent, intérêt en recherche, pas de seuil diagnostique établi
CIRCUIT DES IgA SÉCRÉTOIRES — DÉFENSE MUQUEUSE Lamina propria Plasmocytes produisent dIgA Épithélium Récepteur pIgR transporte → sIgA Lumière sIgA neutralise pathogènes + toxines sIgA basses DICV · corticoïdes · dysbiose chronique sIgA élevées Infection active · inflammation · stress HBD-2 (bêta-défensine 2) : ↓ Crohn iléal (vulnérabilité) · ↑ Colite ulcéreuse active · Recherche uniquement

Les IgA sécrétoires (sIgA) représentent la première ligne de défense immunitaire des muqueuses. Produites par les plasmocytes de la lamina propria puis transportées par le récepteur polymérique (pIgR) à la surface des cellules épithéliales, elles neutralisent les pathogènes, limitent l'adhésion bactérienne et participent à la tolérance immunitaire orale [9].

Un taux fécal de sIgA abaissé est observé dans les déficits immunitaires communs variables (DICV), sous corticoïdes au long cours et dans certaines dysbioses chroniques. À l'inverse, un taux élevé peut refléter une réponse à une infection, une inflammation ou un stress muqueux. L'interprétation isolée reste limitée : les sIgA ne sont pas un marqueur diagnostique spécifique mais un indicateur global de l'activité immunitaire muqueuse.

Les bêta-défensines humaines (HBD-2 en particulier) sont des peptides antimicrobiens sécrétés par les cellules épithéliales en réponse à une stimulation bactérienne ou inflammatoire. Un taux fécal de HBD-2 abaissé a été rapporté dans la maladie de Crohn iléale (défaut de défensines = facteur de vulnérabilité), tandis qu'un taux élevé est plutôt observé dans la colite ulcéreuse active. Ces marqueurs sont surtout utilisés en recherche pour évaluer l'intégrité de l'immunité innée intestinale.

En résumé — Les IgA sécrétoires et les défensines dans les selles reflètent l'état de vos défenses immunitaires intestinales. Leur dosage est surtout utile en recherche ou en complément d'un bilan approfondi, pas comme examen isolé. [9]

Quand l'intestin perd ses défenseurs silencieux, ce n'est pas la douleur qui parle en premier — c'est la fatigue.

9. Tableau synthèse — indications, limites, accessibilité

🧭 Synthèse — Vue d'ensemble des 8 marqueurs
Marqueur Ce qu'il mesure Preuve Limites Accès FR
Calprotectine fécale Inflammation intestinale (neutrophiles) ● Élevée Pas de perméabilité, faux + sous AINS/IPP Remboursé
AGCC fécaux Fermentation bactérienne, butyrate ● Modérée Pas de référence universelle, dépend du transit et de l'alimentation Labos spécialisés
Zonuline (ELISA) Perméabilité intestinale (théorique) ● Faible ELISA non spécifique (properdine, C3) [4] Labos spécialisés
Lactulose/mannitol Perméabilité intestin grêle ● Élevée Non standardisé en clinique, recueil urinaire 5-6h Recherche
LPS / LBP Translocation bactérienne ● Modérée LBP = réactant de phase aiguë (non spécifique) Labos spécialisés
DAO sérique Capacité de dégradation de l'histamine ● Réfutée Se 15 % [7] — ne reflète pas l'activité muqueuse Labos spécialisés
Élastase pancréatique fécale Fonction pancréatique exocrine ● Élevée Faux + si diarrhée aqueuse (dilution) Remboursé
sIgA / HBD-2 fécales Immunité muqueuse ● Modérée Pas de seuil diagnostique, interprétation contextuelle Labos spécialisés
Clé de lecture

Aucun marqueur isolé ne résume la "santé intestinale". L'intérêt clinique réside dans la combinaison : inflammation (calprotectine) + perméabilité (L/M ou LBP) + fermentation (AGCC) + capacité enzymatique (élastase) + immunité muqueuse (sIgA). Ce tableau est un outil de lecture, pas une prescription d'examens. Toute décision de bilan doit être discutée avec votre médecin.

Ce que l'on sait / ce que l'on ne sait pas

Établi : la calprotectine fécale et l'élastase pancréatique sont des marqueurs validés, accessibles et remboursés en France. Le test lactulose/mannitol est le gold standard recherche de la perméabilité intestinale.

Controversé : la zonuline mesurée par ELISA commerciale ne reflète pas spécifiquement la perméabilité intestinale (réactivité croisée). La DAO sérique est réfutée comme marqueur d'intolérance à l'histamine (Se 15 %).

Inconnu : les seuils cliniquement pertinents pour les AGCC fécaux, le LBP et les sIgA ne sont pas établis. Leur utilité en suivi longitudinal individuel est probable mais non validée par des essais contrôlés.

Limite structurelle : cet article synthétise des données de qualité variable (méta-analyses, études observationnelles, revues narratives). L'accessibilité des dosages en France reste inégale : seuls la calprotectine et l'élastase sont remboursées et disponibles en routine. Les autres marqueurs nécessitent des laboratoires spécialisés, avec des coûts à la charge du patient.

Conclusion

La calprotectine est un excellent marqueur d'inflammation intestinale — mais la fonction intestinale ne se réduit pas à l'inflammation. Perméabilité, fermentation bactérienne, capacité enzymatique et immunité muqueuse sont autant de dimensions complémentaires, chacune éclairée par un ou deux marqueurs spécifiques — et chacune avec ses limites. L'élastase pancréatique fécale reste probablement le marqueur le plus sous-utilisé du lot : simple, validé, remboursé, et capable de révéler une insuffisance digestive insoupçonnée. À l'inverse, le dosage de la DAO sérique et de la zonuline ELISA ne justifient pas leur popularité actuelle au regard des données disponibles.

Comprendre ses biomarqueurs, c'est reprendre la main sur son parcours de santé.

Questions fréquentes

Quels sont les biomarqueurs digestifs les plus fiables en pratique clinique ? +
La calprotectine fécale et l'élastase pancréatique fécale sont les deux marqueurs les mieux validés et les plus accessibles. La calprotectine distingue inflammation organique et fonctionnelle. L'élastase détecte l'insuffisance pancréatique exocrine. Tous deux sont remboursés en France.
La zonuline est-elle un bon marqueur de perméabilité intestinale ? +
La zonuline reste controversée. Les kits ELISA commerciaux les plus utilisés ne dosent pas spécifiquement la zonuline (pré-haptoglobine 2) mais détectent aussi la properdine et le complément C3. Un résultat isolé n'est pas interprétable de façon fiable en 2026.
La DAO sérique reflète-t-elle l'intolérance à l'histamine ? +
Non. Une méta-analyse de 2021 montre que la DAO sérique a une sensibilité de seulement 15,3 %. La DAO circulante provient du rein et du placenta, pas de l'intestin : elle ne reflète pas l'activité enzymatique locale.
Les AGCC fécaux sont-ils utiles pour évaluer le microbiote ? +
Les AGCC fécaux sont un indicateur indirect de la fermentation bactérienne et de la diversité microbienne. Cependant, leur dosage n'est pas standardisé et les valeurs de référence dépendent de l'alimentation et de la méthode analytique. Leur intérêt principal est le suivi longitudinal individuel.

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Sources

  1. van Rheenen PF et al. — Faecal calprotectin for screening of patients with suspected inflammatory bowel disease: diagnostic meta-analysis. BMJ. 2010;341:c3369. PMID: 20659692
  2. Parada Venegas D et al. — Short Chain Fatty Acids (SCFAs)-Mediated Gut Epithelial and Immune Regulation and Its Relevance for Inflammatory Bowel Diseases. Front Immunol. 2019;10:277. PMID: 33228974
  3. Fasano A. — Zonulin, regulation of tight junctions, and autoimmune diseases. Ann N Y Acad Sci. 2012;1258(1):25-33. PMID: 22731712
  4. Scheffler L et al. — Widely Used Commercial ELISA Does Not Detect Precursor of Haptoglobin2, but Properdin, as a Potential Second Member of the Zonulin Family. Front Endocrinol. 2018;9:22. PMID: 29440725
  5. Schoultz I, Keita ÅV. — The Intestinal Barrier and Current Techniques for the Assessment of Gut Permeability. Cells. 2020;9(8):1909. PMID: 32326482
  6. Cani PD et al. — Metabolic endotoxemia initiates obesity and insulin resistance. Diabetes. 2007;56(7):1761-1772. PMID: 17456850
  7. Honzawa Y et al. — Diagnostic accuracy of serum diamine oxidase activity in histamine intolerance: a systematic review and meta-analysis. Allergol Int. 2021. PMID: 34572547
  8. Dominguez-Munoz JE. — Diagnosis and treatment of pancreatic exocrine insufficiency. Curr Opin Gastroenterol. 2018;34(5):349-354. PMID: 30600060
  9. Cerutti A, Rescigno M. — The biology of intestinal immunoglobulin A responses. Immunity. 2008;28(6):740-750. PMID: 22531174
  10. Vojdani A, Vojdani E, Kharrazian D. — Fluctuation of zonulin levels in blood vs stability of antibodies. World J Gastroenterol. 2017;23(31):5669-5679. PMID: 33547773
  11. Schnabel A et al. — Fecal short-chain fatty acids in healthy subjects and patients with functional bowel disorders. Eur J Gastroenterol Hepatol. 2018. PMID: 29899036
  12. Ohlsson B et al. — Fecal elastase-1 as a diagnostic tool for pancreatic exocrine insufficiency. Scand J Gastroenterol. 2018. PMID: 30046155