Grand public

Fluvoxamine et fatigue du Covid long : que dit l'essai REVIVE-TOGETHER ?

Pour la première fois, une étude sérieuse montre qu'un médicament réduit vraiment la fatigue du Covid long. Ce médicament s'appelle la fluvoxamine — et c'est un antidépresseur. Bonne nouvelle ? Oui. Mais ce résultat va inévitablement relancer une vieille question : est-ce que prendre un antidépresseur veut dire que le Covid long est une maladie psychiatrique ?

🎯 Cet article est pour vous si

Vous êtes touchée par le Covid long — ou vous accompagnez quelqu'un qui l'est — et vous voulez comprendre ce que signifie cette étude, sans jargon médical.

⚡ L'essentiel en 4 points
🔬
L'essai
REVIVE-TOGETHER : 399 adultes, Brésil, 60 jours, randomisé. Fatigue mesurée par la Fatigue Severity Scale. [1]
📊
Le résultat
Réduction significative de la fatigue à J60 et J90. Probabilité bayésienne de supériorité vs placebo : 99 %. Amélioration de la qualité de vie.
⚠️
La limite
Un seul essai, cohorte brésilienne, pas de biomarqueurs mesurés. Le mécanisme d'action reste à clarifier. Non approuvé pour cette indication en France.
💊
Ce que ça ne dit pas
Une réponse à un antidépresseur ne prouve pas une origine psychiatrique. La fluvoxamine agit sur plusieurs voies biologiques non psychiatriques.
Les mots clés de l'article
  • Fluvoxamine = un médicament de la famille des antidépresseurs, connu sous le nom commercial Floxyfral en France
  • ISRS = famille de médicaments qui agissent sur la sérotonine (un messager chimique du cerveau) — les antidépresseurs les plus prescrits
  • Récepteur sigma-1 = une protéine à l'intérieur des cellules qui régule l'inflammation et le stress cellulaire — et qui distingue la fluvoxamine des autres ISRS
  • FSS = Fatigue Severity Scale — un questionnaire en 9 questions pour mesurer la fatigue de 1 (pas fatigué) à 7 (épuisé). Score ≥ 4 = fatigue modérée à sévère
  • Essai randomisé = étude scientifique où les participants sont répartis par tirage au sort entre le vrai médicament et un placebo (comprimé sans effet) — c'est la méthode de référence
  • Bayésien = méthode statistique qui exprime le résultat comme une probabilité ("99 % de chances que le médicament soit meilleur que le placebo")
  • Hors AMM = utilisation d'un médicament pour une maladie pour laquelle il n'a pas été officiellement approuvé en France — possible, mais sur décision médicale uniquement
  • Metformine = médicament du diabète de type 2 (Glucophage), également testé dans cet essai pour le Covid long
Représentation abstraite d'un réseau neuronal et d'une molécule sur fond épuré — recherche clinique Covid long

L'essai REVIVE-TOGETHER : ce qu'il a testé

🟢 Niveau de preuve — Essai randomisé contrôlé (1 étude)

Une étude publiée fin mars 2026 dans une grande revue médicale internationale (Annals of Internal Medicine) a testé si la fluvoxamine pouvait réduire la fatigue du Covid long. C'est la première étude de ce type à produire un résultat aussi clair.

Design de l'essai REVIVE-TOGETHER 399 participants Fatigue Covid long ≥ 90 jours Fluvoxamine 100 mg × 2/j pendant 60 jours Placebo Comprimé sans effet pendant 60 jours Metformine 750 mg × 2/j pendant 60 jours ↓ tirage au sort (randomisation) ↓

L'étude s'appelle REVIVE-TOGETHER. Elle a recruté 399 adultes au Brésil, tous épuisés depuis plus de 3 mois après avoir eu le Covid. Ces personnes ont été réparties au hasard en trois groupes : ceux qui prenaient de la fluvoxamine, ceux qui prenaient de la metformine (un médicament du diabète aux propriétés anti-inflammatoires), et ceux qui prenaient un placebo (un comprimé sans effet actif). Durée : 60 jours. Chaque groupe ne savait pas ce qu'il prenait.

La fatigue était mesurée avec une échelle validée appelée FSS (de 1 à 7) — comme un thermomètre de l'épuisement. Le résultat : est-ce que la fatigue avait diminué à la fin de l'étude ?

💡 Pourquoi tester un antidépresseur et un médicament du diabète ?

Ces deux molécules avaient des arguments biologiques préalables : la fluvoxamine agit sur l'inflammation et le stress cellulaire (via un récepteur appelé sigma-1), la metformine avait montré qu'elle pouvait prévenir le Covid long si prise tôt lors de l'infection aiguë. L'essai testait si ces propriétés fonctionnaient aussi une fois la maladie installée.

Les résultats : ce qui a marché, ce qui n'a pas marché

🟢 Données directes de l'essai REVIVE-TOGETHER

Résultat clair : la fluvoxamine a réduit la fatigue de manière significative par rapport au placebo, à J60 et encore plus à J90 — soit 30 jours après l'arrêt du médicament. Les statisticiens avaient fixé un seuil de confiance à 95 % pour dire qu'un résultat est "sûr". La fluvoxamine a atteint 99 %.

Résultats REVIVE-TOGETHER : évolution de la fatigue fluvoxamine vs placebo J0 J30 J60 J90 ← traitement actif → ← post-arrêt → arrêt Score FSS (fatigue) élevée faible −0,43 −0,58 ✓ Fluvoxamine (p=99%) Placebo

À J30, les personnes sous fluvoxamine avaient environ 50 % plus de chances d'atteindre un score de fatigue considéré comme "récupération" (FSS < 3) — selon les données rapportées par les auteurs de l'essai. [1] Leur qualité de vie s'était aussi améliorée à plusieurs moments de la mesure.

Fait rassurant : la fluvoxamine était associée à moins d'effets indésirables que le placebo — un résultat inhabituel qui mérite confirmation dans d'autres études.

La metformine, en revanche, n'a eu aucun effet sur la fatigue chez ces personnes. Ce résultat s'explique : la metformine semble surtout utile si prise tôt, pendant l'infection aiguë, pour prévenir le Covid long. Une fois la maladie installée, elle n'agit pas de la même façon. [2]

Qu'est-ce que ça représente, une amélioration de 0,43 point sur une échelle de 7 ?

À J60, la différence avec le placebo est de 0,43 point. La limite généralement reconnue pour que ça "change vraiment quelque chose" dans la vie quotidienne est de 0,5 point. On est légèrement en dessous à J60 — mais à J90, le résultat est à 0,58 point, au-dessus de cette limite. L'effet est modeste, mais c'est le premier médicament à produire un effet mesurable sur la fatigue du Covid long dans un essai sérieux.

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Pourquoi la fluvoxamine pourrait agir — et ce qui la distingue

🟠 Mécanismes biologiques plausibles — preuves indirectes ou précliniques

On entend souvent "antidépresseur" et on pense tout de suite à la sérotonine — et à la dépression. C'est normal. Mais les médicaments de cette famille ont des effets biologiques bien plus larges que leur nom ne le suggère. La fluvoxamine en est un exemple particulièrement frappant.

Mécanismes d'action de la fluvoxamine au-delà de l'antidépresseur FLUVOXAMINE Floxyfral — ISRS atypique ① Récepteur Sigma-1 Régule le stress cellulaire et la neuroinflammation ② FIASMA Bloque l'entrée virale et réduit l'inflammation ③ Anti-inflam. SNC Réduit l'inflammation dans le système nerveux ⚠️ CYP1A2 / 2C19 Inhibe le métabolisme de nombreux médicaments Ces mécanismes sont indépendants de l'effet antidépresseur classique (sérotonine)

Le récepteur sigma-1 : ce qui rend la fluvoxamine unique

Parmi tous les antidépresseurs courants, la fluvoxamine est celle qui agit le plus fortement sur un récepteur appelé "sigma-1", présent à l'intérieur des cellules. Ce récepteur régule la réponse au stress cellulaire, la production de substances pro-inflammatoires, et certaines voies liées au fonctionnement du système nerveux. Ces mécanismes sont indépendants de l'effet antidépresseur classique — et ils sont pertinents dans le contexte du Covid long. [3]

Un effet anti-inflammatoire documenté

La fluvoxamine appartient aussi à un groupe de molécules qui réduisent l'activité d'une enzyme impliquée dans l'entrée des virus dans les cellules (l'acide sphingomyélinase). Des effets anti-inflammatoires sur le système nerveux ont également été observés. Ces propriétés sont partagées, à des degrés divers, par d'autres antidépresseurs — mais la fluvoxamine cumule plusieurs de ces effets à la fois.

🟠 Ce que les auteurs de l'étude précisent eux-mêmes

L'essai n'a pas mesuré d'analyses sanguines, de marqueurs d'inflammation ou de traces virales. Il est donc impossible de dire par quel mécanisme précis la fluvoxamine a agi. L'amélioration observée pourrait aussi refléter une meilleure qualité de sommeil ou une réduction du stress — indépendamment du Covid long lui-même. [1]

👁️ L'œil du Docteur en pharmacie

La fluvoxamine ralentit le travail de certaines enzymes du foie (CYP1A2 et CYP2C19) qui transforment de nombreux médicaments courants : anticoagulants, médicaments de l'estomac (IPP), certains médicaments du cœur, la théophylline pour l'asthme... Le risque d'interaction médicamenteuse est réel. C'est une des raisons pour lesquelles la fluvoxamine ne peut pas être prise sans un suivi médical adapté.

Les autres antidépresseurs étudiés dans le Covid long : un pont

La fluvoxamine n'est pas la seule molécule de sa famille à avoir été étudiée. Ce tableau résume ce que la littérature scientifique disponible dit à ce jour sur les principales molécules, avec leur niveau de preuve dans le contexte du Covid long :

Sources : PubMed (recherche avril 2026). Données à visée éducative. Aucune molécule n'est approuvée pour le Covid long en France. Toujours en parler avec un médecin.

Fluvoxamine (Floxyfral)
ISRS
Mécanismes

Agoniste sigma-1 (++) · FIASMA · Anti-inflammatoire · Inhibiteur CYP1A2/2C19

🟢 RCT positif — fatigue (2026)

Seul ISRS avec RCT positif sur la fatigue du Covid long. Probabilité bayésienne 99 % vs placebo. [1]

Vortioxétine (Brintellix)
SMS
Mécanismes

Pro-cognitif · Anti-inflammatoire (CRP-dépendant) · Action multimodale 5-HT

🟠 RCT cognitif — résultat global non significatif

RCT McIntyre 2024 (Brain, n=149) : critère primaire non atteint globalement, mais significatif dans le sous-groupe CRP élevé. Revue vivante BMJ 2024 (données jusqu'à déc. 2023, donc antérieure à ce RCT) : "pas de preuve convaincante". [4] [5]

Fluoxétine (Prozac)
ISRS
Mécanismes

FIASMA (++) · Anti-inflammatoire · Affinité sigma-1 faible

🟠 Covid aigu / rétrospectif seulement

Études rétrospectives : association à moins d'hospitalisations en Covid aigu. Pas de RCT spécifique Covid long sur la fatigue. [3]

Escitalopram (Seroplex)
ISRS
Mécanismes

FIASMA faible · Anti-neuro-inflammatoire · Sérotoninergique sélectif

🟠 Comparatif ouvert (non RCT vs placebo)

Étude ouverte Guillen-Burgos 2025 (n=36) : moins efficace que la vortioxétine sur la cognition dans PCC avec dépression. Pas de données spécifiques sur la fatigue seule. [6]

Sertraline (Zoloft)
ISRS
Mécanismes

FIASMA modéré · Faible affinité sigma-1

⬜ Données insuffisantes

Étude ouverte Guillen-Burgos 2025 (n=34) : moins efficace que la vortioxétine sur la cognition. Pas de RCT spécifique Covid long. [6]

Duloxétine (Cymbalta)
IRSN
Mécanismes

Action noradrénergique + sérotoninergique · Douleur neuropathique · Pas de sigma-1 ni FIASMA significatif

⬜ Données insuffisantes pour le Covid long

Aucun RCT spécifique Covid long identifié. Parfois utilisée pour les douleurs post-virales par analogie avec la fibromyalgie.

Amitriptyline (Laroxyl)
Tricyclique
Mécanismes

FIASMA fort · Anti-nociceptif · Amélioration du sommeil · Effets anticholinergiques importants

⬜ Série de cas uniquement

Série de cas La Sala 2023 : bénéfice rapporté sur les séquelles neuropsychiatriques. Profil d'effets secondaires limitant. [7]

💡 Ce que ce tableau ne dit pas

L'existence d'un mécanisme plausible ou d'un signal observationnel ne suffit pas à conclure qu'un médicament est efficace. Seul un essai randomisé contrôlé vs placebo le prouve. À ce jour, la fluvoxamine est la seule molécule de ce groupe avec un RCT positif spécifiquement sur la fatigue du Covid long. La vortioxétine a un RCT sur la cognition dont le résultat principal est négatif en analyse globale — avec un signal dans un sous-groupe.

Le piège : répondre à un antidépresseur ne veut pas dire "c'est dans la tête"

💡 Raisonnement et explication

Quand on annonce qu'un antidépresseur améliore le Covid long, la première réaction de beaucoup de gens — et parfois de certains médecins — est de penser : "Ah, donc c'est psychologique." Ce raisonnement est faux. Et il est important de comprendre pourquoi.

En pharmacologie, une réponse à un médicament ne dit rien sur la cause de la maladie. L'aspirine soulage les maux de tête, mais les maux de tête ne sont pas une carence en aspirine. La morphine réduit la douleur d'un os cassé — mais ça ne veut pas dire que l'os cassé est "dans la tête".

Répondre à un antidépresseur ne signifie pas souffrir d'une maladie psychiatrique.
Analogie : répondre à un médicament ne prouve pas la cause 💊 Aspirine soulage les maux de tête ≠ carence en aspirine 🦴 Morphine soulage la douleur d'un os cassé ≠ fracture "imaginaire" 🧬 Fluvoxamine réduit la fatigue du Covid long ≠ maladie psychiatrique

De la même façon : si la fluvoxamine réduit la fatigue du Covid long, c'est probablement via ses effets sur l'inflammation, le stress cellulaire ou d'autres mécanismes biologiques réels — pas parce que les personnes atteintes de Covid long étaient déprimées ou anxieuses.

💡 Ce que les auteurs de l'étude concluent eux-mêmes

Les chercheurs de REVIVE-TOGETHER [1] concluent que l'étude appuie le bénéfice possible de la fluvoxamine dans le Covid long avec fatigue persistante — et précisent explicitement que les recherches sur le mécanisme d'action doivent se poursuivre. Ils ne tirent aucune conclusion sur la nature psychologique ou organique du Covid long.

Avant de trop s'emballer : ce qu'on ne sait pas encore

🟠 Limites à intégrer à l'interprétation

Ce résultat est une avancée réelle. Mais il y a plusieurs raisons de ne pas conclure trop vite :

① L'étude a été réalisée au Brésil. Les personnes incluses, leurs antécédents médicaux, les variants du virus qu'elles ont eus, et leur accès aux soins sont différents de la population française. Le résultat doit être confirmé ailleurs, notamment en Europe.

② On ne sait pas "pourquoi" ça marche. Aucune analyse sanguine ni mesure d'inflammation n'a été faite dans cet essai. Il est donc impossible de dire si la fluvoxamine a agi sur le virus, sur l'inflammation, sur le sommeil, ou sur autre chose. Et sans savoir pourquoi, on ne sait pas non plus pour qui ça marche le mieux.

③ La mesure de la fatigue est subjective. Le questionnaire FSS est rempli par la personne elle-même. Un effet placebo, une amélioration de l'humeur ou du sommeil liée au médicament (indépendamment du Covid long) aurait pu contribuer au résultat.

④ L'étude s'est arrêtée à 90 jours. On ne sait pas si l'effet dure au-delà, ni ce qui se passe si on arrête le traitement après plusieurs mois.

⑤ Ce n'est pas un médicament approuvé pour le Covid long en France. La fluvoxamine a une autorisation de mise sur le marché (AMM) pour certains troubles psychiatriques, mais pas pour le Covid long. L'utiliser dans ce contexte est possible mais constitue une prescription dite "hors AMM" : cela nécessite une décision médicale individuelle et un suivi adapté.

⚠️ Ce qu'il faut savoir avant d'en parler à son médecin

La fluvoxamine ne convient pas à tout le monde. Elle ne doit pas être prise sans évaluation médicale préalable.

① Risque sérotoninergique — ne pas associer avec d'autres médicaments qui augmentent la sérotonine (triptans contre la migraine, tramadol, lithium, certains antidépresseurs, millepertuis).
② Interactions avec d'autres médicaments — la fluvoxamine modifie le métabolisme de nombreux médicaments courants (anticoagulants, médicaments de l'estomac, certains médicaments du cœur ou de l'asthme).
③ Certains antécédents nécessitent une évaluation spécialisée — notamment les antécédents de convulsions ou de trouble bipolaire.

En dehors de ces situations, l'intégration de la fluvoxamine dans une approche de soin doit être discutée avec un médecin qui évaluera votre profil clinique individuel.

🧩 Ce que l'on sait — et ce que l'on ne sait pas encore

Ce que l'essai REVIVE-TOGETHER établit : prendre de la fluvoxamine pendant 60 jours réduit significativement la fatigue chez des adultes avec Covid long depuis plus de 3 mois. La probabilité statistique que ce résultat soit réel (et pas dû au hasard) est de 99 %. L'amélioration de la qualité de vie est documentée. L'effet est encore présent 30 jours après l'arrêt du médicament.

Ce que l'essai ne dit pas : par quel mécanisme précis cet effet se produit, quelles personnes en bénéficient le plus, si le résultat s'applique aux Européens, et combien de temps l'effet dure. Il ne dit pas non plus que le Covid long est une maladie "dans la tête", car répondre à un médicament ne prouve rien sur la cause d'une maladie.

Ce qui reste à faire : confirmer ces résultats en Europe, inclure des analyses biologiques pour comprendre le mécanisme, identifier les personnes qui répondront le mieux, et évaluer les effets sur le long terme.

Conclusion

Pour la première fois, un médicament a prouvé dans une étude sérieuse qu'il réduit la fatigue du Covid long. C'est une bonne nouvelle pour toutes les personnes qui vivent avec cette maladie depuis des mois. La fluvoxamine n'est pas encore approuvée pour cette indication en France, et son utilisation nécessite une évaluation médicale — notamment pour vérifier les interactions avec d'autres médicaments. Ce résultat ne dit pas que le Covid long est une maladie psychiatrique : il dit qu'une molécule avec des effets biologiques multiples peut agir sur un symptôme central de cette maladie. La recherche continue pour comprendre pour qui, et pourquoi.

Questions fréquentes

La fluvoxamine est-elle un traitement approuvé pour le Covid long ?
Non. La fluvoxamine n'est pas approuvée pour le Covid long en France. Elle a une autorisation pour certains troubles psychiatriques (TOC, dépression), mais pas pour cette indication. L'essai REVIVE-TOGETHER (2026) est le premier essai de ce type à produire un résultat positif. Ces résultats sont prometteurs mais doivent être confirmés dans d'autres pays avant toute recommandation officielle. En attendant, toute utilisation dans ce contexte constitue une prescription "hors AMM", qui nécessite une décision médicale individualisée.
Pourquoi un antidépresseur agirait-il sur la fatigue du Covid long ?
Parce que la fluvoxamine n'est pas qu'un antidépresseur "classique". Elle agit aussi sur une protéine appelée récepteur sigma-1, présente à l'intérieur des cellules, qui joue un rôle dans la réponse à l'inflammation et au stress cellulaire. Elle possède également des propriétés anti-inflammatoires et antivirales documentées en laboratoire. Ces mécanismes n'ont rien à voir avec la dépression — et c'est précisément ce qui la rend intéressante dans le contexte du Covid long.
Est-ce que ce résultat prouve que le Covid long est "dans la tête" ?
Non, absolument pas. Une réponse à un médicament ne démontre pas la cause d'une maladie. L'aspirine réduit la fièvre — ça ne veut pas dire que la fièvre est une carence en aspirine. La fluvoxamine agit sur des mécanismes biologiques réels (inflammation, stress cellulaire, microcirculation) qui n'ont rien de psychiatrique. Les auteurs de l'étude eux-mêmes précisent que le mécanisme d'action reste à clarifier et qu'aucune conclusion ne peut être tirée sur la nature du Covid long à partir de ce résultat.
Et la metformine, ça ne marche pas dans le Covid long ?
Pas une fois la maladie installée, selon cet essai. La metformine n'a montré aucun effet sur la fatigue chez des personnes avec un Covid long depuis plus de 3 mois. En revanche, d'autres études suggèrent qu'elle pourrait prévenir le Covid long si elle est prise très tôt, pendant l'infection aiguë. Ce sont deux situations très différentes sur le plan biologique.
Les autres antidépresseurs ont-ils aussi été étudiés dans le Covid long ?
Oui, plusieurs ont été évalués — mais à des niveaux très différents. La vortioxétine (Brintellix) est celle qui dispose du plus de données : un essai randomisé contrôlé (McIntyre et al., Brain 2024, n=149) a montré que son effet sur la cognition n'était pas significatif dans l'analyse globale, mais qu'il l'était chez les personnes avec une inflammation élevée (CRP élevée). La qualité de vie et les symptômes dépressifs s'amélioraient, eux, vs placebo. Résultat nuancé — et contredit en partie par une revue BMJ 2024 qui ne trouve pas de preuve convaincante. La fluoxétine (Prozac) a surtout des données sur la phase aiguë du Covid. L'escitalopram et la sertraline ont des données comparatives ouvertes mais pas de RCT vs placebo sur la fatigue du Covid long. La duloxétine et l'amitriptyline sont utilisées pour les douleurs post-virales sans essai dédié. Voir le tableau dans l'article pour le détail.

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Sources

  1. Reis G, dos Santos Moreira Silva EA, Medeiros Silva DC, et al. The Effect of Fluvoxamine and Metformin for Fatigue in Patients With Long COVID: An Adaptive Randomized Trial. Ann Intern Med. [Epub 31 March 2026]. Reis et al., 2026 — doi:10.7326/ANNALS-25-03959 (pas encore indexé PubMed au moment de la rédaction)
  2. Bramante CT, Buse JB, Liebovitz DM, et al. Outpatient treatment of COVID-19 and incidence of post-COVID-19 condition over 10 months (COVID-OUT): a multicentre, randomised, quadruple-blind, parallel-group, phase 3 trial. Lancet Infect Dis. 2023;23(10):1119-1129. Bramante et al., 2023 — PubMed 37302406
  3. Bonnet U, Juckel G. [The Impact of Antidepressants on COVID-19 and Post-Acute COVID-19 Syndrome: A Scoping-Review Update]. Fortschr Neurol Psychiatr. 2024;94(1-2):14-33. Bonnet & Juckel, 2024 — PubMed 39313202 (revue en allemand avec résumé en anglais)
  4. McIntyre RS, Phan L, Kwan ATH, et al. Vortioxetine for the treatment of post-COVID-19 condition: a randomized controlled trial. Brain. 2024;147(3):849-857. McIntyre et al., 2024 — PubMed 37936330
  5. Zeraatkar D, Ling M, Kirsh S, et al. Interventions for the management of long covid (post-covid condition): living systematic review. BMJ. 2024;387:e081318. Zeraatkar et al., 2024 — PubMed 39603702
  6. Guillen-Burgos HF, Galvez-Florez JF, Moreno-López S, et al. Vortioxetine for Cognitive Impairment in Major Depressive Disorder During Post-COVID Syndrome: Real-World Evidence. J Clin Psychiatry. 2025;86(2). Guillen-Burgos et al., 2025 — PubMed 40338259 (étude comparative ouverte, non RCT vs placebo)
  7. La Sala MS, Reinfeld S, Constantino E. Treatment of Long-COVID Neuropsychiatric Sequelae Using Tricyclic Antidepressants: A Case Series. J Clin Psychopharmacol. 2023;43(5):458-460. La Sala et al., 2023 — PubMed 37683237 (série de cas)