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Infections à répétition : comment renforcer votre immunité par l'alimentation

Rhumes à répétition, sinusites, cystites, angines qui traînent : quand les infections reviennent trop souvent, la question n'est plus seulement "quel antibiotique ?" mais "pourquoi mes défenses flanchent-elles ?". Plusieurs nutriments — zinc, vitamine D, vitamine C, bêta-glucanes — jouent un rôle structurel dans le fonctionnement du système immunitaire. Cet article fait le point sur ce que la science a validé, ce qui reste hypothétique, et comment adapter votre alimentation concrètement.

Cet article est pour vous si

Vous vivez des infections respiratoires ou urinaires fréquentes, vous cherchez des leviers nutritionnels pour soutenir vos défenses immunitaires, ou vous souhaitez comprendre quels micronutriments interviennent réellement dans la réponse immunitaire — au-delà du marketing.

En bref
Ce qui est établi

Le zinc, la vitamine D et la vitamine C sont des cofacteurs documentés de la réponse immunitaire innée et adaptative. Leur carence augmente le risque et la durée des infections.

Ce qui est prometteur

Les bêta-glucanes activent l'immunité entraînée (trained immunity). La lactoferrine module l'inflammation via les récepteurs TLR. Le microbiote intestinal influence les défenses pulmonaires.

Les pièges

Un excès de zinc bloque l'absorption du cuivre. La vitamine D sans cofacteurs (K2, magnésium) est mal utilisée. Les immunostimulants non ciblés peuvent aggraver certaines maladies auto-immunes.

L'action clé

Vérifier vos taux (vitamine D sérique, zinc plasmatique) avant de supplémenter. Privilégier les sources alimentaires. Un plan nutritionnel ciblé vaut mieux qu'une multivitamine générique.

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Lecture simplifiée
Masque les détails biochimiques — garde l'essentiel et les conseils pratiques
Glossaire — termes clés de cet article
  • Immunité innée — Première ligne de défense, rapide et non spécifique (macrophages, neutrophiles, barrières physiques). Innate immunity
  • Immunité adaptative — Réponse spécifique à un pathogène, plus lente mais dotée de mémoire (lymphocytes T et B). Adaptive immunity
  • Cathélicidine — Peptide antimicrobien activé par la vitamine D, capable de détruire bactéries, virus et champignons. Cathelicidin (LL-37)
  • Trained immunity — Immunité entraînée : reprogrammation épigénétique des cellules innées qui augmente leur réactivité lors d'infections futures. Trained immunity
  • Bêta-glucanes — Polysaccharides présents dans les champignons, la levure et l'avoine, capables d'activer l'immunité entraînée. Beta-glucans
  • Lactoferrine — Protéine présente dans le lait maternel et les sécrétions muqueuses, dotée de propriétés antimicrobiennes et immunomodulatrices. Lactoferrin
  • Axe intestin-poumons — Communication bidirectionnelle entre le microbiote intestinal et l'immunité respiratoire. Gut-lung axis
Assortiment d'aliments riches en nutriments immunitaires : agrumes, huîtres, champignons shiitake, ail et épinards sur fond bois

Le zinc — gardien de la première ligne de défense

Le zinc est essentiel pour la barrière cutanée, la production d'anticorps et l'activité des cellules NK. Une carence même légère multiplie le risque d'infections respiratoires et digestives. Les meilleures sources alimentaires : huîtres, foie, graines de courge, lentilles.

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✅ Fait établi — méta-analyses et revues systématiques

Le zinc n'est pas un simple "oligo-élément". C'est un cofacteur indispensable à plus de 300 enzymes, dont plusieurs sont directement impliquées dans la maturation et la fonction des cellules immunitaires. Sans zinc suffisant, les neutrophiles phagocytent mal, les cellules NK (natural killer) perdent en cytotoxicité et la production d'anticorps ralentit.

Le zinc ne booste pas l'immunité — il la rend fonctionnelle. Sans lui, vos cellules de défense tournent au ralenti.

Une méta-analyse publiée dans BMJ Global Health a montré que la supplémentation en zinc réduit la durée des infections respiratoires d'environ 47 %[1]. Ce chiffre concerne la durée, pas la prévention — la nuance est importante.

Le zinc agit à plusieurs niveaux. Au niveau de l'immunité innée, il est essentiel à la phagocytose — le processus par lequel les macrophages et les neutrophiles ingèrent et détruisent les pathogènes. Une carence en zinc provoque une dysrégulation de cette fonction, avec une phagocytose moins efficace et une inflammation mal contrôlée[2].

Au niveau de l'immunité adaptative, le zinc est nécessaire à la maturation des lymphocytes T dans le thymus. Une carence prolongée entraîne une atrophie thymique — le thymus, organe central de l'immunité, rétrécit et produit moins de cellules T naïves.

ZINC ET SYSTÈME IMMUNITAIRE Zn²⁺ cofacteur Immunité innée Phagocytose · NK Adaptative Thymus · Lympho T Barrières muqueuses Intégrité épithéliale NK = Natural Killer · Lympho T = lymphocytes T
Le zinc intervient simultanément dans l'immunité innée (phagocytose, cellules NK), l'immunité adaptative (maturation des lymphocytes T) et l'intégrité des barrières muqueuses.
Sources alimentaires de zinc (pour 100 g)

Huîtres : environ 78 mg — source la plus concentrée, très loin devant les autres

Foie de veau : environ 12 mg — riche aussi en vitamine A et B12

Bœuf : 5 à 7 mg — source quotidienne fiable si consommé régulièrement

Graines de courge : environ 7 mg — alternative végétale, mais le zinc végétal est moins bien absorbé (phytates)

Lentilles : environ 3 mg — à combiner avec vitamine C pour améliorer l'absorption

Regard du pharmacien

Attention à l'excès : une supplémentation prolongée en zinc au-delà de 40 mg/jour peut provoquer une carence en cuivre — un autre oligo-élément essentiel à l'immunité. Le cuivre participe à la défense antimicrobienne via des mécanismes de toxicité directe contre les pathogènes[3]. Si vous supplémentez en zinc, vérifiez que votre apport en cuivre est suffisant.

Forme recommandée : bisglycinate de zinc (meilleure absorption, bonne tolérance digestive). Éviter l'oxyde de zinc (biodisponibilité faible).

La vitamine D — activateur des peptides antimicrobiens

La vitamine D active la production de peptides antimicrobiens (cathélicidine, défensines) dans les muqueuses respiratoires et intestinales. Un taux sanguin insuffisant est associé à davantage d'infections hivernales. L'exposition solaire et la supplémentation hivernale sont les deux leviers principaux.

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✅ Fait établi — méta-analyses interventionnelles

La vitamine D n'est pas qu'une "vitamine du soleil" pour les os. C'est un immunomodulateur puissant qui active directement la transcription de peptides antimicrobiens — la cathélicidine (LL-37) et les défensines — dans les macrophages, les cellules dendritiques et les cellules épithéliales des voies respiratoires.

Un taux de vitamine D en dessous de 50 nmol/L, c'est comme envoyer vos soldats au front sans munitions.

Une revue publiée dans Nutrients a montré qu'un taux sérique de 25(OH)D supérieur à 50 ng/mL (125 nmol/L) est associé à une réduction significative du risque d'infections[4]. Ce seuil est bien au-dessus de la valeur de 30 nmol/L considérée comme suffisante par certains référentiels — un décalage qui explique pourquoi beaucoup de personnes "dans les normes" restent vulnérables aux infections.

Le mécanisme est direct : quand un macrophage reconnaît un pathogène via ses récepteurs (TLR), il active la vitamine D locale qui, à son tour, stimule la production de cathélicidine. Ce peptide perce littéralement la membrane des bactéries. Sans vitamine D suffisante, cette cascade est bloquée.

Au-delà de l'immunité innée, la vitamine D régule aussi l'immunité adaptative en modulant l'équilibre entre les réponses Th1 (pro-inflammatoires) et Th2 (anti-inflammatoires). Une carence favorise une inflammation excessive, ce qui peut aggraver les symptômes infectieux au lieu de les résoudre.

Stratégie pratique — vitamine D

Dosez votre taux : 25(OH)D sérique. Cible fonctionnelle : 40-60 ng/mL (100-150 nmol/L). Les valeurs "normales" du labo (>30 nmol/L) sont trop basses pour une immunité optimale.

Exposition solaire : 15-20 minutes/jour, bras et jambes découverts, entre 11h et 15h, sans crème solaire — d'avril à octobre en France métropolitaine. Insuffisant seul en hiver.

Supplémentation hivernale : vitamine D3 (cholécalciférol), 1 000 à 4 000 UI/jour selon le taux de départ. Toujours avec les cofacteurs : vitamine K2 (MK-7, 100-200 µg) et magnésium.

Sources alimentaires : huile de foie de morue, saumon sauvage, sardines, maquereau, jaune d'œuf — mais les apports alimentaires couvrent rarement plus de 10-20 % des besoins.

Regard du pharmacien

La vitamine D est liposoluble : elle s'accumule. Un excès (>150 ng/mL) peut provoquer une hypercalcémie. Ne supplémentez pas à l'aveugle — dosez d'abord, ajustez ensuite. Et n'oubliez pas le magnésium : sans lui, la vitamine D ne peut pas être convertie en sa forme active (1,25-dihydroxyvitamine D).

La vitamine C — au-delà du mythe anti-rhume

La vitamine C soutient la migration des neutrophiles et la production d'interférons. Son effet sur la durée des rhumes est modeste mais réel. La cuisson détruit une grande partie de la vitamine C : privilégier les fruits et légumes crus ou peu cuits.

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✅ Fait établi — méta-analyses Cochrane

La vitamine C ne prévient pas le rhume chez la plupart des gens — c'est un mythe tenace. En revanche, elle réduit la durée et la sévérité des infections respiratoires, et son rôle est plus marqué chez les personnes soumises à un stress physique intense.

Une méta-analyse a montré que chez les athlètes et les personnes exposées à un stress physique extrême (marathoniens, militaires en exercice), la supplémentation en vitamine C réduit le risque d'infections respiratoires hautes de 50 %[5]. Chez la population générale, l'effet préventif est plus modeste — environ 3-4 % de réduction du risque — mais la durée des épisodes est raccourcie de 8 %.

La vitamine C intervient dans l'immunité à plusieurs niveaux. Elle soutient la fonction barrière de la peau et des muqueuses, favorise la migration des neutrophiles vers le site d'infection (chimiotaxie), stimule la phagocytose et protège les cellules immunitaires contre le stress oxydatif qu'elles produisent elles-mêmes en combattant les pathogènes.

À doses élevées (1-2 g/jour), la vitamine C a aussi montré un effet anti-inflammatoire mesurable — une réduction de la CRP (protéine C-réactive), un marqueur d'inflammation systémique[6]. Une méta-analyse récente a confirmé que les doses élevées de vitamine C augmentent le nombre de lymphocytes chez les patients infectés[7].

Sources alimentaires riches en vitamine C

Goyave : 228 mg / 100 g — champion toutes catégories

Poivron rouge cru : 190 mg / 100 g — plus que l'orange

Cassis : 181 mg / 100 g

Kiwi : 93 mg / 100 g — une portion couvre les besoins quotidiens

Brocoli cru : 89 mg / 100 g — la cuisson réduit de 30-50 %

Regard du pharmacien

La vitamine C alimentaire est suffisante pour la plupart des gens. La supplémentation est justifiée en cas de stress physique intense, d'infection en cours, de tabagisme (les fumeurs ont des besoins augmentés de 35 mg/jour), ou de terrain inflammatoire chronique. À haute dose (>2 g/jour), risque de troubles digestifs et de calculs rénaux chez les personnes prédisposées.

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Les bêta-glucanes — entraîner l'immunité innée

Les bêta-glucanes des champignons et de l'avoine entraînent l'immunité innée via le récepteur Dectin-1 sur les macrophages. Cet effet de mémoire immunitaire (trained immunity) persiste plusieurs semaines après la consommation.

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⚠️ Hypothèse étayée — données précliniques solides, essais cliniques limités

L'immunité innée a longtemps été considérée comme "sans mémoire" — contrairement à l'immunité adaptative, elle ne se souviendrait pas des pathogènes rencontrés. Cette vision a été remise en question par la découverte de l'immunité entraînée (trained immunity).

Les bêta-glucanes — des polysaccharides présents dans les champignons médicinaux (shiitake, maitake, reishi), la levure de boulanger et l'avoine — sont capables de reprogrammer les monocytes et les macrophages via des modifications épigénétiques. Concrètement, après exposition aux bêta-glucanes, ces cellules répondent plus rapidement et plus intensément lors d'une infection future[8].

Les bêta-glucanes n'ajoutent pas de soldats — ils entraînent ceux qui sont déjà là à réagir plus vite.

Une revue de la littérature dans Molecular Nutrition & Food Research a confirmé que les β-1,3/1,6-glucanes activent les récepteurs Dectin-1 des macrophages, déclenchant une cascade de signalisation qui prépare le système immunitaire inné à une réponse plus efficace[9].

En pratique, les données cliniques chez l'humain sont encore limitées. Plusieurs essais sur les bêta-glucanes de levure (Saccharomyces cerevisiae) montrent une réduction modeste des infections respiratoires hautes, mais les échantillons restent petits et les protocoles hétérogènes.

IMMUNITÉ ENTRAÎNÉE (TRAINED IMMUNITY) β-glucanes champignons · levure Reprogrammation épigénétique monocytes · macrophages Réponse amplifiée lors de l'infection suivante Les cellules immunitaires innées « se souviennent » — via des marques épigénétiques (histone H3K4me3) — et répondent plus vite lors d'une seconde exposition Réf. : Novakovic et al., Cell, 2016
Les bêta-glucanes activent l'immunité entraînée : après une première exposition, les monocytes sont reprogrammés au niveau épigénétique et répondent plus efficacement lors d'infections futures.
Sources alimentaires de bêta-glucanes

Champignons shiitake : source de lentinane (β-1,3/1,6-glucane) — cuisson recommandée pour libérer les polysaccharides

Avoine : riche en β-1,3/1,4-glucanes — l'avoine cuite (porridge) est la forme la plus biodisponible

Levure de boulanger (Saccharomyces cerevisiae) : β-1,3/1,6-glucanes pariétaux

Champignons maitake et reishi : utilisés en médecine traditionnelle asiatique, données précliniques prometteuses

La lactoferrine — modulateur de l'inflammation

La lactoferrine du lait maternel et du colostrum bovin prive les bactéries pathogènes de fer et module l'inflammation intestinale. Elle agit en synergie avec les probiotiques pour renforcer la barrière muqueuse.

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⚠️ Hypothèse étayée — données in vitro et interventionnelles préliminaires

La lactoferrine est une glycoprotéine présente en forte concentration dans le lait maternel (colostrum), les larmes, la salive et les sécrétions nasales. Elle est la première ligne de défense du nouveau-né — bien avant que son système immunitaire adaptatif ne soit mature.

Son action est triple. Premièrement, elle séquestre le fer libre — un nutriment essentiel à la multiplication bactérienne. En privant les bactéries de fer, elle freine leur croissance. Deuxièmement, elle exerce une activité antimicrobienne directe en perturbant les membranes bactériennes (mécanisme similaire à celui de la cathélicidine). Troisièmement, elle module l'inflammation en interagissant avec les récepteurs TLR-4 des cellules immunitaires[10].

Ce troisième point est le plus intéressant dans le contexte des infections récurrentes : la lactoferrine ne se contente pas de tuer les pathogènes — elle calibre la réponse inflammatoire pour qu'elle soit suffisante sans être excessive.

Regard du pharmacien

La lactoferrine bovine est la forme la plus étudiée en supplémentation. Les dosages utilisés dans les essais cliniques varient de 100 à 400 mg/jour. Elle est généralement bien tolérée. Les données cliniques sont prometteuses mais pas encore suffisantes pour formuler des recommandations générales — à réserver aux personnes en consultation avec un professionnel formé.

Le microbiote — l'axe intestin-poumons

L'axe intestin-poumons relie la diversité du microbiote à la capacité de réponse immunitaire respiratoire. Les fibres prébiotiques, les aliments fermentés et les probiotiques spécifiques (Lactobacillus rhamnosus GG, Bifidobacterium lactis) réduisent l'incidence des infections des voies aériennes supérieures.

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✅ Fait établi — données observationnelles et interventionnelles convergentes

L'intestin héberge environ 70 % des cellules immunitaires du corps. Ce n'est pas un hasard : la muqueuse intestinale est la plus grande surface d'échange avec l'environnement extérieur (250 à 400 m², soit l'équivalent d'un terrain de tennis). Le microbiote intestinal — les milliards de bactéries qui la colonisent — joue un rôle direct dans l'éducation et la régulation du système immunitaire.

La découverte de l'axe intestin-poumons (gut-lung axis) a montré que la composition du microbiote intestinal influence directement l'immunité respiratoire. Une dysbiose intestinale — un déséquilibre de la flore — compromet la capacité des macrophages alvéolaires à combattre les infections pulmonaires[11].

Vos poumons se défendent mieux quand votre intestin est en bonne santé. L'axe intestin-poumons n'est plus une hypothèse — c'est un fait documenté.

Les mécanismes passent notamment par les acides gras à chaîne courte (butyrate, propionate, acétate) produits par les bactéries intestinales à partir des fibres alimentaires. Ces métabolites circulent dans le sang et modulent l'activité des cellules immunitaires à distance — y compris dans les poumons.

Nourrir son microbiote pour soutenir l'immunité

Fibres fermentescibles : poireaux, oignons, ail, artichauts, topinambours, bananes vertes — ce sont les prébiotiques qui nourrissent les bactéries productrices de butyrate

Aliments fermentés : choucroute crue, kimchi, kéfir, yaourt nature, miso, kombucha — ils apportent des souches vivantes qui enrichissent la diversité du microbiote

Polyphénols : fruits rouges, cacao, thé vert, curcuma — modulateurs du microbiote et anti-inflammatoires directs

Éviter : excès de sucres raffinés, édulcorants artificiels, alcool fréquent — ces trois facteurs réduisent la diversité microbienne

L'assiette immunitaire — guide pratique

✅ Fait établi — consensus nutritionnel

La revue de Calder et al. dans Nutrients résume le consensus actuel : un statut nutritionnel optimal est un prérequis pour un système immunitaire fonctionnel. Les nutriments les plus critiques sont les vitamines A, B6, B9, B12, C, D, E, et les minéraux zinc, fer, sélénium, magnésium et cuivre — auxquels s'ajoutent les acides gras oméga-3[12].

Aucun complément ne remplace une alimentation variée — mais une alimentation variée ne suffit pas toujours, surtout en hiver.

En pratique, voici à quoi ressemble une journée alimentaire qui couvre les bases immunitaires — sans complément :

L'ASSIETTE IMMUNITAIRE — LES 4 PILIERS PROTÉINES Zinc · Fer · B12 Viande · Poisson Œufs · Légumineuses LÉGUMES Vit C · Vit A · Fibres Brocoli · Poivron Épinards · Ail · Oignon FÉCULENTS Sélénium · Fibres · B6 Avoine · Riz complet Patate douce · Quinoa GRAISSES Oméga-3 · Vit E · Vit D Sardines · Maquereau Noix · Huile d'olive + FERMENTÉS & CHAMPIGNONS Choucroute · Kéfir · Shiitake · Miso → microbiote + β-glucanes Chaque pilier apporte des micronutriments immunitaires complémentaires La diversité alimentaire est le premier levier — avant toute supplémentation
Les quatre piliers de l'assiette immunitaire couvrent les micronutriments essentiels : protéines (zinc, fer, B12), légumes (vitamines C et A, fibres), féculents complets (sélénium, B6) et bonnes graisses (oméga-3, vitamine D). Les aliments fermentés et les champignons apportent un soutien supplémentaire via le microbiote et les bêta-glucanes.
Regard du pharmacien

La supplémentation est un complément — pas un substitut. Avant de prendre du zinc, de la vitamine D ou des bêta-glucanes en gélule, vérifiez que votre alimentation couvre les bases. En cas d'infections récurrentes, un bilan biologique ciblé (NFS, ferritine, zinc plasmatique, 25(OH)D, CRP) permet d'identifier les carences réelles et d'éviter une supplémentation aveugle.

Si vous souffrez d'une maladie auto-immune ou d'un déficit immunitaire connu, consultez votre médecin avant toute supplémentation immunostimulante — certains nutriments (bêta-glucanes, échinacée) peuvent déséquilibrer une réponse immunitaire déjà dérégulée.

Ce que l'on sait — et ce que l'on suppose

Fait établi : le zinc, la vitamine D et la vitamine C sont des cofacteurs documentés de la réponse immunitaire. Leurs carences augmentent le risque et la durée des infections respiratoires. Ces données reposent sur des méta-analyses de bonne qualité méthodologique.

Fait établi : le microbiote intestinal influence l'immunité respiratoire via l'axe intestin-poumons. La dysbiose est associée à une vulnérabilité accrue aux infections pulmonaires.

Hypothèse étayée : les bêta-glucanes activent l'immunité entraînée via des modifications épigénétiques. Les données précliniques sont solides (Novakovic et al., Cell, 2016), mais les essais cliniques chez l'humain restent limités en nombre et en taille d'échantillon.

Hypothèse étayée : la lactoferrine module l'inflammation via les récepteurs TLR-4. Les données in vitro et animales sont cohérentes, les essais cliniques préliminaires sont encourageants mais insuffisants pour des recommandations générales.

Lacune identifiée : il manque des essais contrôlés randomisés de grande taille évaluant l'effet d'une intervention nutritionnelle combinée (zinc + vitamine D + probiotiques) sur la fréquence des infections récurrentes chez l'adulte.

Ce qu'il faut retenir

Votre système immunitaire ne fonctionne pas dans le vide — il dépend de micronutriments précis pour chacune de ses étapes : reconnaissance du pathogène, mobilisation des cellules de défense, destruction, résolution de l'inflammation. Le zinc, la vitamine D, la vitamine C, les bêta-glucanes et un microbiote équilibré sont les piliers d'une immunité fonctionnelle.

La priorité n'est pas de "booster" votre immunité — c'est de lui fournir ce dont elle a besoin pour fonctionner normalement. Un dosage sanguin, une assiette variée et, si nécessaire, une supplémentation ciblée valent mieux que dix gélules prises au hasard.

Dr Rémy Honoré - Docteur en pharmacie
Renforcer son immunité, ce n'est pas ajouter — c'est restaurer. Les nutriments ne remplacent pas vos défenses : ils les rendent opérationnelles.

Questions fréquentes

Quels sont les aliments les plus riches en zinc ?
Les huîtres sont de loin la source la plus concentrée (environ 78 mg pour 100 g). Viennent ensuite le foie de veau, le bœuf, les graines de courge, le crabe et les lentilles. En cas de carence documentée, un complément de bisglycinate de zinc est mieux absorbé que les formes oxydes.
La vitamine D renforce-t-elle vraiment l'immunité ?
Oui. La vitamine D active les peptides antimicrobiens (cathélicidine, défensines) dans les cellules immunitaires innées. Des méta-analyses montrent qu'un taux sérique supérieur à 50 nmol/L est associé à une réduction significative du risque d'infections respiratoires. La supplémentation est particulièrement efficace chez les personnes carencées.
Faut-il prendre de la vitamine C tous les jours pour éviter les infections ?
Une supplémentation quotidienne de 200 mg à 1 g réduit la durée des rhumes d'environ 8 % chez l'adulte. L'effet préventif est plus marqué chez les personnes soumises à un stress physique intense. Pour la population générale, une alimentation riche en fruits et légumes (poivrons, kiwis, brocolis, agrumes) couvre souvent les besoins.
Les probiotiques peuvent-ils réduire les infections respiratoires ?
Plusieurs méta-analyses montrent que certaines souches probiotiques (Lactobacillus rhamnosus GG, Bifidobacterium lactis) réduisent modestement la fréquence et la durée des infections respiratoires hautes, probablement via l'axe intestin-poumons. L'effet est modeste mais reproductible. L'alimentation riche en fibres et en aliments fermentés reste le premier levier.

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Sources

  1. Abioye AI et al., 2021 — Effect of micronutrient supplements on influenza and other respiratory tract infections among adults: a systematic review and meta-analysis. BMJ Global Health 6(1):e003176. PubMed PMID 33472840.
  2. Sapkota M, Knoell DL, 2018 — Essential Role of Zinc and Zinc Transporters in Myeloid Cell Function and Host Defense against Infection. J Immunol Res 2018:4315140. PubMed PMID 30417019.
  3. Djoko KY et al., 2015 — The Role of Copper and Zinc Toxicity in Innate Immune Defense against Bacterial Pathogens. J Biol Chem 290(31):18954-61. PubMed PMID 26055706.
  4. Wimalawansa SJ, 2023 — Infections and Autoimmunity — The Immune System and Vitamin D: A Systematic Review. Nutrients 15(17):3842. PubMed PMID 37686873.
  5. Moreira A et al., 2007 — Does exercise increase the risk of upper respiratory tract infections? Br Med Bull 81-82:93-112. PubMed PMID 17136044.
  6. Corrao S et al., 2021 — Does Evidence Exist to Blunt Inflammatory Response by Nutraceutical Supplementation during COVID-19 Pandemic? An Overview of Systematic Reviews of Vitamin D, Vitamin C, Melatonin, and Zinc. Nutrients 13(4):1261. PubMed PMID 33921297.
  7. Sun Y et al., 2024 — Effects of high-dose vitamin C supplementation on immune function and inflammatory markers in COVID-19 patients: a systematic review and meta-analysis. Nutr Rev 82(4):531-543. PubMed PMID 37682265.
  8. Novakovic B et al., 2016 — β-Glucan Reverses the Epigenetic State of LPS-Induced Immunological Tolerance. Cell 167(5):1354-1368. PubMed PMID 27863248.
  9. De Marco Castro E et al., 2021 — β-1,3/1,6-Glucans and Immunity: State of the Art and Future Directions. Mol Nutr Food Res 65(1):e1901071. PubMed PMID 32223047.
  10. Drago-Serrano ME et al., 2017 — Lactoferrin: Balancing Ups and Downs of Inflammation Due to Microbial Infections. Int J Mol Sci 18(3):501. PubMed PMID 29589540.
  11. Khan N et al., 2019 — Intestinal dysbiosis compromises alveolar macrophage immunity to Mycobacterium tuberculosis. Mucosal Immunol 12(3):772-783. PubMed PMID 30783183.
  12. Calder PC et al., 2020 — Optimal Nutritional Status for a Well-Functioning Immune System Is an Important Factor to Protect against Viral Infections. Nutrients 12(4):1181. PubMed PMID 32340216.