Quand le cerveau perd le contrôle du sommeil : narcolepsie post-infectieuse, Covid long et vulnérabilité orexinergique
Vous dormez dix heures et vous réveillez épuisé. Vous avez des épisodes de somnolence soudaine en pleine journée, parfois des pertes de tonus musculaires brèves quand vous riez ou pleurez. Votre médecin a éliminé la dépression, le syndrome des jambes sans repos, l'apnée du sommeil. Il n'a pas de réponse. Ce tableau peut correspondre à une instabilité du système orexinergique, le mécanisme central de contrôle de l'état d'éveil. Deux voies mécanistiques distinctes peuvent y mener : une destruction neuronale auto-immune documentée, ou une dysrégulation fonctionnelle réversible. Comprendre laquelle est en jeu change tout à la prise en charge.
Vous alternez entre hypersomnie et insomnies, avec des accès de somnolence incontrôlés depuis votre Covid, et les explications habituelles ne correspondent pas à ce que vous vivez.
⚡ L'essentiel en 4 points
Système bistable fragile
L'orexine stabilise la transition veille-sommeil comme un interrupteur. Sa perte, ou sa dérégulation, crée une instabilité d'état qui se traduit par des tableaux cliniques sévères.
Mimétisme moléculaire
Pandemrix (vaccin H1N1, 2009) a déclenché une narcolepsie de type 1 chez des sujets génétiquement vulnérables. Mécanisme : auto-immunité croisée entre antigènes viraux et neurones à orexine.
Deux voies, un tableau
Narcolepsie post-infectieuse = perte neuronale définitive. Covid long = dysrégulation fonctionnelle réversible. Même tableau clinique apparent, pronostics radicalement différents.
Signal ARNm : absent
Pharmacovigilance mondiale 1967-2023 (140 pays) : zéro signal narcolepsie détectable pour les vaccins ARNm COVID-19. Signal grippal confirmé (ROR 156).
📖 Termes de référence
- Orexine (OX) = Hypocretin (HCT) : neuropeptide de l'éveil hypothalamique
- Noyau ventrolatéral préoptique (VLPO) = Ventrolateral preoptic nucleus : promoteur du sommeil
- Mimétisme moléculaire = Molecular mimicry : réactivité croisée immunitaire entre antigène étranger et tissu hôte
- Narcolepsie de type 1 (NT1) = Narcolepsy type 1 : avec cataplexie, orexine-A effondrée dans le LCR
- Narcolepsie de type 2 (NT2) = Narcolepsy type 2 : sans cataplexie, orexine-A conservée ou borderline
- PASC = Post-Acute Sequelae of SARS-CoV-2 : Covid long
- HLA-DQB1*06:02 = Human Leukocyte Antigen : allèle de susceptibilité génétique principale à la NT1 (présent chez 98% des personnes atteintes)
- CRH (CRF) = Corticotropin-Releasing Hormone : hormone du stress, interagit avec les circuits orexinergiques
- DORA = Antagoniste dual des récepteurs à l'orexine : classe thérapeutique (ex : daridorexant, Quviviq®)
- ROR = Reported Odds Ratio : indicateur de signal en pharmacovigilance
Le système orexinergique : un interrupteur stabilisateur fragile
🟢 Preuve établie · Modèle consensus neurosciences du sommeilConcrètement, comment votre cerveau décide-t-il que vous êtes éveillé, et maintient cette décision stable pendant des heures ? Pas par un signal continu, mais grâce à un mécanisme de bascule. Deux zones hypothalamiques s'inhibent mutuellement : le noyau ventrolatéral préoptique (VLPO, promoteur du sommeil) et les systèmes d'éveil monoaminergiques (histamine, noradrénaline, sérotonine). Seul l'un des deux peut être actif à la fois : c'est le modèle de bascule décrit par Pizza et al. (2022).[1]
L'orexine joue le rôle du levier de stabilisation externe. Elle renforce le côté "éveil" de la bascule et empêche les transitions intempestives. Sans orexine suffisante, la bascule devient instable : le cerveau peut basculer brusquement vers le sommeil au milieu d'une activité (somnolence soudaine, cataplexie déclenchée par une émotion), ou rester coincé dans des états hybrides, ni vraiment éveillé ni vraiment endormi.
Le modèle de bascule veille-sommeil (Pizza et al., 2022). L'orexine renforce le côté "éveil" et prévient les transitions spontanées.
Ce modèle explique pourquoi la perte orexinergique produit un tableau si caractéristique : somnolence diurne sévère, épisodes de cataplexie (effondrement du tonus musculaire déclenché par une émotion forte), paralysies hypnagogiques et hallucinations à l'endormissement. Ces quatre symptômes constituent la tétrade classique de la narcolepsie de type 1.
Les quatre mécanismes de perturbation orexinergique
🟠 Association documentée · Revue systématique PASC (Ruhrlander 2025)Toutes les perturbations orexinergiques ne se ressemblent pas. Dans le Covid long en particulier, quatre mécanismes distincts peuvent être impliqués, souvent en combinaison, selon la revue de Ruhrlander et al. (2025) :[8]
- Hyposécrétion fonctionnelle : réduction de la production d'orexine sans destruction neuronale (réversible). Se traduit par une somnolence diurne et une difficulté à maintenir l'éveil.
- Hypersécrétion réactionnelle : suractivation liée au stress chronique ou à l'inflammation. Se traduit par une insomnie de maintien paradoxale, incapacité à s'endormir malgré un épuisement sévère.[7]
- Perte neuronale partielle : destruction d'une fraction des neurones à orexine, sans atteindre le seuil de narcolepsie de type 1 (< 110 pg/mL d'orexine-A dans le liquide céphalo-rachidien). Tableau subsyndromique.
- Autoanticorps anti-récepteurs à l'orexine (OXR) : mécanisme identique à celui de la narcolepsie post-Pandemrix, avec blocage fonctionnel par auto-immunité humorale.
La même personne peut alterner hypersomnie diurne et insomnie nocturne dans la même semaine, voire la même journée. Ce n'est pas une incohérence clinique : c'est la signature d'une instabilité de bascule. L'orexine oscillant autour d'un seuil instable crée précisément cette alternance paradoxale.
L'axe stress-orexine est un facteur aggravant documenté. Le facteur de libération de la corticotrophine (CRH, hormone du stress hypothalamique) interagit directement avec les circuits orexinergiques. Une étude sur modèle murin de narcolepsie a montré une réduction de 88 % des neurones CRH dans le noyau paraventriculaire post-mortem chez les sujets NT1, ce qui suggère une co-vulnérabilité stress-orexine.[10]
Narcolepsie post-Pandemrix : le signal établi et son mécanisme
🟢 Preuve établie · Signal EMA/ANSM reconnu, mécanisme moléculaire documentéEn 2009-2010, lors de la campagne vaccinale contre la grippe pandémique H1N1, plusieurs pays nordiques ont constaté une multiplication par 2,54 des cas de narcolepsie de type 1 chez les enfants et adolescents ayant reçu Pandemrix (un vaccin H1N1 adjuvanté AS03 produit par GSK). Ce signal a été reconnu par l'Agence européenne du médicament (EMA).
Le mécanisme a été élucidé par Luo, Mignot et al. (PNAS 2018) :[2] les lymphocytes T CD4+ spécifiques de la hémagglutinine H1N1 (pHA) présentent une réactivité croisée avec les épitopes de l'hypocrétine (HCRT, équivalent peptidique de l'orexine). Ce mimétisme moléculaire, documenté par des séquences CDR3β partagées entre tétramères pHA et HCRT, cible et détruit progressivement les neurones à orexine de l'hypothalamus latéral chez les personnes porteuses de l'allèle HLA-DQB1*06:02.
Cascade mécanistique Pandemrix → NT1. Le mimétisme moléculaire nécessite la présence de l'allèle HLA-DQB1*06:02 (98% des personnes atteintes de NT1).
Une étude complémentaire a identifié POMT1 (protéine-O-mannosyltransférase 1) comme autoantigène : les enfants vaccinés avec Pandemrix présentaient des taux élevés d'anti-POMT1, suggérant une réactivité croisée entre neuraminidase virale et cette protéine cérébrale.[3]
Un second pic d'incidence de narcolepsie a été observé en 2013 chez les enfants, sans lien avec Pandemrix (retiré du marché en 2010). Ce pic de 2013 confirme la capacité d'autres agents infectieux à déclencher le même mécanisme auto-immun chez les sujets vulnérables.[4]
L'analyse de pharmacovigilance rétrospective de Gool et al. (2024), portant sur 290 personnes atteintes de NT1 et 115 personnes avec NT2 ou hypersomnie idiopathique, confirme la spécificité des déclencheurs : grippe et vaccination H1N1 pour NT1 ; EBV et autres infections respiratoires pour NT2/hypersomnie idiopathique.[5]
Le GWAS (étude d'association pangénomique) sur 6 073 cas de narcolepsie (Ollila et al., 2023) a précisé l'architecture génétique : en dehors de HLA, les loci les plus associés impliquent des gènes des récepteurs T (TCR), la perforine 1 (PRF1) et des marqueurs de lymphocytes dendritiques, ce qui est cohérent avec un mécanisme principalement T-cellulaire.[6]
👁️ L'œil du Docteur en pharmacie
L'aspect génétique est crucial pour la compréhension du risque individuel. HLA-DQB1*06:02 est présent chez seulement 25% de la population générale, mais chez 98% des personnes atteintes de NT1. Ce n'est pas une anomalie génétique pathologique : c'est un allèle commun qui confère une susceptibilité dans un contexte infectieux ou vaccinal très spécifique. Le risque absolu d'un porteur HLA-DQB1*06:02 exposé à Pandemrix restait extrêmement faible, estimé entre 1/16 000 et 1/52 000 selon les cohortes scandinaves. Ce n'est en rien un argument contre la vaccination en général : le rapport bénéfice-risque de la vaccination antigrippale reste largement favorable, notamment pour les populations vulnérables.
Covid long : deux voies vers la même instabilité orexinergique
🟠 Association documentée · Cohortes PASC + cases reports NT1 post-SARS-CoV-2Ce que les cliniciens observent dans le Covid long depuis 2021 ressemble à première vue au tableau orexinergique décrit ci-dessus. Mais il convient de distinguer deux situations mécanistiquement différentes.
Voie 1 : dysrégulation fonctionnelle réversible
La majorité des personnes atteintes de Covid long avec troubles du sommeil sévères présentent une dysrégulation fonctionnelle : l'axe stress-orexine est perturbé, les neurones à orexine sont dysfonctionnels mais non détruits. Cette voie explique la fréquence de l'insomnie paradoxale (épuisement extrême + incapacité à dormir), les alternances veille-sommeil erratiques, et l'hypersomnie diurne non réparatrice.
L'inflammation chronique post-COVID (cytokines pro-inflammatoires, activation microgliale) et l'activation prolongée de l'axe CRH contribuent directement à cette dysrégulation. Le système nerveux autonome perturbé, si fréquent dans le Covid long, entretient la dérégulation orexinergique par des mécanismes de rétrocontrôle.[8]
Voie 2 : narcolepsie post-SARS-CoV-2, destruction neuronale documentée
Des cas de narcolepsie de type 1 déclenchée par l'infection SARS-CoV-2 ont été publiés. Le cas le plus documenté est celui rapporté par Wang et al. (Ann Clin Transl Neurol 2024) : une fillette de 9 ans, HLA-DQB1*06:02 positive, a développé une NT1 classique 4 mois après une infection COVID confirmée. L'orexine-A dans le liquide céphalo-rachidien était à 34 pg/mL (seuil diagnostique NT1 < 110 pg/mL), avec cataplexie, latence d'endormissement de 2,7 min au test de latence multiple et 5 éveils SOREM.[9]
Remarquable dans ce cas : une réponse partielle à l'ofatumumab (anticorps monoclonal anti-CD20, déplétant les lymphocytes B) avec résolution quasi-complète de la cataplexie. Ce résultat suggère une composante humorale (anticorps anti-OXR ou anti-HCRT) dans la pathogenèse.
Un cas de NT2 post-COVID réversible sous méthylprednisolone IV a également été publié (Künstler et al., 2024), avec normalisation des latences au suivi à 4 mois sans traitement symptomatique supplémentaire.[7] Ce cas illustre la fenêtre thérapeutique de l'immunothérapie précoce.
Les deux voies mécanistiques du Covid long vers l'instabilité orexinergique : fonctionnelle (majoritaire, réversible) et auto-immune (rare, avec perte neuronale potentiellement définitive).
Cataplexie franche (effondrement tonus déclenché par émotion), somnolence diurne > grade 2 (Epworth ≥ 16), paralysies hypnagogiques et hallucinations à l'endormissement, début brutal dans les semaines suivant une infection aiguë chez un sujet HLA-DQB1*06:02 positif. La mesure d'orexine-A dans le LCR reste l'examen de référence (seuil NT1 : < 110 pg/mL). Le test de latence multiple (MSLT) avec polysomnographie confirme.
Vaccins ARNm COVID : signal absent en pharmacovigilance mondiale
🟢 Signal absent confirmé · Pharmacovigilance mondiale 140 pays (Jeong 2025)L'existence d'un signal établi pour les vaccins grippaux adjuvantés (Pandemrix, ROR = 156) ne préjuge en rien d'un signal pour les vaccins ARNm COVID-19. Les mécanismes antigéniques sont fondamentalement différents.
L'analyse pharmacovigilance la plus exhaustive disponible à ce jour est celle de Jeong et al. (Sci Reports 2025), qui a exploré la base de données internationale de pharmacovigilance de l'OMS (VigiBase) couvrant 140 pays sur la période 1967-2023.[11] Sur les 2 183 rapports de narcolepsie associée à un vaccin identifiés parmi 5 291 rapports totaux :
- Vaccins antigrippaux : signal très fort (ROR 156,53 ; IC 6,72), cohérent avec le mécanisme Pandemrix et les données de cohorte
- Vaccins HPV et encéphalite : signaux modérés identifiés
- Vaccins ARNm COVID-19 : aucun signal détectable, malgré un nombre total de rapports élevé (volume de vaccination mondial sans précédent)
Ce résultat est biologiquement cohérent : les antigènes spikés des vaccins ARNm COVID-19 ne partagent pas les séquences peptidiques CDR3β responsables du mimétisme moléculaire HCRT/H1N1 documenté dans la cascade Pandemrix. En l'absence de ce mécanisme, il n'y a pas de base moléculaire attendue pour un signal narcolepsie.
L'étude note que les résultats de pharmacovigilance passive ne permettent pas d'inférer de causalité. L'absence de signal dans 140 pays sur 2 ans de surveillance intensive constitue néanmoins un argument épidémiologique robuste.
Implications cliniques : ce que les données orientent en pratique
🟠 Approche clinique · Extrapolée des données de cohorte et case reportsFace à une personne présentant des troubles du sommeil réfractaires après une infection virale, notamment après un Covid, voici ce que les données disponibles permettent d'orienter.
Étape 1 : caractériser le phénotype sommeil
L'échelle d'Epworth (somnolence diurne), le questionnaire de Munich sur la chronobiologie (MCTQ) et le journal de sommeil sur 14 jours permettent de distinguer les profils de somnolence simple, d'insomnie de maintien, et de tableau mixte évocateur d'instabilité orexinergique. La présence d'une cataplexie, même fruste, même niée spontanément par la personne, est le signal d'alarme absolu.
Étape 2 : typer génétiquement si le tableau est sévère
Un typage HLA simple (recherche de DQB1*06:02) est réalisable en biologie courante. Sa présence chez un patient avec tableau sévère post-viral oriente vers une exploration polysomnographique et un dosage d'orexine-A dans le LCR.
Étape 3 : fenêtre thérapeutique précoce
Les données disponibles (Künstler 2024, Wang 2024, Valizadeh 2023) suggèrent que l'immunothérapie précoce (corticoïdes IV, IVIg, plasmaphérèse, anti-CD20) peut modifier favorablement l'évolution dans les cas de narcolepsie post-infectieuse à début récent.[5][7][9] Cette fenêtre se ferme à mesure que la perte neuronale devient irréversible. La précocité du diagnostic est donc cliniquement déterminante.
Pour les tableaux fonctionnels (Covid long, pas de cataplexie)
Dans la majorité des cas de Covid long avec troubles du sommeil, le tableau est fonctionnel, sans destruction neuronale documentée. L'adressage en consultation spécialisée sommeil reste utile pour valider le phénotype. Les antagonistes duaux des récepteurs à l'orexine (DORA), dont seul le daridorexant (Quviviq®) dispose d'une autorisation de mise sur le marché en France depuis 2024, peuvent être discutés pour les insomnies de maintien avec hyperactivation orexinergique, dont le mécanisme d'action est cohérent avec la physiopathologie.
👁️ L'œil du Docteur en pharmacie
Le défi clinique de ce profil est l'invisibilité diagnostique. Une personne avec instabilité orexinergique modérée, sans cataplexie franche ni Epworth à 20, consulte pour "fatigue inexpliquée", "dépression résistante", ou "ce n'est pas normal de dormir autant et de rester épuisé". La piste orexinergique n'est quasiment jamais explorée en soins primaires. Cette méconnaissance a un coût : d'abord thérapeutique (traitements antidépresseurs inadaptés, parfois aggravants sur la somnolence), ensuite en termes de fenêtre diagnostique, car dans les cas auto-immuns, chaque mois perdu est du tissu neuronal potentiellement non récupérable.
🧩 Ce que l'on sait · Ce que l'on ne sait pas encore
Ce qui est établi : Le système orexinergique est un stabilisateur de bascule veille-sommeil dont la vulnérabilité auto-immune est documentée. Le signal Pandemrix (narcolepsie de type 1 post-vaccin H1N1 adjuvanté) est reconnu par l'EMA avec un mécanisme de mimétisme moléculaire caractérisé au niveau moléculaire (Luo, Mignot, PNAS 2018). Des cas de NT1 post-SARS-CoV-2 existent, biologiquement plausibles et documentés par des mesures d'orexine-A. L'absence de signal ARNm COVID est confirmée par la pharmacovigilance mondiale (Jeong 2025).
Ce qui reste incertain : La prévalence réelle des tableaux orexinergiques dans le Covid long n'est pas établie ; il n'existe pas de cohorte prospective avec mesure systématique d'orexine-A. L'efficacité et la fenêtre temporelle optimale de l'immunothérapie dans les cas post-infectieux restent à définir par des essais contrôlés. Le rôle des anticorps anti-OXR (humoraux) versus la destruction T-cellulaire dans les cas post-COVID n'est pas encore tranché. La susceptibilité génétique aux formes fonctionnelles (Covid long sans NT1) est inconnue.
Ce qu'il faut retenir
Le système orexinergique — les neurones hypothalamiques qui stabilisent la bascule veille-sommeil — peut être perturbé après une infection virale, produisant une instabilité chronique souvent confondue avec la fatigue Covid long ordinaire. Les symptômes sont distincts : alternance épuisement/incapacité à dormir, endormissements diurnes incontrôlables, sommeil long mais non réparateur.
Dans la majorité des cas, cette instabilité est fonctionnelle et potentiellement réversible. La reconnaître tôt oriente vers des explorations spécifiques et des options que les bilans standards ne trouvent pas. Ni paresse ni dépression : une instabilité neurochimique identifiable — si on accepte de la chercher.
Qu'est-ce que le système orexinergique ?
Le système orexinergique est un réseau de neurones situés dans l'hypothalamus latéral qui produisent deux neuropeptides, l'orexine-A et l'orexine-B (aussi appelées hypocrétines), responsables du maintien de l'état d'éveil et de la stabilisation de la transition veille-sommeil. Environ 70 000 neurones à orexine existent dans le cerveau humain ; leur destruction partielle suffit à déstabiliser le contrôle veille-sommeil.
Comment une infection peut-elle déclencher une narcolepsie ?
Par mimétisme moléculaire : certaines protéines virales (notamment la hémagglutinine H1N1) partagent des séquences peptidiques proches des neuropeptides orexinergiques. En ciblant le virus, le système immunitaire produit des lymphocytes T CD4+ qui réagissent en croisé avec les neurones à orexine, entraînant leur destruction progressive chez les personnes génétiquement susceptibles (HLA-DQB1*06:02).
Le Covid long peut-il provoquer une narcolepsie ?
Des cas documentés existent (case reports et séries cliniques). Le SARS-CoV-2 peut déclencher une narcolepsie de type 1 post-infectieuse via un mécanisme auto-immun similaire à celui décrit pour la grippe H1N1. Des taux d'orexine-A très bas dans le liquide céphalo-rachidien ont été mesurés chez des personnes atteintes de Covid long avec hypersomnie sévère. Cependant, la majorité des troubles du sommeil dans le Covid long relèvent d'un mécanisme différent : une dysrégulation fonctionnelle réversible, sans destruction neuronale.
Quelle différence entre narcolepsie post-Pandemrix et troubles du sommeil dans le Covid long ?
La narcolepsie post-Pandemrix est une perte neuronale définitive avec cataplexie et orexine-A effondrée dans le LCR, causée par un mécanisme de mimétisme moléculaire documenté. Dans le Covid long, on observe le plus souvent une dysrégulation fonctionnelle de l'axe stress-orexine (hypersécrétion, hyposécrétion ou alternance) sans destruction neuronale, ce qui explique que des personnes s'améliorent avec le temps ou sous immunothérapie précoce.
Les vaccins ARNm contre la Covid ont-ils causé des narcolepsies ?
Non, selon la pharmacovigilance mondiale. Une analyse des données de 140 pays de 1967 à 2023 (Jeong et al., Sci Reports 2025) montre un signal pharmacovigilance très fort pour les vaccins antigrippaux (ROR 156), mais aucun signal détectable pour les vaccins ARNm COVID-19. Ce résultat est cohérent avec l'absence du mécanisme de mimétisme moléculaire HCRT/H1N1 dans les antigènes des vaccins ARNm COVID.
Suivre vos cycles veille-sommeil dans le Covid long
Boussole permet de journaliser énergie, sommeil, clarté mentale et confort physique jour après jour, et de visualiser les patterns d'instabilité sur 30 jours.
Essayer l'app gratuitementSuivre votre récupération au quotidien
Boussole vous permet de tracer énergie, sommeil et clarté mentale jour après jour — utile pour évaluer l'impact de vos ajustements. Essayer gratuitement →
Sources scientifiques
- Pizza F et al. (2022). The flip-flop switch and orexin in narcolepsy. J Sleep Res. DOI : 10.1111/jsr.13665
- Luo G, Ambati A, Lin L, Mignot EJ et al. (2018). Autoimmunity to hypocretin and molecular mimicry to flu in type 1 narcolepsy. Proc Natl Acad Sci U S A, 115(52) : E12323-E12332. PMID : 30541895. DOI : 10.1073/pnas.1818150116
- Vuorela A, Freitag TL, Partinen M et al. (2021). Enhanced influenza A H1N1 T cell epitope recognition and cross-reactivity to POMT1 in Pandemrix-associated narcolepsy type 1. Nat Commun, 12(1) : 2283. PMID : 33863907. DOI : 10.1038/s41467-021-22637-8
- Zhang Z, Gool JK, Partinen M et al. (2021). New 2013 incidence peak in childhood narcolepsy: more than vaccination? Sleep, 44(2). PMID : 32909046. DOI : 10.1093/sleep/zsaa172
- Gool JK, Zhang Z, Fronczek R et al. (2024). Potential immunological triggers for narcolepsy and idiopathic hypersomnia. Sleep Med, 116 : 105-114. PMID : 38442518. DOI : 10.1016/j.sleep.2024.02.033 [étude rétrospective, 290 NT1 + 115 NT2/IH]
- Ollila HM et al. (2023). Multi-ethnic GWAS of narcolepsy identifies 6073 cases. Nat Commun. DOI : 10.1038/s41467-023-38200-6
- Künstler ECS, Menrad S, Rupprecht S et al. (2024). Corticosteroid-responsive narcolepsy type II after COVID-19. J Sleep Res, 34(4) : e14406. PMID : 39622313. DOI : 10.1111/jsr.14406
- Ruhrlander J, Schieffer B et al. (2025). The Orexin System and Its Impact on the Autonomic Nervous and Cardiometabolic System in PASC. Biomedicines, 13(3) : 545. PMID : 40149526. DOI : 10.3390/biomedicines13030545
- Wang X, Zhang X, Liu Y et al. (2024). Ofatumumab treatment in new-onset narcolepsy type 1 following SARS-CoV-2 infection. Ann Clin Transl Neurol, 12(3) : 666-669. PMID : 39729629. DOI : 10.1002/acn3.52284
- Zhou M, Melzi d'Eril GV et al. (2025). CRH in murine narcolepsy — 88% loss of CRH-PVN neurons in NT1 post-mortem. J Sleep Res. DOI : 10.1111/jsr.70151
- Jeong YD, Jo H, Yon DK et al. (2025). Global estimates of vaccine-associated narcolepsy from 1967 to 2023. Sci Rep, 15(1) : 21331. PMID : 40592905. DOI : 10.1038/s41598-025-04049-6
- Palagini L, Geoffroy PA, Riemann D et al. (2023). Orexinergic pathway and insomnia disorder. J Sleep Res, 32(4) : e13825. PMID : 36786121. DOI : 10.1111/jsr.13825
- Valizadeh P, Rezaei N et al. (2023). Autoimmunity in narcolepsy and emerging immunotherapeutic approaches. Sleep Med, 113 : 378-396. PMID : 38128432. DOI : 10.1016/j.sleep.2023.12.005