Flambée initiale aux ISRS : le rôle modulateur du GABA, de la dopamine et de la sérotonine sur l'histamine
Vous venez de commencer un antidépresseur ISRS et les premières semaines peuvent être difficiles : anxiété amplifiée, agitation, flush, bouffées de chaleur, insomnie, maux de tête, parfois des symptômes qui ressemblent à une réaction allergique. Le syndrome d'activation initiale est documenté. Chez certains profils inflammatoires ou histaminiques, l'histamine pourrait aussi moduler cette phase, surtout via l'histamine centrale qui freine la libération de sérotonine par les récepteurs H3.
Ce que vous allez comprendre
Le syndrome jitteriness/anxiety des ISRS est documenté cliniquement. Il ne prouve pas que le traitement est inefficace, mais il doit être surveillé.
En inflammation aiguë chez l'animal, l'histamine cérébrale freine la libération de sérotonine via H3 et réduit l'effet attendu de l'escitalopram.
Les neurones histaminergiques de l'hypothalamus (TMN) sont freinés par la signalisation GABA-A. Un frein GABAergique affaibli peut amplifier l'éveil, l'insomnie et l'hypervigilance.
Quand elle survient, l'activation apparaît surtout dans les premiers jours ; sa durée dépend ensuite de la molécule, de la dose et du profil individuel. Symptômes qui s'intensifient ou durent : recontacter le prescripteur.
Vous prenez ou envisagez de prendre un antidépresseur ISRS et vous avez un profil histaminique sensible (SAMA, MCAS, intolérance alimentaire à l'histamine, hypermobilité), ou si vous cherchez à comprendre pourquoi certains antidépresseurs peuvent aggraver temporairement l'anxiété, le sommeil ou les symptômes neurovégétatifs avant d'aider. Cet article vous donne les clés mécanistiques pour mieux communiquer avec votre prescripteur.
📖 Glossaire — termes clés de cet article
- ISRS (Inhibiteur Sélectif de la Recapture de Sérotonine) : famille d'antidépresseurs qui empêchent la recapture de la sérotonine par les neurones, augmentant sa concentration dans la synapse
- 5-HT (5-hydroxytryptamine) : la sérotonine, un neurotransmetteur produit dans le cerveau et l'intestin, avec des rôles dans l'humeur, le sommeil, la digestion et l'immunité, voir aussi Sérotonine, microbiote et inflammation : le réseau caché
- Mastocytes : cellules immunitaires présentes dans les tissus, capables de libérer de l'histamine et d'autres médiateurs en réponse à des stimuli chimiques ou mécaniques
- TMN (Noyau Tubéromamillaire) : région de l'hypothalamus qui contient la quasi-totalité des neurones histaminergiques du cerveau
- GABA (Acide Gamma-AminoButyrique) : le principal neurotransmetteur inhibiteur du cerveau, qui freine l'activité neuronale
- VLPO (Noyau Pré-Optique Ventrolatéral) : zone hypothalamique qui envoie des signaux GABAergiques inhibiteurs vers le TMN pour favoriser le sommeil
- Autorécepteur 5-HT1A : récepteur situé sur le neurone sérotoninergique lui-même, qui régule la production et la libération de sérotonine (rétrocontrôle négatif)
- SAMA / MCAS : Syndrome d'Activation Mastocytaire (diagnostics désignant une hyperactivité des mastocytes)
- DAO / HNMT : enzymes de dégradation de l'histamine (diamine oxydase et histamine N-méthyltransférase)
La flambée initiale : un syndrome reconnu, sous-estimé
🟢 Phénomène clinique établi — données observationnelles et cas cliniquesLe syndrome jitteriness/anxiety est un effet indésirable reconnu des antidépresseurs ISRS à l'initiation ou à l'augmentation de dose. Il regroupe anxiété amplifiée, agitation intérieure, insomnie, irritabilité et, chez certaines personnes, des symptômes évocateurs d'une réaction histaminique : flush, céphalées pulsatiles, inconfort digestif, prurit. Une revue systématique portant sur 107 publications confirme la réalité du phénomène, mais souligne qu'il reste mal défini, sans échelle validée, avec des incidences publiées très variables (4 à 65 %) et sans preuve robuste qu'il soit plus fréquent sous ISRS que sous tricycliques.[12] Une étude prospective portant sur 301 patients retrouve une incidence de 7,0 % (21 cas), avec un délai d'apparition moyen de 7,3 ± 8,1 jours : environ la moitié des cas dans les 3 premiers jours, la grande majorité dans la première semaine.[13] Des cas cliniques isolés documentent aussi ce syndrome avec l'escitalopram, l'un des ISRS les plus prescrits.[7]
Ce que les notices pharmaceutiques ne précisent pas clairement : une partie de ces symptômes pourrait impliquer l'histamine. Non pas parce que les ISRS seraient « histaminiques » au sens pharmacologique classique, mais parce que l'histamine centrale, l'inflammation, le sommeil et la signalisation sérotoninergique s'influencent mutuellement. Les données les plus solides ne montrent pas que l'ISRS déclenche directement une dégranulation mastocytaire chez l'humain : elles montrent surtout qu'un terrain inflammatoire/histaminique peut modifier la réponse cérébrale à l'ISRS.
Ce déséquilibre n'est pas automatiquement le signe que le traitement est « mauvais » ou incompatible. C'est souvent une fenêtre d'adaptation, dont la durée et l'intensité varient selon le profil individuel, notamment l'inflammation de fond, la sensibilité mastocytaire, la capacité enzymatique à dégrader l'histamine (DAO, HNMT), le sommeil et l'état du système GABAergique.
Inflammation, histamine centrale et mastocytes : le vrai nœud
🟠 Mécanisme plausible — données précliniques solides, traduction clinique limitéeLe point le plus solide n'est pas « l'ISRS active les mastocytes », mais « l'inflammation et l'histamine peuvent modifier la réponse cérébrale à l'ISRS ». Dans un modèle murin d'inflammation aiguë par LPS, l'histamine cérébrale augmente, active des récepteurs H3 inhibiteurs sur les terminaisons sérotoninergiques, réduit la sérotonine extracellulaire hippocampique et limite la capacité de l'escitalopram à l'augmenter. Quand la synthèse d'histamine est diminuée, l'effet sérotoninergique de l'escitalopram réapparaît.[9] Le modèle de Mena et collègues prolonge ce point : sous inflammation, l'histamine libérée par mastocytes et glie abaisse le niveau tonique de sérotonine, l'escitalopram ne restaure pas toujours la sérotonine au niveau de base, et les ISRS peuvent aussi freiner la recapture de l'histamine, ce qui rend leur effet chimiquement moins favorable quand l'histamine est élevée.[11]
La relation entre sérotonine et histamine n'est d'ailleurs pas à sens unique. Chez le rat, en tranches hypothalamiques, la sérotonine excite directement les neurones histaminergiques du noyau tubéromamillaire (jusqu'à 224 % du taux de décharge basal), via un mécanisme postsynaptique impliquant le récepteur 5-HT2C.[14] Chez la souris, le citalopram augmente l'histamine extracellulaire corticale, un effet aboli par un antagoniste des récepteurs 5-HT1/5-HT2 ; les réponses comportementales et neurochimiques du citalopram et de la paroxétine sont par ailleurs très atténuées chez des souris incapables de synthétiser l'histamine.[15] Ces données précliniques dessinent une boucle de régulation sérotonine↔histamine dont le sens dominant dépend probablement du contexte inflammatoire : elles ne démontrent pas que l'activation histaminergique centrale explique, à elle seule, le syndrome d'activation initiale chez l'humain.
La revue de Batey et collègues va dans le même sens : l'inflammation périphérique induite par LPS tend à diminuer la dopamine et la sérotonine cérébrales, à augmenter la noradrénaline, et à faire intervenir l'histamine comme frein de la libération sérotoninergique via H3.[10] Ce modèle colle mieux au tableau clinique de certains patients : fatigue, hypervigilance, insomnie, malaise inflammatoire et réponse imprévisible aux ISRS.
Les mastocytes restent pertinents, mais à un niveau de preuve plus fragile. Ils peuvent libérer de l'histamine et d'autres médiateurs, et certains contextes expérimentaux montrent une libération conjointe d'histamine et de sérotonine autour de tissus activés ou lésés.[2][10] En revanche, le mécanisme direct « ISRS → mastocyte 5-HT2B → dégranulation → flambée clinique » ne doit pas être présenté comme établi chez l'humain. C'est une hypothèse périphérique, pas le socle de l'article.
Les données expérimentales disponibles ne soutiennent d'ailleurs pas un effet mastocytaire pro-dégranulant uniforme des ISRS. Sur des mastocytes murins et humains, la fluoxétine réduit au contraire la dégranulation IgE-dépendante, la production de cytokines et la sécrétion de lipides inflammatoires, avec un effet protecteur similaire dans des modèles murins d'anaphylaxie et d'inflammation allergique des voies aériennes.[16] Cette voie (IgE/FcɛRI) est distincte de l'hypothèse 5-HT2B évoquée ci-dessus ; elle renforce néanmoins l'idée qu'il n'existe pas de mécanisme mastocytaire pro-dégranulant homogène et constant sous ISRS.
L'autre face du paradoxe : à long terme, certaines personnes trouvent une amélioration de leurs symptômes anxieux, neurovégétatifs ou inflammatoires sous traitement bien toléré. Cela ne prouve pas que l'ISRS « stabilise les mastocytes » ; cela peut refléter une meilleure régulation du stress, du sommeil, du tonus sérotoninergique et des boucles neuro-immunes.
Les personnes avec inflammation de fond, sommeil instable, SAMA/MCAS ou capacité réduite à dégrader l'histamine (DAO faible, HNMT ralentie) peuvent avoir une marge de tolérance plus étroite. Le risque n'est pas seulement mastocytaire : il peut aussi être central, via le dialogue histamine-sérotonine dans le cerveau.
L'intensité des symptômes, leur durée, et la façon dont ils évoluent semaine après semaine sont des informations précieuses pour votre prescripteur. Boussole vous permet de documenter ce profil de réaction dans le temps et d'apporter un support concret de discussion, sans conclure à la place du clinicien.
Commencer le suivi
Le GABA, frein moléculaire des neurones histaminergiques
🟢 Association documentée — données expérimentales animales et in vitroLes neurones histaminergiques du cerveau sont presque entièrement concentrés dans le noyau tubéromamillaire (TMN), dans la partie postérieure de l'hypothalamus. Cette zone commande le tonus d'éveil, la vigilance, les réponses inflammatoires centrales et une partie de la réponse immunitaire systémique.[6] C'est depuis le TMN que l'histamine se propage à l'ensemble du cerveau via des projections diffuses.
Le GABA — principal neurotransmetteur inhibiteur — exerce un frein direct sur ces neurones histaminergiques via les récepteurs GABA-A. Le circuit est anatomiquement précis : les neurones GABAergiques du noyau pré-optique ventrolatéral (VLPO) envoient des projections inhibitrices vers le TMN via les récepteurs GABA-A.[5] Quand ce circuit fonctionne bien, il maintient le tonus histaminergique cérébral à un niveau modéré.
La démonstration expérimentale est directe, mais nuancée selon la région : l'administration de bicuculline (antagoniste GABA-A) au niveau hypothalamique augmente la libération d'histamine dans le TMN et le cortex (mais pas dans le striatum), ainsi que dans le noyau accumbens. C'est en revanche le thiopéramide (antagoniste H3), pas la bicuculline, qui augmente l'histamine dans le noyau basalis magnocellularis.[3] Autrement dit, lever le frein GABA-A libère l'histamine dans plusieurs cibles, mais pas de façon uniforme selon la région. La réciproque est vraie : potentialiser la signalisation GABA-A (via l'alcool par exemple, qui agit précisément sur ce mécanisme) inhibe les neurones du TMN et réduit le tonus histaminique.[4]
Ce circuit VLPO→TMN explique en partie pourquoi certaines personnes dorment mieux quand leur tonus histaminique est modéré (le TMN favorise l'éveil), et pourquoi les antihistaminiques H1 anciens (comme l'hydroxyzine ou la diphénhydramine) sont sédatifs : ils bloquent H1 dans le cerveau, réduisant le signal histaminique d'éveil qui émane du TMN.
En contexte d'initiation d'ISRS, si la signalisation GABAergique est déjà fragilisée par l'insomnie, l'hypervigilance ou un terrain inflammatoire, le frein sur le TMN peut être moins efficace. Cela peut rendre l'activation initiale plus bruyante, sans prouver que l'ISRS déclenche directement l'histamine.
Dopamine et terrain inflammatoire
🔴 Signal préliminaire — données in vitro, traduction clinique incertaineAu-delà de la sérotonine : les modèles inflammatoires (LPS chez l'animal) modifient plusieurs monoamines à la fois. La revue de Batey et collègues interprète ces données comme une tendance à la baisse de la dopamine et de la sérotonine cérébrales sous inflammation, et à une hausse de la noradrénaline, avec l'histamine comme frein additionnel de la sérotonine via H3.[10] Ces modifications pourraient contribuer au tableau clinique global (fatigue, hypervigilance, réponse imprévisible aux ISRS), mais aucune donnée ne montre qu'elles expliquent spécifiquement l'activation initiale sous ISRS : ce n'est pas une preuve que la dopamine pilote la flambée, seulement un rappel qu'un terrain inflammatoire ne perturbe pas la sérotonine seule.
La convergence GABA-dopamine-histamine pourrait aider à expliquer pourquoi certains profils neuropsychiatriques ou inflammatoires tolèrent mal les phases de transition pharmacologique. Les données manquent pour en faire une recommandation pratique ou un outil de prédiction individuel.
Après la flambée : pourquoi ça se calme (ou pas)
🟠 Modèle pharmacologique classique — adaptation documentée, rôle causal incompletSelon le modèle pharmacologique dominant, la clé de l'atténuation de la flambée réside dans la désensibilisation progressive des autorécepteurs 5-HT1A présynaptiques.[1] Ces récepteurs, situés sur les neurones sérotoninergiques eux-mêmes, servent de « capteur de charge » : quand la sérotonine synaptique monte trop haut, ils freinent la production et la libération de sérotonine en retour (rétrocontrôle négatif).
Cette désensibilisation est bien documentée pharmacologiquement, mais son rôle causal dans la disparition de la flambée initiale ou dans le délai d'action reste incomplet : chez 19 patients suivis par imagerie TEP avant et après 5 à 9 semaines de traitement ISRS, la liaison des autorécepteurs 5-HT1A du raphé diminuait d'environ 18 %, sans corrélation avec l'amélioration clinique observée.[17]
Dans les premières semaines des ISRS, ce mécanisme de rétrocontrôle est encore pleinement actif et compense partiellement l'inhibition de la recapture, mais pas complètement, ce qui explique le déséquilibre initial. Après 2 à 4 semaines d'exposition continue, les autorécepteurs 5-HT1A se désensibilisent progressivement : leur réponse s'atténue, et le neurone cesse de « freiner » sa propre activité. Le tonus sérotoninergique se stabilise alors à un niveau plus régulier. Si l'inflammation et l'histamine centrale sont élevées, cette stabilisation peut être moins linéaire.
Quand ça ne se calme pas : plusieurs scénarios expliquent la persistance des symptômes au-delà de 4 semaines. Un profil SAMA ou MCAS non compensé, une inflammation de fond, une insomnie sévère, une activation anxieuse importante, une interaction médicamenteuse ou une incompatibilité spécifique avec certains ISRS peuvent justifier un ajustement. La conversation avec le prescripteur est alors indispensable.
Démarrer bas et augmenter progressivement n'est pas qu'une précaution générique : c'est une stratégie qui laisse aux mécanismes de régulation (autorécepteurs, sommeil, GABA, histamine, enzymes de dégradation) le temps de s'adapter à chaque palier. Pour les profils inflammatoires ou histaminiques sensibles, cette approche est rationnelle, mais elle doit être discutée avec le prescripteur avant tout ajustement.
Ce que vous pouvez faire concrètement
🟠 Mesures prudentes — à valider avec le prescripteurLa première action est la communication avec votre prescripteur, pas pour arrêter le traitement, mais pour contextualiser ce que vous vivez. Le syndrome jitteriness/anxiety est reconnu, et un prescripteur informé peut ajuster la posologie, rechercher une interaction, proposer une stratégie temporaire encadrée, ou envisager une autre molécule si le signal est trop fort. Traverser cette phase seul, sans ce dialogue, est une mauvaise stratégie.
① Tenir un journal de symptômes daté. Notez chaque soir : intensité des symptômes (anxiété, flush, céphalées, inconfort digestif), heure de prise du médicament, qualité du sommeil. Ce journal transforme une expérience confuse en données utilisables pour votre prescripteur.
② Ne pas modifier seul le traitement. Signalez rapidement au prescripteur toute intensification des symptômes, une akathisie, un virage hypomaniaque/maniaque, ou des signes évocateurs d'allergie (urticaire étendue, œdème, gêne respiratoire).
③ Limiter les facteurs confondants évidents pendant la phase d'introduction. Sommeil régulier, lumière du matin, réduction alcool/caféine : ces mesures sobres facilitent l'interprétation de vos symptômes, sans prétendre agir sur le mécanisme histaminergique lui-même.
Chez les profils ayant déjà une intolérance histaminique identifiée, un test de charge alimentaire transitoire ou un soutien GABAergique (magnésium, L-théanine) peuvent être discutés en complément avec le prescripteur : ce ne sont ni des mesures de première intention, ni des tests validés de la tolérance aux ISRS ; leur effet sur ce mécanisme précis n'est pas démontré par essais contrôlés.
Ce qui est solide : le syndrome jitteriness/anxiety des ISRS est un phénomène clinique documenté. Le circuit VLPO→TMN via GABA-A, qui contrôle le tonus histaminergique cérébral, est établi par des données expérimentales convergentes. Les travaux précliniques récents montrent que l'inflammation peut augmenter l'histamine centrale, freiner la libération de sérotonine via H3 et diminuer la capacité de l'escitalopram à augmenter la sérotonine extracellulaire. La désensibilisation des autorécepteurs 5-HT1A reste un modèle pharmacologique largement accepté pour expliquer une partie du délai d'action.
Ce qui reste spéculatif ou peu documenté chez l'humain : la traduction clinique directe de ces modèles murins et computationnels. Le mécanisme « ISRS → mastocyte 5-HT2B → dégranulation → réaction histaminique clinique » reste une hypothèse périphérique, pas un fait établi. Le rôle de la dopamine dans la tolérance initiale est indirect. La traduction des bénéfices nutraceutiques (magnésium, L-théanine) sur ce mécanisme spécifique n'est pas prouvée par essais contrôlés. Ce niveau de preuve doit être communiqué à votre professionnel de santé avant toute décision.
Ce qu'il faut retenir
L'aggravation initiale des premières semaines sous inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine (ISRS) n'est pas toujours une anomalie ni un signe d'incompatibilité. Le modèle le plus solide est plus précis : en contexte inflammatoire ou histaminique, l'histamine centrale peut freiner la libération de sérotonine via le récepteur histaminique de type 3 (H3), perturber la réponse chimique à l'escitalopram et rendre la transition plus instable. Pour beaucoup de personnes, cette fenêtre se stabilise en quelques semaines, sans délai universellement fixe.
Pour les profils histaminiques sensibles (SAMA, syndrome d'activation mastocytaire (MCAS), hypermobilité, inflammation de fond, sommeil instable), cette fenêtre peut être plus intense et demande une stratégie d'accompagnement active : dialogue avec le prescripteur, journal de symptômes, réduction transitoire de la charge histaminique et soutien sobre du frein GABAergique. Ces approches ne remplacent pas le traitement, elles sécurisent la phase critique.
Comprendre sa chimie n'est pas de l'anxiété — c'est le premier acte de soin.Si les premières semaines d'ISRS deviennent plus difficiles, ne modifiez pas seul le traitement. Notez la chronologie : date de début, dose, heure de prise, sommeil, agitation, symptômes digestifs, flush, céphalées, idées noires, akathisie ou virage maniaque éventuel.
Apportez ces éléments au prescripteur rapidement si l'intensité augmente, si le sommeil s'effondre ou si des idées suicidaires, une agitation extrême ou une impulsivité inhabituelle apparaissent. Les ajustements de dose, de molécule ou de tempo doivent rester encadrés.
Questions fréquentes
Pourquoi les antidépresseurs ISRS provoquent-ils une aggravation des symptômes au début ?+
Les ISRS modifient rapidement la signalisation sérotoninergique, avant que les mécanismes de régulation (autorécepteurs 5-HT1A, sommeil, stress, inflammation) ne s'adaptent. Chez certains profils, l'histamine centrale pourrait freiner la libération de sérotonine via H3 et rendre l'effet de l'escitalopram moins net quand l'histamine est élevée. Le phénomène clinique d'activation initiale existe, mais il ne doit pas être réduit à une simple dégranulation mastocytaire.
Combien de temps dure la flambée initiale des ISRS ?+
Lorsqu'elle survient, l'activation apparaît souvent dans les tout premiers jours : dans une étude prospective, environ la moitié des cas débutaient dans les 3 premiers jours et la grande majorité en une semaine. Sa durée est en revanche beaucoup moins bien standardisée et varie selon la molécule, la dose, l'inflammation de fond, le sommeil et la tolérance individuelle. Si les symptômes persistent, s'intensifient, ou comportent agitation extrême, akathisie, idées suicidaires ou virage maniaque, c'est un signal à communiquer rapidement au prescripteur, plutôt que d'attendre un délai fixe de quatre semaines.
Qu'est-ce que le GABA a à voir avec l'histamine ?+
Le GABA est le principal frein des neurones histaminergiques du noyau tubéromamillaire (TMN), situés dans l'hypothalamus. Lorsque la transmission GABAergique est bien fonctionnelle, elle maintient un tonus histaminergique cérébral modéré. Une diminution expérimentale de ce frein GABAergique (stress aigu, signalisation GABA-A réduite) peut l'amplifier chez l'animal ; il n'existe cependant pas de test clinique validé permettant de conclure qu'une mauvaise tolérance aux ISRS traduit un « déficit en GABA » chez une personne donnée.
Le profil histaminique rend-il les ISRS plus difficiles à tolérer ?+
Parfois, mais ce n'est pas prédictif à lui seul. Les personnes avec un profil mastocytaire sensible (SAMA, MCAS, hypermobilité articulaire), une inflammation de fond, un sommeil très instable ou une charge histaminique élevée peuvent être plus vulnérables. Les personnes sans fragilité connue tolèrent souvent les ISRS dès le départ, ou n'ont qu'une activation légère et transitoire. Le profil DAO/HNMT peut jouer un rôle, mais il ne suffit pas à prédire la tolérance individuelle.
Tracer l'évolution semaine par semaine : pour avoir des données concrètes à apporter à votre prescripteur.
Sources scientifiques
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