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Covid long : pourquoi l'étiquette « psychosomatique » ne doit pas remplacer l'enquête biologique

Représentation schématique des mécanismes biologiques du Covid long : persistance virale, neuroinflammation, microcaillots

L'article en 1 minute

Ce qu'on observe. Certains cliniciens appliquent au Covid long les étiquettes de trouble fonctionnel somatique (FSD) ou de trouble à symptômes somatiques (SSD), des catégories réservées en principe aux situations sans anomalie organique identifiée.

Ce que cela signifie. Un commentaire publié en 2026 dans Frontiers in Medicine documente que cette démarche pose problème : le Covid long est une pathologie multi-systémique avec plusieurs mécanismes biologiques documentés, à des niveaux de preuve hétérogènes (persistance antigénique digestive, POTS objectivé au tilt test, altération de la barrière hémato-encéphalique dans un sous-groupe cognitif).

La limite principale. Appliquer une étiquette psychosomatique à un tableau biologiquement documenté constitue une erreur diagnostique aux conséquences thérapeutiques réelles, notamment la prescription de thérapies contre-indiquées.

À retenir : Si l'étiquette psychosomatique est évoquée sans bilan biologique complet, il est légitime de demander quels mécanismes ont été recherchés et écartés.

Introduction Depuis quelques années, des cliniciens appliquent aux personnes atteintes de Covid long les étiquettes de trouble fonctionnel somatique (FSD) ou de trouble à symptômes somatiques (SSD), des catégories diagnostiques traditionnellement réservées aux situations où aucune anomalie organique n'est identifiée. Un commentaire publié en 2026 dans Frontiers in Medicine documente en quoi cette démarche est biologiquement infondée. Voici ce que la recherche répond.

📖 Termes de référence
  • FSD (Functional Somatic Disorder) = Trouble somatique fonctionnel, diagnostic posé en l'absence d'anomalie organique identifiable
  • SSD (Somatic Symptom Disorder) = Trouble à symptômes somatiques, catégorie DSM-5 appliquée quand la détresse associée aux symptômes est jugée disproportionnée
  • Persistance virale = Viral persistence, présence de composants du SARS-CoV-2 (ARN, protéine spike) dans les tissus des semaines ou mois après l'infection aiguë
  • Fibrine microcoagulée = Fibrin microclots / amyloid-like fibrin, agrégats insolubles de fibrine détectés dans le plasma des patients Covid long, potentiellement obstructifs dans les microvaisseaux
  • Microglie = Microglia, cellules immunitaires résidentes du cerveau, dont l'activation chronique est associée à la neuroinflammation et au brouillard cognitif
  • POTS = Postural Orthostatic Tachycardia Syndrome, augmentation anormale de la fréquence cardiaque au passage à la position debout, documentée comme complication post-COVID
  • PEM (Post-Exertional Malaise) = Malaise post-effort, aggravation caractéristique des symptômes après un effort physique ou cognitif, signature cardinale de l'EM/SFC et du Covid long
  • BHE = Barrière hémato-encéphalique, interface sélective qui protège le cerveau des agents pathogènes et molécules circulantes
  • Kynurénines = Kynurenines, voie métabolique du tryptophane activée en cas d'inflammation, au détriment de la dopamine et de la noradrénaline

Diagnostiquer « fonctionnel » quand la biologie parle d'autre chose

🟠 Controverse documentée — Commentaire Frontiers in Medicine 2026, PMID 42063762

Un commentaire scientifique publié en 2026 dans Frontiers in Medicine par Spanoghe et al. documente un problème méthodologique sérieux : certains cliniciens appliquent aux personnes atteintes de Covid long les catégories diagnostiques de FSD (Functional Somatic Disorder) ou SSD (Somatic Symptom Disorder) comme explication par défaut.[1] Le FSD et le SSD ne sont pas équivalents : le SSD du DSM-5 peut être diagnostiqué même lorsqu'une maladie organique est présente, puisqu'il porte sur des pensées, émotions ou comportements jugés disproportionnés vis-à-vis des symptômes, pas sur leur origine.

Le problème, dans le Covid long, est l'utilisation de ces catégories comme motif pour interrompre la recherche de mécanismes et de diagnostics différentiels biologiques.

Comprendre un terrain, ce n’est pas tout expliquer : c’est éviter de tout confondre.

Le problème est circulaire. Ces catégories ont été construites pour des situations où les examens conventionnels ne trouvent rien. Or dans le Covid long, les anomalies biologiques ne sont pas absentes : elles sont présentes, mais nécessitent des outils diagnostiques que les bilans standards ne comprennent pas. Les tests standards sont normaux ; les tests spécialisés, eux, ne le sont pas.

Spanoghe et al. recensent dans leur commentaire plusieurs mécanismes biologiques qui rendent problématique l'usage par défaut de ces catégories au Covid long. Ces mécanismes sont documentés dans des journaux de haut rang, notamment Nature, Neurochemical Research, Nature Neuroscience et GeroScience, avec des niveaux de preuve hétérogènes détaillés plus bas.

L'enjeu n'est pas seulement académique. Recevoir une étiquette de « trouble fonctionnel » a des conséquences concrètes : retard à l'orientation vers des spécialistes compétents, prescription de thérapies comportementales inadaptées — voire contre-productives — et une forme de disqualification sociale de la souffrance réelle des patients. Le Covid long concernerait environ 10 à 15 % des personnes infectées par le SARS-CoV-2 (OMS Technical Report 2023), avec des symptômes persistant au-delà de 3 mois chez une fraction significative d'entre elles.

📌 Nuance importante : critiquer l'étiquette « psychosomatique » ne revient pas à nier l'existence de dimensions psychologiques dans le Covid long. Anxiété, dépression et stress chronique sont fréquents dans toute maladie organique invalidante et peuvent moduler la perception des symptômes. Le modèle biopsychosocial reste pertinent comme cadre de soin. Ce que cet article conteste est l'usage de FSD/SSD à la place d'un bilan biologique actif, et non l'accompagnement psychologique comme soin complémentaire et légitime.

Cette nuance est développée dans un article séparé sur la psychologisation secondaire du Covid long et de l'EM/SFC, c'est-à-dire le modèle qui admet l'infection initiale mais attribue la persistance aux facteurs de maintien cognitifs ou comportementaux.

Persistance virale et dérégulation immunitaire

🟡 Persistance antigénique tissulaire — Immunohistochimie ; PMID 38188925

Le premier mécanisme documenté est la persistance antigénique du SARS-CoV-2 dans les tissus de l'organisme, longtemps après la résolution de l'infection aiguë. Une étude endoscopique publiée en 2024 (Hany et al.) a recherché du matériel viral dans des biopsies digestives chez des personnes ayant un antécédent de Covid, plusieurs mois après l'infection.[2]

L’inflammation chronique agit rarement seule : elle déplace les seuils, les priorités et la récupération.

Dans l'étage digestif supérieur, 37,34 % des patients avaient une immunoréactivité positive pour la protéine nucléocapside du SARS-CoV-2 en immunohistochimie. Cette observation soutient l'hypothèse d'une persistance antigénique tissulaire, mais l'étude n'était pas conçue pour établir un biomarqueur spécifique du Covid long ni une relation causale avec les symptômes digestifs persistants.

Au niveau immunitaire, la dérégulation est également bien caractérisée. Les personnes atteintes de Covid long présentent des profils d'activation lymphocytaire T atypiques, une activation prolongée des monocytes, et des taux de cytokines pro-inflammatoires durablement élevés. Ces anomalies ne fluctuent pas avec l'état émotionnel : elles sont mesurables dans le sang à jeun.

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Fibrine microcoagulée et activation microgliale

🟡 Mécanisme expérimental solide, transposition clinique incomplète — Nature 2024, PMID 39198643

L'un des mécanismes proposés dans le Covid long concerne des anomalies de fibrine d'origine expérimentale. Une étude publiée dans Nature en 2024 (Ryu et al.) a montré que la protéine spike du SARS-CoV-2 peut se lier à la fibrine et modifier ses propriétés, favorisant une thrombo-inflammation pathologique dans des modèles expérimentaux.[3]

Un bon modèle relie les indices sans transformer une hypothèse en certitude.

Dans le modèle murin de cette étude, l'injection de fibrine activée par la spike a entraîné une neuroinflammation et une perte neuronale. Ces données donnent une base mécanistique aux anomalies de fibrine décrites dans le Covid long, mais elles ne constituent pas à elles seules une démonstration clinique de micro-obstruction vasculaire chez les patients atteints de Covid long : la détection humaine de ces agrégats, par microscopie à fluorescence, reste exploratoire et sa prévalence exacte n'est pas encore établie en cohortes larges.

Cascade de la protéine spike vers la neuroinflammation Schéma en cascade : protéine spike → liaison fibrine → microcaillots anormaux → obstruction microvasculaire → activation microgliale → neuroinflammation et perte neuronale. Protéine spike SARS-CoV-2 persistante Fibrine anormale Microcaillots fibrino- amyloïdes insolubles Activation microgliale (Kv1.3↑) Obstruction microvasc. Neuroinflammation Brouillard cognitif Perte neuronale (murin) Fatigue neurologique Cascade Ryu et al. (Nature 2024) — modèle murin, transposition humaine non démontrée

La liaison spike-fibrine est documentée in vitro et dans un modèle murin. La cascade vers la neuroinflammation reste un modèle mécanistique cohérent, sans démonstration clinique directe de micro-obstruction chez l'humain.

Brouillard cognitif et disruption de la barrière hémato-encéphalique

🟢 Association humaine documentée — sous-groupe avec atteinte cognitive ; PMID 38388736

Le brouillard cognitif (brain fog) est l'un des symptômes les plus invalidants du Covid long, et l'un de ceux qui sont le plus souvent réinterprétés comme manifestation anxieuse ou dépressive. Les données biologiques suggèrent pourtant un mécanisme direct.

Le brouillard mental n’est pas un manque d’effort : c’est le signe d’un coût de pensée devenu trop élevé.

La barrière hémato-encéphalique (BHE) est une interface sélective qui protège le cerveau des agents pathogènes et des molécules inflammatoires circulantes. Des études post-mortem et d'imagerie en Covid long documentent une disruption partielle de cette barrière, favorisant le passage de cytokines pro-inflammatoires et de composants du complément dans le parenchyme cérébral.

Des données humaines d'imagerie soutiennent cette altération de la BHE chez certains patients présentant un Covid long avec troubles cognitifs. Greene et al. (2024) ont notamment observé, en imagerie de contraste dynamique, une augmentation de la perméabilité de la BHE associée à une inflammation systémique persistante.[8] Ces résultats soutiennent un substrat neurovasculaire objectif du brouillard cognitif dans un sous-groupe de patients, sans démontrer qu'il explique à lui seul l'ensemble des symptômes cognitifs.

Parallèlement, une activation prolongée du métabolisme du tryptophane par la voie kynurénine a été décrite après Covid et associée, dans certaines cohortes, aux symptômes cognitifs.[9] Les métabolites de cette voie peuvent moduler la neuroinflammation et la neurotransmission ; cela ne signifie pas que la kynurénine détourne directement les précurseurs de la dopamine ou de la noradrénaline, qui dérivent principalement de la tyrosine. Spanoghe et al. proposent ce mécanisme neuroimmun, également décrit dans le TDAH, comme l'un des liens biologiques plausibles entre Covid long et neuroatypie, un cadre translationnel encore à valider.[7]

Dysfonction autonome et POTS : biologie, pas anxiété

🟠 Association de cohorte — comparaison infection/vaccination ; PMID 39538129

Les palpitations, l'intolérance orthostatique et la tachycardie à l'effort sont parmi les symptômes les plus mal orientés dans le Covid long, souvent interprétés comme manifestation anxieuse ou somatisation. Une étude publiée en 2024 dans BMC Cardiovascular Disorders (Bushi et al.) apporte des données épidémiologiques solides.[5]

Ce signal épidémiologique et la possibilité d'objectiver une réponse orthostatique anormale justifient de rechercher une dysautonomie avant d'attribuer palpitations ou tachycardie à l'anxiété.

Dans une grande cohorte reprise par la revue systématique de Bushi et al. (centrée sur le POTS après vaccination COVID-19), l'association avec un diagnostic de POTS (Postural Orthostatic Tachycardia Syndrome) était nettement plus forte après une infection par le SARS-CoV-2 qu'après vaccination, avec un odds ratio de 2,11 (IC 95 % : 1,70–2,63) pour l'infection. Cela soutient l'existence d'un risque post-infectieux réel, sans permettre à lui seul d'identifier le mécanisme causal.

Le POTS post-COVID est biologiquement documenté : dysautonomie du système nerveux autonome avec insuffisance du baroréflexe, auto-anticorps dirigés contre les récepteurs adrénergiques, et parfois neuropathie des petites fibres avec dysfonction sudorale documentable à la biopsie cutanée. Ce n'est pas de l'anxiété avec tachycardie : c'est une atteinte fonctionnelle du système nerveux autonome avec substrat biologique mesurable.

⚠️ Point clinique important : le test diagnostique de référence pour le POTS est le tilt test, une mesure de la réponse cardiaque au changement de position. Ce test n'est pas inclus dans le bilan standard post-COVID dans la plupart des centres. Absence de diagnostic ≠ absence de pathologie.

Mitochondries déficientes et malaise post-effort

🟠 Association documentée — GeroScience 2024, PMID 38668888

Le malaise post-effort (PEM) — aggravation des symptômes 12 à 48 heures après un effort physique ou cognitif — est la signature cardinale du Covid long et de l'EM/SFC. Le PEM est un phénomène retardé et reproductible, associé dans plusieurs études à des anomalies physiologiques et métaboliques après effort ; ces données justifient de ne pas le réduire à une réaction anxieuse.

Apprendre à doser l’effort, ce n’est pas renoncer : c’est protéger ce qui permet de recommencer.

Une revue publiée en 2024 dans GeroScience (Molnar et al.) synthétise les données sur la dysfonction mitochondriale dans le Covid long.[6] Les auteurs documentent des anomalies mesurables : réduction de la capacité de phosphorylation oxydative, augmentation du stress oxydatif, accumulation d'espèces réactives de l'oxygène (ROS), et altération de la dynamique mitochondriale (fusion/fission). Ces anomalies sont cohérentes avec la fatigue invalidante, les troubles cognitifs et l'intolérance à l'effort observés cliniquement.

Un modèle intégratif propose une chaîne allant de la persistance virale et de l'activation immunitaire prolongée jusqu'à une dysfonction de la chaîne respiratoire mitochondriale, mais cette séquence reste une hypothèse plausible et n'est pas établie comme chaîne causale unique chez l'humain. Une étude ayant induit un PEM chez des patients Covid long a directement documenté des anomalies musculaires et métaboliques associées à l'aggravation post-effort, ce qui soutient le caractère physiologique et objectivable du phénomène, indépendamment de la chaîne mitochondriale complète.[10]

Chez les patients présentant un PEM, une progression d'activité imposée indépendamment des symptômes (comme dans la thérapie par exercice gradué, GET) peut provoquer des exacerbations. Les mécanismes de cette intolérance à l'effort sont probablement multiples et incluent des anomalies métaboliques, musculaires, autonomiques et immunitaires ; ils ne se résument pas à un déficit mitochondrial en ATP.

📊 Hiérarchisation des niveaux de preuve

Les 8 mécanismes présentent des niveaux de preuve hétérogènes. Cette différenciation est essentielle pour ne pas sur-interpréter des données encore préliminaires, tout en reconnaissant la solidité des preuves les plus établies.

🟢 Établi
Persistance virale (ARN SARS-CoV-2 tissulaire)

37,3 % des patients Covid long avec symptômes GI, ARN détectable en PCR sur biopsies gastriques (Hany 2024, PMID 38188925). Biomarqueur direct et reproductible.

🟢 Établi
POTS post-COVID (dysautonomie autonome)

OR 2,11 (IC 95 % 1,70–2,63) dans une cohorte reprise par la revue systématique de Bushi et al. 2024, centrée sur le POTS post-vaccination (PMID 39538129). Association épidémiologique robuste pour l'infection vs la vaccination, documentable au tilt test.

🟡 Probable
Dérégulation immunitaire (lymphocytes T, monocytes, cytokines)

Données observationnelles multiples cohérentes entre équipes ; lien causal direct avec chaque symptôme en cours de caractérisation formelle.

🟡 Probable
Neuroinflammation / disruption de la BHE

Mécanisme murin robuste (Ryu Nature 2024) associé à des données humaines d'imagerie dans un sous-groupe cognitif (Greene 2024, PMID 38388736). Données PET-scan humaines directes de l'activation microgliale encore limitées en effectif.

🟡 Probable
Dysfonction mitochondriale → malaise post-effort

Mécanisme biochimique cohérent, revue GeroScience 2024 (PMID 38668888). Lien causal direct persistance→mitochondrie→PEM non encore formalisé en essai interventionnel humain contrôlé.

🟡 Probable
Perturbation voie kynurénine / barrière hémato-encéphalique

Données mécanistiques cohérentes (Spanoghe BBI 2025). Essentiellement observationnelles ; documentation in vivo de la disruption BHE chez l'humain vivant encore limitée.

🔴 Exploratoire
Microcaillots de fibrine anormaux

Mécanisme spike→fibrine robuste in vitro + modèle murin (Ryu Nature 2024). Détection humaine par microscopie à fluorescence prometteuse, mais prévalence exacte et reproductibilité inter-laboratoire à confirmer en cohortes larges.

🟢 Association documentée en population humaine avec biomarqueur direct et reproductible · 🟡 Mécanisme biologiquement plausible, données observationnelles cohérentes, causalité en cours de formalisation · 🔴 Détection in vitro/animal robuste, validation humaine en cohortes larges à confirmer

🧩 Ce que l'on sait, et ce que l'on ne sait pas encore

Ce qui est établi : Des anomalies biologiques objectives sont présentes chez une partie des patients Covid long, persistance antigénique tissulaire digestive (Hany 2024), POTS objectivable au tilt test avec un risque post-infectieux net (Bushi 2024), altération de la BHE dans un sous-groupe avec atteinte cognitive (Greene 2024), dysfonction mitochondriale et anomalies métaboliques à l'effort (Molnar 2024, Appelman 2024). Un bilan standard normal ne permet donc pas, à lui seul, de déduire une origine psychogène.

Ce qui reste à préciser : La proportion exacte de patients Covid long présentant chacun de ces mécanismes (certains sont probablement des sous-phénotypes). La relation causale directe entre persistance virale et chaque symptôme (association bien documentée, causalité formelle encore en construction). Les seuils de biomarqueurs définissant un « Covid long biologique ». Les thérapies ciblant spécifiquement ces mécanismes : plusieurs essais sont en cours mais aucun traitement n'a encore obtenu l'AMM dans cette indication.

Variabilité phénotypique : le Covid long n'est pas homogène. Des sous-phénotypes distincts sont décrits dans la littérature, profil à dominante immunitaire/dysautonomique (POTS), profil EM/SFC avec malaise post-effort marqué, profil à dominante cognitive (brouillard mental). Ces phénotypes correspondent probablement à des mécanismes prédominants différents selon les individus ; les 8 mécanismes décrits ici ne coexistent pas nécessairement chez chaque patient. L'absence de hiérarchisation clinique par phénotype est l'une des limites actuelles de la littérature.

Les mécanismes biologiques sont bien documentés individuellement, avec des niveaux de preuve hétérogènes (voir tableau ci-dessus). Le tableau d'ensemble est cohérent et plausible. Ces données rendent fragile l'usage du label FSD/SSD comme explication par défaut, notamment pour les mécanismes 🟢 établis.

Ce qu'il faut retenir

Le Covid long n'est pas une plainte sans substrat biologique : plusieurs mécanismes documentés peuvent échapper au bilan standard. C'est une pathologie multi-systémique avec 8 mécanismes biologiques documentés, chacun mesurable avec les outils appropriés. Pour une vue d'ensemble accessible, voir la fiche visuelle sur les mécanismes du Covid long.

Utiliser les catégories FSD (trouble somatique fonctionnel) ou SSD (trouble à symptomatologie somatique) comme explication par défaut ou comme diagnostic de clôture, chez des patients dont le bilan standard est normal mais qui n'ont pas bénéficié de la recherche des mécanismes biologiques documentés ici (persistance antigénique, POTS au tilt test, atteinte de la BHE), expose à des conséquences thérapeutiques réelles, à commencer par la prescription de thérapies inadaptées. Ces données ne rendent pas impossible tout diagnostic psychiatrique ou fonctionnel concomitant : elles rendent fragile son usage comme explication par défaut.

À retenir en pratique

Si l'étiquette psychosomatique est évoquée, demandez explicitement quels diagnostics différentiels biologiques ont été recherchés : dysautonomie, malaise post-effort, persistance virale, microcirculation, auto-immunité, neuroinflammation. L'objectif n'est pas de refuser toute dimension psychologique, mais d'éviter qu'elle remplace l'enquête médicale.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que le diagnostic FSD ou SSD dans le Covid long ?

FSD (Functional Somatic Disorder) et SSD (Somatic Symptom Disorder) sont deux catégories distinctes. Le FSD renvoie historiquement à des symptômes sans explication organique retrouvée. Le SSD, tel que défini par le DSM-5, ne l'exige pas : son diagnostic repose sur des pensées, émotions ou comportements disproportionnés vis-à-vis des symptômes, y compris en présence d'une maladie organique identifiée.

Appliquer l'un ou l'autre au Covid long sans tenir compte de cette distinction est une simplification contestable, d'autant que des anomalies biologiques reproductibles sont retrouvées chez une partie des patients quand on utilise des outils diagnostiques spécialisés : biopsies tissulaires, microscopie à fluorescence pour les microcaillots, tilt test pour le POTS, imagerie cérébrale spécialisée pour la neuroinflammation.

Existe-t-il aujourd'hui un biomarqueur permettant de diagnostiquer le Covid long ?

Non. Plusieurs anomalies biologiques sont reproductibles dans certains sous-groupes, publiées dans des journaux de premier rang :

  • persistance antigénique du SARS-CoV-2 dans les biopsies gastriques, immunohistochimie (Hany 2024, 37 % des cas)
  • microcaillots fibrino-amyloïdes insolubles dans le plasma (Ryu Nature 2024)
  • altération de la barrière hémato-encéphalique dans un sous-groupe avec atteinte cognitive (Greene 2024)
  • POTS post-COVID avec odds ratio de 2,11 (Bushi 2024)
  • dysfonction mitochondriale avec augmentation du stress oxydatif (Molnar GeroScience 2024)

Mais aucune n'est actuellement suffisamment sensible, spécifique et validée pour servir seule de test diagnostique de routine, et elles ne fluctuent pas avec l'humeur ni l'état émotionnel, ce qui distingue ces mécanismes d'une explication purement psychosomatique.

Pourquoi la thérapie par exercice gradué (GET) est-elle problématique dans le Covid long ?

La GET a été proposée sur la base d'un modèle fonctionnel de l'EM/SFC aujourd'hui contesté. Des études montrent chez certains patients une altération de la réponse métabolique et musculaire à l'effort, ce qui fournit un substrat physiologique au PEM, sans qu'un déficit global unique de production d'ATP ait été démontré chez tous les patients. Solliciter des patients présentant un PEM par une progression d'activité imposée, indépendamment des symptômes, peut provoquer des exacerbations. Des études sur l'EM/SFC montrent que la GET peut détériorer l'état fonctionnel à long terme dans cette population.

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Sources

  1. Spanoghe M, et al. Commentary: Internal medicine at the crossroads of long COVID diagnosis and management. Front Med. 2026;13:1798119. DOI — PMID 42063762
  2. Hany M, et al. Incidence of persistent SARS-CoV-2 gut infection in patients with a history of COVID-19: Insights from endoscopic examination. Endoscopy International Open. 2024;12(1):E11-E22. DOI — PMID 38188925
  3. Ryu JK, et al. Fibrin drives thromboinflammation and neuropathology in COVID-19. Nature. 2024;633(8031):905-913. DOI — PMID 39198643
  4. Bushi G, et al. Postural orthostatic tachycardia syndrome after COVID-19 vaccination: A systematic review. BMC Cardiovasc Disord. 2024;24(1):643. DOI — PMID 39538129
  5. Molnar T, et al. Mitochondrial dysfunction in long COVID: mechanisms, consequences, and potential therapeutic approaches. GeroScience. 2024;46(5):5267-5286. DOI — PMID 38668888
  6. Spanoghe M, et al. Viewpoint | linking long Covid and AD(H)D through neuroimmune dysfunction: A translational framework proposal for precision medicine. Brain Behav Immun. 2026;131:106181. DOI — PMID 41223978
  7. Greene C, et al. Blood-brain barrier disruption and sustained systemic inflammation in individuals with long COVID-associated cognitive impairment. Nat Neurosci. 2024;27(3):421-432. DOI — PMID 38388736
  8. Cysique LA, et al. The kynurenine pathway relates to post-acute COVID-19 objective cognitive impairment and PASC. Ann Clin Transl Neurol. 2023;10(8):1338-1352. DOI — PMID 37318955
  9. Appelman B, et al. Muscle abnormalities worsen after post-exertional malaise in long COVID. Nat Commun. 2024;15:17. DOI — PMID 38177128