Mitochondries : pourquoi un seul dysfonctionnement explique la fatigue, la dysautonomie, le brouillard mental et la douleur
Vous vous effondrez à 14h, votre cœur s'emballe quand vous vous levez, vous perdez le fil d'une phrase au milieu, et votre corps est douloureux sans raison apparente. Quatre symptômes distincts, des spécialistes différents, des examens souvent normaux. Et si tous ces signaux avaient une origine commune ? Les données disponibles suggèrent un mécanisme en amont : un déficit de production d'ATP mitochondrial qui se répercute simultanément sur plusieurs systèmes.
⚡ L'essentiel en 4 points
Un nœud central
Le déficit mitochondrial en ATP (adénosine triphosphate, la monnaie énergétique cellulaire) se répercute sur plusieurs systèmes à la fois, pas séquentiellement.
La pompe ionique au centre
La pompe Na+/K+-ATPase (sodium-potassium) consomme jusqu'à 40 % de l'ATP neuronal. Son ralentissement perturbe la conduction nerveuse autonome et amplifie la douleur.
Le cerveau en premier
Avec 20 % de la consommation d'énergie du corps pour 2 % de la masse, le cerveau est particulièrement vulnérable au déficit ATP : le brouillard mental est souvent précoce.
Documenté dans ME/CFS et Covid long
Des anomalies mitochondriales musculaires et neuronales ont été observées par microscopie électronique dans le ME/CFS, et des données convergentes émergent pour le Covid long.
📋 Sommaire de l'article
- Mitochondries et fatigue de fond : la demande dépasse la capacité
- Mitochondries et dysautonomie : la pompe ionique défaillante
- Mitochondries et brouillard mental : le cerveau prioritaire mais fragile
- Mitochondries et neuromédiateurs : la chaîne de communication au ralenti
- Mitochondries et douleur : sensibilisation centrale et TRPV1
- La boucle vicieuse : pourquoi les symptômes s'alimentent
- Questions fréquentes
📖 Termes de référence
- ATP (adénosine triphosphate) = adenosine triphosphate : molécule de stockage et de transfert d'énergie utilisée par toutes les cellules
- Mitochondrie = mitochondrion : organite cellulaire produisant la majorité de l'ATP via la phosphorylation oxydative
- Pompe Na+/K+-ATPase = Na+/K+-ATPase pump : protéine membranaire qui maintient le gradient ionique des cellules nerveuses
- SNA (système nerveux autonome) = ANS (autonomic nervous system) : part du système nerveux régulant les fonctions involontaires
- POTS = postural orthostatic tachycardia syndrome : forme de dysautonomie avec tachycardie à l'orthostatisme
- TRPV1 = transient receptor potential vanilloid 1 : récepteur impliqué dans la douleur et la thermosensation
- ME/CFS = myalgic encephalomyelitis / chronic fatigue syndrome : syndrome de fatigue chronique
- ROS (espèces réactives de l'oxygène) = reactive oxygen species : molécules oxydantes produites en excès lors d'un dysfonctionnement mitochondrial
- Sensibilisation centrale = central sensitization : amplification des signaux douloureux par le système nerveux central
- ATP (adénosine triphosphate) / phosphorylation oxydative = OXPHOS : étape de production d'ATP dans la mitochondrie via la chaîne respiratoire
Fig. 1 : Un seul dysfonctionnement mitochondrial en amont rayonnant vers quatre voies symptomatiques. Les tirets représentent une relation mécanistique documentée, pas une causalité directe exclusive.
1. Mitochondries et fatigue de fond : la demande dépasse la capacité
🟠 Association documentée — Cohortes ME/CFS et Covid longConcrètement, la fatigue de fond dans le Covid long ou la fibromyalgie ne ressemble pas à la fatigue d'une mauvaise nuit : elle ne répond pas au repos. Pour comprendre pourquoi, il faut regarder ce qui se passe dans la cellule musculaire.
Les mitochondries produisent l'ATP via un processus appelé phosphorylation oxydative (autrement dit : elles utilisent l'oxygène pour générer de l'énergie). Quand ce processus est altéré, les cellules musculaires ne peuvent plus répondre à la demande énergétique, même modérée. La cellule bascule alors vers la voie de secours : la glycolyse anaérobie (production d'énergie sans oxygène), qui génère du lactate et est beaucoup moins efficace. C'est ce déséquilibre entre demande et capacité qui explique l'effondrement post-effort (malaise post-effort, ou MPE/PEM).
Fig. 2 — Quand la capacité mitochondriale de production d'ATP est réduite, la demande cellulaire dépasse la capacité disponible. La glycolyse anaérobie prend le relais mais génère du lactate et ne compense pas.
Des données issues de biopsies musculaires chez des personnes atteintes de ME/CFS ont mis en évidence des anomalies ultrastructurales des mitochondries, notamment sous la membrane cellulaire (zone sous-sarcolemmal). Ces observations, rapportées par microscopie électronique, constituent un des arguments les plus solides pour un mécanisme mitochondrial dans ces pathologies.[1]
L'effondrement post-effort (MPE/PEM) n'est pas une fatigue ordinaire qui répond au repos. C'est un signal que le système énergétique cellulaire a franchi un seuil et ne peut pas récupérer dans les délais normaux. Concrètement, l'aggravation des symptômes peut survenir immédiatement après l'effort ou avec un décalage de quelques heures à 72 heures — et concerner des efforts qui auraient été parfaitement tolérés avant la maladie. Ce délai variable est biologiquement cohérent avec le temps de régénération des substrats mitochondriaux après surcharge.
2. Mitochondries et dysautonomie : la pompe ionique défaillante
🟠 Association documentée — Cohortes ME/CFS, données mécanistiques in vitroVotre système nerveux autonome (SNA), c'est ce réseau de nerfs qui régule tout ce que votre corps fait sans que vous y pensiez : rythme cardiaque, pression artérielle, digestion, température. Quand il déraille, on parle de dysautonomie. La connexion avec les mitochondries passe par une protéine très peu connue du grand public : la pompe Na+/K+-ATPase.
Cette pompe (sodium-potassium) est présente dans toutes les membranes cellulaires, mais elle est particulièrement critique dans les neurones. Elle consomme entre 25 et 40 % de tout l'ATP produit par une cellule nerveuse (jusqu'à 70 % dans les neurones à forte activité). Son rôle : maintenir le gradient ionique entre l'intérieur et l'extérieur de la cellule, ce qui est indispensable pour qu'un signal nerveux puisse se propager.
Quand la production d'ATP est insuffisante, cette pompe ralentit. La conséquence directe : les neurones du système nerveux autonome ne propagent plus les signaux correctement. L'équilibre entre le système sympathique (accélérateur) et le système parasympathique (frein) est compromis. Ce déséquilibre se traduit, selon les personnes concernées, par une tachycardie posturale (POTS), une hypotension orthostatique, des sueurs inappropriées ou une intolérance à la chaleur.
Fig. 3 — Voie mécanistique reliant le déficit mitochondrial à la dysautonomie via la pompe Na+/K+-ATPase. La causalité directe chez l'humain reste à confirmer par des études interventionnelles.
Il existe aussi un mécanisme en boucle : la dysautonomie elle-même génère une hypoperfusion (réduction du flux sanguin vers les muscles et le cerveau), ce qui aggrave l'ischémie relative et endommage davantage les mitochondries. Cette boucle vicieuse est l'une des raisons pour lesquelles la dysautonomie peut s'aggraver au fil du temps sans traitement de fond.
Au niveau du système nerveux central, un gradient ionique insuffisamment maintenu peut également se manifester par des symptômes directement cérébraux : céphalées de tension persistantes, hypersensibilité à la lumière ou aux sons, et difficulté à filtrer les stimuli de l'environnement. Ces symptômes sont fréquemment rapportés dans le Covid long[9] et sont cohérents avec une excitabilité neuronale centrale augmentée lorsque la pompe Na+/K+-ATPase ne maintient plus le gradient ionique membranaire de façon optimale. Le mécanisme direct reste à confirmer dans ce contexte spécifique.
Ce ralentissement de la pompe augmenterait par ailleurs les besoins cellulaires en certains cofacteurs : le magnésium — indispensable à l'activité ATPasique — , le potassium — ion directement transporté à chaque cycle — et le myo-inositol — précurseur de la voie de signalisation IP₃ couplée à la pompe dans les astrocytes. Quand la pompe tourne au ralenti faute d'ATP, les substrats nécessaires à son fonctionnement et à la restauration du gradient ionique sont davantage sollicités. Ce point, mécanistiquement cohérent, n'a pas encore été testé directement dans des essais cliniques dédiés au Covid long.
La relation entre mitochondries et dysautonomie est documentée dans les cohortes ME/CFS, notamment via la preuve par microscopie électronique d'anomalies mitochondriales sous-sarcolemmal (sous la membrane des fibres musculaires).[1] Pour le Covid long, les données convergent dans la même direction.[2] Il s'agit néanmoins d'associations documentées, pas encore d'une causalité prouvée par un essai interventionnel dédié. Le parallèle avec le trouble bipolaire et la Na+/K+-ATPase est mécanistiquement intéressant mais concerne des contextes distincts (génétique, pharmacologie) : à ne pas confondre avec le déficit ATP acquis dans le Covid long.
3. Mitochondries et brouillard mental : le cerveau prioritaire mais fragile
🟠 Association documentée — Neuroimagerie fonctionnelle + données mécanistiquesConcrètement, le brouillard mental se manifeste comme une difficulté à trouver ses mots, à enchaîner deux pensées, à retenir ce qu'on vient de lire. Ce n'est pas de la démence, ni de l'anxiété. C'est souvent le premier signe visible d'un déficit énergétique cellulaire.
Le cerveau occupe une place à part dans le bilan énergétique du corps. Avec environ 1,4 kg, il représente à peine 2 % de la masse corporelle, mais il consomme environ 20 % de l'énergie totale disponible. Contrairement aux muscles, les neurones n'ont quasiment aucune réserve en glycogène : ils dépendent d'un flux quasi continu d'ATP produit par leurs mitochondries.
Les neurones les plus exposés au déficit ATP sont ceux du cortex préfrontal : région impliquée dans la mémoire de travail, la concentration, l'organisation des pensées. Ces neurones sont parmi les plus actifs du cerveau et consomment des quantités d'ATP très importantes pour maintenir leur activité synaptique (la transmission des signaux d'un neurone à l'autre). Quand la pompe Na+/K+-ATPase ralentit, la conduction synaptique devient plus lente, moins précise.
Des études d'imagerie par perfusion cérébrale ont mis en évidence une hypoperfusion (réduction du flux sanguin) dans les zones frontales et pariétales chez des personnes atteintes de Covid long ou de ME/CFS, notamment en position orthostatique (debout). Ce défaut de perfusion, combiné au déficit énergétique mitochondrial, crée deux mécanismes convergents : moins d'oxygène et moins d'ATP pour les neurones qui en ont le plus besoin.
La difficulté de récupération lexicale (trouver ses mots) post-Covid est cohérente avec un déficit énergétique neuronal sélectif : la production rapide de la parole est l'une des tâches cognitives les plus énergivores du cortex. Ce n'est pas un signal de déclin cognitif global, mais un marqueur fonctionnel d'une contrainte énergétique sur des réseaux neuronaux spécifiques.
4. Mitochondries et neuromédiateurs : la chaîne de communication au ralenti
🟠 Mécanisme établi + association documentée dans PASCCe que l'on nomme "brouillard mental", "démotivation profonde" ou "incapacité à ressentir du plaisir" dans le Covid long n'est pas uniquement lié à une transmission synaptique ralentie. Le déficit ATP touche aussi la production, le stockage et la dégradation des neuromédiateurs eux-mêmes — les molécules chimiques qui permettent aux neurones de se parler.
La synthèse de la dopamine et de la sérotonine dépend d'enzymes dont le cofacteur indispensable est le BH4 (tétrahydrobioptérine). Or le BH4 est synthétisé à partir de GTP (guanosine triphosphate), directement lié au pool d'ATP cellulaire. Moins d'énergie mitochondriale = moins de BH4 disponible = moins de dopamine et de sérotonine produites, indépendamment de la quantité de tryptophane ou de tyrosine alimentaire disponible. C'est un goulot d'étranglement enzymatique en amont, rarement évoqué dans les consultations.
Le stockage des neuromédiateurs dans les vésicules synaptiques est lui aussi ATP-dépendant : les transporteurs vésiculaires (VMAT2 pour les monoamines) fonctionnent grâce à un gradient de protons maintenu par une pompe à protons vacuolaire (V-ATPase), consommatrice directe d'ATP. Et la recapture après libération — que ciblent notamment les antidépresseurs ISRS — est couplée au gradient sodique maintenu par la Na+/K+-ATPase déjà décrite dans la section précédente. Synthèse, stockage, libération, recapture : les quatre étapes de la neurotransmission sont toutes ATP-dépendantes.
Dans le Covid long, s'ajoute un mécanisme spécifique bien documenté : l'inflammation chronique (IFN-γ, TNF-α) active l'enzyme IDO2 (indoleamine 2,3-dioxygénase), qui détourne le tryptophane — précurseur de la sérotonine — vers la voie des kynurénines. Cette déviation produit un double déficit : moins de sérotonine disponible, et moins de NAD+ produit via la voie de novo. L'enzyme IDO2 reste active longtemps après la phase aiguë dans les cellules immunitaires circulantes des personnes atteintes de Covid long persistant.[10] Un métabolite de cette voie, l'acide quinolinique, est par ailleurs neurotoxique : agoniste des récepteurs NMDA, il contribue à l'hyperexcitabilité neuronale et aux troubles cognitifs.[11]
Enfin, la SAM (S-adénosylméthionine) — le donneur universel de groupements méthyle — est synthétisée à partir de méthionine et d'ATP. Un déficit ATP réduit mécanistiquement la disponibilité en SAM, or la SAM est indispensable à l'inactivation des catécholamines (via la COMT), à la synthèse de mélatonine (via l'ASMT) et à de nombreuses réactions épigénétiques. Un pool de SAM insuffisant peut ainsi simultanément perturber la régulation des catécholamines et altérer la qualité du sommeil.
Cette chaîne explique pourquoi certaines personnes atteintes de Covid long décrivent une "anesthésie émotionnelle" ou une incapacité à ressentir de la motivation même pour des activités qu'elles appréciaient — sans pour autant présenter une dépression au sens clinique. Ce profil est cohérent avec un déficit fonctionnel en dopamine et sérotonine d'origine bioénergétique, distinct d'une dépression classique. Il illustre aussi pourquoi un antidépresseur seul peut être insuffisant si le problème se situe en amont de la transmission synaptique : bloquer la recapture d'un neuromédiateur que le cerveau produit à peine revient à fermer le robinet d'un château d'eau vide.
5. Mitochondries et douleur : sensibilisation centrale et TRPV1
🔴 Signal préliminaire — Modèles animaux + données mécanistiques fibromyalgieLa douleur diffuse, sans lésion identifiable aux examens, est l'un des symptômes les plus déstabilisants du Covid long et de la fibromyalgie. Les examens reviennent normaux, mais la douleur est réelle. Le mécanisme proposé implique à nouveau les mitochondries, cette fois via la production de molécules oxydantes.
Quand les mitochondries sont dysfonctionnelles, elles produisent un excès d'espèces réactives de l'oxygène (ROS, molécules oxydantes). Ces ROS activent directement le récepteur TRPV1 (transient receptor potential vanilloid 1, un récepteur de la douleur et de la chaleur présent sur les fibres nerveuses sensitives). L'activation chronique de TRPV1 est l'un des mécanismes proposés pour expliquer l'allodynie (douleur provoquée par un stimulus non douloureux en temps normal) et l'hyperalgésie (douleur amplifiée).[3]
En parallèle, le déficit ATP altère les systèmes de modulation descendante de la douleur : le cerveau dispose normalement de voies inhibitrices qui "filtrent" les signaux douloureux avant qu'ils n'atteignent la conscience. Ces voies consomment de l'ATP. Quand l'énergie manque, ces filtres sont moins efficaces : c'est la sensibilisation centrale. La substance P (un neuromédiateur de la douleur) s'accumule dans les synapses de la moelle épinière, abaissant le seuil de perception douloureuse.
Il est important de préciser le niveau de preuve ici : les données sur TRPV1 et ROS mitochondriaux dans la douleur chronique humaine sont principalement issues de modèles animaux et de travaux mécanistiques. La fibromyalgie partage des marqueurs avec le Covid long (sensibilisation centrale, substance P élevée dans le liquide céphalorachidien), mais les preuves d'un lien causal direct avec les mitochondries restent préliminaires. La formulation appropriée est : "mécanisme plausible et cohérent avec les données disponibles", pas "prouvé".
6. La boucle vicieuse : pourquoi les symptômes s'alimentent entre eux
🟠 Association documentée — Cohérence mécanistique inter-étudesCe qui rend les pathologies comme le Covid long ou la fibromyalgie particulièrement difficiles à gérer, c'est que les quatre symptômes décrits ne sont pas indépendants : chacun aggrave les autres.
La dysautonomie génère une hypoperfusion cérébrale et musculaire (moins de sang, moins d'oxygène), ce qui aggrave le déficit énergétique mitochondrial. La douleur chronique active en permanence des circuits nerveux coûteux en ATP. Le brouillard mental, en perturbant la planification des activités, conduit souvent les personnes à dépasser leurs capacités, générant des malaises post-effort qui endommagent à nouveau les mitochondries. La fatigue de fond réduit les capacités de récupération.
Cette interdépendance explique deux choses importantes : pourquoi les personnes concernées ressentent souvent un "effondrement système" global après un effort mineur, et pourquoi les approches qui s'attaquent à un seul symptôme isolément ont généralement des résultats limités.
Cet article est un article mécanistique de hub. Son rôle est d'établir le cadre biologiquement cohérent qui relie les symptômes. Les leviers pratiques (nutrition mitochondriale, pacing, cofacteurs) feront l'objet d'un article séparé. Identifier le mécanisme commun n'est pas suffisant pour savoir quoi faire de cette information : c'est une étape nécessaire, pas une fin.
Certaines personnes sous antidépresseurs de type ISRS (inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine) décrivent une fatigue persistante, voire aggravée, qui peut intriguer et inquiéter. Une hypothèse mécanistique cohérente avec la biologie mitochondriale mérite d'être connue.
Le tryptophane est un acide aminé à double destin dans l'organisme : il peut être orienté vers la synthèse de sérotonine d'un côté, ou vers la synthèse de niacine (vitamine B3) puis de NAD+ de l'autre, via la voie kynurénine. Or le NAD+ est un cofacteur indispensable à la chaîne respiratoire mitochondriale et donc à la production d'ATP.
Les ISRS augmenteraient la disponibilité du tryptophane pour la synthèse de sérotonine par deux mécanismes possibles : inhibition de l'enzyme IDO (qui détourne le tryptophane vers la voie kynurénine)[4], et activation de la tryptophane hydroxylase (TPH), l'enzyme qui oriente le tryptophane vers la sérotonine.[6] Le résultat potentiel : moins de tryptophane disponible pour produire de la niacine, moins de NAD+, moins d'ATP mitochondrial.[5]
Des variations génétiques dans les voies de biosynthèse du NAD+ ont par ailleurs été associées à la dépression résistante au traitement.[7] Ce mécanisme reste une hypothèse mécanistique : aucun essai clinique randomisé n'a encore directement testé cette chaîne chez l'humain. Il est davantage pertinent dans les contextes de faible apport alimentaire en protéines ou en niacine, et de dépression résistante. Si une fatigue inhabituellement profonde apparaît ou persiste sous traitement, c'est une piste à évoquer avec le prescripteur, qui ne justifie en aucun cas une modification du traitement sans avis médical.
🧩 Ce que l'on sait — et ce que l'on ne sait pas encore
Ce qui est établi : Les mitochondries produisent l'ATP dont dépendent muscles, nerfs autonomes, neurones cérébraux et systèmes de modulation de la douleur. Des anomalies ultrastructurales de la mitochondrie ont été documentées par microscopie électronique dans le ME/CFS. La pompe Na+/K+-ATPase est ATP-dépendante et joue un rôle central dans la conduction nerveuse autonome. Le cerveau est prioritaire mais très vulnérable au déficit énergétique. Ces mécanismes sont biologiquement cohérents avec les symptômes observés.
Ce qui reste à confirmer : La causalité directe entre dysfonction mitochondriale et chacun des quatre symptômes n'a pas encore été prouvée par des essais interventionnels humains dédiés. Les données disponibles sur le Covid long restent principalement observationnelles et mécanistiques. Le lien TRPV1/mitochondries/douleur chronique humaine est encore largement inféré à partir de modèles animaux. Les proportions exactes de contribution mitochondriale versus d'autres mécanismes (neuroinflammation, dysfonction endothéliale, réactivation virale) restent inconnues.
Questions fréquentes
❓ Pourquoi les mitochondries expliquent-elles autant de symptômes différents ?
Les mitochondries produisent l'ATP, la molécule d'énergie utilisée par toutes les cellules. Quand leur fonctionnement est altéré, le déficit d'ATP se répercute simultanément sur les muscles (fatigue), les nerfs autonomes (dysautonomie), les neurones cérébraux (brouillard mental) et les systèmes de modulation de la douleur (sensibilisation centrale). C'est un dysfonctionnement en amont qui rayonne vers plusieurs systèmes à la fois.
❓ Ce mécanisme est-il spécifique au Covid long ?
Non. La dysfonction mitochondriale a été documentée dans le ME/CFS, la fibromyalgie et maintenant le Covid long. Ces pathologies partagent des mécanismes biologiques très proches : hypoperfusion, inflammation chronique de bas grade et stress oxydatif altèrent les mitochondries par des voies similaires. C'est l'une des raisons pour lesquelles des personnes ayant eu le Covid long peuvent présenter un tableau clinique superposable à celui du ME/CFS.
❓ Pourquoi le cerveau est-il particulièrement vulnérable au déficit d'ATP ?
Le cerveau consomme environ 20 % de l'énergie totale de l'organisme malgré un poids d'environ 1,4 kg. Les neurones du cortex préfrontal, responsables de la concentration et de la mémoire de travail, sont parmi les plus énergivores. Ils n'ont quasiment pas de réserves en glycogène et dépendent d'un flux continu d'ATP mitochondrial. C'est pourquoi le brouillard mental est souvent l'un des premiers signes d'un déficit énergétique cellulaire.
❓ La douleur est-elle vraiment d'origine mitochondriale ou surtout inflammatoire ?
Les deux mécanismes sont probablement intriqués. La dysfonction mitochondriale génère un excès de ROS (molécules oxydantes) qui activent les récepteurs de la douleur (TRPV1) et altèrent les voies inhibitrices descendantes. L'inflammation chronique de bas grade (cytokines pro-inflammatoires) amplifie ces effets. Il serait inexact de présenter ces mécanismes comme exclusifs l'un de l'autre : ils convergent vers la même manifestation clinique (douleur diffuse, sensibilisation centrale).
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- Scheibenbogen C & Wirth KJ (2025). Key pathophysiological role of skeletal muscle disturbance in post COVID and ME/CFS: accumulated evidence. Journal of Cachexia, Sarcopenia and Muscle, 16(1):e13669. DOI: 10.1002/jcsm.13669 — PMID 39727052
- Komaroff AL & Dantzer R (2025). Causes of symptoms and symptom persistence in long COVID and ME/CFS. Cell Reports Medicine, 6(8):102259. DOI: 10.1016/j.xcrm.2025.102259 — PMID 40744021
- Mantle D, Hargreaves IP, Domingo JC, Castro-Marrero J (2024). Mitochondrial dysfunction and coenzyme Q10 supplementation in post-viral fatigue syndrome: an overview. International Journal of Molecular Sciences, 25(1):574. DOI: 10.3390/ijms25010574 — PMID 38203745
- Zoga M et al. (2014). Indoleamine 2,3-dioxygenase and immune changes under antidepressive treatment in major depression in females. In Vivo, 28(4):633-8. PMID : 24982234
- Viljoen M, Swanepoel A, Bipath P (2014). Antidepressants may lead to a decrease in niacin and NAD in patients with poor dietary intake. Medical Hypotheses, 84(3):178-82. DOI: 10.1016/j.mehy.2014.12.017 — PMID 25596911
- Kim SW, Park SY, Hwang O (2002). Up-regulation of tryptophan hydroxylase expression and serotonin synthesis by sertraline. Molecular Pharmacology, 61(4):778-85. DOI: 10.1124/mol.61.4.778 — PMID 11901216
- Chen DT et al. (2022). Identification of genetic variations in the NAD-related pathways for patients with major depressive disorder: a case-control study in Taiwan. Journal of Clinical Medicine, 11(13):3622. DOI: 10.3390/jcm11133622 — PMID 35806906
- Kirshenbaum GS et al. (2013). Attenuation of mania-like behavior in Na+,K+-ATPase α3 mutant mice by prospective therapies for bipolar disorder. Neuroscience, 260:195-204. DOI: 10.1016/j.neuroscience.2013.12.011 — PMID 24342563
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