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Oxyde nitrique et Covid long : dysfonction endothéliale

Représentation schématique de la microcirculation et du rôle de l'oxyde nitrique dans la vasodilatation

L'article en 1 minute

L'oxyde nitrique est une molécule que la paroi des vaisseaux fabrique pour les faire se relâcher. Son rôle dans la circulation, la transmission nerveuse et l'immunité est établi depuis une trentaine d'années.

Dans le Covid long, la capacité de dilatation des vaisseaux, mesurée par une méthode standardisée, reste altérée jusqu'à six mois après l'infection. Des dépôts de fibrine à propriétés amyloïdes ont par ailleurs été rapportés dans le plasma, mais leur capacité à obstruer les capillaires et leur rôle dans les symptômes restent à confirmer par des études indépendantes.

Une microcirculation qui distribue moins bien l'oxygène est cohérente avec la fatigue à l'effort, les extrémités froides et la lenteur cognitive rapportées. Cohérent ne veut pas dire démontré comme cause.

Un petit essai randomisé en simple aveugle a rapporté à 28 jours une amélioration de la marche de 6 minutes, de la force de préhension, de la FMD et de la fatigue avec L-arginine + vitamine C, avec une analyse secondaire montrant une hausse de l'arginine sérique et du ratio L-arginine/ADMA. Ces résultats restent exploratoires (faible effectif, courte durée, absence de réplication indépendante). Les nitrates alimentaires ont des données sur la tension et la fonction des vaisseaux, pas sur la fatigue du Covid long.

À retenir : un mécanisme vasculaire bien documenté, dont la traduction en bénéfice ressenti n'est pas établie.

📖 Termes de référence
  • Oxyde nitrique (NO) = Nitric oxide (NO)
  • NOS endothéliale (eNOS) = Endothelial nitric oxide synthase (eNOS)
  • Dysfonction endothéliale = Endothelial dysfunction
  • Dilatation médiée par le flux (DMF) = Flow-mediated dilation (FMD)
  • Microclots = Microclots / Fibrin amyloid microclots
  • Tétrahydrobioptérine (BH4) = Tetrahydrobiopterin (BH4)
  • Guanylate cyclase soluble (sGC) = Soluble guanylate cyclase (sGC)
  • Guanosine monophosphate cyclique (GMPc) = Cyclic GMP (cGMP)

Introduction L'oxyde nitrique est la molécule qui dit à vos vaisseaux sanguins de se relaxer. Après une infection par le SARS-CoV-2, plusieurs études ont retrouvé une dysfonction endothéliale persistante. Une réduction de la biodisponibilité du NO constitue un mécanisme plausible et certains marqueurs indirects vont dans ce sens, mais un déficit généralisé de NO n'est pas démontré chez toutes les personnes vivant avec un Covid long. Voici ce que les données scientifiques disent de cette piste, et de ce qui reste à établir.

Qu'est-ce que l'oxyde nitrique ?

🟠 Synthèse éditoriale – données indirectes ou hétérogènes

L'oxyde nitrique est un signal vasculaire majeur : il permet aux vaisseaux de se relâcher et aux tissus d'être perfusés. L'oxyde nitrique — ou monoxyde d'azote — est un gaz produit naturellement par l'organisme. Malgré sa simplicité chimique (un atome d'azote lié à un atome d'oxygène), c'est l'une des molécules de signalisation les plus importantes du corps humain. Sa découverte a valu le prix Nobel de physiologie ou médecine en 1998.

Une explication utile simplifie sans trahir ce que le corps essaie de montrer.

Son rôle principal dans le système cardiovasculaire est de signaler aux muscles lisses entourant les vaisseaux sanguins de se relâcher. Ce relâchement entraîne une dilatation du vaisseau (vasodilatation) et permet au sang de circuler plus librement. Sans NO en quantité suffisante, les vaisseaux restent contractés, la pression artérielle augmente et l'apport en oxygène aux tissus diminue[1] PMID 35931019.

Mais le NO ne se limite pas au système vasculaire. Il intervient dans la neurotransmission (apprentissage, mémoire, plasticité synaptique), la régulation immunitaire (action antibactérienne et antivirale), la fonction plaquettaire (prévention de la thrombose) et le contrôle métabolique[1].

Les deux voies de synthèse du NO

🟠 Synthèse éditoriale – données indirectes ou hétérogènes

Le NO vient de deux voies complémentaires : une voie enzymatique et une voie alimentaire dépendante du microbiote buccal. L'organisme produit l'oxyde nitrique par deux voies distinctes et complémentaires.

La voie enzymatique (L-arginine → NO) : L'acide aminé L-arginine est converti en L-citrulline et en NO par une famille d'enzymes appelées NO synthases (NOS). Il en existe trois isoformes : la NOS endothéliale (eNOS), exprimée dans les cellules tapissant l'intérieur des vaisseaux ; la NOS neuronale (nNOS), présente dans les neurones ; et la NOS inductible (iNOS), activée par les cellules immunitaires en réponse à une infection ou une inflammation. Cette réaction nécessite plusieurs cofacteurs, notamment la tétrahydrobioptérine (BH4), le NADPH, le FAD et le FMN[1].

Le bon modèle n’écrase pas la complexité : il aide à relier les indices sans transformer une piste en certitude.

La voie alimentaire (nitrates → nitrites → NO) : Les nitrates inorganiques présents dans certains légumes (betterave, roquette, épinards, chou frisé) sont convertis en nitrites par les bactéries de la flore buccale, puis en NO dans l'estomac et les tissus. Cette voie est indépendante des NOS et représente un système de secours particulièrement important lorsque la voie enzymatique est compromise[1].

Les deux voies de production de l'oxyde nitrique VOIE ENZYMATIQUE L-Arginine eNOS / nNOS / iNOS BH4, O₂ NADPH, FAD NO → sGC → GMPc → relaxation musculaire lisse VOIE ALIMENTAIRE Nitrates (NO₃⁻) betterave, épinards, roquette Bactéries buccales Nitrites (NO₂⁻) NO

Les deux voies de production de l'oxyde nitrique sont complémentaires. La voie alimentaire devient particulièrement importante lorsque la voie enzymatique est altérée.

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Certains bains de bouche antiseptiques, notamment ceux étudiés avec la chlorhexidine, détruisent les bactéries buccales responsables de la conversion des nitrates en nitrites ; leur usage régulier est associé à une réduction de la biodisponibilité du NO par la voie alimentaire. Les données sur d'autres antiseptiques comme l'héxétidine sont moins spécifiquement documentées pour cet effet. Si vous utilisez un bain de bouche antiseptique quotidien et présentez des symptômes compatibles avec une diminution du NO (tension élevée, extrémités froides), il peut être utile d'en discuter avec votre professionnel de santé[1].

Comment le Covid long altère la production de NO

🟠 Synthèse éditoriale – données indirectes ou hétérogènes

Dans le Covid long, l'endothélium peut produire moins de NO et plus de stress oxydatif. Le SARS-CoV-2 peut altérer l'endothélium, qui tapisse l'intérieur des vaisseaux sanguins et produit l'essentiel du NO vasculaire via l'eNOS, par plusieurs mécanismes directs et indirects. L'importance d'une infection productive directe des cellules endothéliales varie selon les modèles et les territoires vasculaires ; inflammation, stress oxydatif, activation plaquettaire et signaux viraux peuvent également contribuer à cette endothéliopathie, dont certains aspects persistent au-delà de la phase aiguë[2] PMID 33824483.

Ce qui compte n’est pas de tout réduire, mais de mieux hiérarchiser les signaux.

Une étude prospective portant sur 73 personnes hospitalisées pour COVID-19 a mesuré la fonction endothéliale par dilatation médiée par le flux (FMD). À l'admission, la FMD était sévèrement altérée (1,65 % contre 6,51 % chez les témoins). Bien qu'une amélioration progressive ait été observée au fil des mois, la fonction endothéliale restait significativement inférieure à celle des témoins sains à 6 mois (5,24 % contre 6,48 %, p = 0,01)[3] PMID 35248780.

Plusieurs mécanismes contribuent à cette altération persistante du NO dans le contexte post-infectieux : le stress oxydatif détruit le NO avant qu'il n'atteigne ses cibles ; la déplétion en BH4 découple l'eNOS, qui produit alors du superoxyde au lieu du NO ; les cytokines pro-inflammatoires réduisent l'expression de l'eNOS ; et la glycocalyx, couche protectrice de l'endothélium, est endommagée[4] PMID 37626735.

Des données récentes montrent également que la protéine CCL2, libérée par les cellules endothéliales lésées, contribue au stress oxydatif et à la dysfonction cardiaque dans le Covid long, créant un cercle vicieux d'atteinte vasculaire[6] PMID 39402206.

Endothélium sain vs endommagé dans le Covid long ENDOTHÉLIUM SAIN Muscle lisse vasculaire Cellules endothéliales eNOS + BH4, O₂ NO ✓ Vasodilatation Flux sanguin normal O₂ délivré ✓ ENDOTHÉLIUM ENDOMMAGÉ Muscle lisse contracté Endothélium lésé (SARS-CoV-2) eNOS ↓ BH4 découplée O₂⁻ ✗ Vasoconstriction ↓ flux, ↓ O₂, ↑ stress oxydatif O₂ insuffisant ✗

À gauche : l'endothélium sain produit du NO via l'eNOS, permettant la vasodilatation et un flux sanguin normal. À droite : l'endothélium lésé par le SARS-CoV-2 produit du superoxyde au lieu du NO (découplage de l'eNOS par déplétion en BH4), entraînant vasoconstriction et hypoxie tissulaire.

Microclots de fibrine amyloïde : une hypothèse microvasculaire à confirmer

🟠 Synthèse éditoriale – données indirectes ou hétérogènes

Une réduction de la biodisponibilité du NO et des dépôts anormaux de fibrine pourraient converger vers une même conséquence : moins d'oxygène atteint les tissus, mais ce second mécanisme reste largement hypothétique. Des dépôts de fibrine présentant des propriétés amyloïdes et une résistance accrue à la fibrinolyse ont été rapportés dans des échantillons de plasma de personnes vivant avec un Covid long, dans un article de revue et d'hypothèse issu du même groupe de recherche qui a développé cette approche[5].

Leur prévalence réelle, la standardisation de leur mesure et surtout leur capacité à obstruer les capillaires in vivo et à provoquer les symptômes restent à établir par des études indépendantes. Une autre branche vasculaire, distincte du NO et des microclots, est décrite dans l'article sur le profil VEGF-A du Covid long respiratoire.[5] PMID 35195253

La clarté vient souvent d’un cadre qui respecte la complexité au lieu de la gommer.

L'hypothèse est que ces microclots pourraient obstruer les capillaires, réduisant le passage des globules rouges et la livraison d'oxygène aux tissus, et que cette obstruction, combinée à une éventuelle vasoconstriction liée à une moindre biodisponibilité du NO, contribuerait à expliquer pourquoi les symptômes du Covid long (fatigue, brouillard mental, intolérance à l'effort) persistent malgré des bilans standards normaux[5]. Ce modèle reste à valider par des méthodes standardisées et des études indépendantes.

Capillaire normal vs capillaire obstrué par microclots CAPILLAIRE NORMAL ✓ Flux libre Globules rouges circulent librement → Oxygène délivré aux tissus CAPILLAIRE OBSTRUÉ fibrine fibrine ✗ Obstruction capillaire proposée Microclots de fibrine amyloïde → Ischémie relative, hypoxie tissulaire

À gauche : capillaire sain où les globules rouges circulent librement et délivrent l'oxygène. À droite : des dépôts de fibrine amyloïde (microclots) obstruent partiellement le capillaire, piégeant les globules rouges et réduisant l'apport en oxygène aux tissus.

Mains froides, brain fog, intolérance à l'effort : un fil rouge vasculaire

🟠 Synthèse éditoriale – données indirectes ou hétérogènes

Fatigue d'effort, brouillard mental et extrémités froides peuvent partager un fil rouge microvasculaire. De nombreux symptômes du Covid long, apparemment disparates, trouvent un fil conducteur commun dans la dysfonction endothéliale et le déficit en NO.

Le bon seuil n’est pas celui qu’on veut tenir, mais celui dont le corps récupère sans payer le prix après coup.

Mains froides et doigts violacés : Les capillaires des extrémités sont parmi les plus sensibles à la vasoconstriction. Une biodisponibilité réduite du NO pourrait contribuer à une moindre capacité de ces petits vaisseaux à se dilater en réponse au froid ou à la demande, ce qui est compatible avec une présentation clinique évoquant un phénomène de Raynaud (changements de couleur, thermosensibilité, douleur), sans que ce mécanisme soit isolément démontré comme responsable. Les bilans vasculaires standard (Doppler, angiographie) reviennent souvent normaux, car ils explorent les gros vaisseaux et non le réseau microvasculaire.

Brouillard mental : Le cerveau consomme environ 20 % de l'oxygène total de l'organisme. Une vasodilatation cérébrale insuffisante à la demande est une hypothèse compatible avec une perfusion réduite des régions impliquées dans la mémoire, le rappel lexical et la concentration, mais le brouillard mental du Covid long est multifactoriel et ce mécanisme n'est pas isolément démontré. L'IRM structurelle revient normale, car les lésions microvasculaires sont en dessous de son seuil de détection. Des examens de recherche ou spécialisés (Doppler transcrânien, angiographie rétinienne OCTA, capillaroscopie péri-unguéale) peuvent caractériser la microcirculation, mais aucun ne constitue un test clinique validé du brouillard mental.

Intolérance à l'effort : Le cœur peut pomper correctement (échocardiogramme normal, test d'effort adéquat), mais une dilatation insuffisante des vaisseaux alimentant les muscles pendant l'exercice pourrait contribuer à un apport en oxygène insuffisant, compatible avec une fatigue précoce et une fréquence cardiaque disproportionnée par rapport à l'effort fourni. Le Covid long associe cependant potentiellement dysautonomie, anomalies de précharge, altérations musculaires et mitochondriales, et troubles d'extraction périphérique de l'oxygène : une CPET standard objective une limitation fonctionnelle sans isoler cette composante microvasculaire, ce qui nécessite des techniques comme l'iCPET avec mesures hémodynamiques et prélèvements artério-veineux[3][13].

Cinq leviers naturels pour soutenir le NO

🟠 Synthèse éditoriale – données indirectes ou hétérogènes

Les leviers du NO sont des soutiens plausibles, pas des traitements validés du Covid long. Soutenir la production de NO ne remplace pas la prise en charge de la dysfonction endothéliale sous-jacente, mais certaines approches sont documentées pour améliorer la biodisponibilité du NO.

Une piste plausible et un mécanisme démontré ne se valent pas, même quand ils pointent dans la même direction.

1. Nitrates alimentaires (betterave, légumes-feuilles) : La voie nitrate-nitrite-NO contourne les NOS endommagées. Une méta-analyse portant sur 22 essais contrôlés (1 248 participants) a montré que la supplémentation en jus de betterave était associée à une réduction de la pression systolique de 3,55 mmHg et de la diastolique de 1,32 mmHg par rapport au placebo[8] PMID 29141968.

Une autre méta-analyse a confirmé une amélioration de la fonction endothéliale (FMD) après supplémentation en nitrates inorganiques[9] PMID 25764393. Les nitrates végétaux (betterave, roquette, épinards) ne doivent pas être confondus avec les nitrates de sodium des viandes transformées, qui peuvent former des nitrosamines potentiellement nocives.

2. L-citrulline et L-arginine : La L-arginine est le substrat direct des NOS pour la synthèse du NO. La L-citrulline est convertie en L-arginine dans les reins et pourrait offrir une meilleure biodisponibilité orale.

Ces acides aminés se trouvent également dans l'alimentation : la pastèque est l'une des sources naturelles les plus riches en L-citrulline, le melon (notamment cantaloup) en contient également des quantités intéressantes. Les noix, les graines de courge et les amandes fournissent de la L-arginine.

La supplémentation reste une piste à discuter avec un professionnel de santé : l'essai contrôlé randomisé parent a rapporté, après 28 jours de L-arginine associée à la vitamine C, une amélioration de la marche de 6 minutes, de la force de préhension, de la FMD et de la fatigue par rapport au placebo[12] ; une analyse secondaire du même essai a montré une augmentation de l'arginine sérique et du ratio L-arginine/ADMA (marqueur de biodisponibilité du NO)[11] PMID 36982151. Ces résultats restent exploratoires (faible effectif, courte durée, absence de réplication indépendante).

3. Respiration nasale : Les sinus paranasaux produisent en permanence du NO à des concentrations élevées, comme l'a montré l'équipe de Lundberg dans Nature Medicine dès 1995[7] PMID 7585069. Respirer par le nez délivre ce NO aux poumons, favorisant les échanges gazeux et la vasodilatation pulmonaire, tandis que la respiration buccale réduit fortement cet apport. La pertinence clinique de ce mécanisme pour les symptômes du Covid long ou la biodisponibilité systémique du NO n'est pas établie.

4. Exposition solaire : L'irradiation UVA de la peau peut mobiliser des réserves cutanées d'espèces azotées et produire un effet vasodilatateur aigu, indépendamment de la synthèse de vitamine D et de l'activité NOS. Une étude contrôlée chez 24 volontaires sains a montré que l'exposition UVA induisait une vasodilatation et une baisse de la pression artérielle mesurables[10] PMID 24445737.

Cette observation physiologique aiguë chez des volontaires sains ne permet pas de définir une dose universelle de soleil comme stratégie de traitement du Covid long. La balance bénéfice/risque dépend fortement de la latitude, de la saison, du phototype et du risque carcinologique, à discuter au cas par cas plutôt que sur une durée fixe.

5. Antioxydants protecteurs du NO : Le stress oxydatif détruit le NO avant qu'il n'atteigne ses cibles. La vitamine C stimule l'activité de l'eNOS et favorise la régénération de la BH4, cofacteur essentiel des NOS. Le N-acétylcystéine (NAC), précurseur du glutathion, et le coenzyme Q10 contribuent à la protection du NO contre les radicaux libres. Ces données reposent sur des mécanismes biochimiques établis, mais leur efficacité spécifique dans le contexte du Covid long n'a pas encore été évaluée en essai contrôlé.

Le pont oublié : acétylcholine, eNOS et oxyde nitrique

🟠 Synthèse éditoriale – données indirectes ou hétérogènes

L'acétylcholine peut activer eNOS, ce qui relie système nerveux autonome et vasodilatation. Un lien souvent méconnu relie la signalisation cholinergique à la production vasculaire de NO. L'acétylcholine (ACh), l'histamine et la bradykinine font partie des activateurs physiologiques de l'eNOS endothéliale. Lorsque l'ACh se lie à ses récepteurs sur les cellules endothéliales, elle déclenche une cascade intracellulaire (augmentation du calcium → activation de la calmoduline → activation de l'eNOS) qui aboutit à la production de NO et à la vasodilatation.

La nutrition soutient mieux quand elle part du terrain réel plutôt que d’une promesse générale.
Cascade ACh → eNOS → NO → vasodilatation cérébrale ACh Acétylcholine Récepteur ↑ Ca²⁺ Calmoduline eNOS + BH4 + Arg NO sGC ↑ GMPc Vaso- dilatation ↑ perfusion Histamine Bradykinine Hypothèse dans le contexte cérébral : la perfusion pourrait influencer clarté mentale, mémoire et rappel lexical Hypothèse : un lien physiologique entre tonus cholinergique et signalisation NO

Cascade de signalisation cholinergique → NO : l'acétylcholine (ACh) active l'eNOS via le calcium intracellulaire et la calmoduline, produisant du NO qui active la guanylate cyclase soluble (sGC) et le GMPc, aboutissant à la vasodilatation. L'histamine et la bradykinine empruntent la même voie d'activation de l'eNOS.

L'acétylcholine fait partie des agonistes capables d'activer l'eNOS dans un endothélium fonctionnel. Cette interaction fournit un lien physiologique entre signalisation cholinergique et vasodilatation dépendante du NO. En revanche, son importance dans le Covid long et l'intérêt d'une supplémentation en choline pour restaurer cette voie ne sont pas établis : aucune étude clinique ne démontre qu'un déficit cholinergique limite l'eNOS dans le Covid long, ni qu'un apport en choline restaure cette voie.

Ce pont ACh → eNOS → NO → vasodilatation cérébrale illustre la complexité des interactions entre systèmes neurovasculaires. Il reste un modèle physiologique, à valider par des études interventionnelles avant d'en tirer une quelconque séquence thérapeutique.

Ce que votre professionnel de santé peut explorer

🟠 Synthèse éditoriale – données indirectes ou hétérogènes

Certains examens de recherche ou spécialisés peuvent caractériser la fonction endothéliale, la microcirculation, l'hémodynamique ou la réponse à l'effort. Aucun ne constitue actuellement un test clinique spécifique d'un déficit de NO dans le Covid long. Si vous présentez des symptômes évocateurs d'une composante vasculaire (extrémités froides, brouillard mental, intolérance à l'effort), certains de ces examens peuvent être discutés avec votre professionnel de santé :

Un examen de recherche n'est pas encore un test clinique : il caractérise un mécanisme, il ne le confirme pas chez une personne donnée.

Dilatation médiée par le flux (FMD) : Mesure non invasive de la capacité d'une artère conductrice (le plus souvent l'artère brachiale) à se dilater en réponse à un stimulus. C'est une bonne méthode de recherche pour la fonction endothéliale dépendante du NO, mais elle ne constitue pas une mesure directe de la microcirculation, et ce test est rarement disponible en routine clinique.

Capillaroscopie péri-unguéale : Examen microscopique des capillaires visibles au niveau des ongles. Certaines études pilotes ont montré des anomalies capillaires chez des personnes atteintes de Covid long, par rapport à des témoins sains.

Épreuve d'effort cardiopulmonaire (CPET) : Mesure les échanges gazeux pendant l'effort et permet d'objectiver une limitation fonctionnelle même lorsque la fonction cardiaque est normale, mais elle ne mesure pas directement l'extraction systémique de l'oxygène. Cette distinction nécessite une CPET invasive (iCPET), avec mesures hémodynamiques et prélèvements artério-veineux[13].

Doppler transcrânien : Mesure surtout la vitesse du flux dans les grosses artères cérébrales. Ce n'est pas un examen validé de routine du brouillard mental, et une variation de vitesse ne permet pas à elle seule de conclure à une hypoperfusion régionale sans hypothèse sur le diamètre vasculaire.

Ces explorations ne sont pas systématiques et ne sont pas toujours disponibles en ville. Elles illustrent cependant que des outils existent pour aller au-delà des bilans standards lorsque les symptômes persistent malgré des résultats conventionnels normaux.

🧩 Ce que l'on sait, et ce que l'on ne sait pas encore

Ce qui est documenté, c'est la dysfonction endothéliale, le rôle central du NO et la présence de microclots dans une partie des données Covid long.

  • La dysfonction endothéliale dans le Covid long est documentée par des données prospectives : la capacité de dilatation vasculaire (FMD) reste altérée jusqu'à 6 mois après l'infection.
  • Le rôle central du NO dans la vasodilatation, la neurotransmission et l'immunité est établi depuis plus de trois décennies.
  • La présence de dépôts de fibrine à propriétés amyloïdes dans le plasma de personnes atteintes de Covid long a été rapportée, mais leur standardisation de mesure et leur réplication par des équipes indépendantes restent à documenter.
  • Les effets des nitrates alimentaires (betterave) sur la tension artérielle et la fonction endothéliale reposent sur des méta-analyses d'essais contrôlés.

Un petit essai randomisé en simple aveugle (n=50, 46 ayant terminé) a rapporté à 28 jours, avec L-arginine + vitamine C, une amélioration de la distance au test de marche de 6 minutes, de la force de préhension, de la FMD et une fatigue rapportée beaucoup moins souvent que sous placebo[12]. Une analyse secondaire du même essai a également montré une augmentation de l'arginine sérique et du ratio L-arginine/ADMA, marqueurs indirects de biodisponibilité du NO[11].

Ces résultats restent exploratoires : faible effectif, suivi de 28 jours seulement, simple aveugle, combinaison L-arginine + vitamine C empêchant d'isoler l'effet d'un seul composant, et absence de réplication indépendante à ce jour.

Le modèle séquentiel ACh → eNOS → NO reste une hypothèse mécanistique cohérente mais non validée par des études interventionnelles. L'extrapolation des données de la population générale aux personnes vivant avec un Covid long doit être faite avec prudence. L'ensemble des pistes présentées ici ne remplace pas un avis médical individualisé.

Ce qu'il faut retenir

La dysfonction endothéliale constitue l'une des anomalies vasculaires les mieux documentées après le COVID-19, mais les pistes de soutien restent exploratoires. Une réduction de la biodisponibilité du NO, le stress oxydatif, les modifications de la microcirculation et les anomalies de la coagulation peuvent s'intégrer dans ce modèle et contribuer à des anomalies microvasculaires dans certains phénotypes de Covid long, mais leur importance varie probablement selon les personnes et leur contribution causale exacte aux symptômes (fatigue à l'effort, brouillard mental, extrémités froides) reste à préciser.

Les nitrates alimentaires, la L-arginine et d'autres stratégies capables de modifier la voie du NO (L-citrulline, photobiomodulation) disposent de données physiologiques ou cliniques préliminaires. Un petit essai randomisé L-arginine + vitamine C a rapporté des améliorations fonctionnelles et de fatigue, mais son effectif, sa durée et l'absence de réplication indépendante ne permettent pas d'en faire un traitement établi du Covid long. La piste NO est utile pour comprendre une partie de la physiopathologie vasculaire, à condition de distinguer clairement ce qui est mesuré, ce qui est inféré et ce qui reste hypothétique.

À retenir en pratique

Si vous explorez la piste vasculaire dans un Covid long, partez de vos situations déclenchantes plutôt que d'un complément isolé : intolérance à l'effort, chaleur, station debout, digestion, extrémités froides, brouillard mental après sollicitation. Notez ces réponses sur 2 à 3 semaines pour distinguer une gêne circulatoire régulière d'un symptôme fluctuant.

Avant d'essayer citrulline, nitrates alimentaires ou betterave concentrée, vérifiez le contexte tensionnel, les traitements cardiovasculaires, les antécédents rénaux et les risques d'interaction avec un professionnel de santé. Une stratégie de soutien du NO mal cadrée peut aggraver une hypotension ou brouiller la lecture de vos symptômes.

L'arginine ou la citrulline : laquelle choisir pour soutenir l'oxyde nitrique ?

La L-citrulline est convertie en L-arginine dans les reins et pourrait offrir une meilleure biodisponibilité orale. L'arginine reste le précurseur direct de la synthèse de NO par les NOS. Les deux sont des pistes intéressantes, à discuter avec un professionnel de santé en fonction de votre contexte individuel.

Le jus de betterave peut-il réellement aider dans le Covid long ?

Le jus de betterave est riche en nitrates inorganiques, qui empruntent la voie nitrate-nitrite-NO indépendante des NOS. Ses effets sur la tension artérielle et la fonction endothéliale sont documentés par plusieurs méta-analyses[8][9]. Son application spécifique au Covid long n'a pas encore fait l'objet d'essais contrôlés dédiés.

Pourquoi la respiration nasale est-elle liée à l'oxyde nitrique ?

Les sinus paranasaux produisent en permanence du NO à des concentrations élevées[7]. Respirer par le nez permet de délivrer ce NO aux poumons, où il favorise les échanges gazeux et la vasodilatation pulmonaire, tandis que la respiration buccale réduit fortement cet apport. La pertinence clinique de ce mécanisme pour les symptômes du Covid long n'est toutefois pas établie.

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  1. Lundberg JO, Weitzberg E. Nitric oxide signaling in health and disease. Cell. 2022;185(16):2853-2878. Lundberg & Weitzberg, 2022 — PubMed
  2. Bonaventura A et al. Endothelial dysfunction and immunothrombosis as key pathogenic mechanisms in COVID-19. Nat Rev Immunol. 2021;21(5):319-329. Bonaventura et al., 2021 — PubMed
  3. Oikonomou E et al. Endothelial dysfunction in acute and long standing COVID-19: A prospective cohort study. Vascul Pharmacol. 2022;144:106975. Oikonomou et al., 2022 — PubMed
  4. Santoro L et al. Role of Endothelium in Cardiovascular Sequelae of Long COVID. Biomedicines. 2023;11(8):2239. Santoro et al., 2023 — PubMed
  5. Kell DB, Laubscher GJ, Pretorius E. A central role for amyloid fibrin microclots in long COVID/PASC: origins and therapeutic implications. Biochem J. 2022;479(4):537-559. Kell et al., 2022 — PubMed
  6. Thomas D et al. CCL2-mediated endothelial injury drives cardiac dysfunction in long COVID. Nat Cardiovasc Res. 2024;3(10):1249-1265. Thomas et al., 2024 — PubMed
  7. Lundberg JO et al. High nitric oxide production in human paranasal sinuses. Nat Med. 1995;1(4):370-373. Lundberg et al., 1995 — PubMed
  8. Bahadoran Z et al. The Nitrate-Independent Blood Pressure-Lowering Effect of Beetroot Juice: A Systematic Review and Meta-Analysis. Adv Nutr. 2017;8(6):830-838. Bahadoran et al., 2017 — PubMed
  9. Lara J et al. Effects of inorganic nitrate and beetroot supplementation on endothelial function: a systematic review and meta-analysis. Eur J Nutr. 2016;55(2):451-459. Lara et al., 2016 — PubMed
  10. Liu D et al. UVA irradiation of human skin vasodilates arterial vasculature and lowers blood pressure independently of nitric oxide synthase. J Invest Dermatol. 2014;134(7):1839-1846. Liu et al., 2014 — PubMed
  11. Calvani R et al. Effects of l-Arginine Plus Vitamin C Supplementation on l-Arginine Metabolism in Adults with Long COVID: Secondary Analysis of a Randomized Clinical Trial. Int J Mol Sci. 2023;24(6):5078. Calvani et al., 2023 — PubMed
  12. Tosato M et al. Effects of l-Arginine Plus Vitamin C Supplementation on Physical Performance, Endothelial Function, and Persistent Fatigue in Adults with Long COVID: A Single-Blind Randomized Controlled Trial. Nutrients. 2022;14(23):4984. Tosato et al., 2022 — PubMed
  13. Leitner BP et al. The metabolic and physiologic impairments underlying long COVID associated exercise intolerance. Pulm Circ. 2024;14(4):e70009. Leitner et al., 2024 — PubMed

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