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Pacing : éviter le crash (Covid long, EM/SFC)

Illustration abstraite de la gestion de l'énergie et du repos dans les maladies chroniques

L'article en 1 minute

Forcer sur une bonne journée, puis tout payer le lendemain : c'est le cycle du crash post-effort, et le pacing est la stratégie qui vise à le briser.

Le pacing consiste à calibrer l'activité sous son seuil personnel pour éviter le malaise post-effort. Les recommandations NICE 2021 et l'OMS le placent en première intention dans l'EM/SFC et le Covid long.

Ce n'est pas un renoncement mais un pilotage : les données observationnelles montrent une association forte entre adhésion au pacing et récupération, là où le cycle « pousser puis s'effondrer » entretient la maladie.

Il n'existe pas encore d'essai contrôlé randomisé de grande envergure, et l'association observée ne prouve pas à elle seule la causalité. La définition du seuil individuel et les outils pour le mesurer restent à standardiser.

À retenir : le seuil est personnel : aucune règle générale ne remplace l'observation de ses propres suites d'effort.

📖 Termes de référence (français / anglais)
  • Pacing = Gestion de l'enveloppe énergétique / Energy management
  • Malaise post-effort (MPE) = Post-exertional malaise (PEM)
  • Enveloppe énergétique = Energy envelope
  • Seuil anaérobie = Anaerobic threshold (AT)
  • EM/SFC = Encéphalomyélite myalgique / Chronic fatigue syndrome (EM/SFC)
  • Dysautonomie = Dysautonomia
  • VFC / RMSSD = Variabilité de la fréquence cardiaque / Heart rate variability (HRV)

Introduction Forcer sur une bonne journée, puis tout payer le lendemain : c'est le cycle du crash post-effort. Le pacing, ou gestion de l'énergie, vise à limiter ces exacerbations en adaptant l'activité aux limites individuelles. Il est recommandé dans l'EM/SFC et proposé par l'OMS en cas de malaise post-effort dans le Covid long, mais son efficacité propre reste difficile à quantifier avec les données disponibles.

Ce que cache le mot "crash"

🟢 Preuve établie : méta-analyse 2024

Dans l'EM/SFC, un phénomène est caractéristique, et il est aussi fréquent dans certains tableaux de Covid long : un effort qui semblait anodin déclenche, 12 à 72 heures plus tard, une aggravation brutale de l'ensemble des ressentis. Ce phénomène porte un nom : le malaise post-effort (PEM en anglais).[1] PMID 20550693 Les quatre pistes qui l'expliquent (mécanisme, biomarqueurs, crash cognitif, pacing) sont détaillées dans notre synthèse complète.

Le bon seuil n’est pas celui qu’on veut tenir, mais celui dont le corps récupère sans payer le prix après coup.

Il ne s'agit pas d'être "fatigué après l'effort". Le malaise post-effort est une réaction biologique mesurable : activation immunitaire disproportionnée, bascule métabolique, dysrégulation du système nerveux autonome. Ce n'est pas un manque de volonté, c'est une incapacité du corps à récupérer normalement après une dépense d'énergie.

Une méta-analyse portant sur 2 665 personnes avec Covid long estime que 55% présentent un malaise post-effort à au moins 3 mois après l'infection (intervalle de confiance : 38–71%)[2] PMID 39490027. C'est l'un des ressentis les plus fréquents du tableau.

💡 Comment savoir si vous présentez un malaise post-effort ?

Trois questions simples orientent l'évaluation :

Ressentez-vous une lourdeur physique extrême dans les 24 à 48h après une activité banale (prendre une douche, monter des escaliers, lire) ?
Observez-vous un brouillard mental ou une confusion qui s'aggrave après l'effort, pas pendant ?
Ces ressentis durent-ils plus de 14 heures après l'activité déclenchante ?

Ces questions ne constituent pas un test diagnostique. Si une aggravation reproductible survient après un effort physique, cognitif, émotionnel ou social, il peut être utile de la documenter avec un outil validé comme le DSQ-PEM et d'en discuter avec un professionnel de santé, en excluant d'abord d'autres causes (désaturation à l'effort, atteinte cardiaque) si elles sont suspectées. Si vous cherchez un praticien complémentaire adapté au Covid long, voici comment le choisir.

Pourquoi votre corps réagit aussi fort

🟠 Association documentée : mécanismes convergents

Chez les personnes concernées, plusieurs mécanismes se combinent. Et le déclencheur peut être n'importe quel type d'effort, physique, cognitif ou émotionnel (une conversation animée, une lecture prolongée, un stress) :

Dans ces tableaux, l’effort se juge aussi au lendemain, pas seulement au moment où il est fait.

① Anomalies métaboliques à l'effort. Plusieurs études rapportent des réponses énergétiques atypiques à l'effort dans l'EM/SFC et certains tableaux de Covid long avec malaise post-effort : production d'ATP réduite, bascule accrue vers la glycolyse (qui produit nettement moins d'énergie par molécule de glucose que la voie oxydative complète), accumulation de lactate. Leur statut de cause ou de conséquence du malaise post-effort n'est pas établi, et leur ampleur varie selon les individus.[3] PMID 29666214

② Activation neuro-immune. L'effort déclenche une réponse inflammatoire disproportionnée, avec libération de cytokines pro-inflammatoires (IL-6, TNF-α). Ce mécanisme est expliqué en détail dans notre article sur la microglie primée.

③ Dysautonomie. Le système nerveux autonome régule mal le débit sanguin à l'effort, provoquant une baisse de la perfusion cérébrale et un effondrement de la tolérance orthostatique. C'est le lien direct avec la dysautonomie du Covid long.

④ Réponse neuroendocrinienne. La noradrénaline et le cortisol sont mobilisés à l'effort ; un rôle dans l'amplification de la phase de récupération est évoqué, mais il n'est pas démontré dans les références disponibles.

Chronologie du malaise post-effort : J0 à J+2 JOUR J Effort Sensation normale. Seuil dépassé sans signal clair. J+1 Cascade Fatigue lourde, brouillard mental, hypersensibilité. J+2 Crash Pic des ressentis. Parfois impossible de se lever. 24–48h pic temps

Chronologie clinique typique, variable selon les personnes : une activité déclenchante à J0, des symptômes pouvant s'aggraver avec retard entre J+0 et J+3. Le mécanisme responsable de ce délai reste en cours d'étude.

🧪 Ce que montre le test d'effort à 2 jours

Une étude (Gattoni et al., 2025, n=15) a soumis des personnes atteintes de Covid long à deux tests d'effort maximal séparés de 24h. Résultat : pas de différence de performance entre les deux jours. Les auteurs en concluent que, dans cette cohorte, le malaise post-effort ne s'explique pas par une récupération incomplète de la capacité d'effort d'un jour sur l'autre. La même étude relevait par ailleurs des signes de déconditionnement aérobie chez 40 % des participants.[4] PMID 39490617

Ce résultat contraste avec ce qui est observé dans l'EM/SFC, où les performances chutent bien au second test[7]. Sur quinze personnes, une absence de différence ne démontre pas que le mécanisme soit absent dans le Covid long : elle montre que ce protocole n'y reproduit pas ce qu'il met en évidence dans l'EM/SFC.

Le cycle push-crash : le piège de la bonne journée

🔵 Données observationnelles : schéma clinique décrit

Le piège le plus fréquent se résume en une phrase : "Je me sens mieux aujourd'hui, donc je rattrape tout ce que je n'ai pas fait." C'est exactement ce mécanisme qui entretient le cycle.

Le crash n’est pas une faiblesse : c’est un signal que la dépense a dépassé la capacité de récupération.

Une bonne journée ne signifie pas que le corps a récupéré sa capacité d'avant. Elle signifie que l'enveloppe énergétique du jour est un peu plus large que d'habitude. La dépasser peut déclencher ou aggraver un malaise post-effort et contribuer à une alternance d'activité excessive et de récupération prolongée.

Ce cycle "push-crash" recoupe des mécanismes de dysautonomie et d'intolérance orthostatique documentés dans le Covid long[5] PMID 33243837. Une revue de la littérature sur le pacing dans l'EM/SFC souligne cependant que les études disponibles restent hétérogènes et de qualité méthodologique faible à moyenne, ce qui empêche d'établir que les épisodes répétés de malaise post-effort causent une dégradation progressive de la capacité fonctionnelle[6] PMID 37838675.

👁️ L'œil du Docteur en pharmacie

Le malaise post-effort n'est pas toujours unidirectionnel : la trajectoire dépend de l'intensité du dépassement et du terrain sous-jacent.

Le pacing : principe et données cliniques

🟢 Recommandation clinique : NICE 2021, OMS

Le pacing consiste à ajuster de façon flexible les activités physiques, cognitives, émotionnelles et sociales afin de rester dans une zone tolérable et de réduire le risque de malaise post-effort. Chez certaines personnes, des repères physiologiques comme la fréquence cardiaque ou le seuil ventilatoire/anaérobie peuvent compléter l'observation des symptômes, mais ils ne définissent pas à eux seuls le pacing.[7] PMID 20937116

Apprendre à doser l’effort, ce n’est pas renoncer : c’est protéger ce qui permet de recommencer.

Dans l'EM/SFC, NICE recommande la gestion de l'énergie comme stratégie d'autogestion individualisée et déconseille les augmentations fixes d'activité[8]. Pour le Covid long avec malaise post-effort, l'OMS formule une recommandation conditionnelle d'éducation et d'entraînement aux techniques de conservation de l'énergie, dont des approches de pacing.

Les données cliniques les plus frappantes viennent d'une étude rétrospective française menée au CHU d'Angers (86 personnes avec Covid long, médiane de suivi 10 mois)[9] PMID 37291581 :

Retour au travail selon l'adhésion au pacing, cohorte rétrospective (n=86) : Ghali et al., 2023 Retour au travail selon l'adhésion au pacing (n=86) Faible 5,5 % Modérée 4,3 % Forte 60 % 0% 60% OR multivarié 40,4

Association observationnelle, non causale. Design rétrospectif, sans groupe contrôle randomisé. Le critère « récupération » de l'étude correspondait au retour au travail. Ghali A et al., J Transl Med, 2023.

En analyse multivariée, l'adhésion au pacing était le seul facteur significativement associé au retour au travail (OR 40,4, IC95% 6,2–262,6). L'association est importante mais très imprécise, comme l'indique cet intervalle de confiance très large ; l'étude est observationnelle et rétrospective, sans randomisation, avec un risque de causalité inverse (les personnes qui récupèrent mieux peuvent aussi mieux appliquer le pacing).

Une autre étude prospective non contrôlée (Parker et al., 2023) a testé un protocole structuré de pacing sur 6 semaines chez 31 personnes avec Covid long. Résultat : réduction du nombre d'épisodes de malaise post-effort (de 3,4 par semaine à 1,1), avec amélioration de la qualité de vie mesurée par l'EQ-5D. L'absence de groupe contrôle ne permet pas de distinguer l'effet de l'intervention d'une évolution naturelle ou d'un effet de suivi.[10] PMID 36461167

Les résultats ne sont toutefois pas uniformément positifs. Dans un essai randomisé pragmatique publié en 2026 (250 participants, 6 mois), une plateforme numérique combinant suivi d'activité et messages personnalisés d'energy management n'a pas réduit davantage le malaise post-effort que les soins usuels[17] PMID 41629267. Ces données ne réfutent pas le principe de gestion de l'énergie, mais montrent que l'efficacité d'un outil ou d'un protocole de pacing spécifique ne peut pas être présumée[18] PMID 42507687.

Ce que vous ne pouvez pas voir sans suivi

Un journal quotidien révèle les schémas invisibles : l'effort qui paraissait anodin, le seuil que vous avez dépassé sans le sentir, la corrélation entre le stress émotionnel du lundi et le crash du mercredi. Le suivi peut aider à documenter ces fluctuations, mais il n'est pas démontré qu'une application de pacing réduise à elle seule le malaise post-effort.

Commencer le suivi

Les outils concrets du pacing au quotidien

🟢 Recommandation clinique : consensus

Le pacing repose sur quatre piliers pratiques :

① Fragmenter les activités. Découper chaque tâche (physique, cognitive, émotionnelle) en blocs plus courts avec des pauses préventives, dont la durée est adaptée à la tolérance individuelle plutôt qu'à un minutage fixe.

Un outil de pacing n’a de valeur que s’il informe une décision, pas s’il devient lui-même une source de pression.

② Planifier les journées chargées. Anticiper les journées qui demandent plus d'énergie (rendez-vous médical, sortie, visite) en réduisant les dépenses les jours précédents et suivants. La journée "chargée" est encadrée par des journées "légères".

③ Surveiller la fréquence cardiaque. Un moniteur de fréquence cardiaque (montre connectée, ceinture thoracique) peut servir de garde-fou objectif. Dans une enquête internationale déclarative menée auprès de 488 personnes avec EM/SFC, les participants rapportaient en moyenne une diminution de la sévérité et de la durée du malaise post-effort avec ce suivi[11] PMID 36938766. Ces données sont déclaratives et ne démontrent pas un effet causal. Le principe : rester sous un seuil de fréquence cardiaque individualisé, parfois estimé par la formule (220 − âge) × 0,55, qui reste un repère approximatif et non une cible médicale.

④ Tenir un journal quotidien. Noter chaque jour : niveau d'énergie (sur 10), activités réalisées, ressentis à J+1/J+2. Ce journal permet d'identifier les déclencheurs, de calibrer l'enveloppe énergétique réelle, et de partager des données objectives avec un professionnel de santé.

📱 Applications de pacing et suivi

Plusieurs outils numériques ont été développés spécifiquement pour le pacing. L'application PaceMe, évaluée dans une étude qualitative narrative auprès de 25 personnes avec Covid long, a recueilli des témoignages de participants rapportant une meilleure compréhension de leur malaise post-effort, un sentiment de contrôle accru et un vécu validé ; ce format d'étude ne mesure pas d'efficacité clinique[12] PMID 39529893. L'app Boussole permet de noter quotidiennement énergie, confort et activités pour identifier les schémas de crash sur 30 jours.

Ce que le pacing n'est pas

🟢 Recommandation clinique : NICE 2021, consensus DACH 2024

Le pacing souffre de deux confusions fréquentes qui peuvent nuire à son adoption :

Le pacing n'est pas du repos permanent. Rester au lit toute la journée n'est pas du pacing. Le pacing est une gestion active de l'énergie : vous continuez à faire des choses, mais en restant dans les limites de ce que votre corps peut absorber sans déclencher de cascade. L'objectif est de maximiser la participation à la vie quotidienne, pas de l'abandonner.[13] PMID 38743348

Ralentir le rythme n’est pas abandonner l’activité : c’est refuser un modèle de progression qui ne tient pas compte du malaise post-effort.

Le pacing n'est pas du reconditionnement progressif (graded exercise therapy). Le reconditionnement classique part du principe que "plus on fait, mieux on récupère". Chez les personnes avec un malaise post-effort, cette logique ne fonctionne pas : elle peut même aggraver durablement l'état. Les recommandations NICE 2021 déconseillent explicitement de proposer un exercice gradué fixe aux personnes avec EM/SFC.[8] Une analyse détaillée du protocole GET du PACE trial a confirmé la nature incrémentale fixe de cette approche, incompatible avec la variabilité du malaise post-effort.[14] PMID 40283139

Quand le pacing ne suffit pas : pistes complémentaires

🟠 Association documentée : pistes en cours d'évaluation

Le pacing est le socle de la gestion du malaise post-effort, mais il ne couvre pas tous les aspects de la maladie. Certaines pistes complémentaires sont à discuter avec un professionnel de santé :

Une piste complémentaire reste une piste tant qu’elle n’a pas été comparée au pacing seul dans un essai contrôlé.

① Lactatémie et seuil d'effort. La mesure du lactate sanguin pendant l'effort pourrait permettre de déterminer objectivement le seuil anaérobie individuel et d'affiner le pacing. Cette approche reste exploratoire mais fait l'objet de publications récentes[15] PMID 38561114.

② LDN (naltrexone à faible dose). Le LDN est étudié dans certains symptômes du Covid long et de maladies chroniques, mais son efficacité spécifique sur le malaise post-effort n'est pas établie. Voir notre article dédié au LDN.

③ Accompagnement psychologique adapté. Un soutien psychologique peut aider à faire le deuil du niveau d'activité d'avant, à développer des stratégies d'adaptation et à gérer l'impact émotionnel de la maladie. Attention : il ne s'agit pas de thérapie cognitive-comportementale (TCC) à visée curative, dont l'efficacité n'est pas démontrée dans l'EM/SFC. Le consensus DACH 2024 distingue clairement le soutien psychologique (utile) de la TCC curative (non étayée).[13]

④ Trajectoire à 1 an. Une étude comparative (Oliveira et al., 2023) a suivi des personnes avec Covid long et des personnes avec EM/SFC sur un an. Résultat : plusieurs symptômes se sont améliorés significativement pour le groupe Covid long (fatigue, malaise post-effort, brouillard mental, troubles digestifs), tandis qu'aucune amélioration n'a été observée pour les personnes avec EM/SFC établie[16] PMID 36698810. Cette étude ne permet pas d'établir que le pacing précoce est un des leviers de cette différence de trajectoire : elle compare deux cohortes suivies dans le temps, sans isoler l'effet du pacing.

Par où commencer cette semaine

🟢 Recommandation clinique : conseils pratiques
🎯 Ce que vous pouvez tester cette semaine

① Notez votre énergie chaque soir sur 10. Pendant 7 jours, notez votre niveau d'énergie au coucher et les activités de la journée. Ce simple geste suffit pour identifier vos premiers schémas.

Le premier chiffre utile n’est pas le nombre d’activités faites, mais le nombre de lendemains sans aggravation.

② Fragmentez votre activité la plus coûteuse. Identifiez l'activité qui vous coûte le plus d'énergie et découpez-la en blocs plus courts, avec une pause adaptée à votre tolérance entre chaque bloc.

③ Parlez-en à votre professionnel de santé. Montrez-lui ce journal de 7 jours et discutez de l'approche pacing. Les recommandations NICE 2021 et OMS soutiennent cette stratégie.

⚠️ Pacing : éviter le test de limites. En cas de malaise post-effort, chercher à “forcer un peu plus” peut aggraver le cycle. L'activité ne doit pas être augmentée automatiquement : toute modification doit rester individualisée, réversible et conditionnée par une période de stabilité sans aggravation différée à 24–72 heures.

🧩 Ce que l'on sait, et ce que l'on ne sait pas encore

Ce que l'on sait : le pacing (une gestion flexible de l'enveloppe énergétique) est la stratégie la mieux étayée pour prévenir le malaise post-effort dans l'EM/SFC et le Covid long. NICE la recommande dans l'EM/SFC et l'OMS suggère des techniques de conservation de l'énergie, dont le pacing, chez les personnes présentant un malaise post-effort après Covid. Les données observationnelles sont encourageantes, mais un essai randomisé récent n'a pas montré de supériorité d'un outil numérique de pacing par rapport aux soins usuels.

Ce que l'on ne sait pas encore : la définition précise du seuil d'effort individuel et les outils de mesure optimaux (variabilité de la fréquence cardiaque, fréquence cardiaque, lactate, score subjectif) restent à standardiser. L'efficacité à long terme du pacing seul est difficile à isoler dans les études existantes, car il n'existe pas encore d'essai contrôlé randomisé de grande envergure. Les mécanismes exacts du malaise post-effort (part neuro-immune vs métabolique vs vasculaire) font l'objet de recherches actives.

Ce qu'il faut retenir

Le pacing n'est ni du repos permanent ni une progression imposée de l'activité : c'est une stratégie flexible de gestion de l'énergie destinée à réduire le risque de malaise post-effort (PEM). Cette approche est cohérente avec les recommandations actuelles de gestion de l'énergie dans l'EM/SFC et avec les recommandations de l'OMS pour le malaise post-effort du Covid long, tandis que NICE déconseille les programmes d'activité à progression fixe dans l'EM/SFC.

La mise en œuvre est difficile car elle va à contre-intuition dans une culture qui valorise l'effort. La donnée qui aide le plus au départ : noter son énergie chaque soir pendant une semaine révèle des schémas que l'on ne voit pas à l'œil nu. Apprendre à ne pas dépasser son seuil, c'est apprendre à vivre plus : pas moins.

À retenir en pratique

Commencez par une ligne de base simple : pendant 7 jours, notez les activités, l'énergie du soir, les symptômes du lendemain et les crashs retardés entre 12 et 72 heures. Le but n'est pas de tout mesurer, mais d'identifier vos seuils rouges, jaunes et verts.

Ensuite, fragmentez les tâches qui déclenchent le PEM : durée plus courte, pause programmée avant l'épuisement, alternance activité/repos et arrêt dès les premiers signaux d'alerte. Si vous utilisez une fréquence cardiaque cible, gardez-la comme repère de prudence, pas comme injonction à performer.

Pour un accompagnement pratique au quotidien — définir son enveloppe énergétique, réagir à un crash, adapter ses activités semaine après semaine — notre guide gratuit sur le pacing détaille la méthode pas à pas.

Questions fréquentes

Le pacing, c'est rester au lit toute la journée ?
Non. Le pacing est une gestion active de l'énergie. Il ne s'agit pas de ne rien faire, mais de fragmenter ses activités en séquences courtes entrecoupées de pauses, et de ne jamais dépasser son seuil d'effort individuel. L'objectif est de rester fonctionnel sans déclencher de malaise post-effort.
Mon médecin me dit de faire du sport pour aller mieux. Que faire ?
Si vous présentez un malaise post-effort (aggravation des symptômes 12 à 72h après l'activité), le reconditionnement progressif classique peut aggraver votre état. NICE NG206 recommande explicitement de ne pas proposer d'exercice gradué fixe en cas de malaise post-effort dans l'EM/SFC ; l'OMS suggère des techniques de conservation de l'énergie pour le Covid long. Parlez du pacing à votre professionnel de santé.
Comment savoir si j'ai dépassé mon seuil d'effort ?
Les signaux apparaissent souvent 12 à 72h après l'effort : fatigue disproportionnée, brouillard mental accru, douleurs musculaires, hypersensibilité sensorielle. Un journal quotidien notant énergie et activités permet d'identifier les déclencheurs et de calibrer son enveloppe.
Le pacing fonctionne-t-il dans le Covid long ?
Une étude du CHU d'Angers (Ghali et al., 2023) montre une association entre forte adhésion au pacing et retour au travail (60%, contre 5,5% pour une faible adhésion) dans une cohorte rétrospective non randomisée : ce résultat ne démontre pas de lien causal. NICE recommande la gestion de l'énergie dans l'EM/SFC et l'OMS suggère des techniques de conservation de l'énergie pour le Covid long. Une autre étude non contrôlée (Parker et al., 2023) a observé une réduction des épisodes de malaise post-effort en 6 semaines de pacing structuré, mais un essai randomisé plus récent n'a pas confirmé de supériorité d'un outil numérique de pacing sur les soins usuels.

🧭 Suivre votre énergie pour calibrer le pacing

Boussole vous permet de noter chaque jour votre énergie et votre confort sur 10. En suivant ces données sur 30 jours, il devient possible d'identifier vos schémas de crash, votre seuil personnel d'activité tolérable, et les corrélations entre type d'effort et intensité du rebond.

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Sources

  1. Maes M, Twisk FN. Chronic fatigue syndrome: biopsychosocial model vs bio(psychosocial). BMC Medicine, 2010. Maes et al., 2010 : PubMed PMID 20550693
  2. An Y et al. Prevalence and measurement of post-exertional malaise in post-acute COVID-19 syndrome: a systematic review and meta-analysis. Gen Hosp Psychiatry, 2024. An et al., 2024 : PubMed PMID 39490027
  3. Tomas C, Newton J. Metabolic abnormalities in CFS/ME : a mini-review. Biochem Soc Trans, 2018 ; 46(3) : 547-553. Tomas et al., 2018 : PubMed PMID 29666214
  4. Gattoni C et al. Two-day cardiopulmonary exercise testing in long COVID post-exertional malaise diagnosis. Respir Physiol Neurobiol, 2025. Gattoni et al., 2025 : PubMed PMID 39490617
  5. Dani M et al. Autonomic dysfunction in long COVID. Clinical Medicine, 2021. Dani et al., 2021 : PubMed PMID 33243837
  6. Sanal-Hayes NEM et al. A scoping review of 'Pacing' for management of ME/CFS: lessons learned for the long COVID pandemic. J Transl Med, 2023. Sanal-Hayes et al., 2023 : PubMed PMID 37838675
  7. Vermeulen RC et al. Patients with CFS performed worse than controls in a repeated exercise study. J Translational Medicine, 2010. Vermeulen et al., 2010 : PubMed PMID 20937116
  8. NICE. Myalgic encephalomyelitis (or encephalopathy)/chronic fatigue syndrome: diagnosis and management. NICE Guideline NG206, 2021. nice.org.uk/guidance/ng206
  9. Ghali A et al. The relevance of pacing strategies in managing symptoms of post-COVID-19 syndrome. J Transl Med, 2023. Ghali et al., 2023 : PubMed PMID 37291581
  10. Parker M et al. Effect of using a structured pacing protocol on post-exertional symptom exacerbation and health status in a longitudinal cohort with the post-COVID-19 syndrome. J Med Virol, 2023. Parker et al., 2023 : PubMed PMID 36461167
  11. Clague-Baker N et al. An international survey of experiences and attitudes towards pacing using a heart rate monitor for people with ME/CFS. Work, 2023. Clague-Baker et al., 2023 : PubMed PMID 36938766
  12. Meach R et al. An Adaptive Pacing Intervention for Adults Living With Long COVID: A Narrative Study of Patient Experiences of Using the PaceMe app. J Patient Exp, 2024. Meach et al., 2024 : PubMed PMID 39529893
  13. Hoffmann K et al. Interdisciplinary D-A-CH consensus statement concerning the diagnostic and treatment of ME/CFS. Wien Klin Wochenschr, 2024. Hoffmann et al., 2024 : PubMed PMID 38743348
  14. Vink M, Partyka-Vink K. The PACE Trial's GET Manual for Therapists Exposes the Fixed Incremental Nature of Graded Exercise Therapy for ME/CFS. Life, 2025. Vink et al., 2025 : PubMed PMID 40283139
  15. Faghy MA et al. Attenuating post-exertional malaise in ME/CFS and long-COVID: Is blood lactate monitoring the answer? Curr Probl Cardiol, 2024. Faghy et al., 2024 : PubMed PMID 38561114
  16. Oliveira CR et al. Improvement of Long COVID symptoms over one year. Front Med (Lausanne), 2023;9:1065620. Oliveira et al., 2023 : PubMed PMID 36698810
  17. Sanal-Hayes NEM et al. A digital platform with activity tracking for energy management support in long COVID: a randomised controlled trial. Nat Commun, 2026;17:945. Sanal-Hayes et al., 2026 : PubMed PMID 41629267
  18. Sanal-Hayes NEM et al. Pacing and energy management with digital tools for conditions with chronic fatigue: What we know so far in ME/CFS and Long COVID. PLOS Digit Health, 2026;5(7):e0001586. Sanal-Hayes et al., 2026 : PubMed PMID 42507687
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