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Comment nourrir son microbiote quand on vit avec un Covid long ou une fatigue chronique

Illustration des fibres fermentescibles nourrissant les bactéries productrices de butyrate dans l'intestin

L'article en 1 minute

Aucun bilan de routine ne mesure votre microbiote. Un appauvrissement en producteurs de butyrate est documenté après le Covid, mais entre « manger des probiotiques » et vraiment nourrir ces bactéries, la distance est réelle.

Fait établi : une revue systématique de 27 études documente une réduction persistante de la diversité bactérienne et des producteurs de butyrate après une infection à SARS-CoV-2. Les fibres fermentescibles sont leur substrat préférentiel.

Un apport ciblé en fibres pourrait restaurer une partie de cette fonction, ce qui reste cohérent avec la biologie connue, mais l'effet prend du temps : plusieurs semaines pour des modifications mesurables du microbiote, davantage pour juger d'un effet sur les ressentis.

En cas de SIBO, d'activation mastocytaire (MCAS) ou de sensibilité à l'histamine (fréquences réelles mal établies dans le Covid long), augmenter les fibres peut aggraver ballonnements, douleur et fatigue : la tolérance individuelle prime sur la règle générale.

À retenir : nourrir son microbiote passe d'abord par l'alimentation adaptée à sa tolérance, pas par un complément isolé ; en cas de SIBO suspecté ou de réactions marquées, l'ajustement se fait avec un professionnel de santé.

📖 Termes de référence
  • Dysbiose = Gut dysbiosis : déséquilibre du microbiote, perte de diversité ou bascule vers des taxons pro-inflammatoires. Pas une infection.
  • Butyrate = Butyrate : acide gras à chaîne courte (SCFA), produit principalement par fermentation bactérienne des fibres. Énergie principale des cellules de la muqueuse colique.
  • Fibres fermentescibles = Fermentable fibers : fibres non digestibles utilisées comme substrat par les bactéries du côlon (inuline, GOS, FOS, amidon résistant, pectines).
  • SIBO = Small Intestinal Bacterial Overgrowth : prolifération bactérienne dans l'intestin grêle. Certaines fibres peuvent aggraver les ressentis.
  • MCAS = Syndrome d'activation mastocytaire : activation excessive des mastocytes, souvent associé au Covid long. Certains aliments riches en fibres peuvent déclencher des ressentis.
  • SCFA = Short Chain Fatty Acids : acides gras à chaîne courte : butyrate, propionate, acétate. Principaux postbiotiques de fermentation.

Introduction Après une infection à SARS-CoV-2, le microbiote intestinal reste profondément remanié chez une partie des personnes qui développent un Covid long, et cette dysbiose persistante contribue vraisemblablement aux ressentis qui s'installent. Mais entre « manger des probiotiques » et nourrir vraiment les bonnes bactéries, il y a une distance que peu d'articles expliquent. Celui-ci fait la distinction, pointe ce qui est documenté, et dit clairement ce qu'il reste à confirmer.

Pourquoi le microbiote post-COVID est appauvri en producteurs de butyrate

🟢 Niveau de preuve : solide (observationnel)

Des altérations du microbiote sont documentées après une infection par le SARS-CoV-2. Une revue systématique de 27 études publiée dans le Journal of Digestive Diseases en 2023 a documenté une réduction persistante de la diversité bactérienne et une baisse des bactéries SCFA-productrices — Faecalibacterium, Ruminococcus, Bifidobacterium — chez les personnes ayant eu le COVID-19. Cette signature ne se normalisait pas à distance de l'infection aiguë.[1] PMID 37265376 Certaines de ces altérations sont également retrouvées dans des cohortes présentant des symptômes persistants, mais leur spécificité pour le Covid long et leur rôle causal restent à établir.

La bonne forme, le bon moment et la bonne personne comptent souvent autant que le nutriment lui-même.

Plusieurs mécanismes peuvent expliquer cet appauvrissement :

  • ① Inflammation directe : SARS-CoV-2 infecte les entérocytes via ACE2, perturbant la flore locale dès la phase aiguë.
  • ② Antibiothérapie : souvent prescrite en phase aiguë, elle détruit les producteurs de butyrate particulièrement sensibles aux antibiotiques à large spectre.
  • ③ Stress oxydatif prolongé : il appauvrit les bactéries anaérobies strictes comme Faecalibacterium prausnitzii, qui ne tolèrent pas l'oxygène.

Une étude longitudinale sur des adolescents et jeunes adultes (n=145, LoTECA) a montré qu'une faible abondance de Faecalibacterium prausnitzii au stade convalescent était associée à la persistance de la fatigue à 6 mois (p=0,013).[2] PMID 39599506 Ce résultat est associatif et ne signifie pas que F. prausnitzii est systématiquement diminué après infection : dans cette même cohorte, son abondance initiale était même plus élevée chez les participants SARS-CoV-2 positifs que chez les témoins négatifs.

Trois mécanismes d'appauvrissement du microbiote post-COVID Diagramme montrant les trois voies d'appauvrissement du microbiote après le Covid : infection directe via ACE2, antibiothérapie, et stress oxydatif prolongé, convergeant vers la déplétion des producteurs de butyrate. ① Infection via ACE2 Entérocytes infectés → flore locale perturbée ② Antibiothérapie Destruction large spectre → bactéries butyrate sensibles ③ Stress oxydatif Anaérobies stricts → F. prausnitzii appauvrie Déplétion des producteurs Faecalibacterium · Roseburia · Bifidobacterium Trois voies d'appauvrissement convergent vers la même déplétion

Trois mécanismes distincts aboutissent à la même déplétion des bactéries productrices de butyrate dans le Covid long.

Qui sont les producteurs de butyrate ?

🟢 Niveau de preuve : mécanistique bien établi

Les trois grands producteurs de butyrate appauvris dans le Covid long partagent un point commun : ce sont des anaérobies obligatoires qui ne survivent pas en dehors du côlon. On ne peut pas les « avaler » directement sous forme de capsule et espérer les voir s'implanter durablement. Ce qui les nourrit, ce sont leurs substrats préférés : les fibres fermentescibles.

Un soutien utile commence par la bonne question : quel besoin réel cherche-t-on à corriger ?

① Faecalibacterium prausnitzii est le plus abondant chez les personnes en bonne santé, représentant jusqu'à 5 à 15% de la flore fécale adulte. Anaérobie strict, il produit butyrate et propionate. Il est connu pour ses propriétés anti-inflammatoires directes (réduction de l'IL-6, augmentation de l'IL-10). Sa baisse est un marqueur de dysbiose dans la maladie de Crohn, la dépression et le Covid long.

② Roseburia intestinalis est un producteur majeur de butyrate dans le côlon proximal. Il utilise préférentiellement l'amidon résistant et les fructo-oligosaccharides. Souvent déplété dans les maladies chroniques, il est particulièrement sensible aux variations alimentaires.

③ Bifidobacterium (longum, adolescentis, bifidum) n'est pas un producteur majeur de butyrate au sens strict : il produit surtout de l'acétate et du lactate, que d'autres bactéries butyrogènes peuvent ensuite utiliser par cross-feeding [9]. Il participe donc indirectement à l'écosystème producteur de butyrate. Bifidobacterium longum est l'une des trois souches de SIM01, le symbiotique évalué dans l'essai randomisé RECOVERY.[3] PMID 38071990 Pour les données cliniques sur SIM01, voir l'article dédié à l'essai RECOVERY.

À noter : la colonisation par Bifidobacterium dépend en partie du statut sécréteur FUT2. Les non-sécréteurs (≈20 % de la population) présentent structurellement moins de Bifidobacterium, indépendamment de l'alimentation.

Les trois producteurs de butyrate et leurs substrats préférés Schéma montrant Faecalibacterium prausnitzii, Roseburia intestinalis et Bifidobacterium avec leurs substrats préférés (inuline/FOS, amidon résistant, GOS/pectines) et leurs effets communs via le butyrate : renforcement des jonctions serrées, réduction de l'inflammation. F. prausnitzii Substrat : Inuline / FOS Effets : ↓ IL-6 · ↑ IL-10 5–15% de la flore saine Marqueur de dysbiose Crohn · Covid long · dépression Roseburia intestinalis Substrat : Amidon résistant Côlon proximal Producteur majeur butyrate Sensible aux variations alimentaires Bifidobacterium (longum · adolescentis · bifidum) Substrat : GOS · Pectines Voie croisée butyrate Jonctions serrées Inclus dans SIM01 Butyrate → GPR109A Jonctions serrées · Barrière · ↓ Inflammation Trois producteurs distincts, un même postbiotique clé

Les trois producteurs de butyrate appauvris dans le Covid long ont des substrats préférés différents : ce qui oriente le choix des fibres alimentaires selon la dysbiose.

Ce que vous ne pouvez pas voir sans suivi

L'effet des changements alimentaires sur votre énergie, votre confort digestif et votre clarté mentale n'est pas linéaire. Boussole vous permet de tracer ces trois axes au quotidien pour identifier les semaines où l'enrichissement en fibres produit un effet visible, et celles où la tolérance digestive pose une limite.

Commencer le suivi

Les fibres fermentescibles : mécanisme et tableau pratique

🟠 Niveau de preuve : associatif (interventions humaines limitées sur Covid long spécifiquement)

Les fibres fermentescibles sont les substrats préférentiels des producteurs de butyrate. Non digestibles par les enzymes humaines, elles parviennent intactes au côlon où les bactéries les fermentent. Le résultat : production de butyrate, propionate et acétate : les trois SCFA essentiels à la santé de la barrière intestinale et à la régulation de l'inflammation systémique.[4] PMID 28164854

L'amidon résistant peut constituer une première option pour beaucoup de personnes : substrat de Roseburia, présent dans des aliments courants, mais la tolérance reste individuelle.
Fibre Bactéries ciblées Sources alimentaires Tolérance initiale
Inuline / FOS Bifidobacterium spp., F. prausnitzii Topinambour, chicorée, ail, oignon, asperge Modérée : flatulences possibles
GOS (galacto-oligosaccharides) Bifidobacterium spp. Lentilles, pois chiches, laits fermentés enrichis Bonne
Amidon résistant (RS2/RS3) Roseburia intestinalis, F. prausnitzii Pomme de terre refroidie, riz refroidi, banane verte Très bonne
Pectines Bifidobacterium spp. Pomme avec peau, poire, agrumes Bonne
Bêta-glucanes F. prausnitzii, Bifidobacterium Avoine, orge Bonne
Objectif pratique : augmenter progressivement les fibres selon la tolérance

Les repères de 25 à 30 g de fibres totales par jour, dont une part fermentescible, sont des ordres de grandeur nutritionnels généraux, pas un protocole validé spécifiquement pour le Covid long. Depuis un régime pauvre en fibres, mieux vaut augmenter par paliers progressifs, en modifiant un paramètre à la fois selon la tolérance digestive.

L'amidon résistant (pomme de terre froide, riz refroidi) peut constituer une première option chez certaines personnes, avant d'introduire inuline et FOS si la tolérance est bonne et en l'absence de SIBO documenté ; il n'existe pas de fibre universellement mieux tolérée dans le Covid long.

La tolérance en contexte SIBO, SII, histamine et MCAS

🟠 Niveau de preuve : clinique / précaution fondée

C'est la section la plus importante pour cette audience spécifique. Le Covid long est fréquemment associé à des conditions qui modifient radicalement la tolérance aux fibres fermentescibles. Ignorer ces comorbidités peut aggraver les ressentis au lieu de les améliorer.

Un complément n’est pertinent que s’il répond à un manque, un terrain ou une contrainte clairement identifiés.

① En présence de SIBO : un SIBO peut coexister avec des symptômes post-Covid, notamment chez les personnes présentant des troubles digestifs, mais sa fréquence réelle dans le Covid long reste mal établie ; une grande étude rétrospective post-Covid montre un risque relatif accru de diagnostic de SIBO, sans permettre d'en déduire une prévalence générale [7].

Quand il est présent, les fibres fermentescibles sont fermentées trop haut dans le tractus digestif (intestin grêle plutôt que côlon), ce qui peut aggraver les ballonnements, la douleur et parfois la fatigue. En cas de ballonnements marqués, douleur, diarrhée ou intolérance nette à l'augmentation des fibres, une évaluation clinique peut être pertinente.

L'amidon résistant atteint le côlon avant d'être dégradé, ce qui peut le rendre mieux toléré dans ce contexte, sans que ce soit une règle universelle.

② En présence de syndrome de l'intestin irritable post-infectieux : éviter les fibres à haute teneur en FODMAP (FOS, inuline à forte dose). Préférer les pectines et bêta-glucanes, dont la fermentation est plus lente et moins productrice de gaz à court terme. À noter : une partie de la « sensibilité au gluten » autodéclarée pourrait en réalité être une sensibilité aux fructanes (FODMAP) ou aux ATI du blé.

③ En présence de MCAS ou d'intolérance à l'histamine : la prévalence réelle du MCAS dans le Covid long reste incertaine, les données étant contradictoires selon les études et les critères utilisés [10].

  • Les légumineuses (source de GOS) peuvent libérer de l'histamine chez certaines personnes : tester en petites quantités avant d'augmenter.
  • Le topinambour, l'ail, l'oignon (sources d'inuline) sont généralement bien tolérés sur ce plan.
  • Les aliments fermentés (yaourt, kéfir, kombucha, kimchi) sont riches en histamine : à éviter ou limiter si MCAS actif, même s'ils apportent par ailleurs des bactéries vivantes.
  • Pour la tolérance aux produits laitiers spécifiquement (lactose, protéines, IGF-1, histamine), voir Produits laitiers et maladies post-infectieuses.
⚠️ Ne jamais augmenter brutalement les fibres fermentescibles

La règle des 3 à 4 semaines de montée progressive s'applique à tous, mais plus encore en contexte de Covid long avec SIBO ou MCAS. En cas de doute sur la présence d'un SIBO (ballonnements importants, douleurs abdominales après les repas, alternance transit), une évaluation par un professionnel de santé avant de modifier l'alimentation est fortement recommandée.

Ce que l'alimentation peut et ne peut pas faire

🔴 Niveau de preuve : mise en garde épistémique

L'alimentation peut nourrir les producteurs de butyrate encore présents dans votre flore : c'est son rôle, et ce rôle est réel. Mais ses limites sont aussi importantes à comprendre que ses effets.

La nutrition soutient mieux quand elle part du terrain réel plutôt que d’une promesse générale.

Ce que l'alimentation peut faire :

  • Nourrir sélectivement les producteurs de butyrate déjà présents dans la flore
  • Maintenir leur population à un niveau fonctionnel
  • Réduire l'inflammation de bas grade associée à la perméabilité intestinale
  • Modifier certains métabolites et voies impliqués dans l'axe intestin-cerveau[5] PMID 34524405[6] PMID 40081693 ; la traduction en bénéfice cognitif dans le Covid long n'est pas démontrée

Ce que l'alimentation ne peut pas faire :

  • Décider d'une supplémentation ciblée sur la seule base d'un résultat de PCR quantitative montrant Faecalibacterium prausnitzii "indétectable" (l'utilité clinique de cette démarche n'est pas établie [8])
  • Remplacer une approche de fond en cas de MICI active
  • Corriger une dysautonomie, une activation immunitaire ou une persistance virale
  • Reproduire l'effet d'un symbiotique ciblé comme SIM01, dont la formulation spécifique vise précisément les bactéries appauvries dans le Covid long
Chaîne causale : fibres fermentescibles vers les effets sur la barrière intestinale Diagramme en cascade montrant la progression des fibres fermentescibles vers la fermentation bactérienne, la production de butyrate, le renforcement des jonctions serrées, et la réduction de l'inflammation systémique. Fibres fermentescibles Fermentation bactérienne Butyrate SCFA Jonctions serrées renforcées ↓ Inflammation systémique Chaîne causale : valide si les bactéries productrices sont encore présentes

Cette chaîne fonctionne uniquement si les bactéries productrices sont encore présentes dans la flore. Si elles ont disparu, les fibres n'ont plus de cible.

Quand envisager un complément ciblé ?

🟠 Niveau de preuve : données préliminaires : à nuancer

Trois situations où aller au-delà de l'alimentation seule mérite d'être discuté avec un professionnel de santé :

Un complément n’est pertinent que s’il répond à un manque, un terrain ou une contrainte clairement identifiés ici.

① Résultat de microbiote signalant une faible abondance de bactéries clés : les tests commerciaux du microbiote peuvent fournir une photographie descriptive de certaines bactéries fécales, mais leur capacité à guider une supplémentation individualisée n'est pas établie : un consensus international souligne que les preuves soutenant l'utilité clinique de ces tests restent rares [8]. Une abondance faible ou un résultat "indétectable" ne suffit donc pas à conclure qu'une espèce doit être reconstituée ni à choisir un probiotique.

② Absence de réponse après 8 à 12 semaines d'alimentation enrichie en fibres : si les ressentis digestifs ne s'améliorent pas et que l'apport en fibres fermentescibles a été correctement augmenté, envisager une évaluation plus approfondie (bilan microbiote, dépistage SIBO) avec un professionnel de santé spécialisé.

③ Perméabilité intestinale objectivée : des formulations orales de butyrate, notamment microencapsulées à libération colique, ont été étudiées dans certaines pathologies digestives. Leur intérêt, leur dose et les critères permettant de sélectionner des patients atteints de Covid long ne sont pas établis à ce jour ; il n'existe pas de stratégie clinique standardisée de "perméabilité intestinale objectivée" validée pour guider ce choix dans ce contexte.

Pour les données cliniques sur la supplémentation en butyrate directement, voir la fiche NutriFact Butyrate.

👁️ L'œil du Docteur en pharmacie

Un probiotique ne reconstitue pas la flore. Il apporte des bactéries vivantes qui transitent, et pour certaines souches seulement, modulent temporairement l'environnement local. Sans les fibres pour les nourrir et sans correction des facteurs qui ont causé la dysbiose (alimentation ultra-transformée, stress chronique, antibiotiques répétés), les bactéries apportées de l'extérieur ne s'implantent pas durablement.

L'alimentation et le probiotique se potentialisent. Aucun des deux n'est suffisant seul, et ni l'un ni l'autre ne peut remplacer une prise en charge globale si la dysbiose est sévère. La séquence logique : d'abord enrichir les fibres, observer la tolérance, puis discuter une supplémentation ciblée si l'effet est insuffisant.

App Boussole : suivre sa tolérance

🟢 Outil de suivi personnalisé

L'effet de l'alimentation sur le microbiote ne se ressent pas en quelques jours. Les études d'intervention sur des sujets sains montrent des modifications mesurables du microbiote en 2 à 4 semaines d'apport en fibres enrichi. En contexte de Covid long avec dysbiose profonde, le délai peut être plus long et l'effet partiel.

Un soutien utile commence par une question simple : quel besoin réel cherche-t-on à corriger ?

Mais l'effet subjectif — confort digestif, clarté mentale, niveau d'énergie — peut lui aussi varier de manière non linéaire. Certaines semaines, l'augmentation des fibres améliore le transit et l'énergie. D'autres semaines, si la tolérance digestive est dépassée, elle aggrave les ballonnements et amplifie la fatigue.

🎯 Ce que vous pouvez tester cette semaine

① Ajouter de l'amidon résistant. Préparez riz ou pommes de terre la veille, conservez-les au frais et consommez-les froids ou réchauffés. Le refroidissement favorise la formation d'amidon résistant (RS3) ; un réchauffage peut en réduire une partie, avec un effet très variable selon l'aliment et le mode de préparation : il n'existe pas de seuil universel de température qui préserve tout l'amidon résistant [11]. Certaines personnes tolèrent mieux cette fibre pour commencer, sans que ce soit une règle universelle.

② Notez vos ressentis pendant 2 semaines. Énergie, confort abdominal, clarté mentale après le repas. Un suivi structuré aide à repérer la tolérance, les tendances et les associations temporelles avec un changement alimentaire ; il ne suffit pas, à lui seul, à prouver que ce changement est la cause d'une amélioration ou d'une aggravation.

③ En cas de ballonnements importants ou de douleurs, consultez avant d'aller plus loin. Un SIBO non diagnostiqué rend l'enrichissement en fibres contre-productif. Un professionnel de santé peut vous orienter vers un test respiratoire ou une analyse microbiote.

🧩 Ce que l'on sait, et ce que l'on ne sait pas encore

Ce que cet article documente : la dysbiose post-COVID est documentée par des données observationnelles solides (27 études, cohortes longitudinales). Les fibres fermentescibles nourrissent sélectivement les producteurs de butyrate : mécanisme établi en microbiologie humaine. La chaîne butyrate, jonctions serrées, réduction de l'inflammation est bien caractérisée.

Ce qui reste incertain : si la correction de la dysbiose par l'alimentation seule améliore les ressentis du Covid long spécifiquement : aucun essai randomisé n'a testé cette hypothèse dans cette population. Quelle dose de fibres, quelle durée, quel type, pour quel profil de dysbiose ? Les données d'intervention sont quasi absentes dans le Covid long spécifiquement. Les données disponibles sont mécanistiques et associatives.

Ce qu'il faut retenir

Le microbiote appauvri après un Covid long ne se restaure pas par une gélule de lactobacilles et quelques yaourts. Une voie biologiquement plausible relie les fibres fermentescibles, les communautés bactériennes qui les métabolisent (Faecalibacterium, Roseburia, Bifidobacterium parmi d'autres) et la production d'acides gras à chaîne courte comme le butyrate ; cette voie est bien décrite en physiologie intestinale, mais son importance causale dans les symptômes du Covid long et l'effet clinique d'une intervention alimentaire restent à préciser. L'alimentation peut nourrir les bactéries qui restent.

Les essais SIM01 et VSL#3 suggèrent qu'une modulation ciblée du microbiote peut avoir un intérêt clinique, mais ces résultats concernent des formulations précises et ne valident ni tous les probiotiques ni toutes les stratégies alimentaires.

La contrainte principale de cette audience : la pullulation bactérienne de l'intestin grêle (SIBO) et le syndrome d'activation mastocytaire (MCAS), fréquents dans le Covid long, modifient radicalement la tolérance aux fibres fermentescibles. Enrichir l'alimentation sans évaluer ces comorbidités peut aggraver les ressentis. La montée progressive, l'amidon résistant en premier, et l'accompagnement d'un professionnel de santé formé à ces questions restent les règles incontournables.

Nourrir ce qui reste. Reconstituer ce qui a disparu. Distinguer l'un de l'autre.
À retenir en pratique

Avant d'augmenter les fibres, évaluez votre tolérance : ballonnements, douleurs, diarrhée, constipation, réactions histaminiques, suspicion de SIBO ou MCAS. Dans ce contexte, "nourrir le microbiote" doit commencer bas, lentement, et avec un seul changement à la fois.

Privilégiez d'abord les aliments et doses que vous supportez réellement, puis notez transit, énergie, sommeil, brouillard mental et PEM. Les probiotiques ou symbiotiques ciblés se discutent différemment d'une stratégie alimentaire progressive, surtout si des espèces productrices de butyrate semblent appauvries.

Questions fréquentes

Faut-il mesurer son microbiote avant de changer son alimentation ?
Non si l'objectif est d'enrichir progressivement en fibres fermentescibles : cette approche est sans risque pour la grande majorité des personnes sans SIBO ni MICI. Les analyses commerciales du microbiote par PCR quantitative peuvent décrire certaines abondances bactériennes, mais leur utilité clinique pour choisir un probiotique ou décider quelles espèces "reconstituer" n'est pas établie : un résultat faible ou indétectable ne doit pas, à lui seul, guider une supplémentation.
Les aliments fermentés comme le kéfir ou le kimchi suffisent-ils ?
Les aliments fermentés apportent des bactéries vivantes qui peuvent moduler temporairement l'environnement intestinal. Mais ce ne sont pas les mêmes que les producteurs de butyrate appauvris dans le Covid long : Faecalibacterium et Roseburia ne survivent pas en dehors du côlon et ne se trouvent pas dans les aliments fermentés du commerce. Les aliments fermentés sont un complément intéressant mais ne remplacent pas les fibres fermentescibles. De plus, en présence de MCAS actif, les aliments fermentés riches en histamine peuvent aggraver les ressentis.
Combien de temps faut-il pour observer un effet sur la flore ?
Des études d'intervention sur des sujets sains montrent des modifications mesurables du microbiote en 2 à 4 semaines d'apport en fibres enrichi. Chez les personnes atteintes de Covid long avec dysbiose profonde, le délai peut être plus long et l'effet plus partiel. Une durée de 8 à 12 semaines est généralement nécessaire pour évaluer l'impact. C'est pourquoi un suivi structuré des ressentis (énergie, confort digestif, clarté mentale) sur cette durée est utile pour interpréter les changements.
SIM01 est-il disponible en France ?
Non. SIM01 est une formulation propriétaire développée à Hong Kong, commercialisée en Asie. Il n'existe pas d'équivalent strict autorisé en France à ce jour. Pour le détail des données cliniques de l'essai RECOVERY, voir notre article dédié à SIM01.

Vous souhaitez suivre l'effet de vos changements alimentaires sur votre énergie, votre confort digestif et votre clarté mentale ?

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Sources scientifiques

  1. Simadibrata et al. 2023, J Dig Dis. Systematic review of 27 studies on gut microbiota alterations in COVID-19 and post-COVID. Simadibrata et al., 2023 : PubMed PMID 37265376. DOI: 10.1111/1751-2980.13195
  2. Olbjørn et al. 2024, Pathogens. LoTECA cohort (n=145) : Longitudinal Fecal Microbiota Profiles in A Cohort of Non-Hospitalized Adolescents and Young Adults with COVID-19: Associations with SARS-CoV-2 Status and Long-Term Fatigue. Olbjørn et al., 2024 : PubMed PMID 39599506. DOI: 10.3390/pathogens13110953
  3. Lau RI et al. 2024, Lancet Infect Dis. A synbiotic preparation (SIM01) for post-acute COVID-19 syndrome in Hong Kong (RECOVERY): a randomised, double-blind, placebo-controlled trial (n=463). Lau et al., 2024 : PubMed PMID 38071990. DOI: 10.1016/S1473-3099(23)00685-0
  4. Dinan & Cryan 2017, Gastroenterol Clin North Am, 46(1):77-89. The Microbiome-Gut-Brain Axis in Health and Disease. Dinan & Cryan, 2017 : PubMed PMID 28164854. DOI: 10.1016/j.gtc.2016.09.007
  5. Nikolova et al. 2021, JAMA Psychiatry. Perturbations in Gut Microbiota Composition in Psychiatric Disorders: A Review and Meta-analysis (59 études cas-témoins, dont 34 en méta-analyse de diversité alpha) : appauvrissement de Faecalibacterium, Ruminococcus, Bifidobacterium documenté. Soutient le lien axe gut-brain / aspects cognitifs et humeur. Nikolova et al., 2021 : PubMed PMID 34524405. DOI: 10.1001/jamapsychiatry.2021.2573
  6. Karim A et al. 2025, Int J Biol Macromol. Butyrate (short-chain fatty acid) alleviates lipopolysaccharide-binding proteins and improves physical function in knee osteoarthritis patients. Karim et al., 2025 : PubMed PMID 40081693. DOI: 10.1016/j.ijbiomac.2025.142017
  7. Song et al. 2025, Diseases. Progressive Increase in Small Intestinal Bacterial Overgrowth Risk Following COVID-19 Infection: A Global Population-Based Study. Song et al., 2025 : PubMed PMID 41002711
  8. Porcari S et al. 2024, Lancet Gastroenterol Hepatol. International consensus statement on microbiome testing in clinical practice. Porcari et al., 2024 : PubMed PMID 39647502
  9. Moens F et al. 2016, Int J Food Microbiol. Lactate- and acetate-based cross-feeding interactions between selected strains of lactobacilli, bifidobacteria and colon bacteria in the presence of inulin-type fructans. Moens et al., 2016 : PubMed PMID 27810444
  10. Lenning OB et al. 2024, Scand J Immunol. No signs of mast cell involvement in long-COVID: A case-control study. Lenning et al., 2024 : PubMed PMID 39285602
  11. SPUD Project, 2021. Resistant Starch Production and Glucose Release from Pre-Prepared Chilled Food. PMCID PMC7984060