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Polymorphismes génétiques et Covid long : ce que les GWAS nous disent vraiment

Représentation schématique des variants génétiques et voies immunitaires impliqués dans le Covid long

L'article en 1 minute

Aucun test génétique de routine ne prédit « votre risque de Covid long ». myBoussole en parle parce que les études d'association pangénomique (GWAS) ont cartographié des dizaines de gènes candidats, avec des niveaux de preuve très inégaux.

Fait établi : le locus FOXP4 est le signal peer-reviewed le mieux étayé à ce jour (Lammi et al., Nature Genetics 2025, lead variant rs9367106, répliqué indépendamment). La région HLA reste un signal convergent sur plusieurs cohortes, mais sa principale GWAS (23andMe, environ 54 000 cas) demeure un préprint non publié après relecture par les pairs.

D'autres loci (ABO, LZTFL1) montrent des associations modérées mais hétérogènes, en partie confondues avec la sévérité de l'infection aiguë. Une revue de portée (Giacinti et al., 2024, 18 études, 36 gènes) recense ces candidats sans en constituer une réplication indépendante.

Des associations comme MTHFR, IFNG ou NADSYN1 reposent sur une seule étude cas-témoins modeste (Udomsinprasert et al., 49 cas de Covid long sur 260 personnes, 37 SNP testés), sans réplication publiée ; l'une d'elles contredit même le mécanisme biologique classiquement invoqué pour ce gène.

À retenir : aucun variant identifié à ce jour ne permet de prédire individuellement le risque de Covid long ; les hypothèses sur la dysautonomie ou les mastocytes (COMT, MAOA, HNMT, DAO) restent spéculatives, sans données génétiques directes publiées.

📖 Glossaire : termes clés de cet article
  • GWAS (Genome-Wide Association Study) : étude d'association pangénomique : analyse simultanée de millions de variants génétiques pour identifier ceux associés à un trait ou une maladie.
  • SNP (Single Nucleotide Polymorphism) : polymorphisme nucléotidique simple : variation d'une seule base dans la séquence d'ADN, la forme la plus courante de variation génétique interindividuelle.
  • Locus (pl. loci) : position précise sur un chromosome. Un locus GWAS désigne une région chromosomique où plusieurs SNP sont associés au phénotype étudié.
  • HLA (Human Leukocyte Antigen) : système de molécules de surface cellulaire codées sur le chromosome 6, responsables de la présentation des antigènes aux lymphocytes T. Fortement polymorphique.
  • PASC (Post-Acute Sequelae of SARS-CoV-2) : dénomination clinique du Covid long : persistance ou apparition de symptômes ≥ 4 semaines après l'infection aiguë.
  • TWAS (Transcriptome-Wide Association Study) : extension des GWAS intégrant les données d'expression génique pour identifier les gènes dont l'expression médiatise l'association avec le phénotype.
  • Randomisation mendélienne : méthode épidémiologique utilisant les variants génétiques comme instruments pour tester la causalité entre une exposition et un résultat, en limitant les biais de confusion.
  • HGI (COVID-19 Host Genetics Initiative) : consortium international ayant coordonné plusieurs GWAS sur le Covid et le Covid long en méta-analysant des données de nombreuses cohortes.

Introduction Cinq ans après le début de la pandémie, plusieurs études d'association pangénomique (GWAS) ont cartographié les variants génétiques potentiellement liés à la Covid-19 et à ses séquelles[13][16] : avec des résultats plus nuancés qu'espéré. Le signal actuellement le plus robuste est FOXP4, seul locus confirmé au seuil génome-large et répliqué dans un GWAS publié : la région HLA reste un signal fort et convergent sur plusieurs cohortes, mais sa principale GWAS demeure à ce jour un préprint non publié.

Suivent d'autres loci immuno-inflammatoires (ABO, LZTFL1). Beaucoup d'associations candidates, ACE2, TMPRSS2, MTHFR, IFNG, reposent sur des cohortes de petite taille, non répliquées, confondues par la sévérité aiguë. Voici l'état réel des preuves, gène par gène, GWAS par GWAS.

La région HLA : un signal convergent, encore incomplètement validé

🟠 Fort signal convergent : cohortes ciblées publiées, GWAS principale toujours en préprint

La région HLA du chromosome 6 est une des zones du génome humain les plus régulièrement associées au Covid long dans les études indépendantes, mais son signal le plus large (23andMe) n'a pas encore été publié après relecture par les pairs. Trois niveaux d'évidence convergent, de solidité inégale : la GWAS 23andMe (≈ 54 000 cas, toujours en préprint), une analyse de priorisation par proxy (Cheng, 2026), et des cohortes HLA typées haute résolution, publiées mais de taille modeste.

La GWAS 23andMe de Chaudhary et al. (préprint medRxiv, non publié après relecture par les pairs à ce jour) identifie des loci significatifs dans la région HLA-DRB1–DQA1–DQB : molécules de classe II impliquées dans la présentation antigénique aux lymphocytes T CD4+.[1]

Précision importante sur Cheng (2026, désormais publié dans Frontiers in Systems Biology) : cette analyse de priorisation par proxy ne retrouve aucun signal génome-large propre sur HLA-DQA1 — son seul signal génome-large propre au Covid long est FOXP4 (rs12660421). Le variant HLA-DQA1 rs17219281 n'y apparaît que comme candidat importé des GWAS de sévérité aiguë (pas du Covid long), à proximité d'un autre variant, présenté par les auteurs eux-mêmes comme simplement « prometteur » — pas comme un signal confirmé.[2]

Région HLA et Covid long : associations génétiques Région HLA (chromosome 6) : associations avec le Covid long Chromosome 6 : Région HLA (6p21.3) HLA Classe I HLA-A · HLA-B · HLA-C HLA Classe II HLA-DRB1 · HLA-DQA1 · HLA-DQB HLA Classe III Compléments, TNF HLA-A*03 ⬇ Risque Covid long HLA-A*11 / C*07 ⬆ Risque Covid long HLA-DQA1 rs17219281 Candidat sévérité aiguë (Cheng) HLA-DRB1 / DQB 23andMe GWAS signal Sources : Chaudhary et al. 2024 (préprint) [1] · Cheng 2026 [2] · Pons-Fuster et al. 2025 [3] · Torki et al. 2024 [4] Mécanisme probable : présentation antigénique aux CD4+/CD8+ → mémoire immunitaire aberrante ou auto-immunité

Les études HLA haute résolution affinent le tableau. Pons-Fuster et al. (2025) montrent que HLA-A*03 confère une protection contre le Covid long, possiblement via une réponse immunitaire CD8+ plus efficace.[3] Torki et al. (2024) trouvent à l'inverse que HLA-A*11 et HLA-C*07 sont associés à un risque accru, indépendamment de la sévérité de l'épisode aigu : ce dernier point est méthodologiquement important car il suggère un mécanisme propre au PASC plutôt qu'un simple reflet de la gravité initiale.[4]

Une revue mondiale des variants HLA rapporte des associations globalement cohérentes avec la sévérité et la susceptibilité à la Covid-19, mais avec une hétérogénéité importante selon les populations et les protocoles de typage.[17]

💡 Ce que l'on peut raisonnablement inférer

La convergence HLA entre GWAS larges et cohortes ciblées suggère que la présentation antigénique — et donc la qualité de la réponse lymphocytaire spécifique au SARS-CoV-2 — module le risque de persistance. Plusieurs scénarios sont compatibles : réponse CD8+ insuffisante permettant une persistance virale, ou réponse CD4+ excessive favorisant une auto-immunité chronique. Ces deux mécanismes sont documentés dans le Covid long par d'autres angles (voir l'article sur les auto-anticorps).

Limite fondamentale : les associations HLA restent statistiques. Aucune étude n'a encore démontré la causalité fonctionnelle : c'est-à-dire montré que modifier la présentation HLA modifie le risque de Covid long chez l'humain. La revue de portée de Giacinti et al. (2024) synthétisant 18 études et 36 gènes retrouve HLA parmi les gènes les plus fréquemment rapportés, mais souligne l'hétérogénéité méthodologique qui limite les conclusions fermes.[5]

HLA est un signal convergent et probable, mais FOXP4 reste à ce jour le seul locus confirmé au seuil génome-large et répliqué dans un GWAS publié.
Votre profil immunitaire, visible dans le temps

Certains variants génétiques modulent la réponse immunitaire. Mais c'est votre trajectoire clinique — symptômes, réponses aux interventions, évolution dans le temps — qui permet de distinguer ce que la génétique seule ne peut pas expliquer.

Commencer le suivi

GWAS multi-ancestries : la vue d'ensemble génomique

🟠 Association documentée : architecture polygénique complexe, effets faibles

Trois grandes études épidémiologiques génomiques ont cartographié le Covid long avec des méthodes et des résultats partiellement divergents. Cette divergence est elle-même informative sur les biais méthodologiques intrinsèques à ce type de phénotype.

Comparaison GWAS Covid long : 23andMe, HGI, cohorte allemande Comparaison des principales GWAS Covid long (2020–2025) 23andMe (2024) HGI intégrative (2026) GWAS allemande (2025) N cas Design Loci significatifs Résultat principal Limite principale 42 899 cas EUR Questionnaires en ligne HLA-DQA1/DQB · ABO · BPTF Corrélations génétiques SFC · fibromyalgie · dépression Phénotype auto-déclaré 62 SNP potentiels (méta-analyse) Intégration multi-cohortes ACE2 · TMPRSS2 · FOXP4 DPP9 · HLA-DQA1 · ABO Recoupement sévérité aiguë et susceptibilité Covid long Confusion sévérité/PASC majeure n = 2 247 cas Cohorte populationnelle Aucun signal génome-large NEK6 · CHD6 · SLC7A2 (suggestifs) Architecture complexe, effets de très petite taille Puissance statistique insuffisante Sources : Chaudhary et al. 2024 (préprint) [1] · Cheng 2026 [2] · Ruß et al. 2025 [14]

La GWAS 23andMe (Chaudhary et al., 2024) est la plus large disponible en nombre de cas, mais reste à ce jour un préprint non publié en revue à comité de lecture ; son phénotype repose sur des auto-questionnaires en ligne, ce qui introduit un biais de sélection et de classification.[1]

Les analyses de randomisation mendélienne qu'elle contient sont informatives mais ne doivent pas être surinterprétées : cette méthode teste une direction causale compatible avec les données, elle ne la démontre pas de façon définitive. Le résultat va dans le sens d'une prédisposition génétique partagée entre syndrome de fatigue chronique (SFC), fibromyalgie, dépression et Covid long, plutôt que l'inverse : ce qui interroge la frontière entre susceptibilité constitutionnelle préexistante et mécanisme post-infectieux propre, sans trancher définitivement entre les deux.

La GWAS populationnelle allemande (Ruß et al., 2025, n=2 247) est instructive pour une autre raison : elle ne trouve aucun signal au seuil génome-large.[14] Des SNP suggestifs apparaissent près de gènes de répression virale (CHD6), d'activation macrophagique (SLC7A2) et de libération virale (ARHGAP44), mais sans atteindre la signification p < 5×10⁻⁸. Cette absence de signal ne réfute pas la composante génétique : elle illustre la puissance statistique insuffisante et les effets de petite taille de cette architecture polygénique complexe.

L'absence de signal génome-large dans la GWAS allemande ne signifie pas que la génétique ne joue pas de rôle : elle signifie que l'effet de chaque variant pris isolément est trop faible pour être détecté avec 2 247 cas.

Immunité innée : IFN-I, TLR7/IRF7 et IFNG

🔴 Exploratoire (IFNG), non répliqué : Spéculatif (TLR7/IRF7 pour le PASC)

La distinction entre génétique du Covid aigu sévère et génétique du Covid long est ici particulièrement importante : les variants TLR3/TLR7/IRF7 ont été identifiés dans la phase aiguë, mais aucune étude ne les associe spécifiquement au PASC.

Zhang et al. (2020) ont décrit des variants perte-de-fonction rares dans la voie TLR3/IRF7 chez des patients Covid aigu sévère.[6] Matuozzo et al. (2023) ont élargi cette observation à d'autres gènes de l'immunité IFN de type I.[7] Cependant, Povysil et al. (2021) ont montré que ces variants rares n'expliquent qu'une fraction minime de la sévérité du Covid dans des cohortes plus larges.[8] Surtout, aucune de ces études n'a pour objet le Covid long : l'extrapolation au PASC reste spéculative.

🟠 Piste explorée mais non démontrée pour le PASC : TLR7/IRF7

L'hypothèse est biologiquement cohérente : un défaut de réponse IFN-I initiale pourrait favoriser une persistance virale qui alimente le Covid long. Mais il n'existe pas, à ce jour, de GWAS ou d'étude cas-témoins ayant spécifiquement testé les variants TLR7/IRF7 chez des patients Covid long vs contrôles. La transposition depuis la sévérité aiguë est une extrapolation, pas une preuve.

Pour IFNG (interféron gamma), le signal reste exploratoire et non répliqué : une étude cas-témoins brésilienne (Da Silva et al., 2023, Viruses) a trouvé que le génotype IFNG AA est surreprésenté chez les patients Covid long (60 % vs témoins, p=0,033) et associé à une charge symptomatique plus élevée.[9]

La revue de portée de Giacinti et al. cite également IFNG parmi les gènes récurrents rapportés dans la littérature : mais une revue de portée recense des associations publiées, elle ne constitue pas une réplication indépendante.[5] Cette association repose donc, à ce stade, sur une seule cohorte de taille modeste, sans réplication indépendante publiée.

Entrée virale : ACE2 (récepteur) et TMPRSS2 (protéase)

🔴 Signal préliminaire : associations contradictoires entre études

ACE2 est le récepteur cellulaire du SARS-CoV-2 ; TMPRSS2 est la protéase qui active la protéine Spike et permet la fusion membranaire. Biologiquement, leurs variants pourraient moduler la charge virale initiale et donc influencer indirectement le risque de Covid long. Les données sont contradictoires.

Udomsinprasert et al. (2023), dans une cohorte cas-témoins de 260 personnes, trouvent que ACE2 rs2285666 T est associé à un risque accru de Covid long.[10] La même équipe note des associations avec LZTFL1 (voir section suivante). En revanche, Fernández-de-las-Peñas et al. (2022), dans une cohorte d'hospitalisés suivis 18 mois, ne trouvent aucun lien entre ACE2 rs2285666 ou rs2074192, ni entre TMPRSS2 rs12329760 ou rs2070788, et la présence de symptômes persistants.[11]

L'analyse intégrative HGI (Cheng, 2026) classe TMPRSS2 rs12329760 et ACE2 rs190509934 parmi les SNP Covid spécifiques pouvant contribuer au Covid long via la sévérité aiguë : ce qui constitue en réalité un biais de confusion et non une association directe avec le PASC.[2]

Mécanisme fonctionnel connu, association clinique non établie

ACE2 rs2285666 augmente l'expression tissulaire d'ACE2 (montré in vitro), mais cela concerne la phase d'entrée virale aiguë, pas les mécanismes de persistance. Les études fonctionnelles disponibles ne permettent pas de conclure à un mécanisme spécifique Covid long pour ces variants.

FOXP4 : le locus le plus robuste ; ABO et 3p21.31 (LZTFL1), signaux modérés

🟢 FOXP4 : GWAS publié et répliqué · ABO/LZTFL1 : association modérée, hétérogène

Ces trois loci ont été identifiés dans au moins deux sources indépendantes pour le Covid long ou la sévérité du Covid, mais leur niveau de preuve diffère nettement : FOXP4 dispose désormais d'une réplication GWAS publiée en revue à comité de lecture, tandis qu'ABO et LZTFL1 restent des signaux modérés et hétérogènes ; leur spécificité pour le PASC — vs. la sévérité aiguë — varie par ailleurs selon les études.

ABO : la GWAS 23andMe (Chaudhary et al., 2024) et les analyses HGI (Cheng, 2026) retrouvent toutes deux ce locus dans le Covid long, suggérant un rôle dans les mécanismes thrombo-inflammatoires déjà documentés dans la littérature sur les groupes sanguins et les maladies infectieuses.[1][2] Le lien avec ABO avait été décrit dans la GWAS HGI sur la sévérité aiguë (Ellinghaus et al., 2020), ce qui rend difficile la distinction entre susceptibilité au Covid long propre et susceptibilité générale à la sévérité.[12]

LZTFL1/3p21.31 : Ellinghaus et al. (2020) ont identifié ce locus dans la GWAS initiale sur la sévérité avec insuffisance respiratoire.[12] Udomsinprasert et al. (2023) montrent ensuite que les variants LZTFL1 rs10490770, rs11385942 et rs17713054 sont associés au Covid long sans lien avec la sévérité aiguë dans leur cohorte : ce qui est méthodologiquement intéressant car cela suggère un mécanisme indépendant de la gravité initiale.[10]

FOXP4 (locus 6p21.1) est à ce jour le signal génétique peer-reviewed le plus solide du Covid long. Dans la GWAS de Lammi et al. (Nature Genetics, 2025), le lead variant rs9367106 atteint le seuil génome-large et l'association, indépendante de celle avec le Covid sévère, est répliquée dans des cohortes indépendantes.[18] L'analyse intégrative HGI de Cheng et al. (2026), publiée ultérieurement, retrouve rs12660421 – un variant proxy en fort déséquilibre de liaison avec rs9367106, utilisé notamment comme candidat fonctionnel en l'absence de rs9367106 dans GTEx – comme son seul signal génome-large propre au Covid long.[2]

FOXP4 code un facteur de transcription impliqué dans le développement et la fonction pulmonaire, ce qui en fait un candidat biologiquement plausible pour un phénotype souvent dominé par la dyspnée et l'atteinte respiratoire persistante. La GWAS 23andMe (Chaudhary et al., 2024, préprint) ne retrouve pas ce signal, ce qui illustre la divergence entre plateformes et phénotypages du Covid long : mais c'est bien FOXP4, et non HLA, qui dispose actuellement de la réplication GWAS la plus solide dans une revue à comité de lecture.[1]

Coagulation, MTHFR et voies inflammatoires

🔴 Signal préliminaire : données limitées à une seule cohorte

MTHFR 677 CC (génotype homozygote pour l'allèle C, dit « sauvage ») est associé au Covid long dans une étude brésilienne de thrombophilie, mais cette association unique n'a pas encore été répliquée indépendamment. Ce résultat appelle une lecture prudente : le mécanisme classiquement invoqué pour MTHFR C677T (réduction d'activité enzymatique, hyperhomocystéinémie, effet pro-thrombotique) concerne l'allèle T, pas l'allèle C retrouvé surreprésenté ici. L'association rapportée par l'étude et le mécanisme biologique habituellement cité pour ce gène ne pointent donc pas dans la même direction allélique : un point de vigilance méthodologique, pas une confirmation du mécanisme pro-thrombotique attendu.

Da Silva et al. (2023) ont analysé 10 polymorphismes de thrombophilie et d'immunité dans une cohorte Covid long brésilienne.[9] MTHFR 677 CC et IFNG AA ressortent comme surreprésentés chez les cas. Giacinti et al. retrouvent MTHFR parmi les gènes cités dans plusieurs des 18 études incluses dans leur revue de portée.[5] Ayyoub et al. (2025) examinent plus largement la génétique vasculaire du Covid long — hypertension pulmonaire, thromboembolie, endothélite — mais leur revue est narrative et extrapolée depuis des phénotypes vasculaires génériques, sans GWAS spécifique PASC.[15]

💡 Note pharmacien : MTHFR, un exemple de vigilance méthodologique

Le polymorphisme MTHFR C677T réduit l'activité de la méthylènetétrahydrofolate réductase d'environ 70 % (TT) et 35 % (CT), avec une tendance à augmenter l'homocystéine surtout lorsque le statut en folates est insuffisant : un mécanisme bien documenté pour les maladies cardiovasculaires et certaines complications thrombotiques. Mais l'étude Covid long rapportée ici associe le génotype CC (et non T) à la pathologie : cette discordance entre le génotype retrouvé et le mécanisme habituellement invoqué illustre pourquoi une association statistique isolée, même biologiquement séduisante à première vue, ne suffit pas à établir un mécanisme causal.

Aucune donnée clinique ne permet à ce jour de recommander une supplémentation ciblée (folates, B6, B12) sur la seule base de ce résultat.

MTHFR CC dans le Covid long : une association rapportée par une seule étude, dont le sens allélique ne correspond pas au mécanisme classiquement invoqué pour ce gène : la plausibilité apparente n'est pas la preuve.

Gènes IL10, IL10RB, NADSYN1 et PLXNA4

🔴 Signal préliminaire : une étude unique, plausibilité immunologique

Udomsinprasert et al. (2023) fournissent l'étude cas-témoins la plus ciblée sur les polymorphismes génétiques du Covid long : avec plusieurs associations intéressantes dont la réplication reste la condition sine qua non pour toute conclusion clinique. Sur 260 personnes ayant eu un Covid, seules 49 répondaient au phénotype Covid long ; 37 SNP ont été testés, et les distributions génotypiques globales ne restaient pas significativement différentes après correction de Bonferroni ; les associations rapportées ci-dessous émergent de modèles génétiques stratifiés.

Dans leur cohorte de 260 personnes (dont 49 avec Covid long), plusieurs variants ressortent comme associés au risque de Covid long dans ces modèles stratifiés :

  • ① IL10 rs1800896 C : surreprésenté chez les cas Covid long. L'IL-10 est un anti-inflammatoire majeur : un polymorphisme réduisant son expression pourrait favoriser une inflammation persistante.
  • ② IL10RB rs8178562 GG : protecteur, à l'inverse. IL-10RB est la sous-unité du récepteur à l'IL-10 : une meilleure signalisation anti-inflammatoire modulerait le risque.
  • ③ NADSYN1 rs12785878 TT : associé à un risque accru. NADSYN1 code une enzyme de la biosynthèse du NAD⁺ ; si l'association était répliquée et si NADSYN1 s'avérait être le gène effecteur du locus, un lien avec le métabolisme du NAD⁺ serait biologiquement plausible, mais un SNP annoté près d'un gène ne démontre pas que ce gène en soit le médiateur fonctionnel.
  • ④ PLXNA4 rs1424597 AA : associé à un risque accru. La plexine A4 est impliquée dans le guidage axonal et la signalisation vasculaire ; si le lien était confirmé, un mécanisme en lien avec la dysautonomie serait envisageable, mais cela reste une hypothèse conditionnelle à ce stade.
  • ⑤ PEDS1 rs6020298 GG : associé à un risque accru. PEDS1 intervient dans le remodelage des phospholipides membranaires.

Giacinti et al. (2024) retrouvent IL10, IL10RB, NADSYN1, PEDS1 et PLXNA4 parmi les 36 gènes cités dans leur revue de portée.[5] La plausibilité biologique de ces associations existe, mais une seule étude cas-témoins portant sur 49 cas de Covid long, avec 37 SNP testés et une correction pour tests multiples délicate, ne permet pas de conclusions cliniques.[10]

NADSYN1 dans le Covid long : un candidat biologiquement cohérent avec l'hypothèse mitochondriale, mais non démontré par une seule étude non répliquée.

Covid long, EM/SFC et fibromyalgie : des signaux majeurs différents, un chevauchement encore mal défini

🟠 Émergent : GWAS récentes et solides, mais sans chevauchement génétique confirmé entre les trois pathologies

Le Covid long, le syndrome de fatigue chronique/encéphalomyélite myalgique (EM/SFC) et la fibromyalgie partagent une présentation clinique qui se recoupe largement : fatigue invalidante, douleurs diffuses, intolérance à l'effort. Deux GWAS récentes et de grande envergure permettent, pour la première fois, de comparer directement leurs architectures génétiques : le résultat est plus nuancé qu'un simple partage de mécanisme.

La DecodeME (préprint, 2025), la plus large GWAS jamais menée sur l'EM/SFC, a identifié six loci génome-large, correspondant à huit signaux génétiques indépendants (deux de ces loci portent chacun deux signaux distincts), chez 15 579 cas et 259 909 témoins, dont plusieurs impliqués dans la réponse aux infections virales ou bactériennes (BTN2A2, OLFM4, RABGAP1L notamment), ainsi que FBXL4, CA10 et ARFGEF2. Le signal proche de CA10 colocalise avec un locus connu de douleur chronique multisite. Cette étude n'est pas encore publiée en revue à comité de lecture.[20]

La GWAS fibromyalgie (Kerrebijn et al., 2026, Nature Medicine) est la plus large réalisée à ce jour sur cette pathologie : 54 629 cas parmi plus de 2,5 millions d'individus. Elle identifie 26 loci, avec le signal le plus fort sur une variante codante de HTT (le gène causal de la maladie de Huntington), ainsi que GPR52 (régulateur de HTT), DCC, DRD2/NCAM1, MDGA2 et CELF4. L'héritabilité de la fibromyalgie s'est révélée exclusivement enrichie dans les tissus cérébraux et les types cellulaires neuronaux, ce qui positionne la fibromyalgie comme une pathologie du système nerveux central.[19]

Ce que ces deux GWAS ne montrent pas : un chevauchement génétique confirmé

Il est tentant, face à ces trois pathologies aux présentations cliniques proches, de supposer une architecture génétique partagée. Les données actuelles ne le confirment pas. Les auteurs de DecodeME ont directement testé le partage du signal FOXP4 (Covid long) avec les 8 loci EM/SFC : aucun signal partagé n'a été trouvé (p = 0,59 pour rs9367106). Ils rapportent également l'absence de variants causaux communs entre l'EM/SFC et la dépression ou l'anxiété.

La GWAS fibromyalgie (2026), elle, signale explicitement des recouvrements de région avec l'EM/SFC autour d'OLFM4 et de RABGAP1L/GPR52, ainsi qu'un recouvrement avec le Covid long autour de BPTF, tout en précisant qu'il s'agit de variants principaux différents, pas d'un même signal partagé. Les principaux signaux génome-large actuellement identifiés ne se superposent donc pas simplement entre Covid long, EM/SFC et fibromyalgie, mais cela n'exclut ni des loci partiellement communs, ni une corrélation génétique polygénique, ni des mécanismes biologiques convergents. Les données disponibles permettent de parler d'architectures partiellement différenciées, pas d'entités génétiquement indépendantes.

Covid long, EM/SFC, fibromyalgie : des signaux génétiques majeurs qui ne se superposent pas simplement, sans que cela exclue un chevauchement polygénique partiel.

Architecture polygénique et limites méthodologiques

🟢 Preuve établie : sur les limites elles-mêmes

Les GWAS Covid long se heurtent à trois biais structurels qui limitent l'interprétabilité de l'ensemble du corpus : hétérogénéité phénotypique, confusion avec la sévérité aiguë, et architecture polygénique à effets faibles.

Biais méthodologiques des GWAS Covid long Trois biais structurels des GWAS Covid long ① Phénotypage hétérogène Définitions variables : 12 semaines / 6 mois / 1 an Auto-questionnaires vs critères OMS → Variabilité des cas inclus entre études ② Confusion sévérité aiguë FOXP4, LZTFL1, ABO, ACE2/TMPRSS2 sont d'abord des gènes de sévérité aiguë → Difficulté à isoler le mécanisme PASC propre ③ Architecture polygénique Effets de petite taille OR ≈ 1.05–1.20 Pas de validation fonctionnelle → Pas de variant unique prédictif cliniquement Sources : Chaudhary et al. 2024 [1] · Ruß et al. 2025 [14] · Giacinti et al. 2024 [5]

Sur les hypothèses non testées : aucune donnée génétique directe sur la dysautonomie, les gènes mitochondriaux, les mastocytes (HNMT, DAO, KIT, TPSAB1) ou les neurotransmetteurs (COMT, MAOA) n'est disponible dans le corpus de littérature Covid long publié. Ces voies font l'objet d'hypothèses cliniques et physiopathologiques plausibles : leur absence dans les GWAS actuelles reflète à la fois la taille insuffisante des cohortes et l'absence de phénotypage systématique de ces axes dans les études génétiques.

Sur la distinction association vs causalité : quelques analyses de randomisation mendélienne apportent une nuance utile. Chaudhary et al. (2024) montrent que la prédisposition génétique au SFC, à la fibromyalgie et à la dépression est associée causalement à un risque accru de Covid long, mais cela concerne des phénotypes cliniques préexistants, pas des variants spécifiques. Aucune variant génétique unique n'a, à ce jour, démontré un effet causal sur le Covid long par randomisation mendélienne.[1]

🧩 Ce que l'on sait, et ce que l'on ne sait pas encore

Ce qui est établi : FOXP4 est associé au Covid long dans une analyse intégrative HGI et répliqué dans une méta-analyse indépendante publiée (Lammi et al., 2025, Nature Genetics) : c'est à ce jour le signal le plus solide.

La région HLA est également associée au Covid long dans plusieurs cohortes ciblées, avec des allèles protecteurs (HLA-A*03) et à risque (HLA-A*11, HLA-C*07) identifiés, mais son signal GWAS principal repose encore sur un préprint non publié. ABO, LZTFL1 et BPTF sont également identifiés dans plusieurs sources. L'architecture est polygénique, avec des effets de petite taille. Les corrélations génétiques avec le SFC, la fibromyalgie et la dépression suggèrent une susceptibilité constitutionnelle partagée.

Ce qui reste incertain ou spéculatif : l'ensemble des associations sur gènes candidats (ACE2, TMPRSS2, MTHFR, IFNG, IL10, NADSYN1, PLXNA4) repose sur une ou deux études non répliquées. La causalité n'a été démontrée pour aucun variant. Les hypothèses sur la dysautonomie, les mastocytes ou le métabolisme mitochondrial n'ont pas de support génétique direct dans le Covid long. La distinction entre gènes de sévérité aiguë et gènes du PASC proprement dit reste insuffisante dans la majorité des GWAS disponibles.

Ce qui réduirait l'incertitude : des GWAS avec phénotypage clinique rigoureux (critères OMS standardisés, biomarqueurs objectifs), une séparation claire des cas hospitalisés vs non hospitalisés, et des études fonctionnelles permettant de tester mécanistiquement les variants identifiés. Le génotypage clinique n'a actuellement aucune place validée dans la prise en charge du Covid long.

Ce qu'il faut retenir

La génétique du Covid long est réelle mais complexe. Le signal le plus solide et le plus répliqué à ce jour porte sur FOXP4, un gène impliqué dans la fonction pulmonaire. La région HLA (antigène leucocytaire humain) — zone du génome impliquée dans la reconnaissance immunitaire — constitue un second signal fort, mais encore partiellement dépendant d'un préprint non publié. C'est cohérent avec les autres données biologiques du Covid long : persistance virale, auto-anticorps, activation immunitaire chronique.

Aucune association candidate ne justifie actuellement un génotypage clinique dans le Covid long. L'enzyme de conversion de l'angiotensine 2 (ACE2), TMPRSS2, la méthylènetétrahydrofolate réductase (MTHFR), le gène de l'interféron gamma (IFNG) ou l'interleukine 10 (IL10) reposent souvent sur des cohortes uniques, petites et divergentes. L'architecture est polygénique, les effets individuels sont faibles, et la distinction entre sévérité aiguë et mécanisme des séquelles post-aiguës du Covid-19 (PASC) propre reste le défi méthodologique central.

La génétique du Covid long nous dit où chercher : pas encore ce qu'on trouvera en cherchant.

À retenir en pratique

Un résultat génétique isolé ne permet pas d'expliquer un Covid long, encore moins de choisir un traitement. Les signaux HLA, ABO ou LZTFL1 orientent la recherche, mais ils ne sont pas des tests de décision clinique individuelle.

Si vous avez déjà des données génétiques personnelles, évitez les interprétations directes du type « MTHFR explique tout ». Servez-vous plutôt de ces informations comme contexte à discuter, en priorité lorsqu'elles concernent un médicament, une carence documentée, un antécédent familial ou une décision médicale réellement actionnable.

Questions fréquentes

Quels sont les variants génétiques les mieux documentés dans le Covid long ?

Le signal peer-reviewed le plus robuste concerne actuellement le locus FOXP4, identifié au seuil génome-large (rs9367106) et répliqué dans des cohortes indépendantes. La région HLA (HLA-DQA1/DRB1/DQB : GWAS 23andMe ≈ 54 000 cas ; HLA-A*03 protecteur, HLA-A*11 et HLA-C*07 à risque dans les études ciblées) et le locus ABO disposent également de signaux importants, mais une partie de ces résultats repose encore sur la GWAS 23andMe en prépublication.

LZTFL1/3p21.31 (persistance de symptômes possiblement indépendante de la sévérité aiguë) repose sur des données plus limitées. Ces associations sont statistiques et ne démontrent pas de causalité fonctionnelle.

Le polymorphisme MTHFR C677T est-il vraiment lié au Covid long ?

Une seule étude cas-témoins (Da Silva et al., 2023, Viruses) a montré une surreprésentation du génotype MTHFR 677 CC (et non T) chez des patients Covid long. Or le mécanisme classiquement invoqué pour ce gène (hyperhomocystéinémie, effet pro-thrombotique) concerne l'allèle T, pas l'allèle C retrouvé ici : cette discordance limite fortement l'interprétation causale du résultat. Il n'a par ailleurs pas été validé fonctionnellement ni répliqué indépendamment. Niveau de preuve : faible. Aucune supplémentation (folates, B6, B12) ne peut être recommandée sur la seule base de ce résultat.

Pourquoi les GWAS sur le Covid long sont-ils difficiles à interpréter ?

Trois biais majeurs : ① phénotypage hétérogène — définitions variables du Covid long (12 semaines, 6 mois, auto-questionnaires vs critères OMS) ; ② biais de sévérité aiguë — de nombreux loci (FOXP4, LZTFL1, ACE2/TMPRSS2, ABO) sont d'abord des gènes de sévérité de la phase aiguë, rendant difficile la séparation du risque Covid long propre ; ③ architecture polygénique complexe : effets de petite taille, pas de variant unique prédictif individuellement.

Les variants ACE2 et TMPRSS2 sont-ils associés au Covid long ?

Les données sont contradictoires. Une étude (Udomsinprasert et al., 2023, n=260) a trouvé une association entre ACE2 rs2285666 T et le risque de Covid long. Une cohorte d'hospitalisés suivis 18 mois (Fernández-de-las-Peñas et al., 2022) n'a trouvé aucun lien entre ACE2 ou TMPRSS2 et les symptômes persistants. Ces associations sont fortement confondues par la sévérité aiguë. Niveau de preuve : faible à modéré.

Le génotypage peut-il prédire qui développera un Covid long ?

Non, pas avec les données actuelles. L'architecture génétique du Covid long est polygénique avec des effets de petite taille. Les GWAS les plus larges n'identifient que quelques loci à seuil génome-large. Les analyses de randomisation mendélienne suggèrent que des traits préexistants (fatigue chronique, fibromyalgie, dépression) augmentent le risque, mais ne permettent pas une prédiction individuelle. Le génotypage n'a actuellement aucune place clinique validée dans le Covid long.

Suivre ce que la génétique ne peut pas prédire

La génétique identifie des susceptibilités de population, pas des trajectoires individuelles. C'est le suivi longitudinal — symptômes, réponses aux interventions, évolution dans le temps — qui permet de comprendre votre profil spécifique.

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Sources

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