Polymorphismes génétiques et Covid long : ce que les GWAS nous disent vraiment
Cinq ans après le début de la pandémie, plusieurs études d'association pangénomique (GWAS) ont cartographié les variants génétiques potentiellement liés au Covid long — avec des résultats plus nuancés qu'espéré. Le signal le plus solide porte sur la région HLA, suivi de quelques loci immuno-inflammatoires (ABO, LZTFL1, FOXP4). Beaucoup d'associations candidates — ACE2, TMPRSS2, MTHFR, IFNG — reposent sur des cohortes de petite taille, non répliquées, confondues par la sévérité aiguë. Voici l'état réel des preuves, gène par gène, GWAS par GWAS.
Vous êtes professionnel de santé, chercheur ou personne concernée par le Covid long souhaitant comprendre la base génétique du PASC au-delà des titres de presse : quels variants sont vraiment associés, à quel niveau de preuve, et ce que les GWAS ne peuvent pas (encore) nous dire.
Plusieurs GWAS indépendants convergent sur la région HLA-DQA1/DRB1/DQB. HLA-A*03 protecteur, HLA-A*11 et HLA-C*07 à risque — mécanisme probable : présentation antigénique et mémoire immunitaire.
Loci identifiés dans plusieurs GWAS, mais souvent confondus avec la sévérité aiguë. L'étude 23andMe (n≈54 000) et les analyses HGI divergent sur FOXP4 — signal hétérogène.
Associations issues d'une seule étude cas-témoins de taille modeste, sans réplication indépendante. Mécanismes plausibles mais non testés fonctionnellement chez les patients Covid long.
Aucune donnée génétique directe sur dysautonomie, mitochondries, mastocytes ou neurotransmetteurs dans les études publiées à ce jour. Les hypothèses existent, les preuves manquent.
📖 Glossaire — termes clés de cet article
- GWAS (Genome-Wide Association Study) — étude d'association pangénomique : analyse simultanée de millions de variants génétiques pour identifier ceux associés à un trait ou une maladie.
- SNP (Single Nucleotide Polymorphism) — polymorphisme nucléotidique simple : variation d'une seule base dans la séquence d'ADN, la forme la plus courante de variation génétique interindividuelle.
- Locus (pl. loci) — position précise sur un chromosome. Un locus GWAS désigne une région chromosomique où plusieurs SNP sont associés au phénotype étudié.
- HLA (Human Leukocyte Antigen) — système de molécules de surface cellulaire codées sur le chromosome 6, responsables de la présentation des antigènes aux lymphocytes T. Fortement polymorphique.
- PASC (Post-Acute Sequelae of SARS-CoV-2) — dénomination clinique du Covid long : persistance ou apparition de symptômes ≥ 4 semaines après l'infection aiguë.
- TWAS (Transcriptome-Wide Association Study) — extension des GWAS intégrant les données d'expression génique pour identifier les gènes dont l'expression médiatise l'association avec le phénotype.
- Randomisation mendélienne — méthode épidémiologique utilisant les variants génétiques comme instruments pour tester la causalité entre une exposition et un résultat, en limitant les biais de confusion.
- HGI (COVID-19 Host Genetics Initiative) — consortium international ayant coordonné plusieurs GWAS sur le Covid et le Covid long en méta-analysant des données de nombreuses cohortes.
La région HLA : le signal génétique le plus reproductible
🟢 Preuve modérée à forte — plusieurs GWAS indépendants + cohortes cibléesLa région HLA du chromosome 6 est la zone du génome humain la plus régulièrement associée au Covid long dans les études indépendantes. Trois niveaux d'évidence convergent : les grandes GWAS (23andMe ≈ 54 000 cas, HGI multi-ancestries), les analyses TWAS intégratives, et les cohortes HLA typées haute résolution.
La GWAS 23andMe de Chaudhary et al. (2024) identifie des loci significatifs dans la région HLA-DRB1–DQA1–DQB — molécules de classe II impliquées dans la présentation antigénique aux lymphocytes T CD4+.[1] L'analyse intégrative HGI (Cheng, 2025) retrouve le signal HLA-DQA1 rs17219281 et, via TWAS, des associations avec HLA-A et HLA-C — molécules de classe I présentées aux CD8+ et cellules NK.[2]
Les études HLA haute résolution affinent le tableau. Pons-Fuster et al. (2025) montrent que HLA-A*03 confère une protection contre le Covid long, possiblement via une réponse immunitaire CD8+ plus efficace.[3] Torki et al. (2024) trouvent à l'inverse que HLA-A*11 et HLA-C*07 sont associés à un risque accru, indépendamment de la sévérité de l'épisode aigu — ce dernier point est méthodologiquement important car il suggère un mécanisme propre au PASC plutôt qu'un simple reflet de la gravité initiale.[4]
La convergence HLA entre GWAS larges et cohortes ciblées suggère que la présentation antigénique — et donc la qualité de la réponse lymphocytaire spécifique au SARS-CoV-2 — module le risque de persistance. Plusieurs scénarios sont compatibles : réponse CD8+ insuffisante permettant une persistance virale, ou réponse CD4+ excessive favorisant une auto-immunité chronique. Ces deux mécanismes sont documentés dans le Covid long par d'autres angles (voir l'article sur les auto-anticorps).
Limite fondamentale : les associations HLA restent statistiques. Aucune étude n'a encore démontré la causalité fonctionnelle — c'est-à-dire montré que modifier la présentation HLA modifie le risque de Covid long chez l'humain. La revue de portée de Giacinti et al. (2024) synthétisant 18 études et 36 gènes retrouve HLA parmi les gènes les plus fréquemment rapportés, mais souligne l'hétérogénéité méthodologique qui limite les conclusions fermes.[5]
Certains variants génétiques modulent la réponse immunitaire. Mais c'est votre trajectoire clinique — symptômes, réponses aux interventions, évolution dans le temps — qui permet de distinguer ce que la génétique seule ne peut pas expliquer.
Commencer le suiviGWAS multi-ancestries : la vue d'ensemble génomique
🟠 Association documentée — architecture polygénique complexe, effets faiblesTrois grandes études épidémiologiques génomiques ont cartographié le Covid long avec des méthodes et des résultats partiellement divergents. Cette divergence est elle-même informative sur les biais méthodologiques intrinsèques à ce type de phénotype.
La GWAS 23andMe (Chaudhary et al., 2024) est la plus large disponible — mais son phénotype repose sur des auto-questionnaires en ligne, ce qui introduit un biais de sélection et de classification.[1] Les analyses de randomisation mendélienne qu'elle contient sont particulièrement intéressantes : elles suggèrent un lien causal possible depuis la prédisposition au syndrome de fatigue chronique (SFC), la fibromyalgie et la dépression vers le Covid long — non l'inverse. Ces corrélations génétiques avec des pathologies chroniques préexistantes interrogent la frontière entre susceptibilité constitutionnelle et mécanisme post-infectieux propre.
La GWAS populationnelle allemande (Ruß et al., 2025, n=2 247) est instrospective pour une autre raison : elle ne trouve aucun signal au seuil génome-large.[14] Des SNP suggestifs apparaissent près de gènes de répression virale (CHD6), d'activation macrophagique (SLC7A2) et de libération virale (ARHGAP44), mais sans atteindre la signification p < 5×10⁻⁸. Cette absence de signal ne réfute pas la composante génétique — elle illustre la puissance statistique insuffisante et les effets de petite taille de cette architecture polygénique complexe.
Immunité innée : IFN-I, TLR7/IRF7 et IFNG
🟠 Modéré (IFNG) — Spéculatif (TLR7/IRF7 pour le PASC)La distinction entre génétique du Covid aigu sévère et génétique du Covid long est ici particulièrement importante : les variants TLR3/TLR7/IRF7 ont été identifiés dans la phase aiguë, mais aucune étude ne les associe spécifiquement au PASC.
Zhang et al. (2020) ont décrit des variants perte-de-fonction rares dans la voie TLR3/IRF7 chez des patients Covid aigu sévère.[6] Matuozzo et al. (2022) ont élargi cette observation à d'autres gènes de l'immunité IFN de type I.[7] Cependant, Povysil et al. (2021) ont montré que ces variants rares n'expliquent qu'une fraction minime de la sévérité du Covid dans des cohortes plus larges.[8] Surtout, aucune de ces études n'a pour objet le Covid long — l'extrapolation au PASC reste spéculative.
L'hypothèse est biologiquement cohérente : un défaut de réponse IFN-I initiale pourrait favoriser une persistance virale qui alimente le Covid long. Mais il n'existe pas, à ce jour, de GWAS ou d'étude cas-témoins ayant spécifiquement testé les variants TLR7/IRF7 chez des patients Covid long vs contrôles. La transposition depuis la sévérité aiguë est une extrapolation, pas une preuve.
Pour IFNG (interféron gamma), le niveau de preuve est légèrement supérieur mais reste modéré : une étude cas-témoins brésilienne (Da Silva et al., 2023, Viruses) a trouvé que le génotype IFNG AA est surreprésenté chez les patients Covid long et associé à une charge symptomatique plus élevée.[9] La revue de portée de Giacinti et al. cite également IFNG parmi les gènes récurrents.[5] Mais cette association repose sur une seule cohorte de taille modeste, sans réplication indépendante publiée.
Récepteurs d'entrée virale : ACE2 et TMPRSS2
🔴 Signal préliminaire — associations contradictoires entre étudesACE2 et TMPRSS2 sont les récepteurs d'entrée du SARS-CoV-2 : biologiquement, leurs variants pourraient moduler la charge virale initiale et donc influencer indirectement le risque de Covid long. Les données sont contradictoires.
Udomsinprasert et al. (2023), dans une cohorte cas-témoins de 260 personnes, trouvent que ACE2 rs2285666 T est associé à un risque accru de Covid long.[10] La même équipe note des associations avec LZTFL1 (voir section suivante). En revanche, Fernández-de-las-Peñas et al. (2022), dans une cohorte d'hospitalisés suivis 18 mois, ne trouvent aucun lien entre ACE2 rs2285666 ou rs2074192, ni entre TMPRSS2 rs12329760 ou rs2070788, et la présence de symptômes persistants.[11]
L'analyse intégrative HGI (Cheng, 2025) classe TMPRSS2 rs12329760 et ACE2 rs190509934 parmi les SNP Covid spécifiques pouvant contribuer au Covid long via la sévérité aiguë — ce qui constitue en réalité un biais de confusion et non une association directe avec le PASC.[2]
ACE2 rs2285666 augmente l'expression tissulaire d'ACE2 (montré in vitro) — mais cela concerne la phase d'entrée virale aiguë, pas les mécanismes de persistance. Les études fonctionnelles disponibles ne permettent pas de conclure à un mécanisme spécifique Covid long pour ces variants.
Loci FOXP4, ABO et 3p21.31 (LZTFL1)
🟠 Association modérée — plusieurs sources convergentes mais hétérogènesCes trois loci ont été identifiés dans au moins deux sources indépendantes pour le Covid long ou la sévérité du Covid, mais leur spécificité pour le PASC — vs. la sévérité aiguë — varie selon les études.
ABO : la GWAS 23andMe (Chaudhary et al., 2024) et les analyses HGI (Cheng, 2025) retrouvent toutes deux ce locus dans le Covid long, suggérant un rôle dans les mécanismes thrombo-inflammatoires déjà documentés dans la littérature sur les groupes sanguins et les maladies infectieuses.[1][2] Le lien avec ABO avait été décrit dans la GWAS HGI sur la sévérité aiguë (Ellinghaus et al., 2020), ce qui rend difficile la distinction entre susceptibilité au Covid long propre et susceptibilité générale à la sévérité.[12]
LZTFL1/3p21.31 : Ellinghaus et al. (2020) ont identifié ce locus dans la GWAS initiale sur la sévérité avec insuffisance respiratoire.[12] Udomsinprasert et al. (2023) montrent ensuite que les variants LZTFL1 rs10490770, rs11385942 et rs17713054 sont associés au Covid long sans lien avec la sévérité aiguë dans leur cohorte — ce qui est méthodologiquement intéressant car cela suggère un mécanisme indépendant de la gravité initiale.[10]
FOXP4 : identifié par l'analyse HGI dans le Covid long, probablement via son rôle dans la fonction pulmonaire. La GWAS 23andMe ne retrouve pas ce signal, illustrant la divergence entre plateformes GWAS qui reflète en partie les hétérogénéités de phénotypage du Covid long.[1][13]
Coagulation, MTHFR et voies inflammatoires
🔴 Signal préliminaire — données limitées à une seule cohorteMTHFR 677 CC est associé au Covid long dans une étude brésilienne de thrombophilie, mais cette association unique n'a pas encore été répliquée indépendamment. Le mécanisme proposé — perturbation du cycle de la méthylation via hyperhomocystéinémie, avec effet pro-thrombotique et pro-inflammatoire — est biologiquement plausible, mais la plausibilité mécanistique ne remplace pas la preuve épidémiologique.
Da Silva et al. (2023) ont analysé 10 polymorphismes de thrombophilie et d'immunité dans une cohorte Covid long brésilienne.[9] MTHFR 677 CC et IFNG AA ressortent comme surreprésentés chez les cas. Giacinti et al. retrouvent MTHFR parmi les gènes cités dans plusieurs des 18 études incluses dans leur revue de portée.[5] Ayyoub et al. (2025) examinent plus largement la génétique vasculaire du Covid long — hypertension pulmonaire, thromboembolie, endothélite — mais leur revue est narrative et extrapolée depuis des phénotypes vasculaires génériques, sans GWAS spécifique PASC.[15]
Le polymorphisme MTHFR C677T réduit l'activité de la méthylènetétrahydrofolate réductase d'environ 70% (TT) et 35% (CT), entraînant une accumulation d'homocystéine. L'hyperhomocystéinémie favorise le stress oxydatif endothélial et une hypercoagulabilité. Ce mécanisme est bien documenté pour les maladies cardiovasculaires et certaines complications thrombotiques — son rôle spécifique dans le PASC reste hypothétique. Si MTHFR 677T est présent, la supplémentation en folates, B6 et B12 méthylés est cohérente avec la biologie, mais aucune étude clinique ne valide cette approche spécifiquement dans le Covid long.
Gènes IL10, IL10RB, NADSYN1 et PLXNA4
🔴 Signal préliminaire — une étude unique, plausibilité immunologiqueUdomsinprasert et al. (2023) fournissent l'étude cas-témoins la plus ciblée sur les polymorphismes génétiques du Covid long — avec plusieurs associations intéressantes dont la réplication reste la condition sine qua non pour toute conclusion clinique.
Dans leur cohorte de 260 personnes, plusieurs variants ressortent comme associés au risque de Covid long :
- ① IL10 rs1800896 C — surreprésenté chez les cas Covid long. L'IL-10 est un anti-inflammatoire majeur : un polymorphisme réduisant son expression pourrait favoriser une inflammation persistante.
- ② IL10RB rs8178562 GG — protecteur, à l'inverse. IL-10RB est la sous-unité du récepteur à l'IL-10 : une meilleure signalisation anti-inflammatoire modulerait le risque.
- ③ NADSYN1 rs12785878 TT — associé à un risque accru. NADSYN1 code une enzyme de la biosynthèse du NAD⁺, ce qui rejoint les hypothèses sur la dysfonction mitochondriale et énergétique dans le Covid long.
- ④ PLXNA4 rs1424597 AA — associé à un risque accru. La plexine A4 est impliquée dans le guidage axonal et la signalisation vasculaire — mécanisme en lien avec la dysautonomie potentielle.
- ⑤ PEDS1 rs6020298 GG — associé à un risque accru. PEDS1 intervient dans le remodelage des phospholipides membranaires.
Giacinti et al. (2024) retrouvent IL10, IL10RB, NADSYN1, PEDS1 et PLXNA4 parmi les 36 gènes citées dans leur revue de portée.[5] La plausibilité biologique de ces associations est réelle — mais une seule étude cas-témoins de 260 sujets, avec correction pour tests multiples délicate, ne permet pas de conclusions cliniques.[10]
Architecture polygénique et limites méthodologiques
🟢 Preuve établie — sur les limites elles-mêmesLes GWAS Covid long se heurtent à trois biais structurels qui limitent l'interprétabilité de l'ensemble du corpus : hétérogénéité phénotypique, confusion avec la sévérité aiguë, et architecture polygénique à effets faibles.
Sur les hypothèses non testées : aucune donnée génétique directe sur la dysautonomie, les gènes mitochondriaux, les mastocytes (HNMT, DAO, KIT, TPSAB1) ou les neurotransmetteurs (COMT, MAOA) n'est disponible dans le corpus de littérature Covid long publié. Ces voies font l'objet d'hypothèses cliniques et physiopathologiques plausibles — leur absence dans les GWAS actuelles reflète à la fois la taille insuffisante des cohortes et l'absence de phénotypage systématique de ces axes dans les études génétiques.
Sur la distinction association vs causalité : quelques analyses de randomisation mendélienne apportent une nuance utile. Chaudhary et al. (2024) montrent que la prédisposition génétique au SFC, à la fibromyalgie et à la dépression est associée causalement à un risque accru de Covid long — mais cela concerne des phénotypes cliniques préexistants, pas des variants spécifiques. Aucune variant génétique unique n'a, à ce jour, démontré un effet causal sur le Covid long par randomisation mendélienne.[1]
Ce qui est établi : la région HLA est associée au Covid long dans plusieurs GWAS indépendantes, avec des allèles protecteurs (HLA-A*03) et à risque (HLA-A*11, HLA-C*07) identifiés. ABO, LZTFL1 et BPTF sont également identifiés dans plusieurs sources. L'architecture est polygénique, avec des effets de petite taille. Les corrélations génétiques avec le SFC, la fibromyalgie et la dépression suggèrent une susceptibilité constitutionnelle partagée.
Ce qui reste incertain ou spéculatif : l'ensemble des associations sur gènes candidats (ACE2, TMPRSS2, MTHFR, IFNG, IL10, NADSYN1, PLXNA4) repose sur une ou deux études non répliquées. La causalité n'a été démontrée pour aucun variant. Les hypothèses sur la dysautonomie, les mastocytes ou le métabolisme mitochondrial n'ont pas de support génétique direct dans le Covid long. La distinction entre gènes de sévérité aiguë et gènes du PASC proprement dit reste insuffisante dans la majorité des GWAS disponibles.
Ce qui réduirait l'incertitude : des GWAS avec phénotypage clinique rigoureux (critères OMS standardisés, biomarqueurs objectifs), une séparation claire des cas hospitalisés vs non hospitalisés, et des études fonctionnelles permettant de tester mécanistiquement les variants identifiés. Le génotypage clinique n'a actuellement aucune place validée dans la prise en charge du Covid long.
Ce qu'il faut retenir
La génétique du Covid long est réelle mais complexe. Le signal le plus solide porte sur la région HLA — la zone du génome humain impliquée dans la reconnaissance immunitaire — avec plusieurs études convergentes suggérant que la qualité de la réponse lymphocytaire adaptative module le risque de PASC. C'est cohérent avec les autres données biologiques du Covid long : persistance virale, auto-anticorps, activation immunitaire chronique.
En revanche, beaucoup d'associations candidates — ACE2, TMPRSS2, MTHFR, IFNG, IL10 — reposent sur des cohortes uniques, petites, dont les résultats divergent entre études. Aucune ne justifie actuellement un génotypage clinique. L'architecture est polygénique, les effets individuels sont faibles, et la distinction entre sévérité aiguë et mécanisme PASC propre reste le défi méthodologique central de ce champ.
La génétique du Covid long nous dit où chercher — pas encore ce qu'on trouvera en cherchant.Questions fréquentes
Quels sont les variants génétiques les mieux documentés dans le Covid long ?
Les signaux les plus reproductibles concernent la région HLA (HLA-DQA1/DRB1/DQB — GWAS 23andMe ≈ 54 000 cas ; HLA-A*03 protecteur, HLA-A*11 et HLA-C*07 à risque dans les études ciblées), le locus ABO (mécanismes thrombo-inflammatoires), et LZTFL1/3p21.31 (persistance de symptômes possiblement indépendante de la sévérité aiguë). Ces associations sont statistiques et ne démontrent pas de causalité fonctionnelle.
Le polymorphisme MTHFR C677T est-il vraiment lié au Covid long ?
Une seule étude cas-témoins (Da Silva et al., 2023, Viruses) a montré une surreprésentation du génotype MTHFR 677 CC chez des patients Covid long. Le mécanisme proposé (hyperhomocystéinémie, perturbation de la méthylation) est biologiquement plausible mais n'a pas été validé fonctionnellement et n'a pas été répliqué indépendamment. Niveau de preuve : faible. La supplémentation en folates méthylés est biologiquement raisonnée si MTHFR 677T est présent, mais sans validation clinique spécifique au Covid long.
Pourquoi les GWAS sur le Covid long sont-ils difficiles à interpréter ?
Trois biais majeurs : ① phénotypage hétérogène — définitions variables du Covid long (12 semaines, 6 mois, auto-questionnaires vs critères OMS) ; ② biais de sévérité aiguë — de nombreux loci (FOXP4, LZTFL1, ACE2/TMPRSS2, ABO) sont d'abord des gènes de sévérité de la phase aiguë, rendant difficile la séparation du risque Covid long propre ; ③ architecture polygénique complexe — effets de petite taille, pas de variant unique prédictif individuellement.
Les variants ACE2 et TMPRSS2 sont-ils associés au Covid long ?
Les données sont contradictoires. Une étude (Udomsinprasert et al., 2023, n=260) a trouvé une association entre ACE2 rs2285666 T et le risque de Covid long. Une cohorte d'hospitalisés suivis 18 mois (Fernández-de-las-Peñas et al., 2022) n'a trouvé aucun lien entre ACE2 ou TMPRSS2 et les symptômes persistants. Ces associations sont fortement confondues par la sévérité aiguë. Niveau de preuve : faible à modéré.
Le génotypage peut-il prédire qui développera un Covid long ?
Non, pas avec les données actuelles. L'architecture génétique du Covid long est polygénique avec des effets de petite taille. Les GWAS les plus larges n'identifient que quelques loci à seuil génome-large. Les analyses de randomisation mendélienne suggèrent que des traits préexistants (fatigue chronique, fibromyalgie, dépression) augmentent le risque, mais ne permettent pas une prédiction individuelle. Le génotypage n'a actuellement aucune place clinique validée dans le Covid long.
La génétique identifie des susceptibilités de population, pas des trajectoires individuelles. C'est le suivi longitudinal — symptômes, réponses aux interventions, évolution dans le temps — qui permet de comprendre votre profil spécifique.
Commencer le suivi myBoussoleSources
- Chaudhary N, Weldon C, Nandakumar P, et al. Multi-ancestry GWAS of Long COVID identifies immune-related loci and etiological links to chronic fatigue syndrome, fibromyalgia and depression. medRxiv preprint. 2024. DOI 10.1101/2024.10.07.24315052
- Cheng Z. Integrative Genome-Wide Association Studies of COVID-19 Susceptibility and Hospitalization Reveal Risk Loci for Long COVID. medRxiv preprint. 2025. DOI 10.1101/2025.02.13.25322223
- Pons-Fuster E, Martínez-Rodríguez R, Gimeno-Arias L, et al. HLA-A*03 may confer protection against long COVID through an enhanced immune response. Infectious Diseases Now. 2025;105057. DOI 10.1016/j.idnow.2025.105057
- Torki E, Hoseininasab F, Moradi M, Sami R, Sullman M, Fouladseresht H. The demographic, laboratory and genetic factors associated with long Covid-19 syndrome: a case-control study. Clin Exp Med. 2024;24. DOI 10.1007/s10238-023-01256-1
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