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Homocystéine et Covid long : marqueur négligé

Tube de prise de sang et feuille de résultats biologiques avec vitamines B12 et folate, symbolisant l'exploration du cycle de méthylation dans le Covid long

L'article en 1 minute

Vous avez fait tous vos bilans et tout est « normal ». Pourtant la fatigue et le brouillard mental persistent. Un marqueur rarement prescrit, l'homocystéine, peut révéler une anomalie du cycle de méthylation, mais un taux normal ne l'exclut pas : deux profils de sous-méthylation existent.

En 2023, chez 62 personnes en récupération de Covid-19 contre 64 témoins, l'homocystéine moyenne atteignait 19,1 µmol/L contre 11,3 µmol/L, corrélée négativement au score cognitif MoCA (r = −0,705). Dès 1997, une étude chez 12 femmes répondant à la fois aux critères de fibromyalgie et d'EM/SFC retrouvait une homocystéine élevée dans le liquide céphalorachidien chez toutes les participantes, malgré des valeurs sanguines généralement normales.

Une homocystéine sanguine normale n'exclut donc pas un déficit de méthylation cérébral, en particulier dans le profil où la SAM (S-adénosylméthionine) s'épuise sans bloquer le recyclage de l'homocystéine.

Ces données restent observationnelles : aucun essai contrôlé randomisé n'évalue une supplémentation complète (B9, B12, B6, choline/bétaïne) dans le Covid long ou l'EM/SFC, et ce second profil n'est pas explorable en routine.

À retenir : un dosage de l'homocystéine, associé à B12 et folates, mérite d'être discuté avec votre médecin, mais une valeur isolée ne suffit jamais à décider seule d'une supplémentation.

Introduction Vous avez fait tous vos bilans et tout est "normal". Pourtant la fatigue persiste, le brouillard mental ne cède pas. Un marqueur discret — l'homocystéine — peut révéler une anomalie du cycle de méthylation. Mais attention : un taux normal ne signifie pas que le cycle fonctionne bien. Il existe deux profils distincts de sous-méthylation, et confondre les deux conduit à des conclusions fausses.

📖 Termes de référence
  • HCY, homocystéine (homocysteine, EN)
  • SAM, S-adénosylméthionine, donneur universel de groupes méthyle
  • SAH, S-adénosylhomocystéine, précurseur de l'homocystéine
  • MTHFR, méthylènetétrahydrofolate réductase
  • 5-MTHF, méthylfolate, forme active du folate (5-méthylTHF)
  • LCR, liquide céphalorachidien (CSF = cerebrospinal fluid, EN)
  • EM/SFC, encéphalomyélite myalgique / syndrome de fatigue chronique
  • AMM, acide méthylmalonique (MMA, EN)
  • HoloTC, holo-transcobalamine (forme active et transportable de la B12)
  • MoCA : Montreal Cognitive Assessment (outil de dépistage cognitif)

L'homocystéine : un sous-produit du cycle de méthylation

🟠 Synthèse éditoriale – données indirectes ou hétérogènes

L'homocystéine n'est pas apportée par l'alimentation. C'est un intermédiaire du cycle de méthylation, ce carrefour métabolique qui gouverne des centaines de réactions cellulaires, de la synthèse des neurotransmetteurs à la régulation de l'expression des gènes. Si vous voulez comprendre ce cycle en détail, l'article Méthylation et cerveau en couvre les mécanismes.

Un complément n’est pertinent que s’il répond à un manque, un terrain ou une contrainte clairement identifiés.

En résumé : la SAM (S-adénosylméthionine) cède ses groupes méthyle à des dizaines d'accepteurs différents, puis devient de la SAH, puis de l'homocystéine. Cette homocystéine doit être éliminée selon deux voies : soit reméthylée en méthionine (B12 + folate, via MTHFR), soit convertie en cystéine et en glutathion (B6). Une accumulation d'homocystéine signale une anomalie dans l'une ou l'autre de ces voies.

Deux profils de sous-méthylation à distinguer

🟠 Synthèse éditoriale – données indirectes ou hétérogènes

C'est ici que la plupart des articles simplifient trop : et créent un biais de lecture important. On peut distinguer, à visée pédagogique, une situation avec hyperhomocystéinémie (« Profil 1 ») et une situation hypothétique où d'autres compartiments du cycle sont perturbés malgré une HCY normale (« Profil 2 »). Cette distinction est un modèle explicatif, pas une classification clinique validée du Covid long.

La nutrition soutient mieux quand elle part du terrain réel plutôt que d’une promesse générale.

Profil 1, Homocystéine haute

Ce qui se passe : le recyclage de l'homocystéine est bloqué. La HCY s'accumule dans le sang et les tissus.

Causes typiques : déficit en B12, folate ou B6 : ou polymorphisme MTHFR réduisant l'activité enzymatique.

Marqueur visible : homocystéinémie sanguine élevée (>12-15 µmol/L).

Signal d'alerte : bilan standard détecte le problème.

Profil 2, Homocystéine normale, SAM basse

Ce qui se passe : la SAM est épuisée par une demande excessive, mais le recyclage de l'HCY fonctionne encore. L'HCY ne s'accumule pas.

Causes hypothétiques évoquées : surconsommation par une infection virale sévère, apport protéique insuffisant en méthionine. L'idée de « médicaments à forte charge de démétylation » (IMAO, certains antidépresseurs) épuisant spécifiquement le pool de SAM reste une hypothèse non démontrée, à ne pas présenter comme une cause établie.

Marqueur visible : ratio SAM/SAH abaissé, non disponible en routine clinique.

Signal d'alerte : bilan standard normal, profil invisible sans dosage spécialisé.

Deux profils de sous-méthylation : HCY haute versus SAM basse à HCY normale Deux profils de sous-méthylation Profil 1 — HCY haute Recyclage HCY → Méthionine bloqué Déficit B12 / folate / MTHFR C677T → HCY ↑ visible au bilan sanguin SAM secondairement basse ✓ Détectable en routine Profil 2 — HCY normale, SAM basse SAM épuisée par surconsommation Hypothèses : virus, déficit méthionine → HCY normale — bilan standard muet Ratio SAM/SAH abaissé ✗ Invisible sans dosage spécialisé

Figure 1. Les deux profils de sous-méthylation ont des mécanismes, des marqueurs et des conséquences différents. Un bilan sanguin standard ne détecte que le profil 1.

⚠️ Piège de lecture fréquent

Une homocystéine dans les normes ne permet pas de conclure que le cycle de méthylation fonctionne correctement. Seul le profil 1 est accessible par un bilan courant ; aucune donnée démontrée dans le Covid long ne permet d'affirmer que les deux profils coexistent ou se succèdent chez une même personne.

Les données dans le Covid long

🟠 Synthèse éditoriale – données indirectes ou hétérogènes

En 2023, Oner et al. ont mesuré, dans le Journal of Personalized Medicine, l'homocystéine et la cognition chez des personnes en récupération de Covid-19.[5] La population n'est pas un Covid long caractérisé : c'est la limite principale de cette donnée. L'étude incluait 62 personnes au moins 3 mois après une RT-PCR positive, et 64 témoins. Tous les cas sévères (réanimation) et les personnes avec antécédents de maladie chronique, tabagisme ou prise de folate étaient exclus, ce qui renforce la spécificité du signal.

La bonne question n’est pas si tout est normal, mais ce que les données ne montrent pas encore.

Résultats : l'homocystéinémie moyenne était de 19,1 µmol/L dans le groupe post-COVID versus 11,3 µmol/L chez les témoins (p < 0,001). Les scores cognitifs MoCA étaient significativement abaissés chez les personnes post-COVID (20,8 versus 24,3). La corrélation entre homocystéine et score cognitif était forte et négative : r = −0,705, p < 0,001, mais cette relation était également retrouvée chez les témoins (B = −0,423, p < 0,001 dans leur groupe), ce qui signifie qu'elle n'est pas propre à l'état post-Covid.

L'étude donne elle-même deux valeurs de pente pour le groupe post-Covid (0,765 point de MoCA par µmol/L dans les résultats, 0,652 dans la discussion) : ce chiffre est donc à manier avec prudence.[5]

L'absence d'association entre le temps écoulé depuis la PCR positive et le score MoCA a été relevée par les auteurs ; elle ne prouve pas pour autant une persistance longitudinale de l'hyperhomocystéinémie, faute de mesures répétées dans le temps chez les mêmes personnes. Il s'agit d'une étude transversale, sur une population « au moins 3 mois après PCR positive » et non un Covid long phénotypé selon des critères cliniques standardisés : elle fournit surtout un signal exploratoire à répliquer, pas la démonstration d'un biomarqueur du Covid long.

Ces données observationnelles convergent avec les données antérieures sur l'EM/SFC : dans une étude de 1997 menée chez 12 femmes répondant à la fois aux critères de fibromyalgie et d'EM/SFC, toutes présentaient une homocystéine élevée dans le liquide céphalorachidien (LCR), avec des valeurs sanguines généralement normales, et ce niveau était corrélé à la fatiguabilité évaluée sur échelle standardisée.[4] La dissociation sang/LCR est un rappel que le bilan sanguin ne reflète pas toujours la situation au niveau du système nerveux central.

Des symptômes en miroir avec la carence B12

🟠 Synthèse éditoriale – données indirectes ou hétérogènes

McCaddon et Regland ont proposé en 2021, dans un article d'hypothèse, que les symptômes du Covid long recoupent ceux de la carence sévère en B12 (anémie de Biermer) et pourraient relever d'une même perturbation du métabolisme des groupements méthyle.[1] L'hypothèse n'a pas été testée depuis.

Une explication utile simplifie sans trahir ce que le corps essaie de montrer.
SymptômeCarence B12 sévèreCovid long (6 mois)
Fatigue persistante87 %34 %
Troubles de la mémoire78 %31 %
Perturbations du sommeil87 %26 %
Engourdissements / fourmillements66 %18 %
Dépression45 %26 %
Vertiges59 %12 %

Ce tableau ne démontre pas une causalité, il souligne une analogie biochimique qui légitime l'exploration du cycle de méthylation dans le Covid long.

Le rôle du polymorphisme MTHFR C677T

🟠 Synthèse éditoriale – données indirectes ou hétérogènes MTHFR C677T – capacité de reméthylation selon le génotype Capacité de reméthylation selon le génotype MTHFR Porteur CC ou CT MTHFR active à 60–100 % → HCY correctement reméthylée → Homocystéinémie normale ✓ Plus résistant au stress infectieux Porteur TT (homozygote) MTHFR active à ~30 % → HCY s'accumule plus facilement → Hyperhomocystéinémie possible ⚠ Fragilité accrue en contexte infectieux

Figure 2. Le polymorphisme MTHFR C677T est un modulateur de vulnérabilité : pas une pathologie en soi, mais un facteur qui abaisse le seuil de décompensation.

Le bon modèle n’écrase pas la complexité : il aide à relier les indices sans transformer une piste en certitude.

La MTHFR est l'enzyme qui fabrique la forme active du folate indispensable à la reméthylation de l'homocystéine. Le variant homozygote TT (10 à 25 % de la population selon l'origine) réduit l'activité enzymatique de 70 %. Ce polymorphisme n'est pas pathologique en lui-même : la plupart des porteurs sont asymptomatiques s'ils maintiennent un bon statut en B12 et folate. En revanche, en contexte de stress métabolique (infection, médicaments à forte charge de démétylation), il abaisse le seuil de décompensation.

Un point clinique souvent ignoré concerne la forme de folate à supplémenter. L'acide folique synthétique doit d'abord être converti en 5-méthylTHF actif par la MTHFR, et le variant homozygote TT réduit cette activité enzymatique. Pour autant, un porteur TT reste capable de métaboliser l'acide folique : à apport identique, ses concentrations sanguines de folate sont en moyenne seulement modérément plus basses, et une supplémentation en acide folique augmente le folate circulant indépendamment du génotype.

Sur une base biochimique, le méthylfolate (5-méthylTHF) est parfois proposé pour contourner l'étape MTHFR, mais il n'existe pas de recommandation clinique générale imposant le 5-MTHF chez les porteurs de variants MTHFR communs. Il s'agit d'une inférence mécanistique : l'étude disponible chez ME/fibromyalgie a utilisé de l'acide folique oral, à des doses ajustées au génotype, et non du méthylfolate.[3] Aucun essai n'a comparé les deux formes dans cette population.

👁️ L'œil du Docteur en pharmacie

Le profil 2 (SAM basse, HCY normale), modèle pédagogique et non classification clinique validée, correspond à une situation hypothétique qui retient mon attention en nutrithérapie : un apport protéique insuffisant en méthionine pourrait réduire la disponibilité en SAM en amont, indépendamment de toute anomalie du recyclage. L'hypothèse selon laquelle certains médicaments (IMAO, certains antidépresseurs) épuiseraient spécifiquement le pool de SAM par une « forte charge de déméthylation » reste, elle, non démontrée et ne doit pas être présentée comme une cause établie.

Deux cofacteurs sont souvent absents du raisonnement clinique sur l'homocystéine. La vitamine B6 (sous forme de pyridoxal-5-phosphate, PLP) est le cofacteur obligatoire de la cystathionine β-synthase (CBS) et de la cystathionine γ-lyase (CSE), les deux enzymes de la voie de transsulfuration qui élimine l'homocystéine vers la cystéine et le glutathion. Un déficit en B6 ralentit cette voie : la CSE perd son activité bien avant la CBS, et c'est la cystathionine, en aval de l'homocystéine, qui s'accumule.[8] L'effet sur l'homocystéine elle-même est plus modeste qu'on ne le suppose souvent : l'étape qui la consomme est celle qui résiste le mieux à la carence.

La choline — et son dérivé la bétaïne — alimentent une seconde voie de reméthylation de l'homocystéine en méthionine, entièrement indépendante de MTHFR et de la B12 : la voie BHMT (bétaïne-homocystéine méthyltransférase). Cette voie est active principalement dans le foie et les reins. Un apport insuffisant en choline (oeufs, foie, légumineuses) peut donc contribuer à une hyperhomocystéinémie, même chez une personne ayant un génotype MTHFR favorable et des apports normaux en B12 et folate.[9]

La SAMe orale (S-adénosylméthionine supplémentée) est parfois proposée dans ce contexte, en tant que produit terminal du cycle de méthylation. Son effet sur les taux plasmatiques de 5-MTHF (le cofacteur situé en amont, nécessaire à la réméthylation elle-même) n'est pas établi par la littérature disponible à ce jour ; son usage reste expérimental dans le Covid long, hors contexte validé. Ce mécanisme est détaillé dans le contexte de la nicotine transdermique : Pourquoi la nicotine seule ne suffit pas toujours : choline, tyrosine et méthylation.

Ce que doser en pratique, et ses limites

🟠 Synthèse éditoriale – données indirectes ou hétérogènes
  • Homocystéinémie totale : norme habituelle : <12 µmol/L. Un résultat élevé oriente vers le Profil 1. Un résultat normal n'exclut pas le Profil 2.
  • Vitamine B12 totale sérique : dépistage global. Valeur limitée seule : mesure toutes les formes circulantes, y compris les formes inactives.
  • Folate érythrocytaire : reflet du statut en folate sur 2 à 3 mois. Plus informatif que le folate sérique.
  • Vitamine B6 (pyridoxal-5-phosphate), cofacteur de la transsulfuration via CBS et CSE. Souvent oublié alors qu'il conditionne la deuxième voie d'élimination de l'HCY.
  • Choline / bétaïne alimentaires, évaluation des apports via l'anamnèse (œufs, foie, légumineuses). Pas de dosage sanguin standardisé en routine, mais un apport insuffisant peut maintenir une HCY élevée malgré un statut B12/folate correct.

À discuter avec votre médecin : holo-transcobalamine (HoloTC), acide méthylmalonique (AMM), génotypage MTHFR C677T. Le ratio SAM/SAH n'est pas disponible en routine clinique en France.

Ce qui compte n’est pas de tout réduire, mais de mieux hiérarchiser les signaux.

Ce cycle de méthylation dépendant des vitamines B est aussi au cœur du vieillissement épigénétique accéléré observé dans le Covid long, une connexion documentée par les horloges épigénétiques.

📸 Une prise de sang est une photographie, pas un film

L'homocystéinémie fluctue selon le moment du prélèvement, l'alimentation des jours précédents, le niveau de stress, la saison (apports en folate variables) et les éventuelles prises médicamenteuses récentes. Un résultat unique, prélevé un matin à jeun après une semaine de mauvaise alimentation, ne dit pas la même chose qu'un résultat prélevé dans des conditions stables.

C'est pourquoi une valeur limite doit toujours être contextualisée : et si nécessaire, recontrôlée à distance. L'interprétation compte autant que la mesure.

Valeurs d'homocystéine – normes laboratoire, seuils recommandés et données Covid long Homocystéinémie — normes et valeurs de référence Optimal Normal Limite Modérément ↑ Élevée 0 10 15 20 30 >30 µmol/L Norme labo Cible prévention Cible prévention cardiovasculaire < 10 µmol/L (recommandation ESC / nutrition fonctionnelle) Norme laboratoire standard 5–15 µmol/L selon les laboratoires (seuil d'alerte variable : 12–15) Groupe Covid long (Oner 2023) Moyenne : 19,1 µmol/L vs 11,3 chez les témoins Hyperhomocystéinémie modérée 16–30 µmol/L · Sévère : >100 µmol/L (homocystinurie)

Figure 3. Échelle de l'homocystéinémie. La norme laboratoire (5–15 µmol/L) est plus permissive que la cible de prévention fonctionnelle (<10 µmol/L). La moyenne observée dans le Covid long (19 µmol/L) se situe dans la zone modérément élevée.

⚠️ Ce que ce bilan ne dit pas, et le biais des RCT

Trois grandes études contrôlées randomisées (VISP, NORVIT, HOPE-2) ont montré qu'une supplémentation combinant B12, folate et déjà vitamine B6 abaisse bien l'homocystéinémie, sans réduire clairement le risque cardiovasculaire composite en prévention secondaire.[7] Nuance : HOPE-2 n'a pas réduit son critère composite principal, mais le nombre d'AVC était inférieur dans le groupe actif.

Cela rappelle surtout qu'une association entre homocystéine élevée et risque vasculaire ne signifie pas qu'abaisser ce marqueur suffit à corriger le mécanisme causal sous-jacent.

Le cycle de méthylation implique aussi la choline/bétaïne (qui alimente une voie de reméthylation parallèle, indépendante de MTHFR, via l'enzyme BHMT[9]), non incluse dans ces protocoles : c'est une voie biochimique réelle, mais son ajout à une supplémentation B12/folate/B6 n'a pas été démontré comme susceptible de modifier ces résultats cliniques. Ces essais ne répondaient de toute façon pas à la question du Covid long et n'évaluaient pas une stratégie guidée par une carence documentée.

L'homocystéine reste probablement un marqueur de dysfonction métabolique complexe, pas une cible thérapeutique isolée.

Le rôle de la choline dans ce cycle — et ses implications pour la fatigue chronique — est développé dans : Choline et fatigue chronique : le nutriment oublié qui conditionne tout le reste.

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⚠️ Homocystéine : marqueur utile mais non spécifique. Une valeur élevée oriente vers le cycle B9/B12/B6, la fonction rénale, la thyroïde ou certains médicaments ; elle ne justifie pas seule une supplémentation intensive en méthyldonneurs.

🧩 Ce que l'on sait, et ce que l'on ne sait pas encore

Il est établi que les protéines virales nsp14 et nsp16 de SARS-CoV-2 utilisent la SAM comme donneur de méthyle pour coiffer l'ARN viral : ce mécanisme moléculaire est démontré. Il n'est en revanche pas démontré que cette consommation virale déplète significativement le pool de SAM de l'hôte in vivo, crée un déficit systémique durable en donneurs de méthyle, ou explique le Covid long.

Une petite étude transversale a observé une association entre homocystéinémie plus élevée et scores cognitifs plus bas chez des personnes post-Covid, mais cette association existait aussi chez les témoins de l'étude et ne permet pas d'établir un mécanisme causal spécifique au Covid long. Le polymorphisme MTHFR C677T module par ailleurs l'activité enzymatique de reméthylation et peut influencer les concentrations d'homocystéine, surtout en cas de statut en folates faible.

Ce qui reste incertain : la supplémentation en B12/folate/B6 n'a pas démontré de réduction claire du risque cardiovasculaire composite en prévention secondaire, ce qui rappelle qu'une association entre homocystéine et risque vasculaire ne signifie pas qu'abaisser ce marqueur corrige le mécanisme causal ; la voie choline/bétaïne, non testée dans ces essais, n'a pas démontré pouvoir modifier ce résultat.

Aucun essai contrôlé randomisé n'évalue à ce jour une supplémentation guidée par le profil 2 dans le Covid long ou l'EM/SFC, qui reste un modèle pédagogique et non une classification clinique validée, ni explorable en routine. L'homocystéine doit être interprétée comme un signal parmi d'autres, pas comme une cible thérapeutique autonome.

Ce qu'il faut retenir

L'homocystéine est un marqueur biologique de la méthylation, rarement prescrit en routine mais particulièrement informatif dans le Covid long et la fatigue chronique. Des valeurs élevées reflètent un déficit en cofacteurs (B9, B12, B6) et sont associées à une inflammation endothéliale et une perturbation des neurotransmetteurs.

À retenir : Une homocystéine élevée n’est pas seulement un marqueur cardiovasculaire. Elle perturbe directement la méthylation cérébrale : et donc la disponibilité en neurotransmetteurs essentiels à la cognition, à l’humeur et à l’énergie.

Demander un dosage de l'homocystéine lors d'un bilan de suivi est une question simple qui peut ouvrir une piste thérapeutique concrète. Un marqueur qui coûte 5 euros peut changer l'orientation d'une prise en charge.

À retenir en pratique

Si vous demandez un dosage d'homocystéine, interprétez-le avec le contexte : B12, folates, B6, fonction rénale, TSH, médicaments, alimentation, antécédents cardiovasculaires et symptômes cognitifs. Une valeur isolée ne suffit pas à décider d'une supplémentation intensive.

Le résultat utile est une discussion médicale structurée : faut-il compléter le bilan, corriger une carence documentée, rechercher une cause associée ou simplement surveiller l'évolution dans le temps.

Questions fréquentes

Peut-on avoir une sous-méthylation avec une homocystéine normale ?

C'est une hypothèse, appelée ici Profil 2 à visée pédagogique, pas une classification clinique validée. Si la SAM était épuisée par une surconsommation (charge virale, apport insuffisant en méthionine) sans que le recyclage de l'homocystéine soit bloqué, l'HCY resterait normale alors que le pool de méthyldonneurs serait bas. Le ratio SAM/SAH peut être étudié par LC-MS/MS en contexte spécialisé ou de recherche, sans seuil diagnostique validé pour le Covid long, et ce dosage n'est pas disponible en routine clinique en France.

Est-ce que supplémenter en B12 et folate réduit le risque cardiovasculaire si l'homocystéine est élevée ?

Non démontré en prévention secondaire. Les essais VISP (2004), NORVIT (2006) et HOPE-2 (2006) incluaient déjà la vitamine B6 en plus de la B12 et du folate, et ont montré que cette supplémentation baisse l'homocystéinémie sans réduire clairement le risque cardiovasculaire composite (HOPE-2 n'a pas réduit son critère composite principal, mais le nombre d'AVC était inférieur dans le groupe actif).

Cela rappelle qu'une association entre homocystéine et risque vasculaire ne signifie pas qu'abaisser ce marqueur suffit à corriger le mécanisme causal. La choline/bétaïne (voie BHMT de reméthylation indépendante de MTHFR) n'était pas incluse dans ces protocoles, mais son ajout n'a pas été démontré comme susceptible de modifier ces résultats cliniques ; ces essais ne répondaient de toute façon pas à la question du Covid long. En revanche, dans les formes sévères génétiques (homocystinurie par déficit CBS), la supplémentation multivitaminique est bien efficace.

Comment interpréter une homocystéine à 14 µmol/L ?

C'est une zone limite (norme habituelle <12 µmol/L, parfois jusqu'à 15 selon les laboratoires). À ce niveau, le contexte est décisif : antécédents d'infection virale sévère, symptômes de brouillard mental ou de fatigue persistante, statut en B12 et folate, éventuel polymorphisme MTHFR connu. Une valeur limite avec un tableau clinique compatible mérite une exploration complémentaire encadrée médicalement.

Sources

  1. McCaddon A, Regland B. COVID-19: A methyl-group assault? Medical Hypotheses. 2021;149:110543. PubMed PMID 33657459 · DOI
  2. Martinez Juarez D et al. Endothelial Dysfunction in a Patient With Post-COVID-19 Syndrome and Mutation of the MTHFR Gene and Prothrombin II. Cureus. 2025;17(9):e92056. PubMed PMID 41080329 · DOI
  3. Regland B et al. Response to vitamin B12 and folic acid in myalgic encephalomyelitis and fibromyalgia. PLoS One. 2015;10(4):e0124648. PubMed PMID 25902009 · DOI
  4. Regland B et al. Increased concentrations of homocysteine in the cerebrospinal fluid in patients with fibromyalgia and chronic fatigue syndrome. Scand J Rheumatol. 1997;26(4):301-7. PubMed PMID 9310111 · DOI
  5. Oner P, Yilmaz S, Dogan S. High Homocysteine Levels Are Associated with Cognitive Impairment in Patients Who Recovered from COVID-19 in the Long Term. J Pers Med. 2023;13(3):503. PubMed PMID 36983685 · DOI
  6. Référence retirée : la citation initiale (Dr.Oracle Medical Advisory Board, réponse générée par IA, droracle.ai, 2025) soutenait une affirmation ("la SAMe orale augmente les taux plasmatiques de 5-MTHF") non retrouvée dans la littérature PubMed et biochimiquement discutable (le 5-MTHF est le cofacteur situé en amont de la réméthylation, la SAMe en est le produit terminal en aval) ; l'affirmation a été retirée du texte (vit-S713).
  7. Galera O et al. Homocystéine et risque cardiovasculaire. La Revue du Praticien Médecine Générale. 2011;24(833):31. [Synthèse des essais VISP, NORVIT, HOPE-2, non indexée PubMed], Conclusion corroborée par une méta-analyse indexée PubMed portant sur 16 essais randomisés (44 841 patients) : Zhou YH, Tang JY, Wu MJ et al. "Effect of folic acid supplementation on cardiovascular outcomes: a systematic review and meta-analysis." PLoS ONE. 2011;6(9):e25142. PMID 21980387 (vit-S713, source complémentaire).
  8. Gregory JF et al. Vitamin B6 nutritional status and cellular availability of pyridoxal 5'-phosphate govern the function of the transsulfuration pathway's canonical reactions and hydrogen sulfide production via side reactions. Biochimie. 2016;126:21-26. PubMed PMID 26765812 · DOI
  9. Yeroshkina K et al. Betaine consumption as a new clinical approach to treatment and prophylaxis of folate-related pathologies. Nutrition Reviews. 2023;81(6):716-726. PubMed PMID 36164833 · DOI
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