Zinc

Cofacteur immunitaire, neuronal et anti-inflammatoire

Oligo-éléments Preuves modérées Immunité Inflammation Sommeil Suppléments

Dr Rémy Honoré — Docteur en pharmacie · Mis à jour le 14/05/2026 · 12 sources PubMed

En bref
L'essentiel en une phrase

Le zinc est un oligo-élément essentiel dont la carence altère l'immunité, le sommeil et l'équilibre neuropsychiatrique ; la supplémentation sous forme de bisglycinate montre des bénéfices documentés sur les infections respiratoires et la qualité du sommeil, avec une surveillance du cuivre recommandée au-delà de 25 mg/jour.

Famille Oligo-élément essentiel
Mécanisme clé Cofacteur 300+ métalloenzymes, immunité innée/adaptative
Indication principale Immunité, infections respiratoires
Forme recommandée Bisglycinate de zinc

Mécanisme d'action

Mécanisme bien établi
Rôles du zinc dans l'immunité innée et adaptative Zinc — Rôles dans l'immunité Zn²⁺ cofacteur Immunité innée NK · Neutrophiles · Interférons Immunité adaptative Thymuline · Lymphocytes T Barrière épithéliale Jonctions serrées intestin/poumon Anti-inflammatoire Inhibition NF-κB · ↓ CRP · ↓ IL-6 Neurotransmission NMDA/GABA

Le zinc intervient simultanément dans l'immunité innée, l'immunité adaptative, le maintien des barrières épithéliales et la modulation de l'inflammation systémique.

Données cliniques

Données encourageantes, à consolider
Immunité et infections respiratoires
Sommeil
Douleur et analgésie
Troubles neuropsychiatriques et neurodéveloppementaux
Maladies chroniques : Covid long et SFC/EM
Autres indications documentées

Dosages et formes

Pratique clinique / consensus d'experts
Comparaison des formes de zinc disponibles
Forme Zinc élément Biodisponibilité Tolérance dig. Usage principal
Bisglycinate~20 %ÉlevéeExcellente1er choix — supplémentation au long cours
Picolinate~21 %ÉlevéeBonneAlternative au bisglycinate
Citrate~31 %Modérée-bonneBonneBon rapport qualité/prix
Gluconate~14 %ModéréeBonnePastilles rhume, usage court
Acétate~30 %ModéréeModéréePastilles rhume, usage hospitalier
HistidinevariableBonneBonneUsage hépatologique (Japon)
Sulfate~23 %ModéréeMédiocreUsage hospitalier, peu en complément
Oxyde~80 %FaibleMédiocreÀ éviter en supplémentation orale
En pratique — quel choix ?
  • 1er choix général : bisglycinate de zinc 15-25 mg/jour (zinc élément), au repas, bonne tolérance
  • Pour les infections aiguës : gluconate ou acétate en pastilles, 75 mg/jour (zinc élément) sur 5-7 jours max
  • Budget limité : citrate de zinc, bon compromis biodisponibilité/prix
  • À éviter : oxyde de zinc en supplémentation orale (biodisponibilité très faible)
  • AJR (EFSA) : 9,4-16,3 mg/jour selon apports en phytates · Limite supérieure : 25 mg/jour
Biodisponibilité relative des principales formes de zinc Biodisponibilité relative des formes de zinc Bisglycinate Élevée Picolinate Élevée Citrate Modérée-bonne Gluconate Modérée Sulfate Modérée Oxyde Faible Biodisponibilité relative (représentation schématique, pas d'échelle absolue)

Le bisglycinate et le picolinate offrent la meilleure biodisponibilité. L'oxyde de zinc, malgré une teneur élevée en zinc élément, est peu absorbé.

Précautions

⚠️ Risque principal : la supplémentation prolongée en zinc (>25 mg/jour pendant plus de 6 semaines) peut induire une carence en cuivre par compétition d'absorption intestinale. Un bilan cuivre sérique est recommandé en cas de supplémentation prolongée.
① Contre-indications absolues
  1. Hypersensibilité connue au zinc ou à l'un des excipients de la spécialité.
② Interactions médicamenteuses à surveiller
  1. Antibiotiques (tétracyclines, fluoroquinolones) : le zinc forme des complexes insolubles réduisant l'absorption de l'antibiotique. Espacer de 2 heures minimum.
  2. D-pénicillamine : le zinc réduit l'absorption de la D-pénicillamine. Espacer de 2 heures.
  3. Fer : compétition d'absorption mutuelle. Ne pas prendre au même moment (espacer de 2 heures).
  4. Cuivre : le zinc induit la métallothionéine intestinale qui séquestre le cuivre. Surveiller le cuivre sérique si zinc >25 mg/jour pendant plus de 6 semaines.
③ Précautions générales
  1. Grossesse et allaitement : pas de contre-indication aux doses nutritionnelles (11-12 mg/jour). Ne pas dépasser 25 mg/jour sans avis médical.
  2. Tolérance digestive : nausées possibles à jeun. Prendre au repas.
  3. Insuffisance rénale : adapter la dose si DFG <30 mL/min. PMID 41651464
  4. Limite supérieure EFSA : 25 mg/jour chez l'adulte (zinc élément). Au-delà, surveillance biologique recommandée.

Sources alimentaires

Mécanisme bien établi
Teneur en zinc de quelques aliments courants (pour 100 g)
Aliment Zinc (mg/100 g) Remarque
Huître crue16-40Source la plus concentrée
Foie de veau8-12Bonne biodisponibilité (hème)
Bœuf (viande rouge)4-7Source quotidienne majeure
Graines de courge7-8Phytates ↓ biodisponibilité
Crabe, homard4-6Fruits de mer en général
Fromage (emmental, comté)3-5Variable selon le fromage
Lentilles cuites1,3Trempage réduit les phytates
Noix de cajou5,6Phytates présents

Facteurs réduisant l'absorption : les phytates (céréales complètes, légumineuses non trempées), le calcium à haute dose et le fer pris simultanément diminuent l'absorption du zinc. Le trempage, la fermentation et la germination réduisent la teneur en phytates.

Suivi biologique : le zinc sérique est le marqueur le plus utilisé (norme : 10-18 µmol/L ou 0,65-1,18 mg/L), mais il est peu sensible en cas de carence marginale. Le zinc érythrocytaire ou le zinc plasmatique à jeun sont plus fiables. Contexte inflammatoire → redistribution du zinc vers le foie (zinc sérique faussement bas).

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Synthèse

Points cliniques clés

  • Le zinc est un cofacteur indispensable de plus de 300 enzymes, avec un rôle bien établi dans l'immunité, la neurotransmission et l'intégrité des barrières épithéliales.
  • Les données les plus solides concernent la réduction de la durée des infections respiratoires chez l'enfant (méta-analyse) et l'amélioration de la qualité du sommeil (revue systématique de RCTs).
  • L'association entre un statut bas en zinc et la dépression est documentée par méta-analyse, sans que la causalité ou l'efficacité de la supplémentation soient établies par RCT de grande taille.
  • Les données sur le Covid long, la fatigue chronique et les troubles neurodéveloppementaux restent préliminaires : associations observationnelles ou essais combinant le zinc à d'autres composés.
  • Le bisglycinate de zinc est la forme la mieux tolérée pour un usage au long cours, à des doses de 15-25 mg/jour (zinc élément).
  • Le risque principal est la carence en cuivre induite, nécessitant une surveillance biologique si la supplémentation dépasse 25 mg/jour pendant plus de 6 semaines.
Ce que le zinc n'est probablement pas
  • Un traitement du rhume : les pastilles de zinc réduisent la durée des symptômes (données modérées), mais n'empêchent pas l'infection. La supplémentation préventive au long cours n'a pas démontré de bénéfice significatif chez l'adulte non carencé.
  • Un antidépresseur : l'association zinc bas / dépression est robuste, mais aucun RCT de taille suffisante ne démontre que la supplémentation en zinc seul traite un épisode dépressif majeur.
  • Un traitement de l'autisme ou du TDAH : les déficits observés sont des associations statistiques. La supplémentation systématique sans dosage préalable n'est pas justifiée par les données actuelles.
  • Un substitut au cuivre : zinc et cuivre sont en compétition d'absorption. Supplémenter l'un sans surveiller l'autre est une erreur fréquente, surtout au-delà de 25 mg/jour.
Infections respiratoires enfant
Fort Méta-analyse : -47 % durée
Qualité du sommeil
Modéré Revue systématique 8 RCTs : amélioration significative
Dépression — association
Modéré Méta-analyse 16 études : zinc sérique bas dans MDD
TDAH / TSA
Préliminaire Déficits observés, pas d'effet isolé démontré
Covid long / SFC-EM
Préliminaire Zinc non isolé dans les essais disponibles
Insuffisance rénale chronique
Modéré Méta-analyse 41 RCTs : amélioration zinc/albumine/HDL
Sources
  1. Abioye AI et al. Effect of micronutrient supplements on influenza and other respiratory tract infections among adults: a systematic review and meta-analysis. BMJ Glob Health. 2021;6(1):e003176. PMID 33472840
  2. Vlieg-Boerstra BJ et al. Nutrients and infectious respiratory tract diseases in children: a narrative review. Nutrients. 2021;13. PMID 34626488
  3. Corrao S et al. Does evidence exist to blunt inflammatory response by nutraceutical supplementation during COVID-19 pandemic? Nutrients. 2021;13(4):1261. PMID 33921297
  4. Davarinejad O et al. Serum levels of zinc, iron, and copper in patients with major depressive disorder: a systematic review and meta-analysis. Rev Environ Health. 2025. PMID 41263185
  5. Jazinaki MS et al. The effect of zinc supplementation on sleep quality: a systematic review. Health Sci Rep. 2024;7(8):e2330. PMID 39377022
  6. Robinette LM et al. Zinc supplementation and the biological antioxidant potential in children with ADHD: secondary analysis of the MADDY trial. Biol Trace Elem Res. 2026. PMID 41776068
  7. Bachir H et al. Urinary zinc and copper levels in children with autism spectrum disorder. Biol Trace Elem Res. 2026. PMID 42090109
  8. Skalny AV et al. Zinc and gut microbiota in health and gastrointestinal disease under the COVID-19 pandemic. Int J Mol Sci. 2021;22(20):11338. PMID 34884881
  9. Ranisavljev M et al. Synbiotic and zinc supplementation in post-COVID ME/CFS. Eur J Nutr. 2024. PMID 39592468
  10. Barnish M et al. Nutrient therapy for the management of fatigue in fibromyalgia, ME/CFS and long COVID. Nutrients. 2023;15(9):2005. PMID 37432282
  11. Uchida M et al. Switching from zinc acetate to zinc histidine: serum zinc and copper. Hepatol Res. 2026. PMID 41999144
  12. Tan KL et al. Effects of zinc supplementation in chronic kidney disease: a systematic review and meta-analysis. Nutr Rev. 2026. PMID 41651464