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Covid long et mitochondries : pourquoi vos cellules immunitaires n'arrivent plus à produire de l'énergie

Des chercheurs ont mesuré pour la première fois la respiration mitochondriale de monocytes isolés chez des personnes atteintes de Covid long. Le résultat : une production d'ATP effondrée, un ADN mitochondrial endommagé, et une vulnérabilité au stress oxydatif que la protéine Spike seule ne reproduit pas.

🎯 Cet article est pour vous si

Vous vivez avec un Covid long et vous cherchez à comprendre pourquoi votre fatigue persiste malgré des bilans sanguins « normaux ». Vous avez entendu parler de dysfonction mitochondriale mais vous ne savez pas ce que cela signifie concrètement pour vos cellules immunitaires. Cet article décrypte les mécanismes bioénergétiques documentés à ce jour et ce qu'ils impliquent pour la recherche de solutions.

L'essentiel en 30 secondes
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Respiration effondrée

Les monocytes CD14+ de patients Covid long produisent 3 fois moins d'ATP que les témoins sains au repos.

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ADN mitochondrial endommagé

Le nombre de copies d'ADN mitochondrial est réduit de 80 %, avec des régions spécifiques structurellement altérées.

Réserve énergétique épuisée

La capacité respiratoire de réserve — la marge de manœuvre face au stress — est réduite de 70 % sous pression oxydative.

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Spike ≠ cause directe

L'exposition in vitro à la protéine Spike ne reproduit pas le défaut. Le problème semble venir de la réponse immunitaire de l'hôte.

📖 Glossaire bilingue des termes clés
  • Monocyte CD14+ (CD14+ monocyte) — cellule immunitaire innée circulante, première ligne de défense contre les infections
  • Respiration basale (basal respiration) — consommation d'oxygène au repos, reflet de la production d'ATP courante
  • Capacité respiratoire de réserve (spare respiratory capacity) — marge entre la respiration normale et la respiration maximale en cas de stress
  • Fuite de protons (proton leak) — passage de protons à travers la membrane mitochondriale sans production d'ATP, source de chaleur et d'inefficacité
  • TMRE (Tetramethylrhodamine ethyl ester) — marqueur fluorescent du potentiel de membrane mitochondriale
  • ADNmt (mtDNA) — ADN mitochondrial, génome propre de la mitochondrie, vulnérable au stress oxydatif
  • Seahorse XF — analyseur de flux extracellulaire mesurant la respiration cellulaire en temps réel
  • BSO (buthionine sulfoximine) — molécule qui épuise le glutathion intracellulaire pour simuler un stress oxydatif
  • CoQ10 (coenzyme Q10) — cofacteur lipophile de la chaîne respiratoire mitochondriale, transporteur d'électrons entre les complexes I/II et III

1. Les monocytes CD14+ : des sentinelles qui ont besoin d'énergie

🟢 Biologie établie — immunologie cellulaire

Les monocytes CD14+ sont les premières cellules immunitaires mobilisées lors d'une infection, et leur activité dépend directement de la production d'ATP par leurs mitochondries. Contrairement aux lymphocytes qui peuvent basculer sur la glycolyse anaérobie, les monocytes classiques (CD14+CD16−) s'appuient principalement sur la phosphorylation oxydative — la chaîne respiratoire mitochondriale — pour alimenter la phagocytose, la présentation d'antigènes et la production de cytokines.

Quand cette source d'énergie s'effondre, la cellule ne meurt pas immédiatement. Elle bascule dans un état intermédiaire : trop active pour s'éteindre, trop affaiblie pour mener une réponse efficace. Ce profil — un monocyte bloqué dans un état pro-inflammatoire de bas grade, incapable de résoudre l'inflammation — est exactement ce que plusieurs équipes ont observé dans le Covid long.

Précision importante : les monocytes circulants sont une fenêtre biologique — un échantillon accessible par prise de sang qui permet d'observer un dysfonctionnement cellulaire. Ce n'est pas une photographie de l'ensemble de l'organisme. Ce que l'on mesure dans les monocytes ne dit pas directement ce qui se passe dans le muscle, le cerveau ou le cœur. Mais c'est, à ce jour, l'un des rares signaux mesurables objectivement chez les patients Covid long dont les bilans sanguins standards reviennent normaux.

Jusqu'ici, la plupart des études avaient analysé les cellules mononucléées du sang périphérique (PBMC) en bloc, mélangeant lymphocytes, monocytes et cellules NK. Le problème : chaque type cellulaire a un profil métabolique différent. Tirer des conclusions sur les monocytes à partir d'un mélange revient à mesurer la consommation de carburant d'une voiture en faisant la moyenne d'un parking entier.

Pour comprendre la fatigue du Covid long, il fallait isoler les bonnes cellules. C'est ce qu'une équipe vient de faire.

2. Comment mesure-t-on la respiration d'une cellule ?

🟢 Méthode validée — respirométrie Seahorse XF

L'analyseur Seahorse XF mesure en temps réel la consommation d'oxygène d'une population cellulaire, permettant de quantifier chaque étape de la phosphorylation oxydative. Le principe repose sur un test de stress mitochondrial (Cell Mito Stress Test) qui injecte séquentiellement trois molécules pharmacologiques pour « découper » la respiration en composantes distinctes.

L'oligomycine bloque d'abord l'ATP synthase (complexe V), ce qui révèle la part de la respiration dédiée à la production d'ATP. Le FCCP découple ensuite la chaîne : les protons traversent la membrane librement, forçant la respiration à son maximum. La différence entre ce maximum et la respiration basale donne la capacité respiratoire de réserve — la marge de manœuvre dont la cellule dispose face à un stress. Enfin, la roténone et l'antimycine A bloquent les complexes I et III, éteignant complètement la chaîne pour mesurer la respiration non mitochondriale résiduelle.

Dans l'étude de Semo et al. (2025), les monocytes CD14+CD16− ont été isolés par sélection négative magnétique (MACS), avec une pureté de 98 %, chez 14 patients Covid long présentant des symptômes cardiovasculaires et 10 témoins sains appariés en âge[1]. C'est, à ce jour, la seule étude publiée ayant appliqué le protocole Seahorse complet sur des monocytes isolés dans le Covid long — et non sur un mélange PBMC.

Mesurer la respiration d'une cellule, c'est comme un test d'effort cardiaque — mais à l'échelle du micromètre.

3. Effondrement de la respiration basale et de la réserve

🟠 Signal fort — cohorte pilote n=24

Au repos, les monocytes des patients Covid long consomment trois fois moins d'oxygène que ceux des témoins sains : 9,5 vs 30,4 pmol/min (p = 0,0043). Cette différence, considérable en bioénergétique cellulaire, signifie que ces cellules immunitaires spécifiques produisent significativement moins d'ATP à l'état basal. Cela ne signifie pas que les mitochondries sont « cassées » — elles fonctionnent encore, mais à un régime très réduit, comme un moteur qui tourne au ralenti au lieu de monter en régime.

Mais le résultat le plus révélateur apparaît sous stress. Pour simuler une agression oxydative, les chercheurs ont utilisé la BSO (buthionine sulfoximine), une molécule qui épuise le glutathion intracellulaire — le principal antioxydant de la cellule. Sous cette pression, la capacité respiratoire de réserve des monocytes Covid long s'effondre : 9,9 vs 54 pmol/min chez les témoins (p = 0,0091). Autrement dit, les monocytes des patients ont perdu environ 70 % de leur marge de manœuvre énergétique face au stress.

Deux autres anomalies ressortent. La fuite de protons — le passage de protons à travers la membrane mitochondriale sans production d'ATP — est multipliée par un facteur 3 sous stress oxydatif chez les patients Covid long, contre un facteur 13 chez les témoins (p = 0,0294). Ce paradoxe apparent indique que la membrane mitochondriale des monocytes Covid long est structurellement rigide : elle ne s'adapte plus normalement à la demande. Par ailleurs, la production d'espèces réactives de l'oxygène (ROS) diminue de 6 % chez les patients au lieu d'augmenter comme attendu (p = 0,0015) — un signal d'une chaîne respiratoire qui ne fonctionne tout simplement plus assez pour générer le stress oxydatif physiologique normal.

💡 Que signifie « réserve respiratoire » au quotidien ?

Pour simplifier, imaginez la réserve respiratoire comme une batterie de téléphone. Dans les monocytes d'une personne en bonne santé, cette batterie démarre à environ 80 % de charge. Dans ceux d'une personne atteinte de Covid long, elle démarre à 25 %. Toute sollicitation supplémentaire — une infection, un effort, un stress — vide la batterie beaucoup plus vite. Ce mécanisme cellulaire pourrait constituer l'un des substrats biologiques du malaise post-effort (PEM), ce crash caractéristique qui survient 24 à 72 heures après un effort chez les patients Covid long et EM/SFC.

NB — Cette analogie porte sur les monocytes étudiés, pas sur l'ensemble des cellules du corps. Le lien direct entre ATP monocytaire et fatigue perçue reste une hypothèse à confirmer.

Le problème n'est pas que la cellule refuse de travailler. C'est qu'elle n'a plus les moyens de le faire.

4. L'ADN mitochondrial endommagé : la pièce manquante

🟠 Signal fort — qPCR sur 4 régions

Le nombre de copies d'ADN mitochondrial dans les monocytes des patients Covid long est réduit de 80 % par rapport aux témoins sains (p < 0,001), avec des régions spécifiques structurellement endommagées. L'ADN mitochondrial (ADNmt) est un petit génome circulaire propre à chaque mitochondrie, qui encode 13 sous-unités de la chaîne respiratoire. Contrairement à l'ADN nucléaire, il ne bénéficie pas de la protection des histones et dispose de mécanismes de réparation limités, ce qui le rend particulièrement vulnérable au stress oxydatif.

En analysant quatre régions distinctes de l'ADNmt par qPCR, l'équipe de Semo et al. a constaté que les régions C et D sont les plus touchées, avec une réduction de 75 % et 70 % respectivement (p < 0,05). Ces régions codent pour des sous-unités des complexes I, IV et V de la chaîne respiratoire — précisément les maillons dont dépend la production d'ATP.

Ce résultat relie directement les dommages génomiques mitochondriaux à la baisse fonctionnelle mesurée au Seahorse. Moins de copies d'ADNmt signifie moins de protéines respiratoires synthétisées, donc moins de complexes fonctionnels assemblés dans la membrane interne, donc moins d'ATP produit. C'est un cercle vicieux : la baisse de la chaîne respiratoire augmente la production de radicaux libres non maîtrisés, qui endommagent à leur tour l'ADNmt restant.

🟠 L'ADNmt circulant : un futur biomarqueur ?

Une étude indépendante (Szögi et al., 2024) a observé une réduction de l'ADNmt circulant libre (cell-free mtDNA) dans le plasma de patients Covid long, suggérant que ce paramètre pourrait devenir un biomarqueur sanguin accessible[7]. Cette piste reste au stade observationnel et nécessite une validation sur des cohortes plus larges.

Quand le génome de la centrale énergétique est endommagé, la réparation ne se fait pas en un jour.

5. La protéine Spike seule ne reproduit pas le défaut

🟠 Résultat négatif informatif — in vitro

Lorsque des monocytes sains sont exposés in vitro à la protéine Spike recombinante du SARS-CoV-2, le profil de dysfonction mitochondriale observé chez les patients Covid long n'est pas reproduit. C'est l'un des résultats les plus instructifs de l'étude Semo et al. : la respiration basale, la respiration maximale et la capacité de réserve restent normales sous exposition Spike. Seule l'efficacité de couplage sous stress BSO montre une différence significative modeste (p < 0,05).

Ce résultat oriente la réflexion. Si la toxicité directe de la Spike était la cause principale, on s'attendrait à retrouver le même profil respiratoire altéré sur des cellules saines exposées. Ce n'est pas le cas. Le dysfonctionnement semble plutôt être la conséquence d'une réponse immunitaire inadaptée de l'hôte — un remodelage métabolique et épigénétique des monocytes qui persiste bien après la clairance virale.

Cette observation est cohérente avec le concept d'« entraînement immunitaire inversé » (trained immunity), où une infection initiale reprogramme durablement le métabolisme des monocytes via des modifications épigénétiques. Au lieu de revenir à leur état de base après l'infection, les monocytes resteraient bloqués dans un phénotype pro-inflammatoire à faible capacité bioénergétique — un état qui s'auto-entretient.

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Ce résultat négatif sur la Spike est une donnée importante à garder en tête face aux discours simplificateurs qui attribuent tous les symptômes du Covid long à une « toxicité Spike persistante ». La réalité biologique est plus nuancée : le problème n'est probablement pas dans la protéine virale elle-même, mais dans ce que le système immunitaire fait — ou ne fait plus — après l'avoir rencontrée.

Le virus a posé le problème. Mais c'est le système immunitaire qui entretient la panne.

6. Convergence avec l'EM/SFC

🟠 Convergence documentée — revues 2024-2025

Les anomalies bioénergétiques décrites dans les monocytes de patients Covid long recoupent de manière frappante celles documentées dans l'encéphalomyélite myalgique / syndrome de fatigue chronique (EM/SFC). Plusieurs revues récentes soulignent cette convergence : production d'ATP réduite dans les cellules immunitaires, dysfonction mitochondriale mesurable, stress oxydatif chronique, et signature inflammatoire persistante[2][3].

Fan et al. (2025) documentent dans l'EM/SFC un tableau qui inclut la dérégulation immunitaire, le stress oxydatif, la dysfonction mitochondriale et la neuroinflammation — un profil qui ressemble à s'y méprendre à celui du Covid long[2]. Luo et al. (2025) proposent un modèle où l'inflammation chronique conduit à une altération mitochondriale dans les cellules immunitaires, qui perturbe à son tour le métabolisme musculaire et neuroendocrinien, créant un cercle d'auto-entretien[3].

Des travaux sur les vésicules extracellulaires après exercice chez des patients EM/SFC (Glass et al., 2025) montrent une régulation à la baisse des enzymes du cycle de Krebs, ce qui constitue un signal indirect de dysfonction mitochondriale mesurable en périphérie[5]. Scheibenbogen et Wirth (2024) complètent le tableau en documentant des dommages mitochondriaux dans le muscle squelettique de patients EM/SFC[6].

Cette convergence ne prouve pas que le Covid long et l'EM/SFC sont la même maladie. Elle suggère que ces deux conditions partagent des mécanismes bioénergétiques partiellement communs — ce que la littérature récente désigne sous le terme d'immunométabolisme : l'étude de la façon dont le métabolisme énergétique des cellules immunitaires (ici, la phosphorylation oxydative des monocytes) influence leur fonction et, en retour, l'état de l'organisme. Si la panne énergétique des monocytes contribue effectivement à entretenir l'inflammation chronique, elle pourrait constituer une cible thérapeutique commune aux deux conditions — mais cela reste à ce stade une hypothèse de travail, pas une certitude clinique.

Ce que vous ne pouvez pas voir sans suivi

La fatigue liée à la dysfonction mitochondriale ne se comporte pas comme une fatigue « normale ». Elle fluctue avec le stress, l'effort et les infections intercurrentes. Suivre vos ressentis au quotidien permet de repérer les schémas invisibles à l'œil nu.

Commencer le suivi
Covid long et EM/SFC ne sont pas la même maladie — mais les mitochondries de leurs cellules immunitaires semblent dysfonctionner de manière similaire.

7. Pistes thérapeutiques : ce qui est discuté, ce qui reste à prouver

🔴 Signal préliminaire — discussion d'auteurs, pas d'essai clinique

Plusieurs molécules ciblant la chaîne respiratoire mitochondriale sont évoquées dans la littérature comme pistes potentielles, mais aucune n'a fait l'objet d'un essai clinique randomisé spécifiquement dans le Covid long pour cette indication.

La coenzyme Q10 (CoQ10) est la piste la plus discutée. En tant que transporteur d'électrons entre les complexes I/II et III, elle est un maillon direct de la chaîne dont le dysfonctionnement est documenté. Semo et al. la citent dans leur discussion comme cible thérapeutique potentielle. Cependant, la démonstration qu'une supplémentation orale en CoQ10 atteint les monocytes circulants en concentration suffisante pour restaurer leur respiration mitochondriale reste à faire.

Le MitoQ — une forme de CoQ10 conjuguée à un cation lipophile pour améliorer la pénétration mitochondriale — est mentionné comme alternative pharmacocinétiquement plus favorable. Les inhibiteurs SGLT2 (empagliflozine, dapagliflozine), initialement développés pour le diabète de type 2, sont discutés pour leurs effets protecteurs mitochondriaux documentés dans le muscle cardiaque, ce qui présente un intérêt particulier pour les patients Covid long avec symptômes cardiovasculaires. Le SS-31 (elamipretide), un peptide qui stabilise la cardiolipine dans la membrane mitochondriale interne, est en essai clinique dans d'autres myopathies mitochondriales.

🟠 Prédisposition génétique mitochondriale ?

Hansen et al. (2025) ont réalisé un séquençage du génome entier chez 13 patients Covid long sévère et identifié des variants génétiques associés à la fonction mitochondriale et à la production d'ATP dans les PBMC[4]. Si cette observation se confirme, elle suggérerait que certaines personnes sont génétiquement plus vulnérables à la dysfonction mitochondriale post-infectieuse. Signal préliminaire, cohorte très petite.

Ce que cet article ne dit pas

Aucune de ces molécules n'est un « traitement du Covid long » validé. Les données disponibles justifient une exploration clinique rigoureuse, pas une automédication. Si vous souhaitez explorer les cofacteurs mitochondriaux avec un professionnel de santé, consultez notre article sur les cofacteurs de la chaîne respiratoire qui contextualise ces pistes et leur niveau de preuve.

La piste est tracée. Le chemin de la preuve reste à parcourir.

8. Ce que cela change pour le suivi

🟢 Implication pratique — suivi patient

Savoir que des anomalies bioénergétiques cellulaires mesurables ont été observées chez des patients Covid long change la façon dont vous pouvez aborder votre suivi médical et votre quotidien — même si le lien causal entre cette dysfonction monocytaire et la fatigue ressentie reste à établir formellement.

Premièrement, ces données justifient de ne pas se contenter d'un bilan sanguin standard. Les marqueurs conventionnels (NFS, CRP, ferritine) sont souvent normaux dans le Covid long précisément parce que le problème se situe à l'intérieur des cellules, pas dans le plasma. La VFC (variabilité de la fréquence cardiaque) et le suivi de la tolérance à l'effort restent les outils les plus accessibles pour objectiver les fluctuations bioénergétiques au quotidien.

Deuxièmement, le concept de capacité respiratoire de réserve réduite offre un cadre de lecture plausible pour le malaise post-effort (PEM). Si les monocytes des patients démarrent avec une réserve réduite de 70 %, toute demande supplémentaire — effort physique, stress émotionnel, infection intercurrente — pourrait les faire passer sous un seuil critique. Le pacing, dans cette hypothèse, ne serait pas un luxe mais une gestion du stock énergétique cellulaire. Cette interprétation reste à valider : le lien entre ATP monocytaire bas et sensation de fatigue à l'échelle de l'organisme n'est pas encore directement démontré.

🎯 Ce que vous pouvez faire cette semaine
  1. Notez votre énergie matin et soir. Le delta énergie matin/soir est un proxy accessible de votre capacité de réserve. Un écart qui se creuse signale un épuisement de la marge.
  2. Identifiez vos déclencheurs de crash. Si la batterie cellulaire est basse, savoir ce qui la vide plus vite est la première étape pour la protéger.
  3. Parlez-en à votre médecin. Mentionnez les données sur la dysfonction mitochondriale des monocytes. Si un dosage de CoQ10 sérique est envisagé, il doit être interprété dans son contexte clinique global.
Vos bilans standard sont normaux. Mais à l'échelle cellulaire, quelque chose a changé.
🧩 Ce que l'on sait — et ce que l'on ne sait pas encore

Ce que l'on sait : les monocytes CD14+ de patients atteints de Covid long présentent une respiration mitochondriale basale significativement réduite, une capacité de réserve effondrée sous stress oxydatif, un ADN mitochondrial appauvri de 80 %, et une fuite de protons anormale. Ces observations proviennent d'une seule étude pilote sur monocytes isolés (n = 24), mais elles sont cohérentes avec les données PBMC plus larges et les observations dans l'EM/SFC.

Ce que l'on ne sait pas encore : si ces anomalies sont réversibles spontanément avec le temps, si une supplémentation en cofacteurs mitochondriaux (CoQ10, MitoQ) atteint effectivement les monocytes circulants en concentration thérapeutique, si la dysfonction mitochondriale est une cause de la fatigue ou une conséquence d'un autre mécanisme en amont, et si ces résultats se reproduisent sur des cohortes plus larges avec des profils cliniques diversifiés. L'étude Semo et al. porte sur 14 patients avec symptômes cardiovasculaires — la généralisation au Covid long dans son ensemble reste à démontrer.

Limite structurelle : les monocytes circulants sont un modèle accessible, pas une preuve que la même dysfonction se produit dans tous les tissus. Le lien entre une production d'ATP réduite dans les monocytes du sang et la fatigue ressentie par le patient à l'échelle de l'organisme entier est une hypothèse mécanistique cohérente, pas un fait établi. D'autres types cellulaires (cellules musculaires, neurones, cellules endothéliales) pourraient — ou non — présenter des anomalies similaires.

Ce qu'il faut retenir

Pour la première fois, une étude a mesuré directement la respiration mitochondriale de monocytes CD14+ isolés chez des personnes atteintes de Covid long. Le constat est net : production d'ATP divisée par trois, capacité de réserve réduite de 70 %, ADN mitochondrial endommagé de 80 %. Ces cellules immunitaires spécifiques fonctionnent à la limite de leurs moyens, ce qui pourrait contribuer à expliquer pourquoi le système immunitaire reste coincé dans un état inflammatoire de bas grade.

La protéine Spike ne reproduit pas ce défaut in vitro, ce qui oriente vers une réponse de l'hôte inadaptée plutôt qu'une toxicité virale directe. Les pistes thérapeutiques existent — CoQ10, MitoQ, inhibiteurs SGLT2 — mais aucune n'est validée par un essai clinique dans cette indication. Ces données viennent d'une seule étude pilote sur 24 personnes. Elles tracent une direction, pas une certitude.

La fatigue du Covid long n'est pas « dans votre tête ». La science a identifié un signal biologique mesurable dans les cellules immunitaires — et elle commence à savoir où regarder.

Questions fréquentes

Pourquoi les mitochondries des monocytes sont-elles importantes dans le Covid long ?
Les monocytes CD14+ sont les premières cellules immunitaires à répondre à une agression. Des études ont observé chez certains patients Covid long que les mitochondries de ces monocytes produisent significativement moins d'ATP, laissant les cellules dans un état inflammatoire chronique de bas grade. Ce blocage métabolique pourrait contribuer à entretenir la fatigue et les symptômes persistants — même si le lien direct entre ce signal cellulaire et la fatigue ressentie reste à confirmer.
Qu'est-ce que la capacité respiratoire de réserve et pourquoi est-elle réduite ?
C'est la marge entre la respiration normale d'une cellule et sa respiration maximale sous stress. Chez les patients Covid long, cette marge est réduite d'environ 70 % sous pression oxydative, ce qui signifie que les cellules immunitaires fonctionnent à la limite et ne peuvent plus encaisser un effort supplémentaire.
La protéine Spike est-elle directement responsable des dommages mitochondriaux ?
Les données disponibles suggèrent que non. L'exposition de monocytes sains à la protéine Spike in vitro ne reproduit pas le profil de dysfonction observé chez les patients. Le problème semble venir de la réponse immunitaire inadaptée de l'hôte plutôt que d'un effet toxique direct de la protéine virale.
Le CoQ10 peut-il aider dans le Covid long ?
Le CoQ10 est un cofacteur essentiel de la chaîne respiratoire et son potentiel est discuté dans la littérature. Cependant, aucun essai clinique randomisé n'a démontré son efficacité spécifique sur la fonction mitochondriale des monocytes dans le Covid long. C'est une piste, pas un traitement validé.
Y a-t-il un lien entre le Covid long et l'EM/SFC au niveau mitochondrial ?
Oui, une convergence croissante est documentée. Les deux conditions partagent des anomalies bioénergétiques (ATP réduit, dysfonction mitochondriale, stress oxydatif) et des manifestations cliniques communes (malaise post-effort, fatigue chronique, intolérance à l'effort). Cette proximité suggère des mécanismes partiellement communs, sans signifier qu'il s'agit de la même maladie.

Sources

  1. Semo D, Lamm V, Gloeckner M, et al. Mitochondrial dysfunction in CD14+ monocytes from patients with post-COVID-19 cardiovascular complications. Int J Mol Sci. 2025;26(10):4562. PubMed PMID 40429707
  2. Fan J, Jiao J, Chang HQ, et al. Myalgic encephalomyelitis/chronic fatigue syndrome: diagnosis and management. J Transl Med. 2025;24(1):62. PubMed PMID 41366804
  3. Luo Y, Xu H, Xiong S, et al. Understanding ME/CFS physical fatigue through the perspective of immunosenescence. Compr Physiol. 2025;15(5):e70056. PubMed PMID 41017304
  4. Hansen KS, Jørgensen SE, Cömert C, et al. Genetic landscape and mitochondrial metabolic dysregulation in patients suffering from severe Long COVID. J Med Virol. 2025;97(3):e70275. PubMed PMID 40025839
  5. Glass KA, Giloteaux L, Zhang S, Hanson MR. Extracellular vesicle proteomics uncovers energy metabolism dysregulation postexercise in males with ME/CFS. Clin Transl Med. 2025;15(5):e70346. PubMed PMID 40465195
  6. Scheibenbogen C, Wirth KJ. Key pathophysiological role of skeletal muscle disturbance in post COVID and ME/CFS: accumulated evidence. J Cachexia Sarcopenia Muscle. 2025;16(1):e13669. PubMed PMID 39727052
  7. Szögi T, Borsos BN, Masic D, et al. Novel biomarkers of mitochondrial dysfunction in Long COVID patients. GeroScience. 2024;47(2):2245-2261. PubMed PMID 39495479