Perméabilité intestinale : pourquoi la barrière digestive dépend aussi de la glutamine, de la thréonine et des mucines
L'article en 1 minute
Aucun dosage ne mesure « votre perméabilité intestinale » en routine. La barrière intestinale est un système à trois couches (jonctions serrées, mucus, immunité muqueuse) ; la glutamine, souvent citée seule, n'en est qu'un acteur parmi d'autres.
Fait établi : la glutamine, substrat énergétique principal des entérocytes, soutient leur renouvellement (3 à 5 jours). Chez le porcelet, la thréonine alimentaire est largement captée dès le premier passage intestinal pour la synthèse des mucines.
Un déficit en thréonine ou glutamine fragilisant la barrière est plausible chez l'animal, mais non testé chez l'humain pour la thréonine ; pour la glutamine, un essai (Zhou et al., 2019) montre un bénéfice ciblé dans l'intestin irritable post-infectieux, pas une preuve généralisable.
Une supplémentation en glutamine à forte dose (plus de 10 g/jour) nécessite un avis médical ; sur un terrain neurologique hyperexcitable (Covid long, EM/SFC, fibromyalgie), même 5 à 10 g peuvent aggraver céphalées ou symptômes (mécanisme plausible, non quantifié).
À retenir : un apport protéique suffisant prime sur tout complément isolé ; en cas de doute, l'ajustement se fait avec un professionnel de santé.
📖 Glossaire : termes clés utilisés dans cet article
- Entérocyte (enterocyte) : cellule épithéliale de la paroi intestinale, responsable de l'absorption des nutriments
- Jonctions serrées (tight junctions) : structures protéiques entre les cellules qui contrôlent le passage paracellulaire
- Mucines (mucins) : glycoprotéines de haut poids moléculaire qui forment le gel du mucus
- MUC2 : mucine principale sécrétée dans l'intestin grêle et le côlon
- Cellule caliciforme (goblet cell) : cellule spécialisée dans la sécrétion de mucus
- Perméabilité paracellulaire : passage de molécules entre les cellules (par opposition au passage transcellulaire, à travers les cellules)
- Thréonine (threonine) : acide aminé essentiel, particulièrement abondant dans les mucines
- Glutamine (glutamine) : acide aminé conditionnellement essentiel, principal substrat énergétique des entérocytes
- Zonuline : protéine modulatrice des jonctions serrées, marqueur indirect de perméabilité
- AGCC (short-chain fatty acids / SCFA) : acides gras à chaîne courte produits par le microbiote (butyrate, propionate, acétate)
Introduction Votre intestin n'est pas une simple paroi passive. C'est un système vivant à trois couches de défense, constamment renouvelé, dont l'intégrité dépend d'un équilibre entre structure cellulaire, couverture muqueuse et écosystème microbien. La glutamine est connue, mais elle n'est qu'un acteur parmi d'autres. Les mucines et la thréonine jouent un rôle structurel souvent ignoré dans les approches nutritionnelles de la perméabilité intestinale.
La barrière intestinale n'est pas une simple paroi
🟢 Preuve établie : physiologie humaine documentéeLa barrière intestinale est un système dynamique qui se renouvelle tous les 3 à 5 jours, et dont l'intégrité dépend d'interactions constantes entre cellules, mucus et microbiote. Parler de « perméabilité intestinale » ne signifie pas que votre intestin est « troué ». Cela signifie que la régulation fine du passage des molécules entre la lumière intestinale et la circulation sanguine est altérée.[1]
Le terme anglo-saxon « leaky gut » est souvent utilisé comme un diagnostic fourre-tout. En réalité, la perméabilité intestinale peut être étudiée par certains tests fonctionnels, notamment des tests aux sucres (lactulose/mannitol). D'autres marqueurs, comme la zonuline, sont indirects et leur validité dépend fortement de la méthode de dosage utilisée[21]. La calprotectine fécale, elle, renseigne surtout sur l'inflammation intestinale et ne mesure pas directement la perméabilité. Elle est bien caractérisée dans les maladies inflammatoires chroniques de l'intestin (MICI), la maladie cœliaque et le diabète de type 1[2] ; des signaux plus récents et plus hétérogènes existent dans le Covid long et le syndrome de fatigue chronique, mais ils restent moins établis que dans les maladies digestives citées ci-dessus.
Mais une perméabilité accrue est souvent une conséquence d'un processus pathologique plutôt qu'une cause isolée. La distinction est importante pour ne pas confondre marqueur et maladie.
Les trois couches de protection
🟢 Preuve établie : anatomie et physiologieLa barrière intestinale repose sur trois composantes fonctionnelles complémentaires, dont les altérations peuvent se renforcer mutuellement.
① Les jonctions serrées sont des complexes protéiques (occludine, claudines, ZO-1) situés entre les cellules épithéliales. Elles contrôlent le passage paracellulaire des ions, de l'eau et des petites molécules. Leur ouverture est physiologique (absorption de nutriments) mais leur dérégulation chronique expose le système immunitaire sous-muqueux à des antigènes alimentaires et bactériens.[3]
② Le mucus intestinal forme un gel visqueux qui recouvre l'épithélium. Dans le côlon, il est organisé en deux couches : une couche interne dense, quasiment stérile, qui empêche le contact direct entre bactéries et cellules, et une couche externe plus lâche, colonisée par le microbiote.[4]
③ L'immunité muqueuse et le microbiote constituent la troisième ligne de défense. Les immunoglobulines sécrétoires (IgA), les peptides antimicrobiens (défensines) et les bactéries commensales elles-mêmes participent activement au maintien de la barrière. Certaines bactéries intestinales fermentent des substrats alimentaires et produisent notamment des acides gras à chaîne courte (butyrate, propionate) ; le butyrate constitue un substrat énergétique majeur des colonocytes et exerce aussi des effets de signalisation renforçant les jonctions serrées.[5]
Les mucines, fondation oubliée du mucus intestinal
🟢 Preuve établie : biochimie et modèles animauxLes mucines sont des glycoprotéines de très haut poids moléculaire qui constituent la matrice structurelle du mucus intestinal. La mucine principale du côlon et de l'intestin grêle est MUC2, sécrétée par les cellules caliciformes. Ce gel hydraté crée une distance physique entre les bactéries luminales et les cellules épithéliales.[4]
La structure de MUC2 est remarquable : son squelette protéique est très riche en sérine, thréonine et proline, formant des domaines appelés « PTS domains » (Proline-Threonine-Serine). Ces acides aminés servent de points d'ancrage pour les chaînes de sucres (O-glycosylation) qui donnent au mucus ses propriétés de gel hydrophile.[6]
Parmi ces sucres, le fucose occupe une position terminale particulièrement importante : il est ajouté par l'enzyme fucosyltransférase 2 (FUT2), dont l'activité varie selon le statut génétique : les personnes non-sécrétrices FUT2 produisent un mucus moins fucosylé, ce qui modifie sa composition et son interaction avec le microbiote.
Lorsque la couche de mucus est appauvrie, les conséquences sont directes : les bactéries entrent en contact avec l'épithélium, activent les récepteurs de l'immunité innée (TLR), et déclenchent une cascade inflammatoire locale qui fragilise secondairement les jonctions serrées. Les modèles animaux déficients en MUC2 développent spontanément une colite.[7]
Restaurer les jonctions serrées sans s'occuper de la couche de mucus revient à renforcer une porte tout en laissant le mur ouvert. La plupart des approches nutritionnelles se concentrent sur les jonctions (glutamine, zinc) et négligent la production de mucines.
La thréonine, acide aminé clé des mucines
🟠 Association documentée : études animales solides, données humaines limitéesLa thréonine est un acide aminé essentiel particulièrement mobilisé par l'intestin lors du premier passage digestif. Chez le porcelet, une part importante de la thréonine alimentaire est captée par l'intestin avant même d'atteindre la circulation générale, davantage que la plupart des autres acides aminés essentiels ; ces données soutiennent le rôle particulier de la thréonine dans le renouvellement muqueux, mais elles ne permettent pas de fixer chez l'humain un pourcentage équivalent.[8]
Chez le porcelet, un apport inadéquat en thréonine (par déficit comme par excès) réduit l'expression de MUC2 dans l'intestin grêle.[9] Chez le rat, une restriction en thréonine abaisse spécifiquement la synthèse des mucines en duodénum, iléon et côlon, sans réduire celle des protéines de la muqueuse.[10] Ces résultats sont cohérents avec la biochimie : les domaines PTS de MUC2 sont particulièrement riches en proline, thréonine et sérine.
Les données humaines directes sont limitées. Les modèles animaux suggèrent qu'une restriction en thréonine peut diminuer la synthèse des mucines, notamment en contexte de demande muqueuse accrue (situation inflammatoire).[10] On ne connaît pas chez l'humain de seuil d'apport à partir duquel cette limitation deviendrait cliniquement pertinente ; les régimes très pauvres en protéines pourraient théoriquement limiter la disponibilité de thréonine pour la synthèse du mucus, sans que cela ait été démontré.
La logique biochimique est solide : si la thréonine est le substrat limitant de la synthèse des mucines, un apport insuffisant pourrait compromettre le renouvellement du mucus. Mais il n'existe pas d'essai clinique randomisé testant la supplémentation en thréonine chez des personnes présentant une hyperperméabilité intestinale. Extrapoler du modèle animal à la recommandation de supplémentation serait prématuré.
La thréonine est abondante dans les protéines animales (œufs, volaille, poisson, produits laitiers) et les légumineuses. Avant d'envisager une supplémentation isolée, la question prioritaire est : l'apport protéique total est-il suffisant ? Chez une personne mangeant moins de 0,8 g/kg/jour de protéines (fréquent en fatigue chronique, avec perte d'appétit), c'est l'ensemble des acides aminés qui manque, pas seulement la thréonine.
Votre alimentation quotidienne couvre-t-elle vos besoins en acides aminés essentiels ? Le suivi nutritionnel de Boussole vous aide à repérer les déséquilibres avant qu'ils ne deviennent des carences fonctionnelles.
Commencer le suiviLa glutamine, carburant des entérocytes
🟢 Preuve établie : mécanisme documenté, données cliniques variablesLa glutamine est l'acide aminé le plus abondant du plasma sanguin et le substrat énergétique principal des entérocytes, devant le glucose. Elle favorise la prolifération des entérocytes, dans un épithélium qui se renouvelle en 4 à 5 jours, et régule les protéines des jonctions serrées.[11]
En conditions de stress métabolique (soins intensifs, chirurgie majeure, brûlures étendues), la consommation de glutamine par l'intestin dépasse la capacité de production endogène. Dans ce contexte précis, la supplémentation en glutamine a montré des bénéfices sur la perméabilité intestinale dans plusieurs essais cliniques.[12]
En revanche, chez des personnes ambulatoires présentant un syndrome de l'intestin irritable (SII), les résultats sont plus hétérogènes. Un essai randomisé de 2019 (Zhou et al.) a montré une réduction de la perméabilité intestinale avec 5 g de glutamine trois fois par jour chez des patients SII post-infectieux.[13] Mais les études chez des sujets sains ou dans d'autres contextes chroniques sont moins concluantes.
Le mécanisme est plausible et documenté : la glutamine active la voie mTOR dans les entérocytes, stimule la prolifération cellulaire et maintient l'expression de la claudine-1 et de l'occludine.[14] Ce qui est moins clair, c'est la dose optimale, la durée nécessaire, et surtout les situations dans lesquelles elle est réellement limitante chez des personnes non hospitalisées.
En l'état actuel, les données humaines ne permettent pas de considérer la glutamine comme un traitement validé de l'hyperperméabilité intestinale en contexte ambulatoire. Son intérêt est documenté dans des situations de stress métabolique aigu, mais l'extrapolation aux maladies chroniques stables reste une hypothèse, pas une certitude clinique.
La glutamine est généralement bien tolérée aux doses alimentaires. En revanche, une supplémentation à dose élevée (10-30 g/jour) nécessite un avis médical dans les situations suivantes :
- ① Cancer actif ou traitement oncologique : la glutamine est un substrat de croissance pour les cellules à prolifération rapide, et certaines tumeurs (glioblastome, cancers digestifs) surexpriment les transporteurs de glutamine. Le métabolisme tumoral de la glutamine varie selon les cancers et le contexte thérapeutique : ne pas entreprendre une supplémentation à forte dose sans l'accord de l'équipe d'oncologie.
- ② Épilepsie ou antécédents convulsifs : la glutamine est un précurseur du glutamate (neurotransmetteur excitateur). À dose élevée, elle pourrait théoriquement abaisser le seuil convulsivant chez les personnes prédisposées.
- ③ Insuffisance hépatique sévère : le métabolisme de la glutamine produit de l'ammoniac. En cas d'insuffisance hépatique, la clairance de l'ammoniac est compromise, avec risque d'encéphalopathie hépatique.
- ④ Insuffisance rénale : l'excrétion des métabolites azotés est réduite ; adapter les doses et surveiller la fonction rénale.
- ⑤ Grossesse et allaitement : absence de données de sécurité à doses supraphysiologiques.
Tolérance individuelle. Des symptômes individuels (céphalées, sensation de malaise, aggravation de symptômes neurologiques) peuvent survenir sous supplémentation en glutamine, y compris à doses modérées (5-10 g), notamment dans le Covid long, l'EM/SFC, la fibromyalgie ou les migraines chroniques. Un mécanisme reliant conversion glutamine → glutamate et neuroinflammation est mécanistiquement plausible, mais il n'a pas été quantifié dans des essais cliniques spécifiques, et aucune donnée ne permet aujourd'hui d'identifier un sous-groupe « hyperexcitable » ni une relation dose-effet.
Recommandation pratique : en l'absence de données cliniques solides permettant de définir un protocole de titration fondé sur les preuves, toute aggravation reproductible justifie l'arrêt de l'essai et une réévaluation clinique plutôt qu'un ajustement de dose.
Pour approfondir le profil complet de la glutamine (mécanismes, dosages, interactions) : Fiche NutriFact : Glutamine
Pourquoi « glutamine seule » peut échouer
🟠 Raisonnement mécanistique : cohérent mais non testé en essai dédiéSi la glutamine cible les entérocytes et leurs jonctions serrées, elle ne restaure pas un mucus déficient, ne corrige pas une dysbiose et ne supprime pas une source d'agression persistante. Voici les situations où elle risque d'être insuffisante :
① Mucus appauvri. Si les cellules caliciformes ne produisent pas assez de MUC2 (par manque de thréonine, de substrats glycosylés, ou par atteinte directe des cellules caliciformes), la glutamine ne peut pas compenser. Elle nourrit les entérocytes, pas les cellules à mucus.[6]
② Inflammation persistante. En présence de TNF-α ou d'IL-13 élevés (inflammation chronique, MICI active), les jonctions serrées sont activement déstabilisées par des voies de signalisation que la glutamine ne bloque pas complètement. L'inflammation consomme également davantage de glutamine, créant un cercle vicieux.[15]
③ Dysbiose sévère. Un microbiote appauvri ne produit pas assez de butyrate, ce qui prive les colonocytes de leur principal substrat énergétique et réduit le stimulus de production de mucus. La glutamine est le carburant de l'intestin grêle, le butyrate celui du côlon.[5]
④ Facteurs d'agression maintenus. AINS chroniques, alcool régulier, stress psychologique intense, infections persistantes : tant que la source d'agression est présente, la réparation est en compétition permanente avec la destruction.
⑤ Apport protéique global insuffisant. La glutamine est un acide aminé conditionnellement essentiel. Si l'apport protéique total est insuffisant, le corps priorise d'autres fonctions et la disponibilité intestinale diminue.
Approche nutritionnelle globale
🟠 Recommandations basées sur mécanismes et données partiellesSoutenir la barrière intestinale implique de nourrir simultanément les entérocytes, les cellules caliciformes et le microbiote. Aucun nutriment isolé ne couvre ces trois axes.
① Un apport protéique suffisant pour votre situation. Les protéines fournissent la glutamine, la thréonine, la sérine et la proline nécessaires au renouvellement cellulaire et à la synthèse des mucines. L'objectif dépend de l'âge, de l'état nutritionnel, du niveau d'activité et du contexte inflammatoire ; chez certaines personnes, notamment âgées, dénutries ou en récupération, un apport supérieur au minimum de référence peut être discuté avec un professionnel. Les sources animales (œufs, poisson, volaille) et les légumineuses couvrent bien ces besoins.[10]
② Fibres fermentescibles tolérées. Elles nourrissent le microbiote qui produit le butyrate, substrat des colonocytes et stimulant de la production de mucus. Les fibres prébiotiques (inuline, FOS, pectine, bêta-glucanes) sont les plus documentées. La tolérance individuelle dicte les quantités.[16]
③ Polyphénols. Quercétine, resvératrol, curcumine et catéchines du thé vert ont montré in vitro et chez l'animal un soutien aux jonctions serrées et une modulation de la composition du microbiote. Les données mécanistiques sont nombreuses, mais leur traduction en bénéfice clinique sur la perméabilité chez l'humain reste incertaine.[17]
④ Zinc. Co-facteur du renouvellement tissulaire, il participe au maintien de l'intégrité épithéliale. Un essai clinique (Sturniolo et al.) a montré une réduction de la perméabilité intestinale chez des patients atteints de maladie de Crohn supplémentés en zinc.[18]
⑤ Vitamine D. Elle module l'expression des protéines de jonctions serrées et possède des effets anti-inflammatoires sur la muqueuse. La carence en vitamine D est fréquente dans les populations à risque (maladies chroniques, faible exposition solaire).[19]
⑥ Oméga-3 (EPA/DHA). Favorisent une composition du microbiote associée à davantage de bactéries productrices d'acides gras à chaîne courte, dont le butyrate. Effet indirect et non spécifique à la barrière intestinale, dans un contexte de modulation globale du microbiote plutôt que de démonstration clinique directe sur la perméabilité.[20]
L'addition non raisonnée de glutamine + zinc + vitamine D + oméga-3 + probiotiques + L-thréonine sans évaluation clinique n'est pas une stratégie validée. Chaque supplément a un contexte d'indication, des interactions potentielles et une fenêtre de pertinence. L'approche alimentaire couvre la majorité des besoins en situation non pathologique.
① Insuffisance rénale ou hépatique : les acides aminés en excès nécessitent une élimination qui peut surcharger ces organes.
② Grossesse : certains dosages élevés n'ont pas de profil de sécurité établi.
③ Cancer actif ou immunosuppression : la glutamine peut théoriquement nourrir les cellules à prolifération rapide.
En dehors de ces situations, cette démarche doit être discutée avec un professionnel de santé qui évaluera les contre-indications liées à votre profil clinique individuel.
Ce que vous pouvez faire concrètement
🟢 Recommandations générales de bon sens nutritionnelAvant de penser compléments, vérifiez que les fondamentaux alimentaires sont en place.
① Évaluez votre apport protéique. Comptez sur 2-3 jours : atteignez-vous 1 g de protéines par kilo de poids corporel ? Si non, augmentez progressivement (œuf au petit-déjeuner, légumineuses au déjeuner, poisson le soir).
② Introduisez une source de fibres fermentescibles tolérée. Flocons d'avoine, banane pas trop mûre, lentilles bien cuites, ou psyllium (1 cuillère à café dans un grand verre d'eau). Commencez petit et augmentez sur 7 jours.
③ Parlez-en à votre professionnel de santé. Si vous avez une maladie inflammatoire chronique, une immunodépression, un traitement en cours ou une fatigue inexpliquée depuis plus de 3 mois, le choix des examens dépend du tableau clinique : la calprotectine fécale peut être utile lorsqu'une inflammation intestinale est suspectée. Il n'existe pas de « bilan standard » validé de la perméabilité intestinale en routine.
Ce que l'on sait : la barrière intestinale est un système à trois couches (mucus, épithélium, immunité muqueuse). La glutamine est le substrat énergétique principal des entérocytes et soutient les jonctions serrées en contexte de stress métabolique. Les mucines (MUC2) constituent le gel protecteur et leur synthèse consomme prioritairement de la thréonine. Un microbiote diversifié produit le butyrate qui nourrit les colonocytes.
Ce que l'on suppose avec des arguments solides : un apport insuffisant en thréonine pourrait limiter le renouvellement du mucus (démontré chez l'animal, plausible chez l'humain). La glutamine seule ne suffit pas si la couche de mucus est déficiente ou si l'inflammation est active. L'approche combinée (protéines, fibres, polyphénols, correction des carences) est probablement plus efficace qu'un nutriment isolé.
Ce que l'on ne sait pas encore : la dose optimale de glutamine en contexte ambulatoire chronique (hors soins intensifs). L'efficacité de la supplémentation en thréonine isolée chez l'humain. Le seuil de thréonine en dessous duquel la production de mucines est compromise cliniquement. Le rôle exact de la zonuline comme biomarqueur fiable (méthodologie contestée).[21]
Ce qu'il faut retenir
La barrière intestinale n'est pas une simple paroi à « soutenir » avec un complément unique. C'est un écosystème vivant dont l'intégrité dépend simultanément du renouvellement cellulaire (glutamine), de la couverture muqueuse (mucines, thréonine) et de l'équilibre microbien (fibres, butyrate). Négliger l'une de ces couches en se focalisant sur une seule revient à traiter un symptôme sans comprendre le système.
La glutamine est un outil documenté dans des contextes précis. La thréonine est un substrat biochimiquement cohérent mais insuffisamment testé en clinique humaine. Ni l'un ni l'autre ne remplace une alimentation protéique suffisante, un microbiote nourri, et l'élimination des facteurs d'agression. Penser « écosystème de barrière » est plus pertinent que chercher la molécule miracle.
Inflammation, dysbiose, déficit immunitaire muqueux et stress neurovégétatif s'influencent mutuellement : la causalité est circulaire, pas linéaire. Une approche cohérente adresse plusieurs maillons simultanément.
Le vrai renouvellement commence quand on arrête de chercher un seul responsable.À retenir en pratique
Avant de penser glutamine ou thréonine, vérifiez les fondations : apport protéique réel, tolérance digestive, diarrhée ou constipation, suspicion de SIBO, activation mastocytaire, médicaments irritants, stress inflammatoire persistant. Un complément isolé ne compensera pas une barrière agressée en continu.
Construisez l'approche par couches : protéines suffisantes, fibres tolérées et progressives, polyphénols alimentaires, réduction des ultra-transformés, puis seulement ensuite un essai ciblé si le contexte s'y prête. Sang dans les selles, amaigrissement, fièvre, douleurs importantes ou diarrhée chronique imposent une évaluation médicale avant toute expérimentation.
Questions fréquentes
La glutamine répare-t-elle vraiment la barrière intestinale ?
Qu'est-ce que les mucines et pourquoi sont-elles importantes ?
La thréonine est-elle utile en complément pour l'intestin ?
Le « leaky gut » est-il une maladie reconnue ?
Comment savoir si ma barrière intestinale est altérée ?
Suivre les ressentis digestifs dans le temps aide à repérer des patterns sans conclure sur un seul déclencheur. Centralisez vos observations pour préparer vos consultations.
Découvrir BoussoleSources
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- Camilleri M et al. (2019) : Leaky gut: mechanisms, measurement and clinical implications in humans. PubMed PMID 31076401
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