Gluten, perméabilité intestinale et Covid long : une hypothèse à explorer
L'article en 1 minute
Cet article explore une hypothèse émergente, et le dit : le blé pourrait-il entretenir le cercle vicieux du Covid long ? Chaque affirmation y porte son niveau de preuve.
La perméabilité intestinale est augmentée dans plusieurs cohortes Covid long, la translocation bactérienne mesurée par le LPS corrèle avec les symptômes, et la dysbiose persiste des mois après l'infection aiguë. Par ailleurs, la gliadine active la voie de la zonuline chez des sujets non cœliaques.
Rapprocher ces deux séries de faits rend l'hypothèse biologiquement plausible : une barrière déjà fragilisée pourrait réagir davantage à un stimulus qui l'ouvre.
Aucune étude n'a testé l'éviction du gluten dans le Covid long : le lien reste spéculatif. Une contre-hypothèse documentée existe, les fructanes plutôt que le gluten, soutenue par deux essais en double aveugle.
À retenir : une hypothèse plausible n'est pas une raison suffisante pour s'imposer une éviction.
Introduction Troubles digestifs qui persistent, fatigue que rien n'explique, inflammation biologique qui ne redescend pas. Et si le blé de votre assiette — pas seulement le virus — participait à entretenir le cercle vicieux ? Cet article explore une hypothèse émergente, pas un fait établi. Chaque affirmation porte son niveau de preuve.
📖 Glossaire bilingue : termes clés de cet article
- Gliadine (gliadin) : fraction protéique du gluten responsable de l'activation de la voie zonuline et de la toxicité dans la maladie coeliaque
- Zonuline (zonulin) : terme historiquement associé à la pré-haptoglobine-2 et utilisé pour désigner des protéines régulant la perméabilité paracellulaire ; l'identité exacte des protéines détectées par plusieurs tests commerciaux reste discutée. À ne pas confondre avec ZO-1 (zonula occludens-1), protéine structurale des jonctions serrées codée par le gène TJP1
- ATI (amylase-trypsin inhibitors) : protéines du blé distinctes du gluten, activatrices du récepteur TLR4 sur les cellules immunitaires innées
- TLR4 (Toll-like receptor 4) : récepteur de l'immunité innée qui détecte les LPS bactériens et les ATI alimentaires
- LPS (lipopolysaccharides) : fragments de la paroi des bactéries à Gram négatif, puissants activateurs de l'inflammation
- PASC (Post-Acute Sequelae of COVID-19) : séquelles post-aiguës du COVID-19, synonyme de Covid long
- SGNC (non-celiac gluten sensitivity) : sensibilité au gluten non coeliaque : symptômes améliorés par l'éviction, sans marqueurs de maladie coeliaque
- FODMAP (fermentable oligo-, di-, mono-saccharides and polyols) : glucides fermentescibles à chaîne courte, dont les fructanes du blé
- Translocation bactérienne (bacterial translocation) : passage de bactéries ou de leurs composants depuis l'intestin vers la circulation sanguine
- Jonctions serrées (tight junctions) : complexes protéiques qui scellent l'espace entre les cellules épithéliales intestinales
L'intestin dans le Covid long : une barrière qui cède
Plusieurs études humaines rapportent, chez certains patients atteints de Covid long, des marqueurs compatibles avec une altération de la barrière intestinale ou une translocation microbienne [19][20][21][22]. Ces résultats ne sont toutefois pas uniformes entre les cohortes et dépendent des marqueurs employés, dont certains, notamment plusieurs dosages commerciaux de « zonuline », ont des limites analytiques importantes [23]. Il est donc plus juste de parler d'un signal biologique convergent dans certains sous-groupes que d'une anomalie universelle du Covid long.
Le SARS-CoV-2 infecte directement les entérocytes via le récepteur ACE2, abondamment exprimé à la surface de l'épithélium intestinal, ce qui constitue une voie plausible de disruption des jonctions serrées et de translocation de composants bactériens, principalement du LPS, vers la circulation systémique[1].
Plummer et al. (2023) ont proposé, dans une revue mécanistique, une cascade reliant dysbiose post-COVID (perte de diversité, diminution des bactéries productrices de butyrate), fragilisation de la barrière, passage de LPS dans le sang, activation des récepteurs TLR4 sur les monocytes et la microglie cérébrale, et neuroinflammation pouvant contribuer au brouillard mental persistant[2]. Cette chaîne est biologiquement cohérente, mais ses différentes étapes n'ont pas été démontrées ensemble comme une séquence causale chez les mêmes patients.
Une piste : une étude a rapporté une réactivité auto-immune dirigée contre des protéines de jonctions serrées (et des antigènes neuronaux) chez des patients Covid long, dans le cadre d'un mécanisme proposé de réactivation du virus HHV-6[3]. Il s'agit d'une hypothèse mécanistique associée à cette voie de réactivation virale spécifique, non d'un phénomène auto-immun généralisé démontré chez tous les patients PASC. Autrement dit, même quand le virus a disparu, la barrière pourrait rester ouverte chez un sous-groupe de patients.
Zhang et al. (2023) ont confirmé que la dysbiose intestinale : avec une réduction des producteurs de butyrate (Faecalibacterium prausnitzii, Roseburia) et une expansion de pathobiontes : persiste des mois après l'infection aiguë et corrèle avec les symptômes de fatigue et de brouillard mental[4].
La perméabilité intestinale est augmentée dans le Covid long. La translocation bactérienne (LPS, sCD14) est mesurable dans le sang. La dysbiose persiste des mois. Plusieurs cohortes indépendantes rapportent des signaux convergents, mais il faut garder en tête les limites : cohortes de petite taille, définitions hétérogènes du PASC selon les études, et absence de standardisation des biomarqueurs de perméabilité intestinale.
Gliadine et zonuline : le blé ouvre les jonctions serrées
La gliadine — la fraction soluble dans l'alcool des protéines du gluten — est le déclencheur le mieux caractérisé de la voie zonuline. Des modèles expérimentaux et des biopsies humaines ex vivo ont montré qu'elle peut augmenter la perméabilité intestinale via l'ouverture des jonctions serrées. Fasano et al. ont caractérisé en 2006 le mécanisme moléculaire : la gliadine se lie au récepteur CXCR3 sur la face luminale des entérocytes, déclenchant la libération de zonuline, qui ouvre les jonctions serrées de manière réversible, augmentant la perméabilité paracellulaire[5].
Cet effet a également été observé sur des tissus provenant de sujets non coeliaques (biopsies duodénales ex vivo) : de moindre amplitude et durée que chez les coeliaques. Son importance réelle dans les conditions alimentaires habituelles reste incertaine : ces données démontrent que le mécanisme est biologiquement possible, sans permettre à elles seules de quantifier l'ampleur de l'effet après consommation normale de blé[5][6].
Hollon et al. (2015) ont confirmé ex vivo que la gliadine augmente la perméabilité intestinale dans les biopsies de sujets non coeliaques, avec une réponse significative mais atténuée par rapport aux patients coeliaques[6]. Ce résultat est important car il montre que l'effet n'est pas limité à une pathologie auto-immune spécifique.
Une observation ex vivo signifie que le phénomène est étudié sur un tissu humain vivant prélevé par biopsie, puis exposé à un agent en laboratoire. Ce niveau de preuve est supérieur à une culture cellulaire isolée — le tissu conserve son architecture et ses interactions cellulaires — mais reste inférieur à une démonstration in vivo, c'est-à-dire chez un individu vivant après consommation alimentaire réelle. Les données ex vivo démontrent qu'un mécanisme est biologiquement plausible et reproductible sur tissu humain. Elles ne permettent pas à elles seules de conclure sur l'ampleur clinique de cet effet dans la vie quotidienne.
La mesure clinique de la zonuline reste controversée. Les kits ELISA commerciaux ne mesurent probablement pas la zonuline elle-même (pré-haptoglobine 2), mais un mélange de protéines incluant le complément C3 et d'autres sérines protéases. Certains travaux historiques sur la zonuline se sont révélés difficiles à reproduire, et la corrélation entre les taux ELISA et la perméabilité intestinale réelle (mesurée par lactulose/mannitol) est faible dans plusieurs études. Le mécanisme gliadine → CXCR3 → ouverture des jonctions serrées est documenté ex vivo, mais sa quantification in vivo via la « zonuline sérique » doit être interprétée avec prudence.
La théorie de la barrière épithéliale proposée par Akdis (2021) offre un cadre intégrateur : les expositions environnementales modernes (aliments ultra-transformés, émulsifiants, détergents, microplastiques) endommagent les barrières épithéliales — intestinale, pulmonaire, cutanée — favorisant la translocation microbienne et l'inflammation chronique[7]. Dans ce modèle, le gluten n'est qu'un facteur parmi d'autres, mais c'est l'un des rares pour lesquels le mécanisme moléculaire (gliadine → CXCR3 → zonuline) est caractérisé avec précision.
La voie zonuline est aussi activée par certaines bactéries pathogènes et par des médicaments comme les AINS (via l'inhibition de la synthèse des prostaglandines protectrices). Chez un patient Covid long sous AINS pour des douleurs chroniques ET consommant du blé quotidiennement, les deux voies d'ouverture des jonctions serrées se cumulent, sans que l'une soit la cause unique.
ATI : l'autre protéine du blé qui active l'immunité innée
Le gluten n'est pas la seule protéine problématique du blé. Les inhibiteurs d'alpha-amylase/trypsine (ATI) du blé sont des activateurs puissants du récepteur TLR4 sur les cellules dendritiques, les macrophages et les monocytes (voie que les auteurs jugent majeure dans la réaction immunitaire innée au blé)[8].
Le mécanisme est distinct de celui du gluten : les ATI se lient au complexe TLR4-MD2-CD14 (le même récepteur qui détecte les LPS bactériens) et déclenchent une cascade NF-κB → production de cytokines pro-inflammatoires (IL-8, TNF-α, MCP-1). Junker et al. (2012) ont montré que cet effet est dose-dépendant et indépendant de toute sensibilité au gluten[8].
Une nuance importante : ces données proviennent majoritairement de modèles animaux et de cultures cellulaires humaines. Les doses d'ATI utilisées en conditions expérimentales peuvent différer de plusieurs ordres de grandeur par rapport à l'exposition alimentaire réelle. La biodisponibilité des ATI dans l'intestin humain reste inconnue, et leur effet chronique sur l'immunité innée n'a pas été quantifié in vivo. Mécanisme expérimental ≠ impact clinique à doses alimentaires. Ces données ne permettent pas de conclure que la consommation quotidienne de pain déclenche une réponse TLR4 mesurable chez l'humain.
Chez la souris, Zevallos et al. (2017) ont montré que les ATI purifiées du blé aggravent l'inflammation intestinale dans un modèle de colite, indépendamment du gluten[9]. Cette distinction est importante : un régime sans gluten qui conserve des céréales contenant des ATI (certains produits à base d'orge ou de seigle) pourrait ne pas résoudre l'inflammation liée aux ATI.
Les ATI sont un déclencheur inflammatoire du blé, distinct du gluten et indépendant de toute sensibilité au gluten, via TLR4. C'est pourquoi cet article parle de « blé » et pas seulement de « gluten » : un régime sans gluten qui élimine le blé supprime aussi les ATI, mais un produit étiqueté « sans gluten » à base d'autres céréales ne contient pas non plus d'ATI de blé. Chez un sujet Covid long dont l'immunité innée est déjà sur-activée (LPS circulant, monocytes en mode inflammatoire), l'ajout quotidien d'ATI alimentaires pourrait maintenir cette activation. Cette hypothèse n'a pas été testée cliniquement.
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Ouvrir BoussoleL'hypothèse assemblée : blé + PASC = aggravation ?
Voici l'hypothèse telle qu'elle se construit à partir des pièces disponibles :
① Le Covid long maintient une perméabilité intestinale élevée : via la dysbiose persistante et la réduction du butyrate[1][4], et possiblement via des auto-anticorps anti-jonctions serrées chez un sous-groupe de patients (voie HHV-6, non généralisable)[3].
② La gliadine du blé active la voie zonuline et ouvre davantage les jonctions serrées : même chez les sujets non coeliaques[5][6]. La gliadine appartient à la famille des prolamines, ces protéines de réserve des céréales impliquées dans plusieurs maladies chroniques.
③ Les ATI du blé activent TLR4 sur les cellules immunitaires innées : le même récepteur que le LPS bactérien[8].
④ Résultat hypothétique : chez un sujet Covid long avec une barrière déjà fragilisée, la consommation quotidienne de blé pourrait ① aggraver l'ouverture des jonctions serrées (voie zonuline), ② augmenter la translocation de LPS, et ③ fournir un co-activateur direct de TLR4 (voie ATI) : le tout maintenant le cercle inflammatoire.
Chaque pièce est documentée séparément. Mais aucune étude n'a mesuré l'effet du retrait du blé sur les marqueurs de perméabilité intestinale ou les symptômes chez des sujets Covid long. L'assemblage est cohérent sur le papier, mais la biologie in vivo est rarement la somme linéaire de ses parties. Mécanisme plausible ≠ efficacité clinique. Ce serait une erreur de raisonnement de conclure « le blé aggrave le Covid long » à partir de ces données indirectes.
De plus, on ignore encore si la perméabilité intestinale est un moteur central du PASC ou un marqueur secondaire d'une inflammation systémique plus large. Le modèle présenté ici est unidirectionnel (blé → perméabilité → inflammation → symptômes), mais la réalité pourrait être circulaire ou multi-factorielle : l'inflammation systémique elle-même altère la barrière intestinale, indépendamment de l'alimentation.
Une augmentation expérimentale de la perméabilité intestinale ou l'existence de mécanismes impliquant la gliadine ne signifie pas que chaque personne consommant du blé développera des symptômes.
Certaines personnes atteintes de maladie chronique ou post-infectieuse tolèrent parfaitement le pain et peuvent même rapporter une amélioration transitoire du confort, de l'humeur ou de certaines douleurs après avoir mangé. Cela n'est pas nécessairement paradoxal.
Chez l'humain, l'alimentation active des circuits cérébraux de récompense et d'homéostasie. Une étude PET a notamment montré qu'un repas déclenche une libération cérébrale d'opioïdes endogènes, même lorsque le repas est peu plaisant.[17] Ces mêmes systèmes μ-opioïdes participent à la modulation de la perception douloureuse.[18]
Le gluten peut également libérer lors de sa digestion des peptides appelés gluten-exorphines, possédant une activité opioïde expérimentale. Leur contribution à un effet cérébral après consommation alimentaire habituelle reste toutefois non démontrée.
Ainsi, se sentir mieux après avoir mangé du pain ne prouve ni que le gluten est thérapeutique, ni que ses exorphines atteignent le cerveau. Mais cela rappelle qu'un aliment produit simultanément des effets nutritionnels, métaboliques, sensoriels et neurobiologiques : sa réponse clinique ne peut pas être déduite d'un mécanisme isolé.
En l'absence de maladie cœliaque, d'allergie ou d'association reproductible entre consommation et symptômes, les données disponibles ne justifient pas une éviction systématique du blé dans le Covid long.
Contre-hypothèse : FODMAP, pas gluten ?
Avant de conclure que le gluten est le coupable, il faut considérer une explication alternative bien documentée. Biesiekierski et al. (2013) — les mêmes chercheurs qui avaient initialement décrit la SGNC — ont conduit un essai croisé randomisé en double aveugle chez 37 sujets diagnostiqués SGNC : une fois les FODMAP contrôlés, le gluten n'induisait pas de symptômes spécifiques[10].
Le blé est l'une des principales sources de fructanes dans l'alimentation occidentale. Les fructanes sont des oligosaccharides fermentescibles (FODMAP) qui atteignent le côlon intact et y sont fermentés par le microbiote, produisant gaz et distension. Chez les sujets avec un intestin irritable ou une dysbiose post-infectieuse — deux situations fréquentes dans le Covid long — cette fermentation peut amplifier les symptômes digestifs[11].
Skodje et al. (2018) ont confirmé ce résultat dans un essai croisé randomisé en double aveugle chez 59 sujets SGNC auto-déclarés : les fructanes déclenchaient significativement plus de symptômes que le gluten[12].
Si une personne Covid long se sent mieux après avoir arrêté le pain et les pâtes, l'amélioration pourrait venir de la réduction des fructanes (FODMAP) et non du retrait du gluten. Pour distinguer les deux, il faudrait un essai avec du gluten purifié (sans fructanes) : exactement le design de Biesiekierski et de Skodje. Dans les deux cas, le gluten purifié n'a pas reproduit les symptômes. Pour une synthèse complète de ce débat, voir Sensibilité au blé non cœliaque : FODMAP, gluten ou ATI ?
Cela ne réfute pas la voie zonuline : la gliadine peut toujours ouvrir les jonctions serrées même si les symptômes digestifs perçus sont davantage liés aux fructanes. Mais cela complique considérablement l'interprétation des témoignages « j'ai arrêté le gluten et je me sens mieux ». L'amélioration pourrait être réelle sans que le gluten en soit la cause[13].
Ce que l'on ne sait pas, et ce qu'il faudrait pour le savoir
Pour que cette hypothèse passe du statut de spéculation à celui d'hypothèse testable, il faudrait au minimum :
① Un essai contrôlé randomisé comparant régime sans blé vs régime avec blé chez des sujets PASC, avec mesure de la perméabilité intestinale (zonuline sérique, rapport lactulose/mannitol) et des symptômes (fatigue, brouillard mental, douleurs). Durée minimale : 8 semaines. Aucun essai de ce type n'est en cours à notre connaissance.
② Une mesure de la réponse zonuline ex vivo sur des biopsies duodénales de sujets PASC exposées à la gliadine : pour savoir si la réponse est amplifiée par rapport à des contrôles sains (comme elle l'est chez les coeliaques).
③ Une étude de cohorte corrélant la consommation de blé (par questionnaire alimentaire validé) avec les marqueurs de perméabilité intestinale et la sévérité des symptômes dans le Covid long.
④ Un essai croisé gluten vs fructanes : sur le modèle de Skodje 2018 : dans une population PASC, pour distinguer l'effet du gluten de celui des FODMAP.
L'hypothèse de la barrière épithéliale, formulée par l'équipe d'Akdis, propose que les épidémies de maladies allergiques, auto-immunes et inflammatoires modernes sont liées à une disruption des barrières épithéliales par des expositions environnementales cumulées[14]. Dans ce cadre, le gluten n'est qu'un facteur parmi les émulsifiants alimentaires, les microplastiques, les détergents et la pollution, dont le rôle spécifique dans le Covid long reste débattu. Isoler son effet spécifique dans un contexte aussi multi-factoriel est méthodologiquement difficile, mais pas impossible.
Ce que dit la science : résumé épistémique
🟠 Synthèse éditoriale – données indirectes ou hétérogènesLa perméabilité intestinale est augmentée dans plusieurs cohortes Covid long, avec des limites méthodologiques. La translocation bactérienne (LPS) corrèle avec les symptômes. La dysbiose persiste des mois après l'infection aiguë.
La gliadine et les ATI du blé ont des effets immuno-intestinaux plausibles, mais leur transposition clinique reste partielle. La mesure de la zonuline reste controversée et l'extrapolation des ATI aux doses alimentaires reste à quantifier.
Le blé pourrait aggraver certains symptômes du Covid long via zonuline et ATI, mais aucune étude ne l'a testé directement chez l'humain.
Les fructanes du blé, et non le gluten, pourraient expliquer une partie des améliorations rapportées sous régime sans gluten. Deux essais contrôlés en double aveugle soutiennent cette contre-hypothèse.
Ce qu'il faut retenir
L'hypothèse selon laquelle le blé pourrait aggraver l'inflammation post-infectieuse du Covid long est biologiquement cohérente, mais non démontrée comme chaîne causale. Chaque pièce du puzzle — perméabilité intestinale dans les séquelles post-aiguës du Covid-19 (PASC), effets de la gliadine observés dans des modèles expérimentaux et tissus humains ex vivo, activation du récepteur de type Toll 4 (TLR4) par les inhibiteurs de l'amylase-trypsine (ATI) — est documentée séparément.
Mais l'assemblage de ces mécanismes reste spéculatif. Aucun essai clinique n'a testé l'éviction du blé dans le Covid long. Les données les plus solides suggèrent par ailleurs que les fructanes du blé pourraient expliquer une partie importante des symptômes digestifs souvent attribués au gluten.
Ce que la science ne permet pas de conclure :
- Que le blé aggrave le Covid long.
- Qu'un régime sans blé améliore les symptômes du Covid long.
- Que le gluten est le principal responsable des symptômes observés.
Les mécanismes biologiques permettent de formuler des hypothèses, mais ne suffisent pas à démontrer un bénéfice clinique. Toute expérimentation alimentaire doit être interprétée avec prudence, notamment en raison des fluctuations naturelles des symptômes, des effets placebo/nocebo et des nombreux facteurs pouvant influencer les ressentis. Certaines personnes choisissent de se faire accompagner par un professionnel formé en nutrition afin d'interpréter plus rigoureusement leurs observations.
Quand la science ne tranche pas encore, observer son propre corps avec méthode reste le meilleur compromis entre prudence et action.Avant toute éviction prolongée du gluten ou du blé : s'il existe des symptômes ou facteurs de risque compatibles avec une maladie cœliaque, le bilan (sérologie, biopsie) doit être réalisé pendant que le gluten est encore consommé, car une éviction préalable peut réduire la sensibilité de ces examens. Une allergie au blé doit également être envisagée lorsque le tableau clinique l'évoque.
Si ces diagnostics ont été écartés et qu'une personne souhaite malgré tout explorer une association avec ses symptômes : une expérimentation alimentaire courte, structurée et réversible peut être discutée avec un professionnel de santé ou un diététicien. Notez vos ressentis quotidiennement (énergie, confort, clarté) et réintroduisez le blé après 4 à 6 semaines pour évaluer objectivement toute différence. Dans le Covid long, aucun bénéfice clinique de cette stratégie n'est démontré.
Gluten versus fructanes : les distinguer proprement nécessite un protocole contrôlé. Une auto-réintroduction de « gluten vital » du commerce ne constitue pas un test diagnostique validé et ne doit pas être présentée comme tel. Un diététicien formé aux FODMAP peut guider une démarche d'exploration alimentaire.
Ne pas en faire une certitude : l'amélioration sous éviction n'est pas une preuve que le gluten est la cause. Corrélation temporelle ≠ causalité, surtout dans un contexte multifactoriel.
Questions fréquentes
Le gluten aggrave-t-il le Covid long ?
Faut-il arrêter le gluten quand on a un Covid long ?
Quelle est la différence entre sensibilité au gluten et maladie coeliaque ?
Que sont les ATI et quel est leur rôle dans l'inflammation ?
Le gluten et la perméabilité intestinale peuvent-ils favoriser une thyroïdite de Hashimoto ?
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Ouvrir BoussoleIndex PubMed des sources complémentaires : PMID 34073654, PMID 37744357.
Sources
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