Magnésium, B2, CoQ10, acide alpha-lipoïque : ce que la science dit en migraine
Quatre cofacteurs mitochondriaux sont régulièrement étudiés en prévention de la migraine : le magnésium, la riboflavine (vitamine B2), le coenzyme Q10 et l'acide alpha-lipoïque. Une méta-analyse de 2024 portant sur 22 essais contrôlés randomisés confirme une réduction significative de la fréquence des crises pour chacun d'entre eux. Cet article détaille les mécanismes, les données cliniques, les doses testées et le niveau de preuve par molécule.
Vous vivez avec des migraines récurrentes et vous cherchez des approches complémentaires documentées par des essais cliniques. Vous voulez comprendre ce que la science a réellement démontré — et ce qui reste incertain — avant d'en discuter avec votre professionnel de santé.
Magnésium, B2, CoQ10 et ALA agissent chacun sur un point différent de la chaîne respiratoire mitochondriale, dont le dysfonctionnement est documenté dans certaines formes de migraine.
Réductions moyennes de fréquence : Mg −2,51, CoQ10 −1,73, B2 −1,34, ALA −1,24 crises/mois vs placebo. Effets modestes mais statistiquement significatifs.
Magnésium et B2 : preuves solides (méta-analyses concordantes). CoQ10 : modéré-fort. ALA : données émergentes, corpus plus restreint.
Effet attendu après 3 mois minimum. Contre-indications spécifiques par molécule. Discussion préalable avec un professionnel de santé indispensable.
📖 Glossaire bilingue — termes clés de cet article
- Chaîne respiratoire (electron transport chain) — ensemble de complexes protéiques dans la mitochondrie qui produisent l'énergie cellulaire (ATP)
- CSD — dépression corticale envahissante (cortical spreading depression) — vague de dépolarisation neuronale suspectée de déclencher l'aura migraineuse
- NMDA (N-methyl-D-aspartate) — type de récepteur neuronal impliqué dans l'excitabilité et la transmission de la douleur
- FAD / FMN (flavin adenine dinucleotide / flavin mononucleotide) — cofacteurs dérivés de la riboflavine, essentiels aux complexes I et II
- NNT (number needed to treat) — nombre de personnes à traiter pour qu'une bénéficie du traitement par rapport au placebo
- RCT (randomized controlled trial) — essai contrôlé randomisé, standard de preuve en recherche clinique
- HIT-6 (Headache Impact Test) — questionnaire validé mesurant l'impact fonctionnel de la migraine
- CGRP (calcitonin gene-related peptide) — peptide vasodilatateur impliqué dans la douleur migraineuse, cible des anti-CGRP
La piste mitochondriale en migraine
🟢 Preuve établie — études de bioénergétique cérébraleLe cerveau migraineux présente un déficit documenté du métabolisme énergétique mitochondrial entre les crises, ce qui constitue la base rationnelle de l'utilisation de cofacteurs mitochondriaux en prévention. Des études de spectroscopie par résonance magnétique (phosphore-31) ont mis en évidence une réduction de la phosphorylation oxydative dans le cortex des personnes migraineuses, y compris en dehors des crises [12].
Ce déficit énergétique a deux conséquences directes : il augmente l'excitabilité neuronale (le neurone compense le manque d'énergie par une hyperréactivité) et abaisse le seuil de déclenchement de la dépression corticale envahissante (CSD), l'événement neurologique suspecté de précéder l'aura et la crise elle-même.
Ce n'est pas un hasard si ces quatre cofacteurs sont aussi étudiés dans le Covid long, la fibromyalgie ou la fatigue chronique [16] — des conditions qui partagent ce même substrat de dysfonction énergétique cellulaire.
La cohérence mécanistique justifie les essais cliniques — elle ne constitue pas une preuve d'efficacité en elle-même. C'est pourquoi les données des RCTs ci-dessous sont essentielles pour évaluer la pertinence réelle de chaque molécule.
Magnésium : le mieux documenté des quatre
🟢 Preuve établie — méta-analyses multiples, réduction significativeLe magnésium est le cofacteur qui dispose du niveau de preuve le plus élevé pour la prévention de la migraine, avec des réductions significatives de la fréquence, de la sévérité et des jours de migraine par mois dans plusieurs méta-analyses. La méta-analyse dose-réponse de Talandashti et al. (2024, 22 RCTs) retrouve, spécifiquement pour le magnésium, une réduction moyenne de −2,51 crises/mois, de −0,88 point de sévérité et de −1,66 jours de migraine/mois [1].
Le mécanisme est triple : cofacteur obligatoire de l'ATP synthase (production d'énergie), bloqueur voltage-dépendant du récepteur NMDA (excitabilité neuronale) et modulateur potentiel de la dépression corticale envahissante (données principalement issues de modèles animaux). Par ailleurs, une carence en magnésium intracellulaire est fréquemment documentée chez les personnes migraineuses, indépendamment des taux sériques — qui sont un marqueur médiocre du statut cellulaire.
L'essai multicentrique de Gaul et al. (2015) utilisant une combinaison incluant du magnésium a confirmé un bénéfice significatif sur le score HIT-6 (p = 0,01) et la sévérité de la douleur (p = 0,03), avec un profil de tolérance excellent [5].
Les formes les plus utilisées dans les études : citrate de magnésium (meilleure biodisponibilité intestinale) et oxyde de magnésium (souvent utilisé en recherche, effet laxatif plus marqué à dose équivalente). Les doses testées : 400 à 600 mg/j d'équivalent magnésium-élément, pendant au minimum 3 mois.
Le magnésium sérique ne reflète pas le statut intracellulaire. Un taux sanguin « normal » n'exclut pas une carence tissulaire — c'est un piège analytique classique.
Riboflavine (B2) : le cofacteur de référence
🟢 Preuve établie — RCT pivot + méta-analyse 9 étudesLa riboflavine à dose pharmacologique (400 mg/j) obtient un taux de répondeurs de 59 % contre 15 % sous placebo dans l'essai de référence, avec un nombre nécessaire à traiter (NNT) de 2,3 — l'un des plus favorables parmi les approches préventives de la migraine. Cet essai randomisé en double aveugle, mené par Schoenen et al. à l'Université de Liège (1998, n = 55, 3 mois), a montré une supériorité significative de la riboflavine sur la fréquence des crises (p = 0,005) et les jours de migraine (p = 0,012) [2].
La riboflavine est nécessaire à la synthèse des cofacteurs FAD et FMN, indispensables aux complexes I et II de la chaîne respiratoire. À dose pharmacologique, elle améliore le rendement énergétique de la cellule nerveuse — un effet qui met environ 3 mois à se manifester cliniquement [14].
Une méta-analyse de 2021 (Chen et al.) portant sur 8 RCTs et 1 essai contrôlé (n = 673) confirme que la riboflavine à 400 mg/j pendant 3 mois réduit significativement les quatre paramètres : jours de migraine (p = 0,005), durée des crises (p = 0,003), fréquence (p = 0,001) et score de douleur (p = 0,015) [3]. La méta-analyse de 2024 retrouve une réduction de −1,34 crises/mois vs placebo [1].
Un point méthodologique important : la riboflavine à 400 mg/j colore les urines en jaune vif, ce qui peut démasquer le groupe traitement dans un essai en aveugle. Ce phénomène reflète la saturation de l'absorption intestinale (transport actif limité) et l'excrétion rénale de l'excédent — il est inoffensif, mais constitue une limite méthodologique réelle. L'essai de Maizels et al. (2004) a montré que la riboflavine à 25 mg (utilisée comme « placebo » actif) obtenait déjà un effet supérieur au placebo standard, suggérant qu'une dose faible pourrait elle-même être active [4].
Comme pour la plupart des cofacteurs mitochondriaux, l'effet de la riboflavine ne se manifeste pas en quelques jours. Les études utilisent systématiquement une période de 3 mois minimum pour évaluer l'efficacité — un point à anticiper avant de conclure à l'absence de réponse.
Un journal structuré sur 3 mois est l'outil de base pour évaluer l'effet réel de n'importe quelle approche préventive. Fréquence, durée, sévérité, facteurs déclenchants : Boussole intègre un suivi quotidien adapté aux conditions chroniques.
Commencer le suiviCoQ10 : la navette électronique
🟢 Preuve établie — RCT positif + méta-analyse 2024 significativeLe coenzyme Q10 (ubiquinone) obtient un taux de répondeurs de 47,6 % contre 14,4 % sous placebo dans l'essai pivot (NNT = 3), avec une réduction significative de la fréquence, de la sévérité et de la durée des crises. Cet essai randomisé en double aveugle (Sándor et al., Neurology, 2005, n = 42) a testé CoQ10 300 mg/j pendant 3 mois et constitue la preuve directe la plus robuste [6].
La méta-analyse de 2024 confirme pour le CoQ10 une réduction moyenne de −1,73 crises/mois, −1,35 point de sévérité et −1,72 h de durée [1]. Un essai add-on iranien (Shoeibi et al., 2017, n = 73) a montré une réduction significative de la fréquence (p < 0,001) et de la sévérité (p < 0,001) avec CoQ10 100 mg/j [7]. L'étude ouverte initiale de Rozen et al. (2002) avait observé un taux de répondeurs de 61,3 % [15].
Nuance importante : la méta-analyse canadienne de 2019 (Okoli et al.) ne retrouve pas de signification statistique, probablement par manque de puissance (2 essais seulement, 97 participants) [13]. L'accumulation des données depuis 2019 penche nettement vers un effet réel, confirmé par la méta-analyse de 2024, mais les études restent de taille modeste.
Un essai iranien (Parohan et al., 2019) a exploré la combinaison CoQ10 + nano-curcumine sur 100 participants avec des effets significatifs sur la fréquence, la sévérité et la durée [8]. Prudence toutefois : la curcumine étant elle-même une co-intervention active (propriétés anti-inflammatoires), l'effet ne peut pas être attribué au seul CoQ10.
Les statines (inhibiteurs de la HMG-CoA réductase) bloquent la même voie métabolique que la synthèse endogène du CoQ10. Les personnes sous statines ont souvent des taux plasmatiques de CoQ10 abaissés — un argument supplémentaire pour la discussion avec le prescripteur.
Forme ubiquinol (CoQ10 réduit) : meilleure biodisponibilité que l'ubiquinone, surtout au-delà de 50 ans. Les études utilisent généralement 300 mg/j d'ubiquinone.
Acide alpha-lipoïque : l'antioxydant de réseau
🟠 Données émergentes — RCTs récents positifs, corpus plus restreintL'acide alpha-lipoïque (ALA) réduit significativement la fréquence des crises dans la méta-analyse de 2024, avec un effet plus modeste que les trois autres molécules mais une cohérence mécanistique forte en lien avec le stress oxydatif et la fonction mitochondriale. La méta-analyse retrouve une réduction de −1,24 crises/mois et de −0,38 point de sévérité [1].
L'ALA est dit « antioxydant de réseau » : il régénère directement la vitamine C, la vitamine E et le glutathion après leur oxydation. Il est aussi cofacteur de complexes enzymatiques mitochondriaux impliqués dans la décarboxylation du pyruvate — l'entrée du glucose dans le cycle de Krebs.
L'essai pivot de Magis et al. (2007, n = 44, double aveugle, ALA 600 mg/j) avait montré une tendance à la réduction de la fréquence des crises (p = 0,06) et une réduction significative en intra-groupe de la fréquence (p = 0,005), des jours de céphalées (p = 0,009) et de la sévérité (p = 0,03). L'essai était sous-dimensionné (arrêté à 54 participants sur 80 prévus) [9].
Depuis, deux RCTs iraniens ont renforcé le corpus. Kelishadi et al. (2022, n = 92 femmes, double aveugle, ALA 300 mg × 2/j, 12 semaines) ont montré une réduction significative de la sévérité (p < 0,001), de la fréquence (p = 0,001), du score HIT-6 (p < 0,001), avec une baisse du lactate sérique et du VCAM-1 — deux biomarqueurs de dysfonction mitochondriale et endothéliale [10]. Le même groupe a documenté une amélioration significative des marqueurs inflammatoires (CRP, MDA) et du statut anxio-dépressif (DASS-21) [11].
Un essai sur des adolescents migraineux (Puliappadamb et al., 2023, n = 60) a testé l'ALA en ajout à la flunarizine : le taux de répondeurs était de 80 % dans le groupe ALA contre 33,3 % dans le groupe contrôle (p = 0,001), avec une réduction significative du CGRP sérique — le peptide cible des nouveaux anti-migraineux biologiques [11b].
Un profil particulièrement intéressant a été identifié par Cavestro et al. (2017) : chez des personnes migraineuses présentant une résistance à l'insuline, ALA 800 mg/j pendant 6 mois a produit un taux de répondeurs de 69 %, avec une réduction significative du nombre d'attaques et des jours de prise [11c]. C'est une étude ouverte, mais elle suggère que le profil métabolique pourrait influencer la réponse.
L'ALA figure désormais dans les méta-analyses mais dispose d'un corpus propre moins fourni que le magnésium ou la B2. Son intérêt est particulièrement discuté dans les profils associant migraine, stress oxydatif chronique, résistance à l'insuline et fatigue (Covid long, fibromyalgie).
Combiner ces molécules : ce que les études testent
🟢 RCT multicomposant — effet significatif sur sévérité et qualité de vieL'essai multicentrique en double aveugle de Gaul et al. (2015, n = 130) a testé une combinaison fixe magnésium + riboflavine + CoQ10 pendant 3 mois, avec un effet significatif sur la sévérité de la douleur et l'impact fonctionnel. Les résultats détaillés [5] :
Jours de migraine/mois : 6,2 → 4,4 dans le groupe supplément vs 6,2 → 5,2 sous placebo, tendance non significative (p = 0,23). Intensité de la douleur : réduction significative vs placebo (p = 0,03). Score HIT-6 (impact fonctionnel) : −4,8 points vs −2 dans le groupe placebo (p = 0,01). Évaluation subjective d'efficacité : significativement meilleure dans le groupe supplémenté (p = 0,01).
L'étude observationnelle de Guilbot et al. (2017) a testé une combinaison CoQ10 + partenelle + magnésium sur 68 personnes migraineuses : 75 % de répondeurs à 3 mois, avec une amélioration progressive mois après mois [5b]. L'absence de groupe placebo et l'inclusion de la partenelle (elle-même étudiée en migraine) limitent l'interprétation, mais le signal est cohérent avec un effet de la combinaison.
Le décalage entre « fréquence absolue » et « qualité de vie » observé dans l'essai de Gaul est courant dans les maladies épisodiques chroniques : même si le nombre de crises ne diminue pas de façon statistiquement significative, les crises restantes sont moins sévères, moins invalidantes et mieux tolérées — ce qui se traduit par un impact concret sur le quotidien.
Précautions et interactions
⚠️ Section à lire avant toute démarcheCes quatre compléments sont généralement bien tolérés dans les essais cliniques, mais chacun présente des contre-indications spécifiques qui justifient une évaluation individuelle préalable avec un professionnel de santé.
Ces compléments sont étudiés en population adulte générale. Plusieurs situations nécessitent une évaluation individuelle préalable :
① Insuffisance rénale — le magnésium est contre-indiqué en cas de filtration glomérulaire réduite (DFG < 30 mL/min) : risque d'accumulation et d'hypermagnésémie.
② Anticoagulants (AVK) — le CoQ10 partage une structure chimique avec la vitamine K et pourrait modifier l'effet des anti-vitamines K : suivi INR recommandé si ajout.
③ Diabète traité — l'ALA à fortes doses a un effet hypoglycémiant documenté : surveillance glycémique nécessaire chez les personnes sous insuline ou antidiabétiques oraux.
④ Grossesse et allaitement — données insuffisantes sur les doses pharmacologiques de B2 (400 mg/j), CoQ10 (300 mg/j) et ALA (600 mg/j).
En dehors de ces situations, cette démarche doit être discutée avec un professionnel de santé qui évaluera les contre-indications liées à votre profil clinique individuel.
En contexte de fatigue chronique ou de Covid long, la sensibilité à ces compléments peut être différente de celle observée en population migraineuse standard — les données spécifiques font défaut.
Ces molécules ne sont pas des médicaments au sens réglementaire français. Elles ne font l'objet d'aucune allégation santé reconnue dans le cadre de la migraine par les autorités sanitaires françaises (ANSM). Leur utilisation relève de l'information nutritionnelle, pas du conseil thérapeutique.
Que retenir pour la pratique
🟢 Synthèse des données disponiblesL'approche métabolique de la migraine constitue une option préventive documentée, bien tolérée et peu coûteuse, dont l'efficacité se situe dans un ordre de grandeur comparable à certaines approches de fond conventionnelles. Lisicki et Schoenen (2020) soulignent dans leur revue d'experts que les taux de réponse aux cofacteurs mitochondriaux sont proches de ceux du topiramate, du propranolol et des anticorps anti-CGRP — avec un profil d'effets indésirables incomparablement plus favorable [12].
① Commencez un journal de migraine structuré. Fréquence, durée, sévérité, facteurs déclenchants — 3 mois de données sont nécessaires pour évaluer toute approche préventive.
② Vérifiez vos apports en magnésium. Demandez un dosage du magnésium érythrocytaire (pas seulement sérique) à votre médecin et évaluez vos apports alimentaires.
③ Prenez rendez-vous pour en discuter. Parlez de ces données à votre médecin ou neurologue. Il évaluera les contre-indications liées à votre profil, les interactions avec vos autres prises en charge et la pertinence dans votre situation spécifique.
Ce qui est établi : une méta-analyse de 2024 portant sur 22 RCTs confirme une réduction statistiquement significative de la fréquence des crises pour les quatre molécules. Le magnésium obtient l'effet le plus marqué (−2,51 crises/mois), suivi du CoQ10 (−1,73), de la B2 (−1,34) et de l'ALA (−1,24). L'essai pivot de Schoenen (1998) pour la B2 et celui de Sándor (2005) pour le CoQ10 restent les preuves directes les plus robustes (NNT de 2,3 et 3 respectivement). La cible mitochondriale est cohérente avec les données de bioénergétique cérébrale dans la migraine.
Ce qui reste incertain : les doses optimales de chaque molécule en combinaison, la durée minimale efficace au-delà de 3 mois, et l'identification des profils de répondeurs. Les études de bioénergétique suggèrent que l'effet est d'autant plus marqué chez les personnes présentant un déficit mitochondrial documenté. L'ALA reste la molécule avec le corpus le moins fourni, bien que les RCTs récents soient encourageants. Les essais combinés restent rares et de petite taille. Aucune donnée spécifique n'est disponible en population Covid long ou fibromyalgie pour ces molécules dans le contexte de la migraine.
Magnésium, riboflavine, CoQ10 et acide alpha-lipoïque partagent une logique biologique cohérente en migraine : tous ciblent la fonction mitochondriale, dont le déficit est documenté dans le cerveau migraineux. Les données des essais cliniques, consolidées par la méta-analyse de 2024, montrent des réductions significatives de la fréquence des crises — modestes mais réelles, et du même ordre de grandeur que certaines approches conventionnelles. Ces compléments ne se substituent pas à une prise en charge médicale, mais constituent une piste à discuter avec votre professionnel de santé, en particulier si vous avez identifié d'autres signes de fragilité énergétique cellulaire ou de dysautonomie associée.
Questions fréquentes
Quels compléments alimentaires sont les mieux documentés pour réduire la fréquence des migraines ?
Selon la méta-analyse de 2024 portant sur 22 essais contrôlés randomisés, le magnésium obtient la réduction la plus importante (−2,51 crises/mois), suivi du CoQ10 (−1,73), de la riboflavine B2 (−1,34) et de l'acide alpha-lipoïque (−1,24). Le magnésium et la riboflavine disposent du corpus le plus solide (méta-analyses concordantes, NNT favorables).
Quelle dose de riboflavine B2 est testée contre la migraine, et pendant combien de temps ?
Les études utilisent 400 mg/j de riboflavine pendant 3 mois minimum. C'est une dose très supérieure aux apports journaliers recommandés (1,6 mg) — il s'agit d'un usage pharmacologique, pas d'une supplémentation nutritionnelle standard. L'essai de référence (Schoenen 1998) montre 59 % de répondeurs, avec un NNT de 2,3. L'urine prend une couleur jaune-orange inoffensive.
Peut-on combiner magnésium, riboflavine et CoQ10 pour la migraine ?
Un essai clinique en double aveugle (Gaul et al. 2015, n = 130) a testé cette combinaison pendant 3 mois. L'effet sur la sévérité et l'impact fonctionnel (HIT-6) était significatif, même si la réduction de fréquence n'atteignait pas le seuil de significativité statistique. La combinaison est bien tolérée. Toute association doit être discutée avec un professionnel de santé.
L'acide alpha-lipoïque est-il aussi efficace que le magnésium pour la migraine ?
Non. L'ALA montre l'effet le plus modeste des quatre molécules (−1,24 crises/mois vs −2,51 pour le magnésium) et dispose d'un corpus d'études plus restreint. Cependant, les RCTs récents (2021-2023) sont encourageants, notamment chez les personnes présentant un stress oxydatif chronique ou une résistance à l'insuline associée. Il s'agit d'une piste émergente, pas encore au niveau des recommandations de première ligne.
Pourquoi ces compléments sont-ils étudiés aussi dans le Covid long et la fibromyalgie ?
Ces quatre cofacteurs ciblent la fonction mitochondriale et le stress oxydatif, qui sont des mécanismes communs à la migraine, au Covid long, à la fibromyalgie et à l'EM/SFC. Les essais cliniques disponibles n'ont toutefois pas été réalisés spécifiquement dans ces populations pour l'indication migraine — la cohérence mécanistique ne remplace pas les données cliniques directes.
Suivre ses crises sur 3 mois
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Essayer gratuitement →Sources
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