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Covid long ou effets post-vaccinaux : mêmes symptômes ?

Illustration schématique de symptômes qui se recoupent entre infection Covid et vaccination

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L'article en 1 minute

Ce qu'on observe. Après une infection Covid ou une vaccination, certains symptômes prolongés (fatigue, brouillard cognitif, neuropathie périphérique) se ressemblent au point de brouiller les pistes entre les deux causes possibles.

Ce que cela signifie. Trois effets vaccinaux sont bien caractérisés par la pharmacovigilance (myocardite post-ARNm, thrombose thrombocytopénique après vecteur adénoviral, syndrome de Guillain-Barré), mais quand le tableau chevauche un Covid long, aucun marqueur biologique ni délai type ne permet de trancher avec certitude ; une étude comparative retrouve tout de même des différences de profils cliniques et biologiques entre les deux groupes.

La limite principale. Le Covid long est démontré à grande échelle après infection, alors que la fréquence d'un syndrome persistant post-vaccinal reste inconnue et semble bien plus rare ; cette incertitude ne doit jamais retarder la prise en charge d'un effet indésirable reconnu (douleur thoracique, essoufflement, céphalées sévères, hématomes inexpliqués).

À retenir : Documenter la chronologie précise (date de vaccination, d'infection éventuelle, d'apparition de chaque symptôme) reste l'indice le plus utile à apporter au médecin, plus fiable qu'une intuition sur la cause.

Repères de lecture
Pour qui

Vous avez des symptômes prolongés après une infection ou une vaccination Covid, et vous cherchez des repères objectifs pour comprendre ce qu'ils peuvent (ou ne peuvent pas) indiquer.

Idée centrale

Plusieurs effets indésirables vaccinaux sont bien caractérisés, avec une fréquence connue. Mais quand les symptômes chevauchent un Covid long, aucun test ne permet aujourd'hui de trancher avec certitude.

À garder en tête

Un chevauchement de symptômes ne prouve pas une cause commune, et l'absence de test ne veut pas dire absence de mécanisme.

Glossaire rapide
  • PCVS : Sigle non officiel (« syndrome post-vaccination Covid ») utilisé dans des cohortes cliniques qui décrivent un signal réel (symptômes et auto-anticorps distincts) ; non reconnu comme diagnostic par l'OMS, la FDA ou l'ANSM à ce jour, faute de définition et de biomarqueur validés.
  • VITT / TTS : Thrombose associée à une thrombocytopénie d'origine immunitaire, effet indésirable rare et bien documenté des vaccins à vecteur adénoviral.
  • Effet nocebo : Survenue d'un symptôme négatif causée par l'attente du sujet plutôt que par le produit lui-même ; démontré dans les essais pivots Covid par un taux de symptômes substantiel dans les bras placebo.

Introduction Après une infection Covid ou une vaccination, certains symptômes prolongés se ressemblent au point de brouiller les pistes. Voici ce que la science permet de distinguer aujourd'hui, et ce qu'aucun test ne permet encore de trancher.

Les effets indésirables vaccinaux reconnus, avec leur fréquence réelle

🟢 Pharmacovigilance établie : cohortes de plusieurs millions de doses

Myocardite, thrombose auto-immune, syndrome de Guillain-Barré : plusieurs effets indésirables vaccinaux sont aujourd'hui caractérisés, avec un profil clinique, une fenêtre temporelle et un niveau de causalité mieux définis selon la plateforme.

Trois signaux sont aujourd'hui bien caractérisés par la pharmacovigilance, à des degrés de certitude différents.

La myocardite/péricardite post-ARNm touche surtout les hommes jeunes après la deuxième dose, le plus souvent dans les 2 à 7 jours suivant l'injection (médiane 2 à 4 jours) : dans une cohorte ontarienne de 1,65 million de doses de BNT162b2 chez les 12-17 ans, l'incidence atteignait 15,7 cas pour 100 000 doses chez les garçons de 16-17 ans après la deuxième injection, et jusqu'à 21,3 pour 100 000 en cas d'intervalle court entre les doses (Buchan et al. 2023, JAMA Pediatrics, DOI)[1]. Une surveillance nationale norvégienne portant sur 496 432 adolescents a examiné dix-sept événements présélectionnés, dont la myocardite et la péricardite, en comparant les taux d'incidence des vaccinés à ceux des non-vaccinés[7] — un dispositif qui donne au signal son groupe de comparaison, ce qu'un registre de cas adressés ne peut pas fournir.

La thrombose thrombocytopénique immunitaire (VITT/TTS), généralement observée entre 4 et 42 jours après l'injection, est quasi exclusivement liée aux vaccins à vecteur adénoviral, avec un mécanisme désormais bien caractérisé (anticorps anti-PF4) : selon une revue systématique, 95 % des cas sont survenus après AstraZeneca et 4 % après Janssen, contre 0,2 % chacun pour Moderna et Pfizer (Suhaimi et al. 2023, Clinical and Experimental Vaccine Research, DOI)[2].

Le syndrome de Guillain-Barré est établi comme effet des vaccins à vecteur adénoviral (fenêtre étudiée jusqu'à 42 jours) : l'Agence européenne du médicament le liste comme effet très rare de Vaxzevria et Jcovden.

Pour l'ARNm, les données sont discordantes entre études : une étude cas-témoins auto-contrôlée italienne (Morciano et al. 2024, PLoS One, DOI) retrouve un excès de risque après mRNA-1273, mais la plus vaste étude disponible à ce jour, portant sur 58,5 millions de personnes en France, ne confirme ce signal que dans un seul sous-groupe (12-49 ans, 2ᵉ dose de Moderna) et conclut à l'absence d'augmentation significative du risque de Guillain-Barré avec les vaccins à ARNm en population générale (Le Vu et al. 2023, Neurology, DOI).

Ce signal ARNm ne peut donc pas être présenté comme un effet de classe établi.

Les mécanismes immunologiques proposés pour l'ensemble de ces effets (activation plaquettaire, réponse auto-immune, inflammation croisée) sont détaillés dans une revue générale (Gopalaswamy et al. 2024, Biomolecules, DOI).

Effets indésirables vaccinaux reconnus : plateforme, fenêtre, niveau de preuve
Effet Plateforme concernée Fenêtre temporelle Niveau de preuve
AnaphylaxieToutes plateformesMinutes à quelques heuresCausalité reconnue
Myocardite / péricarditeARNm, surtout hommes jeunes2 à 7 jours (médiane 2-4j)Causalité reconnue
VITT / TTSVecteur adénoviral4 à 42 joursCausalité et mécanisme (anti-PF4) établis
Guillain-BarréAdénoviral établi ; ARNm : signal isolé, non répliquéJusqu'à 42 joursReconnu (adénoviral) ; discordant (ARNm)
Une incidence connue ne dit rien du diagnostic individuel, et un signal statistique non répliqué par la plus grande étude disponible ne vaut pas causalité établie.

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Ces effets restent rares mais reconnus : ne les négligez jamais en cas de signe évocateur dans les semaines suivant une vaccination, y compris après une dose précédente bien tolérée. Pour la myocardite : douleur thoracique, essoufflement inhabituel ou palpitations. Pour la VITT : céphalée intense et persistante, troubles neurologiques, douleur abdominale importante, dyspnée, gonflement d'un membre ou pétéchies inhabituelles (et non un simple hématome).

Le moment d'apparition des symptômes : un indice, pas une preuve

🟡 Donnée observationnelle : registre clinique, biais de recrutement probable

Dans ce registre de 179 patients, 493 événements indésirables ont été documentés : 69,4 % de ces événements avaient débuté dans les 90 jours suivant la vaccination et 12,4 % au moins 360 jours plus tard. Ces proportions décrivent les événements enregistrés, pas la part de patients présentant un début précoce ou tardif.

Un registre national japonais a suivi 279 patients adressés dans 14 centres pour des symptômes attribués à la vaccination Covid, entre décembre 2020 et août 2023 ; 179 cas ont été retenus comme « cliniquement définitifs ».

La population était majoritairement féminine (66,5 %), d'âge moyen 59 ans, avec en moyenne 2 effets indésirables par patient (jusqu'à 29 dans les cas les plus complexes). Trois catégories de troubles dominaient : les troubles généraux — fatigue en tête — (29,2 %), les troubles neurologiques — brouillard mental, vertiges — (22,3 %) et les troubles musculo-squelettiques (10,1 %), un profil qui recoupe largement les plaintes rapportées dans le Covid long.

Ces proportions portent sur les 493 événements documentés, un même patient pouvant en avoir contribué plusieurs à des délais différents (Fujisawa et al. 2026, Scientific Reports, DOI). Les auteurs précisent eux-mêmes que les événements débutant au moins 360 jours après la vaccination sont soumis à une incertitude substantielle et que leur étude observationnelle ne permet pas d'établir la causalité : un symptôme apparu tardivement n'exclut aucune des deux pistes, mais il l'affaiblit.

Un critère de causalité classique (temporalité) veut qu'un nouveau symptôme démarrant pour la première fois plus d'un an après l'injection, sans événement intermédiaire documenté, soit moins plausible comme effet vaccinal direct qu'une complication apparue précocement et laissant des séquelles durables.

Ce registre repose en outre sur des patients adressés pour suspicion de lien vaccinal : un biais de recrutement qui interdit toute estimation de fréquence en population générale à partir de ces chiffres. Sans le taux d'incidence de fond du même événement dans la même population — ce que des études multinationales ont établi pour les événements d'intérêt particulier[8] — un décompte de cas ne dit rien de l'attribution.

Ce que le suivi rend visible

Noter la date d'apparition de chaque symptôme et son évolution dans le temps aide à objectiver cette chronologie : un repère utile à partager avec votre médecin.

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Délai d'apparition des 493 événements documentés (registre Japon) Répartition du délai entre vaccination et déclaration des 493 événements indésirables du registre clinique japonais PCVS (179 patients) : 69,4% des événements dans les 90 jours, 18,2% entre 91 et 360 jours, 12,4% au-delà d'un an. Un même patient pouvait contribuer plusieurs événements. Délai d'apparition des 493 événements documentés (registre Japon) 69,4 % ≤ 90 jours 18,2 % 91 à 360 jours 12,4 % > 360 jours
Distribution des 493 événements indésirables recensés chez 179 patients sélectionnés dans un registre clinique japonais spécialisé. Un même patient pouvait contribuer plusieurs événements. Les événements tardifs ne démontrent pas une causalité vaccinale (Fujisawa et al. 2026).
Plus le délai s'allonge sans continuité symptomatique ni mécanisme intermédiaire documenté, plus l'imputabilité directe devient incertaine.

⚠️ Avertissement

Un délai d'apparition seul ne permet pas d'auto-diagnostiquer une origine vaccinale ou infectieuse. Une évaluation médicale reste nécessaire pour écarter d'autres causes (carence, dysthyroïdie, apnée du sommeil…) avant d'attribuer des symptômes prolongés à l'un ou l'autre événement.

Symptômes qui se chevauchent : la comparaison directe, et les limites du nocebo

🟠 Hypothèses étayées + terminologie non consensuelle

Une étude comparant directement Covid long et syndrome post-vaccinal retrouve un socle commun de fatigue, ainsi que des différences de profils cliniques et biologiques entre les groupes, notamment pour les acouphènes et deux auto-anticorps ; pour la neuropathie périphérique en revanche, c'est le groupe Covid long avec EM/SFC qui présente la fréquence la plus élevée, pas le groupe post-vaccinal.

Avant de comparer les symptômes, un repère de fréquence s'impose : le Covid long est démontré à grande échelle après infection, alors que la fréquence d'un éventuel syndrome persistant post-vaccinal reste inconnue et semble nettement plus rare. Dans une méta-analyse de 31 études observationnelles, une vaccination préalable, tous schémas regroupés, était associée à des odds plus faibles de Covid long après infection à Omicron (rapport de cotes 0,77, IC95 % 0,70-0,85), avec une certitude des preuves jugée très faible (Green et al. 2025, Nature Communications, DOI).

Cela suggère un effet protecteur, sans permettre de traduire directement cet indicateur par « 23 % de risque en moins » pour chaque personne. Cette asymétrie de fréquence n'efface pas les effets post-vaccinaux reconnus : elle évite seulement de présenter les deux risques comme équivalents en ampleur.

Cinq scénarios distincts peuvent produire un tableau clinique similaire. ① Une infection passée inaperçue avant la vaccination, dont le Covid long se révèle après l'injection sans lien causal avec elle. ② Une réinfection survenue après la vaccination, attribuée à tort au vaccin. ③ Un effet indésirable vaccinal reconnu — myocardite, VITT, syndrome de Guillain-Barré — laissant des séquelles prolongées au-delà de l'épisode aigu.

④ La décompensation d'un terrain immunitaire ou dysautonomique préexistant, déclenchée indifféremment par une infection ou par une stimulation vaccinale, un mécanisme détaillé dans notre article sur le terrain prédisposé. ⑤ Un effet nocebo dans les jours suivant l'injection : un symptôme réellement ressenti, mais déclenché par l'attente d'un effet indésirable plutôt que par le produit lui-même.

Une méta-analyse de 12 essais pivots (45 380 participants) retrouve que 35,2 % des sujets du bras placebo rapportent un effet systémique dans les 7 jours suivant la première dose, ce qui représente 76,0 % de l'ensemble des effets systémiques précoces rapportés à ce stade des essais (51,8 % après la deuxième dose) (Haas et al. 2022, JAMA Network Open, DOI). Ces données portent sur des effets systémiques transitoires des tout premiers jours : elles ne permettent pas d'expliquer par un nocebo un syndrome chronique multisystémique ou une anomalie biologique objectivée.

Une étude comparative récente objective justement ces différences : sur 181 patients d'une consultation dédiée (Columbia University), la fatigue restait le symptôme le plus fréquent dans tous les groupes (92,9 % du groupe post-vaccinal, 78,1 % du groupe Covid long sans EM/SFC, 100 % du groupe Covid long avec EM/SFC).

Dans le groupe post-vaccinal, la neuropathie périphérique (17,9 %), les acouphènes (7,1 %) et l'éruption cutanée (10,7 %) étaient les motifs principaux atypiques les plus souvent cités (p < 0,01) ; ces chiffres décrivent le motif de consultation dominant, pas la prévalence totale du symptôme.

En prévalence totale, la neuropathie périphérique était rapportée chez 46,4 % des patients post-vaccinaux, contre 36,6 % des Covid longs sans EM/SFC et 63,4 % des Covid longs avec EM/SFC (le groupe post-vaccinal n'est donc pas le plus touché) ; les acouphènes étaient rapportés chez 57,1 % des patients post-vaccinaux, contre 26,8 % et 39,4 % respectivement (Purpura et al. 2026, Clinical Infectious Diseases, DOI).

Dans un sous-échantillon biologique réduit à 14 patients post-vaccinaux, l'anticorps anticardiolipine IgM (42,9 %, soit environ 6/14) et l'anti-U1-RNP (21,4 %, soit environ 3/14) étaient plus souvent positifs que dans le groupe Covid long (respectivement 11,6 %, p=0,02, et 2,3 %, p=0,04) ; ces auto-anticorps ne sont pas spécifiques de ce syndrome et existent dans d'autres contextes auto-immuns ou post-infectieux, ce qui en fait un signal exploratoire, pas un biomarqueur diagnostique.

L'effectif reste petit et le recrutement spécialisé : ces différences ne constituent pas des critères diagnostiques, mais elles sont la démonstration la plus directe à ce jour que les deux tableaux, bien que très proches, ne sont pas identiques. À cela s'ajoute une réserve terminologique : l'acronyme « PCVS » (syndrome post-vaccination Covid), utilisé dans certains registres cliniques dont celui cité en section précédente, n'est reconnu comme diagnostic ni par l'OMS, ni par la FDA, ni par l'ANSM à ce jour.

Les données ci-dessus suggèrent un signal clinique et biologique réel ; ce qui manque encore, c'est une définition consensuelle, un biomarqueur validé et une estimation fiable de sa fréquence.

Covid long vs syndrome post-vaccinal : ce qu'une comparaison directe retrouve (Purpura et al. 2026, cohorte totale n=181, groupe post-vaccinal n=28, sous-échantillon biologique post-vaccinal n=14)
Manifestation Groupe post-vaccinal Groupe Covid long
Fatigue92,9 %78,1 % (100 % si EM/SFC associé)
Neuropathie périphérique (motif principal atypique)17,9 %Prévalence totale : 46,4 % (post-vaccinal) vs 36,6 % (Covid long sans EM/SFC) vs 63,4 % (Covid long + EM/SFC)
Acouphènes (motif principal atypique)7,1 %Prévalence totale : 57,1 % (post-vaccinal) vs 26,8 % (Covid long sans EM/SFC) vs 39,4 % (Covid long + EM/SFC)
Anticorps anticardiolipine IgM (sous-échantillon biologique, n=14)42,9 % (6/14)11,6 % (p=0,02)
Les deux tableaux partagent un socle de fatigue ; des différences de phénotype et de profils biologiques ont été observées dans cette petite cohorte spécialisée, mais elles constituent des signaux à reproduire, pas des critères diagnostiques.

⚠️ Prudence d'interprétation

Le registre japonais évoqué en section précédente, comme l'étude comparative citée ci-dessus, reposent sur des patients qui consultent spécifiquement pour une suspicion de lien vaccinal ou pour un Covid long persistant : ce biais de recrutement gonfle mécaniquement la fréquence apparente des tableaux complexes, sans refléter le risque réel en population générale.

À retenir en pratique

Notez la chronologie précise (infection connue, date de vaccination, date de première apparition des symptômes) et conservez vos résultats sérologiques : ce sont ces éléments concrets, pas l'intensité de l'inquiétude, qui aident un médecin à orienter son diagnostic.

Ce qu'il est possible de faire, en l'absence de test qui tranche

⬜ Repères pratiques, pas de protocole validé

Aucun test ne permet aujourd'hui de trancher formellement entre Covid long et effet post-vaccinal persistant quand les deux tableaux se superposent, mais plusieurs pistes objectivent une partie du tableau.

La sérologie anti-nucléocapside (anti-N) peut orienter vers une infection passée, mais sa sensibilité varie fortement selon le test utilisé : de 93 % pour le test Elecsys à 35 % pour certains kits ELISA, plusieurs mois après une infection à variant Omicron (Springer et al. 2023, Journal of Medical Virology, DOI) ; un résultat positif oriente fortement vers une infection passée, mais un résultat négatif ne l'exclut pas : nous détaillons l'interprétation de ces tests, et leurs pièges, dans un article dédié.

La distinction structurelle et cinétique entre protéine spike virale et protéine spike vaccinale, développée dans un article séparé, reste à ce jour un éclairage mécanistique : il n'existe pas de test clinique de routine validé permettant d'attribuer, chez un patient donné, une spike détectée à l'infection ou au vaccin.

Quand le tableau évoque la décompensation d'un terrain immunitaire préexistant plutôt qu'un effet direct de l'un ou l'autre événement, notre article sur le terrain prédisposé détaille les mécanismes proposés.

En pratique clinique, ce qui reste actionnable : documenter précisément la chronologie, ne jamais écarter un effet indésirable reconnu sous prétexte qu'il « ressemble » à un Covid long, et consulter un médecin formé à ces tableaux complexes plutôt que de chercher une réponse binaire. En France, tout effet suspecté peut être déclaré par le patient ou un professionnel de santé sur le portail national de signalement ou auprès d'un Centre régional de pharmacovigilance : une déclaration ne prouve pas la causalité, mais son accumulation permet d'identifier un signal, ensuite confronté aux dossiers médicaux et aux données épidémiologiques.

En l'absence de test qui tranche, la chronologie documentée reste le meilleur repère disponible : un indice, pas une preuve.
Ce que l'on sait, et ce que l'on ne sait pas

Fait établi. La myocardite/péricardite post-ARNm et la VITT post-vecteur adénoviral sont des effets indésirables reconnus, avec une incidence quantifiée par plusieurs cohortes de pharmacovigilance (Buchan 2023, Suhaimi 2023). Le Guillain-Barré est établi comme effet des vaccins à vecteur adénoviral ; pour l'ARNm, la plus vaste étude disponible (58,5 millions de personnes, France) ne retrouve pas de signal significatif en population générale (Le Vu 2023), ce qui contredit un signal observé dans une étude italienne plus restreinte (Morciano 2024) : ce n'est pas un effet de classe établi pour l'ARNm.

Dans les essais vaccinaux, une part importante des effets systémiques précoces (7 jours) rapportés après la première dose était également rapportée sous placebo, compatible avec une forte composante nocebo et avec le bruit de fond symptomatique (Haas 2022) ; ces données ne renseignent pas sur les syndromes chroniques. Une vaccination préalable est par ailleurs associée à des odds plus faibles de Covid long (rapport de cotes 0,77, certitude des preuves très faible ; Green 2025).

Hypothèse étayée. Un chevauchement clinique entre Covid long et effets post-vaccinaux persistants est plausible dans plusieurs scénarios — terrain prédisposé, séquelles d'un effet indésirable reconnu, infection non détectée — et une étude comparative directe (Purpura 2026) retrouve des différences mesurables (neuropathie, acouphènes, auto-anticorps) entre les deux tableaux. Mais l'effectif reste petit et aucune étude ne quantifie aujourd'hui la part de chaque scénario dans la population des personnes symptomatiques après vaccination.

Spéculation. L'idée d'un « syndrome post-vaccination Covid » (PCVS) comme entité diagnostique reconnue, avec une définition, une prévalence et des critères validés, reste à ce jour non établie par les agences sanitaires internationales, même si les cohortes cliniques publiées suggèrent un signal clinique et biologique réel. Ne pas présenter le PCVS comme un diagnostic établi.

Ce qu'il faut retenir

Certains effets indésirables vaccinaux sont bien caractérisés, avec une fréquence et un mécanisme connus. Mais quand des symptômes prolongés apparaissent après une vaccination et ressemblent à un Covid long, aucun marqueur biologique ni délai type ne permet aujourd'hui de trancher avec certitude entre les deux pistes.

Cette incertitude ne doit jamais retarder la prise en charge d'un symptôme évocateur d'un effet indésirable reconnu : douleur thoracique, essoufflement, céphalées sévères, hématomes inexpliqués. Ces tableaux nécessitent un avis médical rapide, indépendamment de la cause finalement retenue.

Deux pistes plausibles ne s'excluent pas : elles obligent seulement à regarder chaque cas avec plus de rigueur, pas moins.
🎯 Que faire concrètement avec cet article

Documentez la chronologie : Notez la date de vaccination, la date d'une éventuelle infection connue, et la date de première apparition de chaque symptôme : cette chronologie reste l'indice le plus solide disponible aujourd'hui.

Ne minimisez jamais un signe d'alerte : Douleur thoracique, essoufflement inhabituel, céphalées sévères ou hématomes inexpliqués dans les semaines suivant une vaccination justifient une consultation rapide, quelle que soit l'hypothèse retenue.

Approfondissez avec les bons articles : pour l'interprétation d'une sérologie, consultez notre article sur les tests spike positifs ; pour comprendre un terrain prédisposé, notre article sur les effets indésirables persistants détaille les mécanismes proposés.

Questions fréquentes

Existe-t-il un test qui distingue Covid long et effet post-vaccinal ?
Non, aucun test biologique ne permet aujourd'hui de trancher formellement entre les deux. La sérologie anti-nucléocapside peut orienter vers une infection passée, mais sa sensibilité varie selon le test utilisé et diminue avec le temps.
Le « PCVS » (syndrome post-vaccination Covid) est-il un diagnostic reconnu ?
Non, pas à ce jour. Des cohortes cliniques décrivent un signal réel (symptômes et auto-anticorps distincts), mais ce terme n'est reconnu comme diagnostic ni par l'OMS, ni par la FDA, ni par l'ANSM, faute de définition et de biomarqueur validés.
L'effet nocebo veut-il dire que mes symptômes ne sont pas réels ?
Non. Un effet nocebo produit un symptôme réellement ressenti, parfois mesurable, simplement déclenché par l'attente d'un effet indésirable plutôt que par le produit lui-même. Cela ne remet pas en cause la réalité du vécu.

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Sources

  1. Buchan SA, Alley S, Seo CY, et al. Myocarditis or Pericarditis Events After BNT162b2 Vaccination in Individuals Aged 12 to 17 Years in Ontario, Canada. JAMA Pediatr. 2023;177(4):410-418. PMID: 36848096. DOI: 10.1001/jamapediatrics.2022.6166.
  2. Suhaimi SNAA, Zaki IAH, Noordin ZM, et al. COVID-19 vaccine-induced immune thrombotic thrombocytopenia: a review. Clin Exp Vaccine Res. 2023;12(4):265-290. PMID: 38025914. DOI: 10.7774/cevr.2023.12.4.265.
  3. Morciano C, Spila Alegiani S, Menniti Ippolito F, et al. Post-marketing active surveillance of Guillain Barré Syndrome following COVID-19 vaccination in persons aged ≥12 years in Italy. PLoS One. 2024;19(1):e0290879. PMID: 38241309. DOI: 10.1371/journal.pone.0290879.
  4. Fujisawa A, Kodama S, Konishi N, et al. Characterizing persistent Post-COVID-19 vaccination symptoms using MedDRA system organ class and preferred term classifications. Sci Rep. 2026;16(1). PMID: 41832317. DOI: 10.1038/s41598-026-43949-z.
  5. Haas JW, Bender FL, Ballou S, et al. Frequency of Adverse Events in the Placebo Arms of COVID-19 Vaccine Trials: A Systematic Review and Meta-analysis. JAMA Netw Open. 2022;5(1):e2143955. PMID: 35040967. DOI: 10.1001/jamanetworkopen.2021.43955.
  6. Springer DN, Reuberger E, Borsodi C, et al. Comparison of anti-nucleocapsid antibody assays for the detection of SARS-CoV-2 Omicron vaccine breakthroughs. J Med Virol. 2023;95(11):e29229. PMID: 37966995. DOI: 10.1002/jmv.29229.
  7. Bergstad Larsen V, Gunnes N, Gran JM, et al. Adverse events following SARS-CoV-2 mRNA vaccination in Norwegian adolescents. Sci Rep. 2026;16(1). PMID: 41896268. DOI: 10.1038/s41598-026-45261-2.
  8. Li X, Ostropolets A, Makadia R, et al. Characterising the background incidence rates of adverse events of special interest for covid-19 vaccines in eight countries: multinational network cohort study. BMJ. 2021;373:n1435. PMID: 35727911. DOI: 10.1136/bmj.n1435.
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  10. Le Vu S, Bertrand M, Botton J, et al. Risk of Guillain-Barré Syndrome Following COVID-19 Vaccines: A Nationwide Self-Controlled Case Series Study. Neurology. 2023;101(21):e2094-e2102. PMID: 37788935. DOI: 10.1212/WNL.0000000000207847.
  11. Purpura L, Heisler T, Palmer S, et al. Overlapping Clinical Presentation of Long COVID and Postacute COVID-19 Vaccination Syndrome: Phenotypes, Severity, and Biomarkers. Clin Infect Dis. 2026;82(5):e923-e931. PMID: 41510565. DOI: 10.1093/cid/ciaf624.
  12. Green R, Marjenberg Z, Lip GYH, et al. A systematic review and meta-analysis of the impact of vaccination on prevention of long COVID. Nat Commun. 2025;16(1):10326. PMID: 41285857. DOI: 10.1038/s41467-025-65302-0.