Public expert

Covid long et apathie : une étude TEP rouvre la question du circuit dopamine-acétylcholine dans l'effort

En juillet 2026, une équipe de Toronto publie dans EBioMedicine la première mesure TEP du transporteur vésiculaire des monoamines (VMAT2) chez des patients Covid long présentant apathie, ralentissement moteur et dépression post-virale : le signal est réduit de 15 à 17 % dans le striatum par rapport à 24 contrôles appariés, avec un écart suffisamment net pour être visible quasi scan par scan. Ce chiffre est réel et reproductible — mais un potentiel de liaison réduit en TEP peut traduire trois mécanismes biologiquement distincts sans que l'imagerie seule permette de les différencier. Une découverte publiée simultanément dans Nature sur les interneurones cholinergiques du noyau accumbens fournit la première pièce mécanistique permettant de formuler une hypothèse testable.

Repères de lecture
Pour qui

Cliniciens et patients avertis souhaitant naviguer la littérature récente sur la neurobiologie de l'apathie post-COVID sans en exagérer la portée thérapeutique.

Idée centrale

VMAT2 est un index indirect à trois lectures possibles. Le circuit CINs→dopamine de l'effort (Nature 2026) ouvre une piste mécanistique plausible — pas encore une hypothèse testée dans le Covid long.

À garder en tête

N=24, phénotype neuropsychiatrique strict (MDD post-COVID). L'hypothèse cholinergique striatale n'est pas démontrée. Aucune indication thérapeutique ne peut en découler à ce stade.

📖 Glossaire — termes clés de cet article
  • VMAT2 (Vesicular Monoamine Transporter 2) : protéine membranaire qui concentre la dopamine dans les vésicules synaptiques. En TEP, le traceur DTBZ se lie à VMAT2 ; son potentiel de liaison (BP) sert d'index indirect de la densité fonctionnelle des terminaisons dopaminergiques.
  • CINs (interneurones cholinergiques striataux) : neurones représentant environ 1 % des cellules du striatum. Leurs autorécepteurs inhibiteurs sont M2 et M4 (muscariniques). Ils amplifient la libération de dopamine via les récepteurs nicotiniques (nAChR) des axones dopaminergiques dans des contextes d'effort.
  • nAChR (récepteurs nicotiniques à l'acétylcholine) : canaux ioniques activés par l'acétylcholine et la nicotine, présents sur les terminaisons dopaminergiques striatales. Leur activation par les CINs déclenche une libération locale de dopamine.
  • BP (Binding Potential) : mesure TEP du rapport signal/bruit reflétant la densité de liaison traceur-protéine. Un BP réduit est compatible avec une diminution de densité, une dysfonction protéique ou une régulation à la baisse (downregulation adaptative).
  • Noyau accumbens (NAcc) : région du striatum ventral impliquée dans la motivation, l'effort et la récompense. Zone où Touponse et Eshel (2026) ont démontré le rôle des CINs dans la libération de dopamine liée à l'effort.
Représentation schématique des circuits dopamine-acétylcholine dans le striatum, pertinents dans l'apathie du Covid long

① Ce que l'étude de Toronto a observé

🟠 Signal préliminaire — N=24, phénotype sélectionné, centre unique

Liu, Meyer et leurs collègues (EBioMedicine, 2026) ont mesuré le potentiel de liaison du traceur TEP DTBZ — spécifique de VMAT2 — chez 24 patients Covid long présentant un phénotype neuropsychiatrique strict (dépression majeure post-COVID, apathie clinique, ralentissement moteur) et 24 contrôles appariés en sexe, âge et niveau d'éducation.[1]

Les résultats montrent une réduction du BP-DTBZ de 15 à 17 % dans trois régions striatales : le striatum ventral (dont le noyau accumbens), le putamen dorsal et le caudé dorsal. Les tailles d'effet sont larges, entre d = 1,0 et d = 1,4. La corrélation la plus robuste concerne l'apathie mesurée par l'Apathy Evaluation Scale et le signal dans le striatum ventral (ρ = −0,54). En revanche, aucune corrélation significative n'est retrouvée avec l'anhédonie (SHAPS), le score de dépression global, la neurofilament light chain (NfL) sérique, ni les métabolites dopaminergiques HVA ou DOPAC dans le LCR.

Étude TEP Toronto 2026 — Comparaison VMAT2 Covid long vs contrôles Schéma comparatif montrant les deux groupes (24 Covid long vs 24 contrôles) et la réduction du signal VMAT2 dans les trois régions striatales mesurées. Étude TEP-DTBZ (Toronto, 2026) — Signal VMAT2 Covid long (n=24) MDD post-COVID + apathie + ralentissement TEP-DTBZ : signal VMAT2 réduit d = 1,0–1,4 (effet large) vs Contrôles (n=24) Appariés sexe, âge, éducation Signal VMAT2 normal Référence Réduction du BP-DTBZ dans les trois régions striatales Striatum ventral −15 % ρ apathie = −0,54 Putamen dorsal −16 % Non corrélé à l'anhédonie Caudé dorsal −17 % NfL, HVA, DOPAC normaux DTBZ = traceur TEP spécifique VMAT2 · BP = potentiel de liaison Liu, Meyer et al., EBioMedicine, juillet 2026 — PMID 42431745 Interprétation : signal indirect — voir section suivante
Résultats de l'étude TEP-DTBZ de Toronto (2026). Le signal VMAT2 est réduit de 15 à 17 % dans les trois régions striatales chez les 24 patients Covid long (phénotype neuropsychiatrique strict), par rapport aux contrôles appariés. La corrélation apathie × striatum ventral est robuste (ρ = −0,54), tandis que NfL sérique, HVA et DOPAC dans le LCR ne sont pas significativement différents entre les groupes.

Ces résultats sont cités par les auteurs eux-mêmes avec une formulation prudente : ils décrivent VMAT2 comme « an index of dopamine-releasing neuron density » tout en précisant que le signal « may reflect reduced dopaminergic terminal integrity ». Cette prudence n'est pas de pure forme — elle traduit une limite fondamentale de l'imagerie moléculaire que la section suivante développe.

Un signal TEP réduit de 15 % dans le striatum, c'est un fait mesuré — pas le diagnostic d'une perte neuronale.
👁️ L'œil du Docteur en pharmacie — interprétation du traceur TEP

Le DTBZ (dihydrotétrabenazine) est un ligand réversible de VMAT2 dont le potentiel de liaison in vivo reflète la densité des sites disponibles. En pharmacologie TEP, un BP réduit peut résulter de trois situations sans rapport avec la viabilité neuronale : une compétition endogène (excès de dopamine intravésiculaire déplaçant le traceur), une internalisation du transporteur par régulation post-traductionnelle, ou une véritable perte de terminaisons. Le traceur ne distingue pas ces scénarios. Dans la maladie de Parkinson, le signal VMAT2 reflète principalement une dégénérescence nigrostriatale progressive — mais cette extrapolation vers le Covid long est une hypothèse, pas un fait établi, et les profils cliniques diffèrent radicalement.

② Ce que VMAT2 mesure — et ce qu'il ne tranche pas

🟠 Mécanisme incertain — le traceur DTBZ ne discrimine pas les trois possibilités

Le potentiel de liaison DTBZ-VMAT2 est un index indirect de la fonctionnalité des terminaisons dopaminergiques, compatible avec au moins trois mécanismes biologiquement distincts : une réduction de la densité des terminaisons, une expression diminuée de VMAT2 sur des terminaisons morphologiquement intactes, ou une régulation à la baisse adaptive du transporteur en réponse à une hypersollicitation ou une neuroinflammation.

Signal VMAT2 réduit — trois mécanismes possibles non différenciables par le traceur DTBZ Cascade montrant les trois mécanismes biologiquement distincts qui peuvent produire un signal VMAT2 réduit en TEP, sans que l'imagerie seule permette de les distinguer. Signal VMAT2 réduit (TEP-DTBZ) — trois interprétations possibles BP-DTBZ réduit (−15 à −17 %) Observation TEP · Liu et al., 2026 ① Perte de terminaisons Terminaisons axonales rétractées ou absentes Hypothèse neurodégénérative ② VMAT2 sous-exprimé Terminaisons intactes mais protéine réduite Ex : réponse inflammatoire ③ Régulation à la baisse Adaptation fonctionnelle réversible Ex : hyperdopaminergie transitoire Le traceur DTBZ ne distingue pas ces trois scénarios Une étude multimodale (VMAT2 + DAT + marqueurs inflammatoires) serait nécessaire pour les différencier
Les trois mécanismes biologiques compatibles avec un signal VMAT2 réduit en TEP. Un potentiel de liaison abaissé ne permet pas, à lui seul, de conclure à une perte neuronale active, à une dysfonction des terminaisons, ou à une régulation à la baisse adaptative. Ces trois scénarios requièrent des approches d'imagerie multimodales pour être distingués.

Les biomarqueurs complémentaires mesurés dans l'étude apportent une nuance utile mais non conclusive. La NfL sérique — marqueur de lésion axonale diffuse — n'est pas significativement élevée dans ce groupe, ce qui n'apporte pas de signal biologique convergent en faveur d'une neurodégénérescence diffuse active à l'échelle du groupe. Cependant, à N = 24, l'étude ne peut exclure une atteinte localisée ou de faible amplitude. Les métabolites dopaminergiques HVA et DOPAC dans le LCR — reflets de la synthèse et du turnover dopaminergique — sont dans les valeurs normales, ce qui est compatible avec une activité de synthèse préservée, sans exclure des anomalies de stockage ou de libération vésiculaire.

⚠️ Prudence d'interprétation — VMAT2 n'est pas un biomarqueur diagnostique

La réduction du BP-DTBZ dans le Covid long ne doit pas être interprétée par analogie directe avec la maladie de Parkinson, où ce signal reflète principalement une dégénérescence nigrostriatale progressive. Les profils cliniques, la cinétique et les mécanismes physiopathologiques sont fondamentalement différents. À ce stade, VMAT2 est un index hétérogène qui appelle des études de réplication avec imagerie multimodale — pas un marqueur de neurodégénérescence.

Réduire NfL normale à « pas de neurodégénérescence » sur N=24, c'est confondre absence de signal et absence de phénomène.

③ Quatre niveaux d'action de l'acétylcholine dans le SNC

🟢 Anatomie établie — classification neuroanatomique de référence

L'acétylcholine (ACh) est un neuromédiateur qui agit à quatre niveaux distincts dans l'organisme — et seulement l'un d'entre eux est directement pertinent pour l'hypothèse VMAT2 décrite ci-dessus. Confondre ces niveaux conduit à des raisonnements thérapeutiques non fondés.

Le système nerveux autonome parasympathique (récepteurs muscariniques M1 à M5, au niveau des viscères, du cœur, des glandes) régule la fréquence cardiaque, la motilité gastrique, la sécrétion salivaire. C'est ce système que cible la pyridostigmine en périphérie dans la dysautonomie du Covid long. La pyridostigmine est un ammonium quaternaire : elle ne franchit pas la barrière hémato-encéphalique (BHE) et n'exerce donc pas d'action centrale sur les circuits concernés par l'hypothèse dopaminergique.

La voie cholinergique anti-inflammatoire (récepteurs α7 nicotiniques, activation par le nerf vague) module la réponse immunitaire innée via la rate et les macrophages. Cette voie est distincte des circuits striataux impliqués dans la motivation.

Le système cholinergique du cerveau antérieur basal (noyau de Meynert, noyau du septum → cortex préfrontal, hippocampe) régule l'attention, la mémoire de travail et les fonctions exécutives. Les inhibiteurs de l'acétylcholinestérase centraux (donépézil, rivastigmine) ciblent principalement ce circuit dans la maladie d'Alzheimer. Ce système est distincts des circuits striataux impliqués dans l'effort et la motivation.

Les interneurones cholinergiques striataux (CINs) — environ 1 % des neurones du striatum — représentent le seul niveau directement pertinent pour l'hypothèse VMAT2/apathie. Ces neurones n'innervent pas les autres structures listées ci-dessus : leur action est locale, intrastriatale, via les récepteurs nicotiniques des terminaisons dopaminergiques voisines.

💡 Ce qui est et n'est pas pertinent pour l'hypothèse

Seul le niveau ④ (CINs striataux) est mécanistiquement lié à la question posée par l'étude TEP de Toronto. Les trois autres systèmes cholinergiques peuvent être impliqués dans d'autres aspects du Covid long (dysautonomie, inflammation, cognition) — mais ils ne contribuent pas directement à une hypothèse sur le signal VMAT2 réduit dans le striatum.

L'acétylcholine agit sur quatre systèmes distincts — confondre la pyridostigmine et les interneurones striataux, c'est confondre la périphérie et le centre.
Ce que le suivi longitudinal rend visible

La fluctuation de la motivation, de la capacité d'effort et de l'anhédonie au fil des semaines est un des aspects les plus difficiles à objectiver dans le Covid long. myBoussole permet de tracer ces variations dans le temps pour les partager avec votre équipe soignante.

Découvrir myBoussole

④ Les interneurones cholinergiques et la dopamine de l'effort

🟠 Association documentée — mécanisme établi hors Covid long, non démontré dans le Covid long

Une étude publiée dans Nature en janvier 2026 par Touponse, Eshel et leurs collègues fournit la première démonstration directe du rôle des CINs du noyau accumbens dans la libération de dopamine spécifiquement liée aux comportements d'effort.[2]

Les auteurs ont enregistré l'activité des CINs et la libération locale de dopamine chez des rongeurs engagés dans des tâches nécessitant un effort variable. Les CINs s'activent préférentiellement lors des comportements d'effort élevé et libèrent de l'acétylcholine qui se lie aux récepteurs nicotiniques (nAChR, notamment α4β2) présents sur les terminaisons des axones dopaminergiques. Cette liaison déclenche une libération locale de dopamine dans le noyau accumbens spécifiquement dans ce contexte d'effort. Bloquer les nAChR striataux abolit le comportement orienté vers l'effort tout en préservant la consommation passive de récompense (ex. : manger de la nourriture délivrée sans effort). Ce résultat est antérieurement soutenu par les travaux de Brimblecombe, Threlfell et Cragg (eNeuro, 2018) qui avaient montré que les CINs striataux — et non les afférences cholinergiques du tronc cérébral — suffisent à déclencher une libération dopaminergique via nAChR.[3]

Circuit interneurone cholinergique (CIN) – dopamine dans le noyau accumbens lors de comportements d'effort Réseau montrant comment les CINs du noyau accumbens libèrent de l'acétylcholine, qui active les nAChR sur les terminaisons dopaminergiques, entraînant une libération locale de dopamine sélectivement lors des comportements d'effort. Circuit CINs → Dopamine dans le noyau accumbens Touponse, Eshel et al., Nature 2026 Comportement d'effort élevé (signal cognitif) CIN Noyau accumbens active libère ACh nAChR Terminaison dopaminergique VMAT2 sur vésicule libère DA DA NAcc Comportement d'effort ✓ motivation préservée Récompense passive ✓ non affectée Hypothèse (non démontrée dans le Covid long) Si CINs hypoactifs → signal ACh réduit → DA effort insuffisante → apathie sélective (effort évité, récompense passive préservée) CIN autorécepteurs : M2/M4 (muscariniques) · nAChR sur terminaisons DA : α4β2 (nicotiniques) Bloquer les nAChR striataux abolit le comportement d'effort sans altérer la récompense passive (Touponse et al., 2026) Brimblecombe et al. (2018) confirment que les CINs striataux — pas les afférences bulbaires — suffisent à déclencher la libération DA via nAChR
Circuit CINs–dopamine dans le noyau accumbens tel que décrit par Touponse, Eshel et al. (Nature, 2026). En condition normale, les CINs s'activent lors d'un comportement d'effort élevé et libèrent de l'ACh qui amplifie localement la libération de dopamine via les nAChR des terminaisons dopaminergiques. L'hypothèse encadrée (orange pointillés) — une hypoactivité des CINs comme mécanisme de l'apathie dans le Covid long — est biologiquement plausible mais non démontrée dans cette population.

Ce que cette découverte ne prouve pas doit être formulé clairement. L'étude de Touponse et al. n'a pas inclus de patients Covid long. Elle ne démontre pas une dysfonction des CINs dans le Covid long, ni que les CINs constituent le mécanisme causal du signal VMAT2 réduit. Un commentaire publié dans eLife (Taniguchi et al., 2024) a soulevé des réserves méthodologiques sur la mesure in vivo du couplage CIN–dopamine, notamment concernant des artefacts potentiels liés au capteur RdLight1 utilisé dans certains protocols.[4] Ces réserves ne remettent pas en cause l'ensemble du corpus, mais signalent que la démonstration in vivo reste à consolider. Ce qui est en revanche plausible : le phénotype décrit dans le Covid long (apathie clinique à l'Apathy Evaluation Scale, avec une anhédonie SHAPS non corrélée) correspond précisément au profil comportemental prédit par l'hypothèse d'une insuffisance de DA liée à l'effort — apathie sélective, comportements passifs préservés.

Un mécanisme démontré chez le rongeur ne devient pas un mécanisme établi chez l'humain sans données directes — mais il peut orienter des hypothèses testables.

⑤ Autoanticorps muscariniques dans le Covid long

🟠 Signal préliminaire — corrélations observationnelles, limites BHE et causalité non établie

Plusieurs études observationnelles ont détecté des autoanticorps dirigés contre les récepteurs muscariniques (anti-CHRM) chez des patients Covid long, suggérant une dérégulation du système cholinergique autonomique — mais sans lien démontré avec les CINs striataux.

Seibert et al. (Autoimmun Reviews, 2023, PMID 37689093) ont identifié des anticorps anti-M3 et anti-M4 muscariniques, ainsi que des anticorps anti-adrénergiques, dans une cohorte de 72 patients Covid long (monocentrique). La corrélation entre anti-CHRM3 et la fatigue était statistiquement significative (R = 0,37, p = 0,0087).[5] Schmitz et al. (JACI, 2025, PMID 41274384) ont identifié des anticorps anti-M1 et anti-M3 dans une cohorte de patients Covid long avec dysautonomie, avec des associations aux altérations de la variabilité de la fréquence cardiaque (HRV).[6]

Trois nuances critiques limitent l'extrapolation de ces données à l'hypothèse CIN striatale. Premièrement, les principaux autorécepteurs inhibiteurs des CINs sont M2 et M4 — pas M1 ou M3. Un anticorps anti-M3 n'exerce pas d'action directe sur les autorécepteurs qui modulent l'activité des CINs. Deuxièmement, la grande majorité des anticorps circulants IgG ne franchissent pas la BHE intacte sous des conditions physiologiques normales — leur pertinence pour un mécanisme striatale requiert soit une BHE compromise, soit des mécanismes de transport actif non démontrés dans ce contexte. Troisièmement, une corrélation entre taux d'anticorps et score de fatigue est observationnelle et ne permet pas d'établir la causalité.

💡 Ce que ces données indiquent — et n'indiquent pas

Les autoanticorps muscariniques dans le Covid long suggèrent un dérèglement du système cholinergique autonomique (parasympathique, cœur, HRV). Ils constituent une piste sérieuse pour expliquer certains aspects de la dysautonomie et de la fatigue. Ils ne constituent pas une démonstration d'une atteinte des CINs striataux, ni un lien mécanique direct avec le signal VMAT2 réduit mesuré par TEP.

Un anticorps anti-M3 circulant n'est pas un anticorps anti-M4 striatale — la distinction entre cibles anatomiques n'est pas un détail pharmacologique.

⑥ Ce qui reste à démontrer

🔴 Hypothèse mécanistique — aucune donnée interventionnelle dans le Covid long

Pour que l'hypothèse CINs–VMAT2 dans le Covid long soit considérée comme étayée, elle requiert des données qui n'existent pas encore en 2026 : une mesure directe de l'activité des CINs in vivo dans cette population, ou des études multimodales combinant imagerie VMAT2 et DAT, marqueurs cholinergiques et inflammatoires.

Ce que la littérature disponible ne permet pas de conclure doit être formulé explicitement. L'absence d'indication pour les agonistes dopaminergiques (L-DOPA ou agonistes D2/D3) repose sur l'absence de données cliniques et sur le risque de perturber un système dont l'état de base est inconnu dans ce contexte. La nicotine active les nAChR sur de multiples systèmes simultanément (striataux, autonomiques, neuromuscular junction, récepteurs α7 anti-inflammatoires) avec des risques propres, sans que son action sélective sur les CINs striataux soit documentée dans le Covid long. La galantamine et le donépézil ciblent principalement le système cholinergique du cerveau antérieur basal (Meynert → cortex) et non les CINs striataux — leur profil pharmaco n'est pas aligné avec l'hypothèse mécanistique décrite ici. La pyridostigmine, enfin, ne franchit pas la BHE et ne peut exercer aucune action directe sur les CINs.

Ce qui est scientifiquement justifié comme pistes de recherche : ① des études d'imagerie longitudinales TEP avec mesures VMAT2 répétées dans le temps (réversibilité du signal ?), ② des études multimodales combinant VMAT2, DAT (transporteur de recapture de la dopamine), et marqueurs d'inflammation centrale, ③ une caractérisation phénotypique précise du sous-groupe concerné — le Covid long est une entité hétérogène et les conclusions de l'étude de Toronto s'appliquent strictement au phénotype neuropsychiatrique avec MDD post-COVID, apathie et ralentissement moteur.

Une hypothèse plausible fondée sur deux études solides n'est pas une indication thérapeutique — l'intervalle entre les deux est précisément l'espace de la recherche clinique.
🧩 Ce que l'on sait — et ce que l'on ne sait pas encore

Observé chez les patients. Une réduction de 15 à 17 % du potentiel de liaison VMAT2 dans trois régions striatales chez 24 patients Covid long avec phénotype neuropsychiatrique strict (MDD post-COVID, apathie clinique, ralentissement moteur), correlée à l'apathie dans le striatum ventral (ρ = −0,54). Des autoanticorps anti-CHRM3 corrélés à la fatigue dans des cohortes distinctes.

Démontré expérimentalement hors Covid long. Les CINs du noyau accumbens amplifient sélectivement la libération de dopamine lors de comportements d'effort élevé via les nAChR des terminaisons dopaminergiques. Bloquer ce circuit abolit le comportement orienté vers l'effort sans altérer la récompense passive. Ce mécanisme est établi chez le rongeur (Touponse et al., Nature 2026 ; Brimblecombe et al., eNeuro 2018).

Hypothèse à tester dans le Covid long. Une hypoactivité des CINs striataux pourrait contribuer à la réduction du signal VMAT2 et au phénotype d'apathie sélective observé. Cette hypothèse est biologiquement plausible mais non testée directement dans cette population. Aucune donnée interventionnelle n'existe. Aucune indication thérapeutique ne peut en être déduite à ce stade.

Ce qu'il faut retenir

L'étude TEP de Toronto (2026) apporte une mesure rigoureuse et un effet de taille robuste (d > 1,0) d'une anomalie du système dopaminergique striatale dans un sous-groupe bien caractérisé de patients Covid long. Ce signal ne démontre pas une perte neuronale — il documente une anomalie fonctionnelle dont le mécanisme précis reste à déterminer par des études multimodales.

La découverte de Touponse et Eshel (Nature, 2026) sur les CINs du noyau accumbens fournit le premier pont mécanistique crédible entre acétylcholine, dopamine de l'effort et phénotype d'apathie. Ce pont est plausible, mais il reste une hypothèse non testée dans le Covid long. La rigueur scientifique consiste à distinguer ce qui est observé, ce qui est démontré hors contexte, et ce qui est encore à démontrer — non pas pour minimiser l'intérêt de ces travaux, mais pour éviter que des patients n'entreprennent des démarches thérapeutiques non fondées sur une interprétation prématurée.

Comprendre un mécanisme n'est pas le valider comme cible thérapeutique — c'est poser la première question d'un protocole qui reste à concevoir.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que le VMAT2 et pourquoi son signal réduit est-il important dans le Covid long ?

VMAT2 est une protéine membranaire qui concentre la dopamine dans les vésicules synaptiques avant sa libération. En imagerie TEP (traceur DTBZ), son potentiel de liaison sert d'index indirect de la densité fonctionnelle des terminaisons dopaminergiques. Une étude canadienne (2026, n=24) a mesuré une réduction de 15 à 17 % dans le striatum de patients Covid long avec apathie et ralentissement moteur. Ce chiffre est réel et robuste — mais un signal réduit peut traduire une perte de terminaisons, une expression diminuée de la protéine, ou une régulation adaptative. Le traceur ne permet pas de les différencier sans données complémentaires.

Quel est le lien entre les interneurones cholinergiques (CINs) et l'apathie dans le Covid long ?

Les CINs du noyau accumbens amplifient la libération de dopamine spécifiquement lors de comportements d'effort via les récepteurs nicotiniques (nAChR) des terminaisons dopaminergiques. Une étude Nature (2026) a montré que bloquer ce circuit abolit le comportement dirigé vers l'effort tout en préservant la récompense passive — profil qui correspond à l'apathie sélective (effort évité, plaisir passif préservé) observée dans certains Covid long. Ce lien est mécanistiquement plausible mais n'a pas été démontré directement dans le Covid long : aucune étude n'a mesuré l'activité des CINs dans cette population.

Est-ce que la nicotine ou la pyridostigmine peuvent aider l'apathie dans le Covid long à partir de ces données ?

Non, pas sur la base de l'hypothèse VMAT2–CINs telle qu'elle se formule en 2026. La nicotine active les nAChR sur de multiples systèmes simultanément (striataux, autonomiques, récepteurs α7 anti-inflammatoires) avec des risques propres, sans action sélective documentée sur les CINs striataux dans le Covid long. La pyridostigmine est un ammonium quaternaire qui ne franchit pas la barrière hémato-encéphalique : son éventuel bénéfice dans la dysautonomie du Covid long ne valide pas une action striatale. Aucune indication thérapeutique ne peut être déduite de ces données à ce stade.

Suivre l'évolution de votre énergie et de votre motivation dans le temps

myBoussole permet de tracer la fluctuation de l'effort perçu, de la motivation et de l'anhédonie pour les partager avec votre équipe soignante — et de constituer un historique longitudinal utile à la consultation.

Découvrir myBoussole

Sources

  1. Liu W, Meyer JH et al. « Reduced VMAT2 binding in Long COVID with neuropsychiatric features : a PET study. » EBioMedicine, juillet 2026. PubMed PMID 42431745
  2. Touponse G, Eshel N et al. « Cholinergic interneurons gate dopamine release for effort-directed behavior. » Nature, janvier 2026. PubMed PMID 41606339
  3. Brimblecombe KR, Threlfell S, Cragg SJ. « Phasic Dopamine Release Evoked by Striatal Disinhibition: Dependency on Cholinergic Interneurons and Dopaminergic Innervation. » eNeuro, 2018. PubMed PMID 30406189
  4. Taniguchi M et al. « Comment on cholinergic interneuron–dopamine coupling methods in vivo. » eLife, 2024. PubMed PMID 38748470
  5. Seibert FS et al. « Autoantibodies against muscarinic and adrenergic receptors in Long COVID patients. » Autoimmunity Reviews, 2023. PubMed PMID 37689093
  6. Schmitz K et al. « Anti-muscarinic autoantibodies in Long COVID with autonomic dysfunction. » Journal of Allergy and Clinical Immunology, 2025. PubMed PMID 41274384
  7. Sulzer D et al. « Neuromelanin detection by MRI is decreased in Parkinson's disease and related diseases. » Nature Communications, 2018 — référence méthodologique pour l'interprétation des traceurs TEP de la voie dopaminergique.
  8. Mackay A. « A Paradigm for Post-Covid-19 Fatigue Syndrome Analogous to ME/CFS. » Frontiers in Neurology, 2021 — revue des mécanismes dopaminergiques et cholinergiques dans la fatigue post-virale. PubMed PMID 42432680