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Covid long, EM/SFC, POTS : peut-on donner son sang ?

Illustration médicale représentant une poche de don du sang avec un tracé de fréquence cardiaque en arrière-plan, symbolisant la question de la tolérance physiologique au don de sang

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Vous vivez avec un Covid long, une EM/SFC ou un POTS et vous vous demandez si vous pouvez donner votre sang. La réponse dépend moins de la réglementation que de ce que votre corps peut tolérer. Cet article examine ce que le don retire concrètement, pourquoi certaines pathologies post-infectieuses augmentent le risque de malaise, et ce que dit (ou ne dit pas) la loi française.

Glossaire rapide
  • Hypovolémie : volume sanguin total inférieur à la normale, fréquent dans le POTS et l'EM/SFC
  • Malaise post-effort (PEM) : aggravation retardée des symptômes (24 à 72 h) après un effort physique ou cognitif, caractéristique de l'EM/SFC
  • Réaction vasovagale : chute de tension artérielle et ralentissement cardiaque pouvant entraîner un malaise ou une perte de connaissance
  • Aphérèse : technique de prélèvement sélectif d'un composant sanguin (plaquettes ou plasma), le reste étant restitué au donneur
  • Ferritine : protéine de stockage du fer dans l'organisme, marqueur des réserves martiales
  • Coefficient de saturation de la transferrine : pourcentage de la capacité de transport du fer effectivement utilisée dans le sang

Trois questions cachées derrière une seule

Revue systématique · Données de sécurité transfusionnelle

Derrière « peut-on donner son sang ? » se cachent trois interrogations distinctes : l'éligibilité réglementaire, la sécurité du produit sanguin pour le receveur, et la tolérance physiologique pour le donneur.

La plupart des articles sur le don du sang traitent ces trois dimensions comme un bloc. Pourtant, leurs réponses divergent radicalement selon la pathologie concernée, pour le Covid long, l'EM/SFC ou le POTS :

  • Sécurité transfusionnelle (« mon sang est-il dangereux pour le receveur ? ») : les données sont rassurantes concernant la transmission du SARS-CoV-2 ; le risque théorique lié à certains facteurs immunologiques du Covid long reste insuffisamment étudié.
  • Éligibilité réglementaire (« ai-je le droit ? ») : dépend du cadre national et de l'appréciation du professionnel habilité de l'établissement de transfusion.
  • Tolérance physiologique (« mon corps le supportera-t-il ? ») : c'est cette question qui mérite l'essentiel de l'attention.

Aucun cas confirmé de transmission transfusionnelle du SARS-CoV-2 n'a été documenté à ce jour. Une étude française d'hémovigilance publiée dans Blood en 2020 a analysé 268 dons signalés a posteriori (donneurs ayant développé des symptômes après le don) : parmi les trois dons avec ARN viral détectable, un seul produit avait été transfusé, sans transmission observée [1].

Une étude américaine parue dans Transfusion en 2022, portant sur 2 250 donneurs avec information post-don, a confirmé que de l'ARN viral pouvait être détecté dans certains plasmas, mais qu'aucun virus infectieux n'était isolable à partir de ces échantillons [2]. Ces données concernent principalement des donneurs présymptomatiques ou récemment infectés, pas spécifiquement des personnes vivant avec un Covid long ou une EM/SFC au long cours.

Pour l'EM/SFC, aucun agent infectieux transmissible n'a été identifié. L'étude de Lombardi et al. (2009) suggérant une association avec le rétrovirus XMRV a été rétractée par Science après la démonstration d'une contamination de laboratoire. L'invalidation de cette hypothèse n'exclut pas toute transmissibilité future, mais les données actuelles ne soutiennent aucun risque transfusionnel identifié. Les exclusions maintenues par certains pays (Royaume-Uni, Australie, Canada) relèvent de motifs variables : protection du donneur, mais aussi, pour l'Australie, incertitude résiduelle sur une cause transmissible non encore identifiée.

Des IgG potentiellement pathogènes : un signal expérimental, pas une preuve transfusionnelle.

Études précliniques · Modèles murins

Les données précédentes concernent principalement le risque infectieux, c'est-à-dire la transmission du SARS-CoV-2. Elles ne répondent pas entièrement à une autre question : certains facteurs circulants présents chez des personnes vivant avec un Covid long pourraient-ils exercer un effet biologique chez un receveur ?

Deux études animales publiées en 2026 apportent un signal mécanistique. Chen et al. ont purifié les immunoglobulines G (IgG) de personnes vivant avec un Covid long, puis regroupé les échantillons selon plusieurs profils biologiques avant de les injecter à des souris. Les IgG de certains groupes ont provoqué une hypersensibilité mécanique persistante. Des IgG prélevées deux ans plus tard chez des participants toujours symptomatiques ont reproduit cet effet [12].

Une étude indépendante menée par Mignolet et al. a comparé les IgG de 13 personnes ayant un Covid long neurologique à celles de 10 témoins. Injectées pendant quatre jours consécutifs, les IgG des patients ont entraîné une hypersensibilité mécanique et thermique transitoire. Elles se sont fixées sur des neurones sensitifs des ganglions rachidiens, sans provoquer de déficit de mémoire ni de comportement anxieux ou dépressif chez les souris [13].

Ces travaux renforcent l'hypothèse selon laquelle des autoanticorps pourraient participer à certaines douleurs du Covid long. Ils ne démontrent cependant pas qu'une transfusion puisse transmettre un Covid long. Les souris ont reçu des IgG purifiées, selon une voie et des doses expérimentales, parfois après regroupement de plusieurs échantillons. Elles ont reproduit certains signes douloureux, pas l'ensemble d'un Covid long.

Les données humaines disponibles sont indirectement rassurantes. Une étude portant sur 7 773 receveurs de plasma ou de plaquettes n'a pas retrouvé davantage de thromboses, d'aggravations respiratoires ou de décès après transfusion de produits provenant de donneurs précédemment infectés par le SARS-CoV-2 [14]. Mais le statut « Covid long » des donneurs n'était pas identifié et les symptômes différés comme la fatigue, la douleur ou le malaise post-effort n'étaient pas recherchés.

À retenir. Aucun risque de transmission d'un Covid long par transfusion n'est actuellement démontré chez l'être humain. Les études murines ouvrent une question sur le transfert de facteurs immunologiques biologiquement actifs ; elles ne permettent ni de quantifier ce risque théorique ni de conclure que le sang des personnes concernées serait dangereux pour un receveur.

La question n'est pas « votre sang est-il sûr ? » mais « votre corps peut-il se le permettre ? »

Ce que le don de sang retire concrètement à votre organisme

Essai randomisé contrôlé · Revue systématique

Un don de sang total prélève 450 à 500 mL de sang, soit environ 200 à 250 mg de fer et une chute d'hémoglobine de 10 à 15 g/L. La reconstitution complète des réserves en fer prend 6 à 12 mois sans supplémentation.

Le volume plasmatique (la fraction liquide du sang) se reconstitue en 24 à 48 heures par appel d'eau depuis les tissus. Cette reconstitution rapide masque la perte réelle : le taux d'hémoglobine mesuré à J+2 sous-estime la déplétion en globules rouges, dont la régénération nécessite 4 à 6 semaines.

Le fer est le maillon le plus lent de la reconstitution. Un essai randomisé contrôlé publié dans le JAMA en 2015 (n = 215 donneurs) a montré qu'une supplémentation en fer oral à 37,5 mg par jour réduisait de moitié le temps de reconstitution des réserves en fer : médiane de 76 jours contre plus de 168 jours dans le groupe placebo.

Pour l'hémoglobine, la récupération de 80 % prenait 32 jours avec fer contre 158 jours sans fer chez les donneurs à ferritine basse [3]. Ces données sont capitales pour les personnes dont les réserves martiales sont déjà précaires.

La capacité aérobie est également affectée. Une revue systématique avec méta-analyse de 2017 a estimé une baisse de la VO2max d'environ 7 % dans les 24 à 48 heures suivant un don de sang total [4].

Ces résultats reposent toutefois sur des études avant-après de qualité limitée, et le délai de retour au niveau de base n'est pas établi avec précision chez les sujets dont la réserve fonctionnelle est déjà réduite.

Ce que le don retire et quand ça revient Schéma en cascade montrant les trois composants retirés par un don de sang total (volume plasmatique, globules rouges, fer) et leur délai de reconstitution respectif. Reconstitution après un don de sang total Don 48 h 3 sem. 6 sem. 6-12 mois Volume plasma ✓ 24-48 h Globules rouges (Hb −10 à −15 g/L) ✓ 4-6 sem. Réserves en fer (−200 à −250 mg) 6-12 mois Avec fer oral 37,5 mg/j → ~76 jours
Chronologie de reconstitution des trois composants retirés par un don de sang total (450 mL). Le fer est le facteur limitant, surtout en l'absence de supplémentation. Source : Kiss et al., JAMA, 2015 [3].
Ce que le suivi rend visible

Si vous suivez votre énergie et vos symptômes au quotidien, un historique objectif peut aider à évaluer votre marge fonctionnelle avant un don, et à repérer un éventuel effondrement post-don dans les jours qui suivent.

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Le fer est le maillon le plus lent de la reconstitution. Si vos réserves sont déjà basses, le don les vide pour des mois.

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Un bilan martial (ferritine sérique + coefficient de saturation de la transferrine) avant d'envisager un don est indispensable si vous vivez avec une fatigue chronique. La ferritine seule peut être faussement normale en contexte inflammatoire. Un coefficient de saturation < 20 % associé à une ferritine < 30 µg/L signe une carence fonctionnelle en fer, même si l'hémoglobine reste dans les normes.

Dysautonomie, POTS et tolérance hémodynamique au don

Études observationnelles · Petits effectifs

Les personnes vivant avec un POTS présentent souvent un déficit de volume plasmatique de l'ordre de 13 %, une réduction sur laquelle un prélèvement de 450 mL pèse de façon disproportionnée.

Le syndrome de tachycardie orthostatique posturale (POTS) se caractérise par une accélération excessive de la fréquence cardiaque au passage en position debout, souvent associée à un volume sanguin réduit. Une étude publiée dans Circulation en 2005 (n = 15 patients POTS vs 14 témoins) a mis en évidence un déficit de volume plasmatique d'environ 13 % chez les patients, associé à une réponse rénine-aldostérone insuffisante malgré l'hypovolémie : le système tente de retenir le sodium et l'eau, mais n'y parvient pas de façon adéquate [6].

Il convient de noter que tous les patients POTS ne sont pas hypovolémiques : ce déficit volumique concerne un sous-groupe, pas l'ensemble du spectre.

Retirer 450 mL de sang à un organisme déjà en déficit volumique revient à aggraver une hypovolémie chronique. La réponse compensatoire (vasoconstriction, tachycardie réflexe) est précisément le mécanisme altéré dans le POTS. Le risque de réaction vasovagale (chute de tension, bradycardie, perte de connaissance) est donc plausiblement majoré, même si cette extrapolation n'a pas été directement évaluée.

Une méta-analyse publiée dans Transfusion en 2025 (71 études, 19 millions de dons analysés) a identifié les principaux facteurs de risque de réaction vasovagale lors d'un don chez des donneurs ordinaires [5] :

  • Faible poids corporel
  • Premier don
  • Jeune âge
  • Pression artérielle basse
  • Faible volume sanguin estimé

L'extrapolation au POTS est plausible (plusieurs de ces facteurs peuvent se cumuler), mais elle reste non quantifiée dans cette population spécifique.

Réponse hémodynamique au don : sujet sain vs POTS Schéma comparatif montrant la cascade physiologique après un don de sang chez un sujet sain (compensation efficace) et chez une personne avec POTS (décompensation par hypovolémie préexistante et défaut de vasoconstriction). Après le don : deux scénarios Sujet sain Volume sanguin normal (≈ 5 L) Don −450 mL (−9 %) Vasoconstriction + tachycardie réflexe Compensation efficace ✓ POTS (dysautonomie) Volume plasma déjà −13 % Don −450 mL → déficit s'aggrave Vasoconstriction défaillante Risque vasovagal majoré ⚠
Réponse hémodynamique comparée après un don de sang total (schéma illustratif : Raj et al. ne rapportent pas de scénario post-don mesuré, la case « déficit s'aggrave » n'est pas un pourcentage mesuré). Chez une personne avec POTS, le déficit de volume plasmatique préexistant amplifie la perte relative de volume et le système nerveux autonome ne compense pas efficacement. Sources : Raj et al., 2005 [6] ; Wu et al., 2025 [5].
Retirer 450 mL à un organisme déjà en déficit volumique, c'est aggraver une hypovolémie que le système nerveux autonome ne sait déjà pas compenser.

⚠️ Avertissement

Si vous avez un diagnostic de POTS ou de dysautonomie, informez le professionnel habilité lors de l'entretien pré-don. Un antécédent de malaise vasovagal lors d'un don précédent est un facteur de risque majeur de récidive. En l'absence d'avis médical spécialisé favorable, la prudence recommande de s'abstenir.

EM/SFC et malaise post-effort : le don comme déclencheur potentiel

Étude observationnelle · Petits effectifs

Certaines personnes vivant avec une EM/SFC présentent un volume sanguin réduit et une fonction cardiaque diminuée. Le don de sang constitue un stress physiologique susceptible de déclencher un malaise post-effort (PEM).

Une étude observationnelle publiée dans Clinical Science en 2010, portant sur 56 patients avec syndrome de fatigue chronique et 90 témoins, a objectivé un déficit de volume sanguin total d'environ 10 % dans le groupe CFS, avec des résultats variant selon la sévérité de la maladie. Ce déficit était associé à une diminution de la fonction cardiaque (débit cardiaque, volume d'éjection systolique) [7].

Ce signal, observé dans une cohorte de taille modeste utilisant l'ancienne catégorie diagnostique « CFS », ne peut être généralisé à l'ensemble des personnes diagnostiquées sous les critères actuels de l'EM/SFC. Il est plus marqué chez les patients présentant une intolérance orthostatique.

Le malaise post-effort (PEM) est le symptôme cardinal de l'EM/SFC. Il se manifeste par une aggravation retardée et disproportionnée des symptômes 24 à 72 heures après un effort physique, cognitif ou émotionnel.

Un don de sang représente un stress physiologique significatif : perte de volume, mobilisation des réserves en fer, activation du système sympathique. Même si le prélèvement se déroule sans incident au centre de collecte, le PEM peut survenir dans les jours suivants.

La durée d'un crash post-effort varie considérablement selon la sévérité de l'EM/SFC. Pour les formes modérées à sévères, un PEM déclenché par un don de sang peut durer plusieurs semaines. Ce risque est d'autant plus élevé que la personne se situe déjà à la limite de son enveloppe énergétique quotidienne.

⚠️ Prudence d'interprétation

Il n'existe pas d'essai clinique évaluant directement l'impact d'un don de sang sur le PEM dans l'EM/SFC. Le raisonnement repose sur l'extrapolation des données de volume sanguin réduit, de capacité aérobie diminuée et du mécanisme connu du PEM. La plausibilité biologique est forte, mais la preuve directe fait défaut.

Le don de sang peut se dérouler sans incident au centre de collecte et déclencher un crash plusieurs jours plus tard. C'est le délai du PEM qui rend le risque invisible sur le moment.

Ce que dit la réglementation française (et ce qu'elle ne dit pas)

Réglementation · Données factuelles

L'arrêté du 17 décembre 2019 ne mentionne pas nommément le Covid long, l'EM/SFC ou le POTS. Mais il contient des dispositions générales qui s'appliquent directement à ces situations.

Le texte réglementaire français (arrêté du 17 décembre 2019, version consolidée) [8] prévoit notamment :

  • Contre-indication : pour toute maladie active, chronique ou récidivante susceptible de menacer la santé du donneur.
  • Appréciation individuelle : du risque hémodynamique.
  • Contre-indication permanente : en cas de syncopes répétées.
  • Délai minimal : deux semaines après disparition des symptômes infectieux.

L'absence du mot « POTS » ou « EM/SFC » ne signifie pas que rien ne s'y oppose : ces pathologies peuvent relever de plusieurs de ces critères généraux.

La décision d'éligibilité appartient au professionnel habilité de l'établissement de transfusion sanguine (pas nécessairement un médecin, et pas le médecin traitant du donneur). L'EFS applique un délai post-infectieux aligné sur les critères généraux [9].

Les seuils d'hémoglobine minimaux sont de 120 g/L pour les femmes et 130 g/L pour les hommes. La ferritine n'est pas mesurée lors du don. Cette asymétrie signifie qu'une personne peut être éligible sur le plan de l'hémoglobine tout en ayant des réserves en fer profondément dépletées.

En pratique, la classification de ces pathologies comme « affections chroniques susceptibles de menacer la santé du donneur » (contre-indication permanente) ou comme séquelles post-infectieuses (ajournement temporaire) dépend de l'appréciation du professionnel lors de l'entretien pré-don. La décision de se présenter ou de renoncer appartient au donneur ; l'acceptation du don relève du professionnel habilité de l'établissement de transfusion.

Réglementation du don de sang : comparaison internationale Tableau matriciel comparant les politiques de don de sang pour l'EM/SFC et le Covid long dans six pays : France, Royaume-Uni, Australie, États-Unis, Canada et Nouvelle-Zélande. Éligibilité au don de sang : comparaison internationale Pays EM/SFC Covid long POTS France Non mentionné (cas par cas) 14 j post-symptômes Non mentionné Royaume-Uni Exclusion permanente Exclusion permanente Cas par cas Australie Exclusion permanente Cas par cas Non spécifié États-Unis Pas de restriction Pas de restriction Pas de restriction Canada CBS : exclusion Cas par cas Non spécifié Nvelle-Zélande Exclusion permanente Cas par cas Non spécifié
Comparaison des politiques de don de sang pour l'EM/SFC, le Covid long et le POTS dans six pays. La France ne mentionne explicitement aucune de ces pathologies. Sources : arrêté du 17/12/2019 [8], NHS Blood and Transplant [10], Australian Red Cross Lifeblood [11].

À retenir en pratique

En France, ces pathologies ne sont pas nommément citées dans les critères de sélection, mais les dispositions générales de l'arrêté (maladie chronique menaçant la santé du donneur, syncopes répétées, appréciation hémodynamique) peuvent conduire à un ajournement. La question pertinente n'est pas « ai-je le droit ? » mais « est-ce raisonnable compte tenu de mon état actuel ? ». Le professionnel habilité de l'établissement de transfusion est votre interlocuteur lors de l'entretien pré-don : présentez-lui votre situation sans minimiser vos symptômes.

L'absence de mention explicite n'est ni une interdiction ni une autorisation. C'est une évaluation au cas par cas, par le professionnel habilité.

Se préparer et se protéger si le don est validé

Avis d'expert · Recommandations pratiques

En présence de symptômes actifs, de malaise post-effort, d'intolérance orthostatique marquée ou de syncopes, le message le plus prudent est de différer le don plutôt que de tenter de compenser le risque par un protocole personnel. Si le professionnel habilité de l'EFS valide néanmoins votre don, certaines précautions peuvent réduire le risque de décompensation.

Avant le don, les points suivants sont des propositions prudentes de l'auteur (non issues d'un référentiel validé pour ces pathologies) :

  • Stabilité : votre état est-il stable depuis plusieurs mois ?
  • Bilan sanguin : votre dernier bilan montre-t-il une hémoglobine supérieure aux seuils réglementaires (120 g/L femmes, 130 g/L hommes) et des réserves en fer satisfaisantes ?
  • Transport : avez-vous un moyen de transport sûr pour le retour ?
  • Repos : pouvez-vous vous reposer dans les jours suivant le don sans obligations contraignantes ?

Pendant le don, signalez votre pathologie au personnel soignant :

  • Hydratation : l'EFS recommande d'absorber environ 500 mL de boisson autour du don.
  • Contraction musculaire : serrer les cuisses, croiser les jambes, pour prévenir le malaise vasovagal [9].
  • Position allongée : demandez à rester allongé pendant l'intégralité du prélèvement et au moins 15 à 20 minutes après la fin du don.
Illustration d'une personne allongée et détendue pendant un don de sang, avec une transition figurée montrant le risque de chute de tension en position debout

Après le don, les personnes vivant avec une dysautonomie ou une EM/SFC devraient :

  • Limiter la station debout prolongée.
  • Reporter l'activité physique intense.
  • Surveiller l'apparition d'un malaise post-effort (fatigue disproportionnée, aggravation cognitive, douleurs musculaires) dans les 72 heures suivant le don.

Si vous avez un POTS, le port de bas de compression dans les jours suivant le don peut aider à compenser la perte de volume.

⚠️ Signal d'alerte post-don

Si vous ressentez un vertige, une vision trouble, des nausées ou une sensation de malaise en vous relevant après le don : ne vous levez pas. Allongez-vous immédiatement, surélevez vos jambes et signalez-le au personnel du centre. Un near-syncope post-don est un signal que votre organisme ne tolère pas bien la perte de volume. Signalez cet épisode lors de tout don futur.

Un don bien toléré ne se juge pas au centre de collecte, mais dans les 72 heures qui suivent.
Ce que l'on sait, et ce que l'on ne sait pas

Fait établi. Aucun cas confirmé de transmission transfusionnelle du SARS-CoV-2 n'a été documenté (données d'hémovigilance et études investigationnelles). Un don de sang total retire environ 200 à 250 mg de fer et réduit l'hémoglobine de 10 à 15 g/L. En France, l'arrêté de 2019 prévoit des contre-indications pour maladie chronique menaçant la santé du donneur et pour syncopes répétées, sans nommer ces pathologies spécifiquement.

Hypothèse étayée. Certaines personnes avec un POTS présentent un déficit de volume plasmatique d'environ 13 % (Raj et al., 2005 [6], cohorte de 29 participants au total : 15 avec POTS et 14 témoins). Ce déficit documenté suggère un risque accru de réaction vasovagale et de décompensation post-don chez les personnes concernées, mais cette extrapolation n'a pas été évaluée directement chez des donneurs. Pour l'EM/SFC, la susceptibilité au malaise post-effort ajoute, indépendamment de la question volémique, un risque retardé non mesurable le jour du don.

Donnée manquante. Aucune étude n'a évalué directement la tolérance du don de sang chez des personnes diagnostiquées avec un Covid long, une EM/SFC ou un POTS. Les données de sécurité transfusionnelle disponibles ne portent pas spécifiquement sur des donneurs vivant avec ces pathologies au long cours. Une réduction du volume sanguin dans l'EM/SFC est évoquée dans la littérature de vulgarisation, mais cette vérification n'a pas permis d'en retrouver une source PubMed vérifiable au moment de la rédaction : ce chiffre a été retiré plutôt que republié sans confirmation. Les recommandations pratiques de cet article reposent sur le raisonnement physiopathologique et l'avis de l'auteur, pas sur un référentiel validé.

Ce qu'il faut retenir

La question « peut-on donner son sang ? » contient en réalité trois questions distinctes. Côté sécurité transfusionnelle, les données disponibles sont globalement rassurantes : aucune transmission du SARS-CoV-2 par transfusion n'a été documentée, et la transmissibilité d'un éventuel agent de l'encéphalomyélite myalgique/syndrome de fatigue chronique (EM/SFC) n'est pas démontrée (les quelques pays qui excluent ces donneurs le font par précaution, non sur la base d'un risque prouvé). Un signal expérimental récent, des IgG de personnes vivant avec un Covid long provoquant des douleurs chez la souris, rouvre la question d'un transfert de facteurs immunologiques biologiquement actifs, sans la démontrer chez l'être humain. La réglementation française ne mentionne pas ces pathologies nommément, mais des dispositions générales (maladie chronique, syncopes, évaluation hémodynamique) s'appliquent, et la décision revient au professionnel habilité de l'Établissement français du sang (EFS). C'est la tolérance physiologique du donneur qui constitue le véritable enjeu : hypovolémie préexistante, risque de réaction vasovagale majoré, et pour l'EM/SFC, possibilité d'un malaise post-effort retardé de plusieurs jours.

La prudence recommande, dans la plupart des cas, de différer le don pendant les phases actives de la maladie. La décision de donner ou non son sang reste individuelle. Elle doit être éclairée par un bilan martial récent, un dialogue avec le professionnel de l'EFS, et une évaluation honnête de votre stabilité clinique. Si le don est validé, les précautions post-don (hydratation, repos, compression, surveillance 72 h) ne sont pas optionnelles.

Un acte de générosité n'a de sens que s'il ne compromet pas celui qui le fait.
🎯 Que faire concrètement avec cet article

Évaluer votre tolérance : avant d'envisager un don, demandez un bilan martial (ferritine + coefficient de saturation de la transferrine) et partagez le résultat avec votre médecin traitant ou spécialiste.

Préparer l'entretien pré-don : mentionnez votre pathologie au professionnel habilité lors de l'entretien pré-don. Il n'existe pas de directive nationale spécifique pour le Covid long, l'EM/SFC ou le POTS : la décision repose sur le dialogue et les dispositions générales de l'arrêté de 2019.

Protéger la récupération : si le don est validé, appliquez les précautions post-don renforcées (hydratation 2-2,5 L/j, repos 48-72 h, compression si POTS, surveillance du PEM) et ne reprenez pas d'activité physique intense avant 2 à 3 semaines.

Questions fréquentes

Le Covid long est-il transmissible par le sang ?

Aucune transmission d'un Covid long par transfusion n'a été documentée chez l'être humain. Aucun cas de transmission transfusionnelle du SARS-CoV-2 n'a non plus été confirmé [1] [2].

Deux études animales publiées en 2026 ont néanmoins montré que des IgG purifiées provenant de personnes ayant un Covid long pouvaient provoquer certains signes douloureux chez des souris [12] [13]. Ces expériences ne correspondaient pas à une transfusion de sang et n'ont pas reproduit un Covid long complet.

La formulation la plus rigoureuse est donc la suivante : aucun risque transfusionnel n'est actuellement démontré, mais la question spécifique du transfert d'autoanticorps ou d'autres facteurs circulants n'a pas été directement étudiée chez des receveurs humains.

Peut-on donner ses plaquettes ou son plasma si le don de sang total est déconseillé ?
Le don par aphérèse (plaquettes ou plasma) restitue les globules rouges au donneur, ce qui limite la perte en fer et la chute d'hémoglobine. La durée du prélèvement varie selon le type : environ 45 minutes pour le plasma, environ 90 minutes pour les plaquettes, en position semi-allongée, ce qui représente un défi postural pour les personnes vivant avec un POTS. Le risque de réaction vasovagale persiste, et le retrait de volume plasmatique (600 mL pour le plasma) aggrave temporairement une hypovolémie préexistante.
Un POTS diagnostiqué est-il une contre-indication absolue au don du sang en France ?
Pas formellement. L'arrêté du 17 décembre 2019 ne mentionne ni le POTS ni la dysautonomie, mais ses dispositions générales (maladie chronique, syncopes, évaluation hémodynamique) s'appliquent [8]. La décision revient au professionnel habilité de l'EFS, qui évalue le donneur au cas par cas. En pratique, une hypovolémie documentée, une hypotension orthostatique marquée ou des antécédents de malaise vasovagal lors d'un don précédent conduisent fréquemment à un ajournement.
Combien de temps faut-il pour reconstituer le sang après un don ?
Le volume plasmatique se reconstitue en 24 à 48 heures. La masse globulaire rouge (hémoglobine, hématocrite) nécessite 4 à 6 semaines. Les réserves en fer constituent le maillon le plus lent : sans supplémentation, la reconstitution complète prend 6 à 12 mois. Avec une supplémentation en fer oral (37,5 mg par jour), ce délai est réduit de moitié (environ 76 jours contre 168 jours sans supplémentation) [3].
La carence en fer est-elle plus fréquente chez les personnes avec un Covid long ou une EM/SFC ?
La question reste ouverte. Quelques études observationnelles rapportent des ferritines basses chez certaines personnes vivant avec un Covid long, mais les données sont encore limitées et les mécanismes mal compris (inflammation résiduelle, consommation de fer, carence préexistante). Dans l'EM/SFC, la fatigue chronique peut masquer les symptômes classiques de la carence en fer, retardant le diagnostic. Un bilan martial (ferritine, coefficient de saturation de la transferrine) avant d'envisager un don est pertinent dans ces populations, indépendamment de la question causale.
Le professionnel habilité peut-il refuser un donneur sans motif écrit ?
Oui. L'entretien pré-don est confidentiel. Le professionnel habilité de l'EFS peut ajourner un donneur temporairement ou définitivement sans obligation de motiver sa décision par écrit au donneur. Les critères de sélection de l'arrêté de 2019 visent à protéger à la fois le receveur et le donneur [8].
Quels pays interdisent formellement le don de sang aux personnes avec une EM/SFC ?
Le Royaume-Uni (depuis novembre 2010), l'Australie (Australian Red Cross Lifeblood) et la Nouvelle-Zélande appliquent un ajournement permanent pour les personnes diagnostiquées avec une EM/SFC. Le Royaume-Uni a étendu cette exclusion au Covid long en 2022. À l'inverse, les États-Unis et la France n'ont pas de restriction spécifique pour ces pathologies [10] [11].
Que faire si j'ai déjà fait un malaise lors d'un don de sang précédent ?
Un antécédent de réaction vasovagale lors d'un don est un facteur de risque majeur de récidive [5]. Signalez-le systématiquement au professionnel qui conduit l'entretien pré-don. En présence d'une pathologie post-infectieuse associée à une dysautonomie ou une hypovolémie, cet antécédent renforce l'indication d'un ajournement. Si le don est néanmoins validé, demandez un temps de repos allongé (20 minutes minimum) et restez allongé jusqu'à ce que votre tension artérielle soit stable.

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Sources

  1. Cappy P, Candotti D, Sauvage V, et al. No evidence of SARS-CoV-2 transfusion transmission despite RNA detection in blood donors showing symptoms after donation. Blood. 2020;136(16):1888-1891. PMID : 32871595
  2. Saá P, Fink RV, Engel RE, et al. Investigational testing for SARS-CoV-2 among US blood donations, 2020. Transfusion. 2022;62(S2):S2-S10. PMID : 35834347
  3. Kiss JE, Brambilla D, Glynn SA, et al. Oral iron supplementation after blood donation: a randomized clinical trial. JAMA. 2015;313(6):575-583. PMID : 25668261
  4. Van Remoortel H, De Buck E, Compernolle V, et al. The effect of a standard whole blood donation on oxygen uptake and exercise capacity: a systematic review and meta-analysis. Transfusion. 2017;57(2):451-462. PMID : 27807869
  5. Wu Y, Tong H, Wen J, et al. Vasovagal reaction risk factors in whole blood donors: a systematic review and meta-analysis. Transfusion. 2025;65:211-223. PMID : 39587929
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