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Hashimoto : anti-TPO, fatigue et bilan thyroïdien normal

Tube de prélèvement sanguin et bulletin d'analyse thyroïdienne en laboratoire

L'article en 1 minute

La thyroïdite de Hashimoto est une attaque auto-immune de la thyroïde, repérable par les anticorps anti-TPO. Elle intéresse ici parce qu'une fatigue persistante peut coexister avec une TSH (l'hormone de commande) normale.

Dans une cohorte de femmes à thyroïde fonctionnelle (Ott et collègues), celles dont les anti-TPO dépassaient 121 UI/mL rapportaient plus de symptômes (6,7 contre 4,1) à TSH comparable. Chez des survivants du COVID (cohorte de 82 personnes initialement séronégatives), 16 ont vu leurs anti-TPO augmenter significativement à trois mois et 4 sont devenues séropositives.

L'auto-immunité elle-même, pas seulement le manque d'hormones, pourrait participer à la fatigue : hypothèse étayée par des données observationnelles et un essai très sélectionné. Une infection peut réveiller cette auto-immunité chez des personnes prédisposées.

Association n'est pas causalité, beaucoup de hausses d'anticorps sont transitoires, et le sélénium baisse les anti-TPO sans bénéfice clair démontré sur la fatigue (revue Cochrane, quatre essais).

À retenir : si la fatigue persiste, demandez à votre médecin si une T4 libre et des anti-TPO sont utiles dans votre cas ; ne modifiez jamais seul un traitement thyroïdien, pas d'iode à forte dose.

Chiffres clés
≈ 1 / 10femmes porteuses d'anticorps anti-thyroïdiens
16/82initialement séronégatifs, avec hausse significative des anti-TPO à 3 mois post-COVID
TSH normalepossible alors que l'auto-immunité est déjà active
Glossaire rapide
  • Anti-TPO : anticorps dirigés contre la thyroperoxydase, une enzyme clé de la thyroïde. Ils signalent une auto-immunité thyroïdienne.
  • TSH : hormone de l'hypophyse qui pilote la thyroïde. C'est le premier test de dépistage, mais il ne mesure pas l'auto-immunité.
  • Euthyroïdie : fonctionnement thyroïdien normal, c'est-à-dire TSH et hormones dans les normes.

Introduction Vous êtes épuisée, et pourtant votre prise de sang thyroïdienne revient « normale ». La thyroïdite de Hashimoto explique parfois ce décalage : une réaction auto-immune dirigée contre la thyroïde, repérable par les anticorps anti-TPO, peut s'accompagner de fatigue et de mal-être bien avant que la TSH ne se dérègle.

Pourquoi un bilan « normal » n'exclut pas Hashimoto

🟢 Preuve établie — physiopathologie thyroïdienne

La thyroïdite de Hashimoto peut être active alors que la TSH et la T4 restent normales : l'auto-immunité précède souvent le dérèglement hormonal.

Hashimoto est une attaque auto-immune chronique de la thyroïde, marquée par une infiltration de lymphocytes et la présence d'anticorps anti-TPO. Pendant des années, la glande compense la destruction progressive et maintient une production hormonale suffisante : la TSH, premier test demandé, reste alors dans les normes. Elle ne s'élève que lorsque la réserve thyroïdienne s'épuise. Autrement dit, la TSH mesure le résultat hormonal, pas l'activité immunitaire en cours.

Dans une cohorte de 426 femmes adressées pour une chirurgie de goitre bénin, en euthyroïdie, un taux d'anti-TPO supérieur à 121 UI/mL prédisait la présence histologique d'une thyroïdite de Hashimoto ; il s'agit d'une population sélectionnée (candidates à la chirurgie), pas d'un échantillon représentatif de la population générale[1].

TSH normale, thyroïde infiltrée, anti-TPO élevés Trois panneaux : une jauge de TSH dans la zone normale, une thyroïde infiltrée par des lymphocytes avec anti-TPO élevés, et une batterie faible symbolisant une fatigue possible malgré ce bilan hormonal normal. TSH normale T4 dans les normes Thyroïde infiltrée lymphocytes, anti-TPO Fatigue possible malgré un bilan normal
La thyroïde compense longtemps : la TSH peut rester normale alors que l'auto-immunité, elle, est déjà à l'œuvre.
Une TSH normale dit que la thyroïde compense, pas qu'elle est en paix.

Anticorps anti-TPO et fatigue : ce que montrent les données

🟠 Association documentée — données observationnelles et un essai

Chez des femmes en euthyroïdie, un taux élevé d'anti-TPO est associé à plus de fatigue et à une moindre qualité de vie, indépendamment des hormones thyroïdiennes.

Dans l'étude d'Ott et de ses collègues, les femmes dont les anti-TPO dépassaient le seuil rapportaient en moyenne davantage de symptômes (6,7 contre 4,1) et une qualité de vie plus basse, alors que leur TSH était comparable[1].

Un essai randomisé est allé plus loin, mais sur une population très sélectionnée : des personnes en euthyroïdie sous lévothyroxine, toujours symptomatiques, avec des anti-TPO supérieurs à 1000 UI/mL. Chez elles, le retrait chirurgical de la source d'antigène a amélioré la fatigue et la qualité de vie et effondré les anticorps, là où le traitement médical seul ne changeait rien[2].

Ce n'est pas un argument pour opérer, ni transposable à la majorité des cas, et l'essai comporte une limite de taille : la chirurgie ne peut pas être menée en double aveugle contre un « faux » traitement médical, si bien qu'un effet placebo lié à l'intervention elle-même ne peut pas être exclu. C'est un indice, pas une preuve, que l'auto-immunité elle-même pourrait participer aux symptômes. Association n'est pas causalité : ces anticorps signalent une auto-immunité, sans être une cause directe démontrée de la fatigue de chaque personne.

Ce que le suivi rend visible

Entre deux prises de sang, c'est votre vécu qui raconte l'histoire. Noter chaque jour votre énergie, votre sommeil et vos symptômes aide à documenter votre évolution au quotidien et à préparer la consultation.

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Anti-TPO élevés, activité immunitaire, fatigue Les anticorps anti-TPO sont reliés par une flèche pleine à une activité immunitaire inflammatoire, elle-même reliée par une flèche pointillée, étiquetée « associé à », à la fatigue et à la qualité de vie : un lien d'association, pas une chaîne causale démontrée. Anticorps anti-TPO Activité immunitaire Fatigue, qualité de vie associé à
L'auto-immunité entretient une activité inflammatoire qui semble peser sur l'énergie, au-delà du simple statut hormonal.

👁️ L'œil du Docteur en pharmacie

La biotine, fréquente dans les compléments « cheveux, peau, ongles », peut fausser les dosages de TSH et de T4 et donner un résultat trompeur. Selon l'American Thyroid Association, il est prudent de l'arrêter au moins 48 heures avant une prise de sang thyroïdienne, et de signaler toute supplémentation au laboratoire[8].

La fatigue n'est pas qu'une affaire d'hormones : l'auto-immunité y est parfois associée.

Le lien avec les infections, dont le COVID

🟠 Association documentée — cohortes et revues post-COVID

Une infection comme le COVID-19 peut faire monter les anticorps anti-TPO chez des personnes prédisposées, parfois plusieurs semaines après l'épisode.

Dans une cohorte prospective de 104 survivants du COVID-19 sans maladie thyroïdienne connue, réévalués à trois mois : sur 82 initialement séronégatifs, 16 (soit environ un sur cinq) ont connu une hausse significative de leurs anti-TPO et 4 sont devenus franchement positifs, avec un lien vers la sévérité initiale et l'inflammation[3]. Un suivi à plus long terme, chez 250 survivants réévalués jusqu'à un an, nuance ce constat initial : aucune hausse globale de l'auto-immunité thyroïdienne n'a été retrouvée dans l'ensemble de la cohorte, avec un effet plus modeste et limité à un sous-groupe (interféron)[3].

Sur le plan mécanistique, les cellules thyroïdiennes expriment les récepteurs ACE2 et TMPRSS2 que le SARS-CoV-2 utilise pour entrer, ce qui rend plausible une atteinte directe favorisant une thyroïdite auto-immune chez les sujets prédisposés, sans que ce mécanisme soit démontré chez l'humain ; l'inflammation systémique et le syndrome de maladie non thyroïdienne restent des explications concurrentes non exclues[4]. La proportion à garder en tête reste mesurée : la plupart des anomalies sont transitoires, mais la montée des anticorps justifie un suivi.

⚠️ Prudence d'interprétation

Une hausse des anti-TPO après une infection ne signifie pas qu'une maladie thyroïdienne est déclarée. Beaucoup de variations sont transitoires, et ces données restent observationnelles, avec des facteurs de confusion possibles : un dosage isolé se lit toujours en regard de la clinique et d'un contrôle à distance[3].

Devenir des anti-TPO à 3 mois chez 82 survivants du COVID initialement séronégatifs Diagramme en barres, pas une courbe : sur 82 personnes séronégatives au départ, 66 restent stables, 12 ont une hausse significative sans devenir positives, et 4 deviennent séropositives à 3 mois. Nombre de personnes 66 Stables 12 Hausse, restent séronégatives 4 Deviennent séropositives
Sur 82 survivants du COVID initialement séronégatifs, la majorité reste stable à 3 mois ; une minorité voit ses anti-TPO augmenter, dont une petite fraction devient séropositive.

À retenir en pratique

En cas de fatigue qui persiste après une infection, le bilan se discute avec votre médecin selon les symptômes, la TSH, les antécédents, un éventuel goitre, le terrain auto-immun ou un projet de grossesse. En pratique, la TSH guide la démarche ; la T4 libre et les anti-TPO ne sont utiles que dans certains contextes, et il n'y a pas lieu de répéter les anti-TPO en routine[7].

Une infection peut réveiller une auto-immunité qui dormait.

Pistes nutritionnelles : ce que disent les données

🟠 Données limitées — bénéfice clinique incertain

Le sélénium fait baisser le taux d'anticorps anti-TPO de façon reproductible, mais un essai randomisé récent, le plus large à ce jour, ne montre aucun bénéfice sur la qualité de vie.

Une méta-analyse de 2024 portant sur 35 essais confirme la baisse des anti-TPO sous sélénium (avec une forte hétérogénéité entre études) et une baisse modeste de la TSH chez les personnes non traitées par lévothyroxine, avec un niveau de preuve jugé modéré[9]. Une revue Cochrane plus ancienne, portant sur quatre essais, avait déjà noté cette baisse des anti-TPO sans pouvoir évaluer correctement la qualité de vie faute de données[5].

C'est justement ce que l'essai randomisé le plus large, chez 412 patients sous lévothyroxine pendant 12 mois, est venu combler : aucune différence de qualité de vie entre sélénium et placebo malgré une baisse plus marquée des anti-TPO sous sélénium[10]. Un petit essai associant myo-inositol et sélénium a observé une baisse de la TSH et des anticorps avec un mieux-être, mais chez des personnes en hypothyroïdie infraclinique (TSH 3-6 mUI/L), une population différente de celle de cet article[6].

Deux réflexes de prudence : l'iode à forte dose peut entretenir l'auto-immunité plutôt que l'apaiser, et le sélénium ne se prend pas au hasard, car au-delà de 255 µg par jour chez l'adulte (limite de sécurité EFSA 2023), le risque toxique augmente[11]. Ces pistes sont des compléments d'un suivi, jamais un remplacement.

⚠️ Avertissement

Ne modifiez jamais seul un traitement par lévothyroxine et n'entamez pas de cure d'iode à forte dose : un excès d'iode peut aggraver une thyroïdite auto-immune. Toute décision se prend avec le professionnel qui vous suit.

Faire baisser un anticorps n'est pas la même chose que se sentir mieux.
Ce que l'on sait, et ce que l'on ne sait pas

Fait établi. Hashimoto est une maladie auto-immune fréquente, marquée par les anticorps anti-TPO, et elle peut rester en euthyroïdie pendant des années[1].

Hypothèse étayée. L'auto-immunité elle-même, et pas seulement le déficit hormonal, est associée à la fatigue et à la baisse de qualité de vie[1][2] ; une infection comme le COVID est associée à une hausse des anti-TPO chez certaines personnes prédisposées[3][4].

Spéculation. Aucune donnée solide ne permet d'affirmer qu'un complément « guérit » Hashimoto, ni que faire baisser les anti-TPO supprime les symptômes[5].

Ce qu'il faut retenir

Un bilan thyroïdien « normal » ne veut pas toujours dire « thyroïde en bonne santé ». Les anticorps anti-thyroperoxydase (anti-TPO) racontent une histoire que la thyréostimuline (TSH) seule ne capte pas, et cette auto-immunité est parfois associée à une baisse d'énergie et de moral, parfois bien avant que les hormones ne se dérèglent.

Cela n'autorise ni l'auto-diagnostic ni l'auto-médication. Si une fatigue persiste, surtout après une infection, parlez-en à votre médecin : selon le contexte clinique, un bilan élargi à la thyroxine (T4) libre et aux anti-TPO peut être pertinent au-delà de la TSH, sans que ce soit systématique pour autant. Les pistes comme le sélénium se discutent au cas par cas, jamais en remplacement d'un suivi.

Le bon réflexe n'est pas de traiter un chiffre, mais de comprendre ce qu'il signale.

Questions fréquentes

Peut-on avoir une thyroïdite de Hashimoto avec une TSH normale ?
Oui. L'auto-immunité thyroïdienne, repérée par les anti-TPO, précède souvent l'hypothyroïdie. Pendant des années, la thyroïde compense et la TSH reste normale, alors que des symptômes comme la fatigue peuvent déjà être présents.
Le COVID peut-il déclencher une thyroïdite auto-immune ?
Le SARS-CoV-2 peut faire monter les anticorps anti-TPO chez des personnes prédisposées, le plus souvent sans maladie thyroïdienne déclarée. Dans une cohorte de survivants initialement séronégatifs, 16 sur 82 ont vu leurs anti-TPO augmenter significativement à trois mois ; un suivi plus long ne retrouve pas de hausse globale de l'auto-immunité sur l'ensemble de la cohorte.
Le sélénium fait-il baisser les anticorps anti-TPO ?
Plusieurs essais montrent une baisse des anti-TPO sous sélénium, mais les preuves restent incomplètes et le bénéfice sur les symptômes n'est pas démontré. Le sélénium ne se prend pas sans avis médical, car un excès est toxique.

Suivez votre fatigue, pas seulement vos analyses

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Sources

  1. Ott J, Promberger R, Kober F, et al., 2011 — Hashimoto's thyroiditis affects symptom load and quality of life unrelated to hypothyroidism: a prospective case-control study in women undergoing thyroidectomy for benign goiter. Thyroid. PubMed PMID 21186954. DOI 10.1089/thy.2010.0191
  2. Guldvog I, Reitsma LC, Johnsen L, et al., 2019 — Thyroidectomy versus medical management for euthyroid patients with Hashimoto disease and persisting symptoms: a randomized trial. Ann Intern Med. PubMed PMID 30856652. DOI 10.7326/M18-0284
  3. Lui DTW, Lee CH, Chow WS, et al., 2021 — Insights from a prospective follow-up of thyroid function and autoimmunity among COVID-19 survivors. Endocrinol Metab (Seoul). PubMed PMID 34107601. DOI 10.3803/EnM.2021.983
  4. Piekarska A, Góral M, Kozula M, et al., 2023 — The influence of SARS-CoV-2 infection on the thyroid gland. Biomedicines. PubMed PMID 36831150. DOI 10.3390/biomedicines11020614
  5. van Zuuren EJ, Albusta AY, Fedorowicz Z, et al., 2013 — Selenium supplementation for Hashimoto's thyroiditis. Cochrane Database Syst Rev. PubMed PMID 23744563. DOI 10.1002/14651858.CD010223.pub2
  6. Nordio M, Basciani S, 2017 — Myo-inositol plus selenium supplementation restores euthyroid state in Hashimoto's patients with subclinical hypothyroidism. Eur Rev Med Pharmacol Sci. PubMed PMID 28724185.
  7. NICE, 2019 — Thyroid disease: assessment and management (NG145). National Institute for Health and Care Excellence. nice.org.uk/guidance/ng145
  8. American Thyroid Association — Thyroid function tests et interférence de la biotine. thyroid.org
  9. Huwiler VV, Maissen-Abgottspon S, Stanga Z, et al., 2024 – Selenium supplementation in patients with Hashimoto thyroiditis: a systematic review and meta-analysis of randomized clinical trials. Thyroid. PubMed PMID 38243784. DOI 10.1089/thy.2023.0556
  10. Larsen C, Winther KH, Cramon PK, et al. (Bonnema SJ, dernier auteur), 2024 – Selenium supplementation and placebo are equally effective in improving quality of life in patients with hypothyroidism. Eur Thyroid J. PubMed PMID 38215286. DOI 10.1530/ETJ-23-0175
  11. EFSA Panel on Nutrition, Novel Foods and Food Allergens (NDA), 2023 – Scientific opinion on the tolerable upper intake level for selenium. EFSA Journal. DOI 10.2903/j.efsa.2023.7704