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Vitamine D et hypercalcémie : pourquoi une même dose n'expose pas tout le monde au même risque

Représentation schématique du métabolisme de la vitamine D, de l'activation rénale à sa dégradation par l'enzyme CYP24A1

Le 25(OH)D reste le principal marqueur de l'exposition à la vitamine D, mais il ne suffit pas toujours à prédire le risque d'hypercalcémie. Chez la plupart des personnes, la toxicité survient après des apports excessifs et s'accompagne d'un 25(OH)D très élevé. Plus rarement, une anomalie du catabolisme ou une production extrarénale de calcitriol peut abaisser le seuil de tolérance.

Ce que vous allez comprendre

Le 25(OH)D : marqueur, pas verdict

Il reste l'indicateur principal de votre exposition à la vitamine D, mais ne suffit pas seul à prédire un risque d'hypercalcémie.

La toxicité la plus fréquente

Chez la majorité des personnes, l'hypercalcémie survient après des apports excessifs prolongés, avec un 25(OH)D très élevé.

Des situations plus rares

Un déficit de dégradation (CYP24A1) ou une production hormonale hors-rein peuvent abaisser le seuil de tolérance à des doses plus modestes.

Une surveillance ciblée

Le suivi biologique cible les profils à risque identifiés, pas toute personne supplémentée.

📖 Termes de référence
  • 25(OH)D (calcidiol) = 25-hydroxyvitamin D (EN), forme de stockage circulante, mesurée en bilan
  • 1,25(OH)₂D (calcitriol) = 1,25-dihydroxyvitamin D (EN), forme active, contrôle l'absorption calcique
  • CYP24A1 = 25-hydroxyvitamin D 24-hydroxylase (EN), enzyme qui dégrade le 25(OH)D et le calcitriol
  • CYP27B1 = 1α-hydroxylase (EN), enzyme qui convertit le 25(OH)D en calcitriol actif
  • 24,25(OH)₂D = métabolite inactif issu de la dégradation du 25(OH)D par CYP24A1
  • VDBP = Vitamin D Binding Protein (EN), protéine de transport ; détermine la fraction libre biodisponible
  • Granulomatose = maladie (sarcoïdose, tuberculose...) où des amas de cellules immunitaires peuvent produire du calcitriol de façon autonome
  • Hypercalcémie = taux de calcium sanguin anormalement élevé (> 2,6 mmol/L)
  • Hypercalciurie = excès de calcium éliminé dans les urines
  • UL = Upper Limit (EN), apport maximal tolérable pour une population, fixé par les agences sanitaires

De la vitamine D au calcitriol : activation et élimination

🟢 Preuve établie — biochimie consensuelle

La vitamine D absorbée ou synthétisée par la peau n'a aucune activité biologique en elle-même. Elle doit franchir deux étapes d'hydroxylation avant de devenir active, puis être dégradée par une enzyme qui limite son accumulation.

Étape 1 : hydroxylation hépatique. Dans le foie, l'enzyme CYP2R1 convertit la vitamine D en 25-hydroxyvitamine D, ou 25(OH)D (calcidiol). C'est cette forme, stable et liposoluble, qui est mesurée lors d'un bilan sanguin courant : elle reflète l'exposition cumulée des semaines précédentes, pas l'activité biologique instantanée.

Étape 2 : activation rénale. Le rein, via l'enzyme CYP27B1, convertit une fraction du 25(OH)D en 1,25-dihydroxyvitamine D, ou calcitriol. C'est la forme hormonalement active : elle augmente l'absorption intestinale du calcium et intervient dans de nombreuses voies de régulation. Sa production est normalement freinée par la parathormone (PTH) et par la calcémie elle-même, selon un rétrocontrôle négatif serré.

Étape 3 : dégradation par CYP24A1. La même enzyme dégrade les deux formes circulantes : elle transforme le 25(OH)D en 24,25-dihydroxyvitamine D et le calcitriol en 1,24,25-trihydroxyvitamine D, avant leur catabolisme ultérieur en acide calcitroïque. C'est le frein de sécurité du système, et c'est son insuffisance, rare, qui rend certaines situations particulières possibles.

Deux hydroxylations activent la vitamine D ; une troisième, portée par la même enzyme, la neutralise sur ses deux substrats.
Les 3 étapes du métabolisme de la vitamine D Peau / Alimentation Vitamine D CYP2R1 Foie 25(OH)D Calcidiol (stockage) CYP27B1 Rein 1,25(OH)₂D Calcitriol (ACTIF) CYP24A1 dégrade les deux formes Métabolites inactifs 24,25(OH)₂D · 1,24,25(OH)₃D
CYP24A1 (en rouge) dégrade les deux formes circulantes de la vitamine D — le 25(OH)D et le calcitriol actif — pas seulement le calcitriol.
Pourquoi le dosage total ne résume pas toute la physiologie

Dans le sang, la quasi-totalité du 25(OH)D circule liée à une protéine de transport, la VDBP (Vitamin D Binding Protein). Seule la fraction libre serait biologiquement active. Des variants du gène GC, qui code la VDBP, modifient cette proportion à taux total identique.

Donnée exploratoire : le rôle clinique de ces variants comme déterminant majeur de la toxicité n'est pas établi, et ce dosage n'a pas de place en pratique courante.

Pour le panorama complet sur la vitamine D (comparatif des formes D2/D3/calcifédiol, dosages et précautions), voir la fiche NutriFact Vitamine D.

La situation la plus fréquente : le surdosage exogène

🟢 Preuve établie — toxicologie clinique
Trois voies vers l'hypercalcémie liée à la vitamine D Vitamine D / calcitriol ① Apports excessifs Mégadoses, cumul de produits Le plus fréquent ② Défaut CYP24A1 Perte de fonction biallélique Rare ③ Calcitriol extrarénal Granulomatose, lymphome Rare Hypercalcémie
Trois mécanismes distincts peuvent mener à une hypercalcémie liée à la vitamine D. Le premier explique la grande majorité des cas ; les deux autres restent rares.

Dose, durée et accumulation

Chez la grande majorité des personnes, une hypercalcémie liée à la vitamine D résulte d'un surdosage exogène : des apports très supérieurs aux besoins, poursuivis sur plusieurs semaines à mois, parfois favorisés par le cumul de plusieurs compléments contenant de la vitamine D sans que la personne s'en rende compte. La vitamine D est liposoluble : elle s'accumule dans le tissu adipeux, et les effets d'un surdosage se manifestent souvent avec un décalage de plusieurs semaines par rapport à la prise.

Le surdosage exogène ne se reconnaît pas à un chiffre isolé : il se lit dans la dose, la durée et l'accumulation.

25(OH)D, calcémie et hypercalciurie

Dans cette toxicité classique, le 25(OH)D est très élevé. D'après les National Institutes of Health (Office of Dietary Supplements), les intoxications documentées s'accompagnent typiquement de concentrations supérieures à 375 nmol/L (150 ng/mL) ; la zone de prudence, associée à de possibles effets indésirables sans signer une toxicité franche, se situe plutôt autour de 125 à 150 nmol/L (50 à 60 ng/mL).[8] Elle s'accompagne généralement d'une hypercalcémie et d'une hypercalciurie.[1]

👁️ L'œil du Docteur en pharmacie

Une PTH basse sous supplémentation n'est pas, à elle seule, un signal de toxicité : elle peut simplement accompagner la correction d'un déficit ou une calcémie normale-haute. Dans l'étude de Kimball et al. chez des patients atteints de sclérose en plaques, la PTH a diminué significativement alors que le 25(OH)D avait presque quintuplé, sans qu'aucun participant ne développe d'hypercalcémie ni d'hypercalciurie.[6]

Devant une hypercalcémie confirmée, en revanche, une PTH supprimée ou inadaptée oriente vers une cause non parathyroïdienne : le contexte clinique, le 25(OH)D et, dans certaines situations, le calcitriol permettent ensuite d'orienter le bilan. La conduite à tenir est de suspendre les apports non indispensables et de contacter rapidement un professionnel de santé, avec une orientation en urgence si l'hypercalcémie est importante ou les symptômes sévères.

Symptômes et complications

Les signes d'hypercalcémie sont peu spécifiques, ce qui retarde parfois leur identification : soif inhabituelle, urines abondantes, déshydratation, perte d'appétit, nausées ou vomissements, constipation, faiblesse musculaire, confusion, ou douleur évocatrice d'une lithiase rénale. Une hypercalciurie prolongée expose à une néphrocalcinose et à des néphrolithiases récidivantes.[1]

Pourquoi une dose modérée peut parfois poser problème

🟢 Preuve établie — mécanismes documentés

Déficit en CYP24A1

Décrite pour la première fois en 2011 dans le New England Journal of Medicine, la perte de fonction biallélique du gène CYP24A1 empêche la dégradation du calcitriol et du 25(OH)D : les deux métabolites actifs s'accumulent, stimulent en continu l'absorption intestinale de calcium, et peuvent provoquer une hypercalcémie sévère, une hypercalciurie, une néphrocalcinose et des lithiases récidivantes ou précoces.[2] Décrit d'abord chez des nourrissons, ce mécanisme concerne aussi des adultes : une femme de 58 ans a développé une hypercalcémie et une néphrolithiase sous une dose de vitamine D pourtant courante en pratique de médecine fonctionnelle, avec un calcitriol élevé, une PTH effondrée et un ratio 25(OH)D/24,25(OH)₂D très élevé.[3]

C'est une cause rare et ciblée, pas un modèle général de la toxicité à la vitamine D : dans une série de 9 nourrissons hospitalisés pour une hypercalcémie sévère après une dose ponctuelle très élevée, aucune mutation de CYP24A1 n'a été retrouvée : la toxicité exogène classique reste possible sans anomalie génétique sous-jacente.[4]

CYP24A1, une granulomatose ou une forme active de vitamine D changent la même dose en un risque différent.
CYP24A1 normale vs perte de fonction biallélique CYP24A1 normale Calcitriol ↑ → CYP24A1 ↑ → Dégradation Calcémie : régulée ✓ Même dose de vitamine D → 25(OH)D élevé, sans toxicité Perte de fonction biallélique Calcitriol ↑ → CYP24A1 absente → Accumulation Calcémie : ↑↑ Hypercalcémie Même dose de vitamine D → accumulation calcitriol → hypercalcémie
À dose identique, une perte de fonction biallélique de CYP24A1 — rare — peut provoquer une hypercalcémie là où une enzyme fonctionnelle ne le ferait pas.

Granulomatoses et lymphomes

Dans la sarcoïdose, la tuberculose et d'autres granulomatoses, ainsi que dans certains lymphomes, les macrophages activés (ou les cellules tumorales) expriment une CYP27B1 extrarénale qui produit du calcitriol de façon autonome, en dehors du rétrocontrôle habituel par la PTH. Une hypercalcémie peut alors survenir avec un 25(OH)D normal, voire bas.[1]

Formes actives et interactions thérapeutiques

Le calcitriol et les analogues actifs (alfacalcidol, paricalcitol) contournent l'étape d'activation rénale : ils exposent à un risque d'hypercalcémie à des doses bien plus faibles que la vitamine D native, et nécessitent une surveillance dédiée. C'est notamment le cas dans la maladie rénale chronique, où l'insuffisance de production rénale de calcitriol, les perturbations phosphocalciques et l'hyperparathyroïdie secondaire sont prises en charge différemment selon qu'on utilise de la vitamine D native ou une forme active. Un débit de filtration glomérulaire entre 60 et 90 mL/min (stade G2), isolé et sans autre anomalie rénale persistante, ne définit pas à lui seul une maladie rénale chronique ni une réduction cliniquement significative de la marge de sécurité.[9]

⚠️ Associations nécessitant une vigilance particulière

Certaines situations augmentent le risque d'hypercalcémie sous vitamine D, ou ses conséquences :

① Calcium à forte dose — l'apport calcique s'ajoute à l'effet de la vitamine D sur l'absorption intestinale.
② Diurétiques thiazidiques — ils réduisent l'élimination urinaire du calcium.
③ Digoxine — l'hypercalcémie majore le risque de troubles du rythme sous digoxine.
④ Calcitriol et analogues actifs — exposent à un risque d'hypercalcémie à des doses plus faibles que la vitamine D native.
⑤ Cumul de plusieurs compléments — plusieurs produits contenant de la vitamine D pris simultanément additionnent les apports sans que la personne s'en rende toujours compte.

Ces situations justifient d'en parler avec un professionnel de santé avant toute supplémentation prolongée ou fortement dosée.

Pour aller plus loin sur les mécanismes et la décision clinique, voir la fiche Vitamine D : du métabolisme à la décision clinique.

Documenter votre supplémentation

Consigner la dose, la forme utilisée, les traitements associés et les symptômes ressentis peut faciliter l'échange avec le professionnel de santé, sans remplacer les examens biologiques lorsqu'ils sont indiqués. Essayer gratuitement →

Ce que signifie réellement la limite de 4 000 UI/j

🟢 Preuve établie — cadre réglementaire

UL populationnelle

L'apport maximal tolérable (Upper Limit, UL) pour la vitamine D chez l'adulte est fixé à 100 µg/j, soit 4 000 UI/j, par l'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA), une valeur réévaluée et maintenue en 2023.[10] Une UL est un seuil de précaution construit pour couvrir toute une population, y compris ses profils les plus sensibles : ce n'est ni une dose cible, ni une garantie de sécurité individuelle absolue.

Cette logique de seuil de précaution n'est pas propre à la vitamine D : voir le panorama des limites de sécurité (UL) fixées par l'EFSA pour l'ensemble des vitamines et minéraux.

Une limite de sécurité protège une population entière : garantit-elle quoi que ce soit pour vous, spécifiquement ?

Différence entre apport et concentration sanguine

L'UL exprime un apport chronique, pas une concentration sanguine. La relation entre les deux n'est pas linéaire : elle dépend du poids, de la masse grasse, de l'exposition solaire, du 25(OH)D de départ et de la capacité individuelle à dégrader la vitamine D active. Le repère sérique de prudence (125 à 150 nmol/L, soit 50 à 60 ng/mL) est une donnée distincte, qui ne correspond pas mécaniquement à un apport de 4 000 UI/j chez tout le monde.

Limites de l'étude chez 12 patients atteints de sclérose en plaques

Une étude souvent citée pour illustrer une marge de sécurité large a suivi 12 patients atteints de sclérose en plaques, sous des doses croissantes de vitamine D3 pendant 28 semaines, jusqu'à des apports très supérieurs à l'UL. Leur 25(OH)D moyen a atteint 386 ± 157 nmol/L sans hypercalcémie ni hypercalciurie chez aucun participant.[6] C'est une donnée utile sur la tolérance biochimique à court terme d'un petit échantillon suivi en recherche clinique, pas une démonstration de la sécurité à long terme pour la population générale, ni une invitation à dépasser l'UL en dehors d'un encadrement médical.

Quand rechercher une anomalie de CYP24A1

🔵 Outil diagnostique spécialisé — ratio 25(OH)D / 24,25(OH)₂D

Profil clinique et biologique

Une recherche ciblée d'anomalie CYP24A1 se discute devant un tableau évocateur : hypercalcémie indépendante de la PTH, hypercalciurie, néphrocalcinose, lithiases rénales récidivantes ou survenues précocement, contexte familial évocateur, ou calcitriol élevé, ou simplement inadapté au regard de la calcémie. Ce n'est pas un dépistage à proposer à toute personne supplémentée en vitamine D.

Un ratio élevé oriente le diagnostic ; seule la génétique le confirme.

Le ratio 25(OH)D / 24,25(OH)₂D

Le ratio 25(OH)D / 24,25(OH)₂D est un examen spécialisé confirmatoire, pas un outil de dépistage général. Selon la Mayo Clinic, un ratio inférieur à 25 est généralement normal ; entre 25 et 80, la zone est intermédiaire, notamment en cas de 25(OH)D bas ou de variant hétérozygote (association de niveau de preuve limité) ; au-delà de 80, le ratio est fortement évocateur d'un déficit biallélique en CYP24A1.[11] Ces seuils dépendent de la méthode analytique et des unités du laboratoire, et l'interprétation tient compte du contexte clinique global (calcémie, PTH, calcitriol).

Ratio 25(OH)D / 24,25(OH)₂D — trois zones Ratio < 25 Généralement normal CYP24A1 fonctionnelle Ratio 25 à 80 Zone intermédiaire 25(OH)D bas ou hétérozygote Ratio > 80 Fortement évocateur Déficit CYP24A1 biallélique Seuils dépendants de la méthode analytique · confirmation moléculaire recommandée
Le ratio 25(OH)D / 24,25(OH)₂D oriente vers un déficit CYP24A1 ; il ne remplace pas la confirmation génétique.

Confirmation génétique

Un ratio élevé oriente vers le diagnostic ; il ne le pose pas à lui seul. Une confirmation moléculaire (séquençage du gène CYP24A1) est recommandée avant de conclure, en particulier si une décision thérapeutique en dépend.[5]

Comment raisonner la surveillance

🟢 Preuve établie — recommandations de sociétés savantes

Sujet sain à dose nutritionnelle

Chez l'adulte en bonne santé recevant des apports nutritionnels usuels, aucun dosage ni suivi biologique systématique n'est nécessaire en l'absence d'indication particulière. L'Endocrine Society déconseille explicitement le dosage systématique du 25(OH)D en population générale, faute de preuve d'un bénéfice clinique démontré à cette pratique.[12] En France, la prise en charge du dosage du 25(OH)D par l'Assurance Maladie répond à des indications précises, qui ne recouvrent pas toutes les situations où une hypercalcémie mériterait d'être recherchée.[13]

Surveiller tout le monde de la même façon revient à ne surveiller personne d'utile.

Terrain à risque

Une surveillance individualisée se justifie en cas de : dose élevée ou traitement correcteur prolongé, antécédent d'hypercalcémie ou d'hypercalciurie, lithiases ou néphrocalcinose, sarcoïdose ou autre granulomatose, maladie rénale chronique significative, hyperparathyroïdie, utilisation de calcitriol ou d'analogues actifs, traitement thiazidique, apport calcique important, ou tout autre contexte clinique particulier identifié par le médecin.

Signes devant conduire à consulter

Une soif inhabituelle, des urines abondantes, une fatigue ou une faiblesse musculaire marquée, des nausées persistantes ou une douleur évocatrice de lithiase justifient de consulter, en particulier en cas de dose élevée ou de terrain à risque.

🧩 Ce que l'on sait, et ce que l'on ne sait pas encore

Ce qui est bien établi : chez la majorité des personnes, la toxicité à la vitamine D résulte d'apports excessifs et s'accompagne d'un 25(OH)D très élevé. Plus rarement, une perte de fonction biallélique de CYP24A1 ou une production extrarénale de calcitriol — granulomatoses, certains lymphomes — abaisse le seuil de tolérance à des doses plus modestes. Le ratio 25(OH)D/24,25(OH)₂D est un examen confirmatoire validé pour orienter vers un déficit CYP24A1.

Ce qui reste incertain : la prévalence réelle des variants CYP24A1 hétérozygotes en population générale, le seuil exact du ratio à partir duquel une confirmation génétique change la prise en charge, et le rôle clinique des variants de la VDBP restent mal caractérisés.

Ce qu'il faut retenir

Chez la plupart des personnes, respecter les apports recommandés expose à un risque très faible de toxicité. À retenir en pratique : la prudence devient particulièrement importante en cas de mégadoses, de cumul de produits, de maladie granulomateuse, d'antécédents d'hypercalcémie ou de lithiases, de traitement par vitamine D active ou de tableau biologique évoquant un défaut de dégradation.

Le 25(OH)D reste utile pour mesurer l'exposition, mais la calcémie, la parathormone (PTH) et le contexte clinique sont indispensables pour interpréter un risque réel.

Le 25(OH)D dit combien vous avez pris ; il ne dit pas, à lui seul, si c'est trop pour vous.

Questions fréquentes

Quel taux de vitamine D dans le sang est considéré comme sans danger ?
D'après le NIH (Office of Dietary Supplements), les intoxications documentées à la vitamine D s'accompagnent typiquement d'un 25(OH)D supérieur à 375 nmol/L (150 ng/mL). Le repère de 125 à 150 nmol/L (50 à 60 ng/mL) est une zone de prudence associée à de possibles effets indésirables, pas le seuil habituel d'une toxicité hypercalcémique franche. Ces chiffres décrivent un risque populationnel : ils ne garantissent rien à l'échelle individuelle dans les situations plus rares abordées dans cet article.
Le taux de 25(OH)D suffit-il pour évaluer la sécurité d'une supplémentation en vitamine D ?
Le 25(OH)D reste le principal marqueur de l'exposition à la vitamine D, et il est nécessaire dans la grande majorité des cas. Mais il ne suffit pas toujours seul : en cas de déficit de dégradation (CYP24A1) ou de production extrarénale de calcitriol, une hypercalcémie peut survenir avec un 25(OH)D normal, voire bas. La calcémie, la PTH et le contexte clinique complètent l'évaluation du risque.
Pourquoi certaines personnes développent une hypercalcémie même à une dose modérée de vitamine D ?
Le plus souvent, il s'agit d'un cumul non identifié de plusieurs produits contenant de la vitamine D. Plus rarement, une perte de fonction biallélique de l'enzyme CYP24A1 empêche la dégradation de la forme active et l'accumule ; une granulomatose (sarcoïdose, tuberculose) ou certains lymphomes peuvent aussi produire du calcitriol de façon autonome, hors du rétrocontrôle habituel. Ces deux derniers mécanismes restent des causes rares, à rechercher devant un tableau évocateur.
Faut-il surveiller systématiquement sa calcémie sous vitamine D ?
Non, pas chez l'adulte sain recevant des apports nutritionnels usuels : les sociétés savantes déconseillent le dosage systématique en l'absence d'indication. Une surveillance individualisée se justifie en revanche en cas de dose élevée ou de traitement correcteur prolongé, d'antécédent d'hypercalcémie ou de lithiases, de granulomatose, de maladie rénale chronique significative, d'hyperparathyroïdie, ou d'utilisation de calcitriol ou d'analogues actifs.
Qu'est-ce que le ratio 25(OH)D / 24,25(OH)₂D et qui doit le demander ?
C'est un examen spécialisé confirmatoire, pas un dépistage général : il oriente vers un déficit CYP24A1 devant une hypercalcémie indépendante de la PTH, une hypercalciurie, une néphrocalcinose ou des lithiases récidivantes inexpliquées. Un ratio supérieur à 80 est fortement évocateur d'un déficit biallélique, mais une confirmation génétique reste recommandée avant de conclure.
Faut-il systématiquement prendre de la vitamine K2 avec la vitamine D ?
Non. La vitamine K2 ne neutralise pas un surdosage en vitamine D : elle agit sur la distribution du calcium (activation de la MGP et de l'ostéocalcine), pas sur son absorption intestinale. La revue systématique et méta-analyse de Mott et al. (2019, Osteoporosis International, et non une revue Cochrane comme parfois indiqué à tort) montre un effet modeste sur la densité osseuse et des données insuffisantes en prévention cardiovasculaire ; aucune société savante ne recommande la co-supplémentation systématique chez le sujet sain.[7] Chez une personne traitée par un antivitamine K (warfarine, fluindione, acénocoumarol), une supplémentation en K2 ne doit pas être décidée sans avis médical, en raison de l'interaction pharmacologique directe.

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Sources

  1. Tebben PJ, Singh RJ, Kumar R. Vitamin D-Mediated Hypercalcemia: Mechanisms, Diagnosis, and Treatment. Endocr Rev. 2016;37(5):521-547. PubMed PMID 27588937
  2. Schlingmann KP et al. Mutations in CYP24A1 and idiopathic infantile hypercalcemia. N Engl J Med. 2011;365(5):410-21. PubMed PMID 21675912
  3. Haridas K, Holick MF, Burmeister LA. Hypercalcemia, nephrolithiasis, and hypervitaminosis D precipitated by supplementation in a susceptible individual. Nutrition. 2020;74:110754. PubMed PMID 32222584
  4. Hmami F et al. [Overdose or hypersensitivity to vitamin D?] Arch Pediatr. 2014;21(10):1115-9. PubMed PMID 25129320
  5. Dusso AS, Gomez-Alonso C, Cannata-Andia JB. The hypercalcaemia of CYP24A1 inactivation: new ways to improve diagnosis and treatment. Clin Kidney J. 2015;8(4):456-8. PubMed PMID 26251717
  6. Kimball SM, Ursell MR, O'Connor P, Vieth R. Safety of vitamin D3 in adults with multiple sclerosis. Am J Clin Nutr. 2007;86(3):645-51. PubMed PMID 17823429
  7. Mott A, Bradley T, Wright K, et al. Effect of vitamin K on bone mineral density and fractures in adults: an updated systematic review and meta-analysis of randomised controlled trials. Osteoporos Int. 2019;30(8):1543-1559. PubMed PMID 31076817
  8. National Institutes of Health, Office of Dietary Supplements. Vitamin D — Fact Sheet for Health Professionals (seuils de toxicité, UL 4 000 UI/j). ods.od.nih.gov
  9. Kidney Disease: Improving Global Outcomes (KDIGO). KDIGO 2024 Clinical Practice Guideline for the Evaluation and Management of Chronic Kidney Disease. kdigo.org
  10. EFSA NDA Panel. Scientific opinion on the tolerable upper intake level for vitamin D, including the derivation of a conversion factor for calcidiol monohydrate. EFSA Journal. 2023;21(8):e08145. DOI: 10.2903/j.efsa.2023.8145
  11. Mayo Clinic Laboratories. Ratio of 25OHD to 24,25(OH)2D: A New Test to Confirm 24-Hydroxylase (CYP24A1) Deficiency as the Cause of Hypercalcemia. mayoclinic.org
  12. Demay MB et al. Vitamin D for the Prevention of Disease: An Endocrine Society Clinical Practice Guideline. J Clin Endocrinol Metab. 2024;109(8):1907-1947. PubMed PMID 38828931
  13. Ameli.fr. Dosage de la vitamine D : indications de prise en charge. ameli.fr