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Covid long : le complément, chaînon immunité-vaisseaux

Illustration abstraite de la cascade du complément se propageant dans un vaisseau sanguin, symbolisant le lien entre immunité et coagulation dans le Covid long.

L'article en 1 minute

Le complément est un système de plus de trente protéines sanguines, l'un des plus anciens mécanismes de l'immunité innée : il s'active pour détruire des agents infectieux, puis s'éteint normalement en quelques jours. Dans le Covid long, plusieurs cohortes rapportent au contraire une activation prolongée de cette cascade, plusieurs mois après l'infection.

Chez certains patients, des marqueurs des trois voies du complément (classique, lectine, alterne) restent élevés plusieurs mois après l'infection aiguë, en particulier le complexe terminal C5b-9 et la protéine C1QA, associés à des profils symptomatiques distincts comme les troubles cognitifs.

Cette cascade active aussi les plaquettes, abîme l'endothélium vasculaire et favorise la coagulation : elle pourrait constituer un carrefour biologique reliant immunité persistante, vaisseaux et hypercoagulabilité, sans qu'aucun de ces trois mécanismes suffise isolément à expliquer les symptômes.

Deux études indépendantes plus récentes, portant sur des cohortes distinctes, des panels de marqueurs différents et un suivi allant jusqu'à 33 mois, ne retrouvent pas d'activation généralisée du complément liée au Covid long : l'hétérogénéité entre études pèse au moins autant que le signal lui-même.

À retenir : le complément est une piste mécanistique crédible et activement étudiée dans le Covid long, pas un marqueur diagnostique validé ni une cible thérapeutique disponible en pratique.

Glossaire rapide
  • Complément : ensemble de plus de trente protéines sanguines qui s'activent en cascade pour détruire des pathogènes et amplifier l'inflammation.
  • Complexe terminal (C5b-9 / TCC) : assemblage final de la cascade du complément, capable de perforer une membrane cellulaire ou d'activer l'endothélium à faible dose.
  • Thromboinflammation : interaction croisée entre inflammation et coagulation, chacune amplifiant l'autre.

Introduction Une cascade protéique censée s'éteindre après l'infection reste allumée chez une partie des patients atteints de Covid long. Plusieurs équipes de recherche mesurent aujourd'hui cette activation prolongée du complément et cherchent à comprendre si elle relie ce qui semblait jusque-là trois problèmes séparés : une immunité qui ne se calme pas, des vaisseaux sanguins abîmés, et une tendance à la coagulation. Deux études récentes viennent toutefois nuancer ce signal.

Le complément, un système méconnu au cœur du Covid long

Axe de recherche émergent depuis 2023

Le complément est un système immunitaire vieux de plus d'un siècle de recherche, resté pourtant absent des explications courantes du Covid long jusqu'à des travaux publiés depuis 2023.

Le complément est l'un des plus anciens mécanismes de l'immunité innée : plus de trente protéines circulantes, capables de détruire des agents infectieux ou de les marquer pour d'autres cellules immunitaires, puis censées se désactiver en quelques jours. Ce n'est pas un système obscur : il est enseigné en immunologie depuis plus d'un siècle, et dosé en routine (C3, C4, CH50) dans plusieurs maladies auto-immunes et infectieuses.

Sur ce site, le complément n'avait jamais fait l'objet d'un article à part entière : un premier signal, une élévation du C3 chez des patients avec Covid long par rapport à des patients complètement rétablis, a été publié en 2023 (García-Gasalla et al., 2023), mais la plupart des travaux qui caractérisent plus finement cette activation, voie par voie, ne datent que de 2024 et 2025. Cet article rassemble ce que ces travaux récents montrent, et ce qu'ils ne montrent pas encore.

Un système immunitaire étudié depuis plus d'un siècle peut rester à l'écart d'un sujet pendant des décennies, jusqu'à ce qu'une poignée de cohortes change la question qu'on lui pose.

Comment fonctionne le système du complément

Mécanisme immunologique établi

Trois voies d'activation, classique, lectine et alterne, convergent vers le même point de passage : le clivage de C3, puis de C5, jusqu'au complexe terminal C5b-9.

Le complément regroupe plus de trente protéines circulantes, produites principalement par le foie, qui s'activent normalement de façon transitoire lors d'une infection puis se désactivent. Trois voies convergent vers la même étape charnière : la voie classique, initiée par la fixation du complexe C1q-C1r-C1s sur des complexes immuns ; la voie des lectines, initiée par la liaison de la MBL (mannose-binding lectin) ou de ficolines à des motifs glucidiques microbiens, via les protéases MASP-1 et MASP-2 ; et la voie alterne, activée en continu à bas bruit et amplifiée par la properdine et le facteur B.

Les trois voies convergent sur le clivage de C3 en C3a et C3b, puis sur celui de C5 en C5a et C5b. Le fragment C5b s'assemble avec C6, C7, C8 et plusieurs copies de C9 pour former le complexe d'attaque membranaire (C5b-9), aussi appelé complexe terminal du complément (TCC).

Les trois voies du complément Trois voies d'entrée, la voie classique via C1q-C1r-C1s, la voie des lectines via MBL et MASP-1/2, la voie alterne via la properdine et le facteur B, convergent toutes vers le clivage de C3 en C3a et C3b, puis de C5 en C5a et C5b, aboutissant à l'assemblage du complexe d'attaque membranaire C5b-9, aussi appelé complexe terminal du complément. Les trois voies du complément Voie classique C1q · C1r · C1s Voie des lectines MBL · MASP-1/2 Voie alterne Properdine · Facteur B C3 → C3a + C3b C5 → C5a + C5b Complexe terminal C5b-9 (MAC / TCC)
Les trois voies d'activation du complément (classique, lectine, alterne) convergent vers le clivage de C3 puis de C5, jusqu'au complexe d'attaque membranaire C5b-9.

Cette cascade est conçue pour s'éteindre en quelques jours grâce à des régulateurs négatifs comme la C1 inhibitrice (C1INH) ou le facteur H. La properdine, à l'inverse, stabilise la voie alterne et l'amplifie : elle ne l'éteint pas.

Dans une étude longitudinale portant sur 268 échantillons prélevés jusqu'à douze mois après l'infection, Cervia-Hasler et coll. décrivent une dysrégulation persistante de la voie terminale du complément chez les patients avec Covid long actif, associée à une activation continue des voies alterne et classique ; l'activation de la voie classique était elle-même corrélée à des titres d'anticorps plus élevés contre plusieurs virus de la famille herpès, ce qui suggère qu'une réactivation virale latente pourrait entretenir la cascade (Cervia-Hasler et al., 2024).

Cette persistance ne dit rien, en soi, de sa cause ; elle ouvre seulement la question de ce qu'elle entraîne en aval.

Une cascade à trois entrées et une seule sortie : c'est cette sortie commune, le complexe terminal C5b-9, que plusieurs cohortes de Covid long retrouvent anormalement active.

Pourquoi le complément relie immunité, vaisseaux et coagulation

Hypothèse mécanistique étayée

Une cascade capable d'activer les plaquettes, d'abîmer l'endothélium et d'amplifier la coagulation peut mécaniquement relier trois processus que la clinique observe séparément.

Le complexe terminal du complément (C5b-9) ne se limite pas à perforer des membranes microbiennes : à dose sublytique sur les cellules de l'hôte, il active l'endothélium vasculaire et les plaquettes.

Cervia-Hasler et coll. rapportent, chez les patients avec Covid long actif, une élévation conjointe de marqueurs d'hémolyse, de lésion tissulaire, d'activation plaquettaire et d'agrégats monocytes-plaquettes, en plus de la dysrégulation du complément elle-même (Cervia-Hasler et al., 2024). Le fragment C5a, produit en amont du complexe terminal, est par ailleurs un puissant chimioattractant pour les neutrophiles et les monocytes : un mécanisme davantage étayé par la biologie générale du complément que directement mesuré dans ces cohortes de Covid long.

Ce que le suivi rend visible

Le suivi régulier de vos ressentis (fatigue, malaise post-effort, essoufflement) ne dose aucune protéine du complément, mais il documente, dans le temps, comment ces trois versants (immunitaire, vasculaire, hémostatique) s'expriment concrètement au quotidien : de quoi apporter à votre médecin des éléments datés et objectivables à discuter avec lui.

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Infographie : le complément, chaînon entre immunité, vaisseaux et coagulation. Les voies classique, des lectines et alterne convergent vers C3 puis C5, jusqu'au complexe terminal C5b-9, qui agit sur trois versants : immunité persistante, endothélium et coagulation.
Un carrefour à trois versants Le complément activé (complexe terminal C5b-9, fragment C5a) est relié à trois processus observés dans le Covid long : la persistance immunitaire, la dysfonction endothéliale et l'hypercoagulabilité. Ces trois processus sont eux-mêmes associés cliniquement les uns aux autres. Un carrefour à trois versants Complément C5b-9 · C5a Immunité persistante Endothélium vasculaire Coagulation plaquettes
Le complément activé pourrait relier mécaniquement trois processus observés séparément dans le Covid long : immunité persistante, endothélium et coagulation.

Le complément est aussi impliqué dans l'activation de la microglie et la neuroinflammation, un mécanisme distinct traité dans notre article sur la microglie amorcée et la neuroinflammation chronique : les données présentées ici portent sur le compartiment sanguin périphérique (plasma, sérum), pas sur le compartiment cérébral. Étendre les résultats circulants décrits dans cet article à une neuroinflammation centrale reste, à ce stade, une extrapolation que les cohortes citées ne permettent pas de valider.

Activation plaquettaire, lésion endothéliale et agrégats monocytes-plaquettes ne sont pas trois pistes séparées : dans les cohortes de Covid long, elles apparaissent associées à la même signature d'activation du complément.

Ce que montrent les cohortes de Covid long

Données observationnelles convergentes

Plusieurs cohortes indépendantes retrouvent une élévation de marqueurs du complément chez des patients avec Covid long, avec des profils différents selon la voie mesurée et le sous-groupe symptomatique.

Une revue narrative récente propose de lire ces observations comme un point de convergence entre trois processus longtemps étudiés séparément : la persistance immunitaire, la dysfonction endothéliale et l'hypercoagulabilité du Covid long (Bayarri-Olmos, Bain & Iwasaki, 2025).

Une cohorte indépendante de Cardiff va dans ce sens : caractérisée dans ces travaux comme regroupant 159 patients avec Covid long et 76 personnes convalescentes sans séquelles, appariées par âge, sexe et statut vaccinal, elle montre des marqueurs des voies classique, alterne et terminale (C1s-C1INH, Ba, iC3b, C5a, TCC) significativement plus élevés chez les patients avec Covid long (Baillie et al., 2024). Une analyse ultérieure de la même équipe, portant sur cette cohorte déjà caractérisée, y ajoute une élévation significative de complexes MASP-2/C1 inhibiteur, marqueurs de la voie des lectines (Keat et al., 2026).

⚠️ Prudence d'interprétation

Deux précautions de lecture s'imposent sur ce corpus. D'abord, Baillie et al. (2024) et Keat et al. (2026) portent sur la même cohorte de Cardiff (159 patients avec Covid long, 76 convalescents sans séquelles) : ce sont deux analyses d'une même population sous deux angles biologiques différents, pas deux réplications indépendantes.

Ensuite, la revue systématique de Notarte et coll. (2026), qui regroupe 11 études et 1435 patients avec Covid long contre 1124 comparateurs, inclut très probablement une partie des cohortes citées dans cet article : la citer comme une preuve supplémentaire, en plus des études qu'elle contient déjà, reviendrait à compter certains patients deux fois. Cette même revue nuance d'ailleurs le tableau : certains marqueurs de la voie classique (C3, C4, C4d) et de la voie des lectines (MBL, MASP1-C1INH) n'y sont pas significativement différents, alors que d'autres marqueurs des mêmes voies le sont (Notarte et al., 2026).

Sur le plan clinique, un profilage de 368 protéines plasmatiques chez 657 patients suivis après hospitalisation (426 avec au moins un symptôme de Covid long, 233 complètement rétablis) relie l'inflammation myéloïde et l'activation du complément à des groupes de symptômes distincts : la protéine C1QA, notamment produite par les macrophages, est spécifiquement élevée dans le sous-groupe présentant des troubles cognitifs persistants (Liew et al., 2024). Cette association ne dit pas que le complément cause l'atteinte cognitive ; elle situe un marqueur biologique au sein d'un sous-groupe clinique défini, parmi plusieurs centaines de protéines testées.

Sept études, des résultats hétérogènes Comparaison de sept publications sur l'activation du complément dans le Covid long : quatre rapportent une élévation de marqueurs (Cervia-Hasler 2024, Baillie 2024, Keat 2026 sur la même cohorte que Baillie, Liew 2024 pour un sous-groupe), une revue systématique de 2026 rapporte des résultats hétérogènes selon la voie mesurée, et deux études indépendantes (Fernández-de-Las-Peñas 2025, Holmqvist 2026) ne retrouvent pas de différence significative. Sept études, des résultats hétérogènes Cervia-Hasler et al., 2024 Dysrégulation persistante Baillie et al., 2024 Voies classique/alterne/terminale ↑ Keat et al., 2026 (même cohorte) Voie des lectines ↑ Liew et al., 2024 C1QA ↑ (sous-groupe cognitif) Notarte et al., 2026 (revue, 11 études) Résultats hétérogènes Fernández-de-Las-Peñas et al., 2025 Non significatif (global) Holmqvist et al., 2026 Non significatif
Sur sept publications, quatre retrouvent une élévation de marqueurs du complément, une revue systématique rapporte des résultats hétérogènes, et deux études indépendantes ne retrouvent pas de différence significative.
Élevé dans plusieurs cohortes indépendantes, mais avec des marqueurs et des voies différents selon l'étude : la convergence reste réelle, la précision moins grande qu'il n'y paraît.

À retenir en pratique

Les dosages courants en pratique clinique (C3, C4, CH50 notamment) explorent le complément de façon globale ; les cohortes de recherche y ajoutent des marqueurs plus spécifiques (C5b-9/TCC, iC3b, Ba, MASP-2/C1INH, C1QA) rarement disponibles hors laboratoire de recherche. Un bilan standard normal n'exclut donc pas une activation fine de la cascade, et ne la confirme pas non plus.

Deux études qui ne retrouvent pas le signal

Données négatives (deux cohortes)

Deux cohortes indépendantes, suivies jusqu'à presque trois ans après l'infection, ne retrouvent pas d'activation généralisée du complément liée au Covid long, chacune sur son propre panel de marqueurs.

Une étude cas-témoins espagnole, portant sur 57 personnes avec Covid long et 27 sans, évaluées en moyenne 1,7 à 2 ans après l'infection, ne retrouve globalement aucune différence des protéines de la voie classique (C3, C4, C5, C7) ni du CH50 entre les deux groupes. Un effet n'apparaît que dans des analyses de sous-groupes : les patients rapportant une fatigue post-Covid ont des taux de C3 plus bas que les autres, et ceux rapportant une dyspnée ont des taux de C3, C5 et C7 plus bas (Fernández-de-Las-Peñas et al., 2025).

Ce sens, plus bas et non plus élevé, complique l'interprétation : un taux de protéine native abaissé peut traduire une consommation liée à une activation de la cascade tout autant qu'une absence d'activation, or cette étude ne mesure pas de fragments d'activation qui permettraient de distinguer les deux hypothèses.

Une cohorte suédoise plus récente, suivant 48 patients avec séquelles post-Covid (38 formes initiales légères et 10 formes sévères) comparés à 80 témoins ayant totalement récupéré, jusqu'à 33 mois après l'infection, ne retrouve aucune différence significative sur le C3bc ni le C3bBbP (marqueurs de la voie alterne) entre patients avec séquelles et témoins.

Le complexe terminal C5b-9/TCC, en revanche, est significativement plus élevé chez les patients ayant eu une forme aiguë sévère par rapport aux formes légères et aux témoins (0,70 contre 0,54 et 0,52 CAU/mL), un effet que les auteurs relient à la sévérité de l'infection initiale, pas au statut Covid long lui-même (Holmqvist et al., 2026). C'est la seconde étude indépendante, après celle de Fernández-de-Las-Peñas, à ne pas confirmer une activation persistante et généralisée du complément spécifiquement liée au Covid long.

Cette absence de signal ne s'explique pas seulement par un manque de puissance statistique. Les cohortes positives et négatives diffèrent sur plusieurs points à la fois : le panel de marqueurs mesuré (classique et alterne surtout dans l'étude espagnole ; les trois voies, dont la terminale, dans l'étude suédoise, sans lien retrouvé avec le Covid long lui-même), le délai depuis l'infection, la sévérité initiale et la définition clinique retenue du Covid long. Le rôle du complément dans le Covid long reste donc une piste mécanistique active, pas une donnée biologique stabilisée.

Deux cohortes indépendantes, l'une espagnole et l'autre suédoise, ne retrouvent pas la même élévation du complément que les études positives, sur un suivi allant jusqu'à près de trois ans.
Ce que l'on sait, et ce que l'on ne sait pas

Fait établi. La cascade du complément regroupe trois voies d'activation (classique, lectine, alterne) qui convergent vers le clivage de C3 puis de C5, jusqu'au complexe d'attaque membranaire C5b-9 : ce mécanisme immunitaire est bien caractérisé, indépendamment du Covid long.

Hypothèse étayée. Plusieurs cohortes indépendantes (Cervia-Hasler et coll., Baillie et Keat sur la cohorte de Cardiff, Liew et coll.) mesurent une élévation de marqueurs du complément chez une partie des patients avec Covid long, associée à des marqueurs d'activation plaquettaire, de lésion endothéliale et à des sous-groupes symptomatiques précis, ce qui en fait une piste mécanistique crédible pour relier immunité, vaisseaux et coagulation.

Spéculation à éviter ou nuancer. Que cette activation du complément soit une cause suffisante des symptômes, une cible thérapeutique validée en pratique, ou un mécanisme généralisable à l'ensemble des patients avec Covid long (deux cohortes indépendantes ne le retrouvent pas), ne sont pas des conclusions que les données actuelles permettent de tirer.

Ce qu'il faut retenir

Dans le Covid long, le complément se comporte, chez une partie des patients, comme une cascade qui ne s'éteint pas complètement. Plusieurs cohortes indépendantes en mesurent les traces plusieurs mois, parfois plus d'un an, après l'infection initiale, et relient cette persistance à une activation plaquettaire, une atteinte endothéliale et une tendance procoagulante.

Deux études récentes ne retrouvent cependant pas ce signal sur d'autres cohortes, avec un suivi allant jusqu'à 33 mois : le complément n'est ni un marqueur diagnostique validé du Covid long, ni une cible thérapeutique disponible en pratique. Aucun dosage ni complément alimentaire ne permet aujourd'hui d'agir sur cette voie de façon prouvée, et un bilan sanguin standard (C3, C4, CH50) ne reflète pas les marqueurs de recherche évoqués ici.

Une cascade qui ne s'éteint pas est une piste à explorer, pas une explication à adopter.
🎯 Que faire concrètement avec cet article

Comprendre le bilan standard : un dosage de C3, C4 ou CH50 normal ne contredit pas les données présentées ici, car ce ne sont pas les mêmes marqueurs que ceux mesurés en recherche (C5b-9, MASP-2, facteur B clivé). N'en tirez pas seul de conclusion diagnostique.

Documenter, pas mesurer le complément : le suivi de vos ressentis (fatigue, malaise post-effort, essoufflement) ne dose aucune protéine du complément, mais il peut aider à objectiver dans le temps les versants immunitaire, vasculaire et hémostatique de votre histoire, à partager avec votre médecin.

Ne pas rechercher d'inhibiteur du complément seul : les inhibiteurs du complément existants sont des traitements hospitaliers réservés à des maladies rares et sévères, avec un rapport bénéfice-risque évalué au cas par cas ; aucune automédication ni complément alimentaire ne cible cette voie de façon prouvée dans le Covid long.

Questions fréquentes

C'est quoi, le complément, simplement ?
Le complément est un système de défense présent en permanence dans le sang. Il est constitué de dizaines de protéines capables de s'activer les unes après les autres lorsqu'un danger est détecté. On peut l'imaginer comme une alarme en cascade : une première protéine s'active, puis en déclenche une autre, jusqu'à aider à éliminer l'agent infectieux et à mobiliser d'autres acteurs de l'immunité. Normalement, cette cascade est fortement contrôlée une fois le danger passé. Dans le Covid long, la question étudiée est de savoir si elle reste anormalement active chez certains patients.
Que signifie un CH50 trop élevé ?
Le CH50 teste la capacité de plusieurs protéines du complément à fonctionner ensemble. On peut le comparer à un contrôle de fonctionnement de toute une chaîne plutôt qu'au dosage d'un seul maillon. Un CH50 élevé signifie que l'activité mesurée est supérieure à la valeur de référence du laboratoire. Cela peut notamment accompagner un contexte inflammatoire, mais c'est un résultat peu spécifique. Surtout, un CH50 élevé ne démontre pas à lui seul l'activation du complément décrite dans certaines études sur le Covid long. Les chercheurs utilisent pour cela des marqueurs d'activation plus spécifiques, comme le sC5b-9.
Que demander précisément au laboratoire ?
Il n'existe actuellement aucun « bilan du complément du Covid long » validé. En pratique clinique, les examens les plus courants sont C3, C4 et CH50. Selon la situation médicale, un spécialiste peut compléter par l'AH50/AP50, qui explore notamment la voie alterne, ou par d'autres analyses. Des marqueurs comme le sC5b-9, Ba, iC3b ou MASP-2/C1INH sont beaucoup plus spécialisés. Leur dosage n'est pas recommandé en routine pour diagnostiquer un Covid long et leur interprétation nécessite un contexte clinique précis.
Après 3 ou 4 ans de Covid long, est-il encore utile d'explorer le complément ?
On ne connaît pas aujourd'hui de durée au-delà de laquelle l'exploration du complément deviendrait automatiquement inutile. Certaines études ont retrouvé des anomalies plusieurs mois ou plus d'un an après l'infection, tandis que deux cohortes suivies jusqu'à environ 2 à 3 ans n'ont pas retrouvé d'activation généralisée liée au Covid long. Après plusieurs années, un bilan du complément peut donc avoir un intérêt si un médecin recherche une indication précise, mais il n'existe pas de dosage permettant de confirmer ou d'exclure un Covid long ancien.
Un CH50, un C3 ou un C4 normal excluent-ils une activation du complément ?
Non. C3 et C4 mesurent surtout la quantité de certaines protéines, tandis que le CH50 mesure la capacité fonctionnelle globale d'une partie de la cascade. Une activation peut produire des fragments comme C3a, C5a ou sC5b-9 sans nécessairement faire sortir C3, C4 ou CH50 des valeurs de référence. C'est pourquoi un bilan standard normal n'exclut pas le mécanisme étudié en recherche. Mais, inversement, il ne permet pas non plus d'affirmer qu'il existe.
Un CH50 bas signifie-t-il que le complément est « faible » ?
Pas nécessairement. Un CH50 bas peut notamment apparaître lorsqu'un composant de la cascade manque ou fonctionne mal, mais aussi lorsque des protéines du complément sont consommées parce que la cascade est activée. C'est pour cela qu'un CH50 bas ne s'interprète jamais seul : C3, C4, éventuellement AH50/AP50 et surtout le contexte clinique permettent d'orienter l'interprétation.
Une activation du complément veut-elle dire un risque de thrombose ?
Non, pas directement. Le complément peut favoriser l'activation des plaquettes, de l'endothélium et des mécanismes de coagulation. C'est précisément ce qui rend cette piste intéressante dans le Covid long. Mais retrouver un marqueur du complément anormal ne signifie pas qu'une personne a un caillot ou qu'elle va développer une thrombose. Ce sont des mécanismes biologiques liés entre eux, pas des diagnostics interchangeables.
C3, C4, CH50 : que mesurent réellement ces analyses ?
Les dosages courants (C3, C4, CH50) explorent le complément de façon globale : le CH50 est un test fonctionnel de la voie classique et terminale, tandis que C3 et C4 mesurent surtout la quantité des deux protéines centrales. L'AH50 apporte une information fonctionnelle complémentaire sur la voie alterne, quand un spécialiste le juge utile. Aucun de ces dosages ne mesure les marqueurs employés dans les cohortes de recherche sur le Covid long, comme le sC5b-9, un marqueur d'activation terminale en cours mais non spécifique d'une maladie donnée, ni le MASP-2, le facteur B clivé ou le C1QA. Un bilan standard normal n'exclut donc pas une activation fine de la cascade, et ne la confirme pas non plus.
Une activation du complément dans le Covid long a-t-elle été confirmée par toutes les études ?
Non. Plusieurs cohortes (Cervia-Hasler et coll., Baillie et Keat sur la cohorte de Cardiff, Liew et coll.) retrouvent une élévation de marqueurs du complément chez une partie des patients avec Covid long. Mais deux études indépendantes plus récentes (Fernández-de-Las-Peñas et coll., Holmqvist et coll.), avec un suivi allant jusqu'à 33 mois, ne retrouvent pas de différence significative. Une revue systématique de 2026 portant sur 11 études souligne d'ailleurs des résultats hétérogènes selon la voie du complément mesurée.
Existe-t-il un traitement qui cible le complément dans le Covid long ?
Non, pas en pratique courante. Les inhibiteurs du complément disponibles sont réservés, en milieu hospitalier, à des maladies rares où leur rapport bénéfice-risque a été spécifiquement établi. Aucun essai clinique n'a, à ce jour, validé leur usage dans le Covid long.
Le rôle du complément dans le Covid long est-il lié à celui de la microglie et de la neuroinflammation ?
Ce sont deux mécanismes distincts. Les études citées ici portent sur le complément circulant, dans le sang. Le rôle du complément dans l'activation de la microglie cérébrale est un axe de recherche séparé, traité ailleurs sur ce site, et ne peut pas être déduit directement des résultats sanguins présentés dans cet article.

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Sources

  1. Cervia-Hasler et al., 2024 — PubMed PMID 38236961
  2. Bayarri-Olmos, Bain & Iwasaki, 2025 — PubMed PMID 40857408
  3. Baillie et al., 2024 — PubMed PMID 38359836
  4. Keat et al., 2026 — PubMed PMID 41581925
  5. Liew et al., 2024 — PubMed PMID 38589621
  6. Notarte et al., 2026 — PubMed PMID 41751338
  7. Fernández-de-Las-Peñas et al., 2025 — PubMed PMID 40885518
  8. Holmqvist et al., 2026 — PubMed PMID 42212121
  9. García-Gasalla et al., 2023 — PubMed PMID 37453328