Covid long : un profil vasculaire au VEGF-A
Pourquoi certains patients restent-ils essoufflés longtemps après un Covid ? Dans une cohorte française, les chercheurs ont observé qu'un marqueur lié aux vaisseaux sanguins, le VEGF-A, était plus élevé chez des patients dont les poumons échangeaient moins bien l'oxygène et gardaient des traces au scanner. Ce signal ne prouve ni une cause unique ni un traitement, mais il ajoute une pièce à l'hypothèse vasculaire dans certains profils de Covid long.
Vous vivez avec un Covid long respiratoire (essoufflement, DLCO altérée, séquelles au scanner) et cherchez à comprendre ce que la recherche sait aujourd'hui du rôle de la voie VEGF-A.
Un profil vasculaire candidat, marqué par un VEGF-A élevé, semble associé à certaines formes de Covid long respiratoire : un signal distinct des microcaillots fibrineux ou du déficit en oxyde nitrique, mais pas un phénotype biologiquement démontré comme sous-groupe autonome.
L'association statistique ne prouve pas la causalité, et aucun traitement ciblé n'est aujourd'hui disponible.
Glossaire rapide
- VEGF-A : facteur de croissance impliqué dans la formation de nouveaux vaisseaux sanguins (angiogenèse) ; son taux plasmatique signale une dérégulation de cette voie, pas une preuve directe de néovascularisation.
- Angiogenèse : processus de formation de nouveaux vaisseaux sanguins à partir de vaisseaux déjà existants.
- Endothéliopathie : dysfonctionnement de la fine couche de cellules qui tapisse l'intérieur des vaisseaux sanguins.
- DLCO : mesure indirecte des échanges gazeux à travers l'interface alvéolo-capillaire, réalisée avec du monoxyde de carbone (CO). Elle dépend aussi du volume alvéolaire, de l'hémoglobine et du volume sanguin capillaire pulmonaire : une anémie ou une atteinte parenchymateuse peuvent l'abaisser indépendamment de tout mécanisme vasculaire.
- Biomarqueur : substance mesurable dans le sang qui reflète un état biologique ou une maladie.
- Profil vasculaire candidat : ensemble de signaux biologiques associés statistiquement entre eux, sans qu'il s'agisse d'une classification en sous-groupe validée de façon indépendante.
Un endothélium activé, trois dimensions intriquées
🟠 Association documentée — mécanisme transposé de la phase aiguëDans le Covid aigu, le SARS-CoV-2 active l'endothélium vasculaire et dérègle à la fois la coagulation et la production de facteurs de croissance angiogéniques comme le VEGF-A.[3]
Cette activation endothéliale globale, décrite comme une véritable « hémopathie vasculaire systémique », est bien documentée pendant la phase aiguë de l'infection : hypercoagulation reflétée par des D-dimères élevés, mais aussi surexpression de facteurs angiogéniques (VEGF, FGF-2, PlGF) et emballement de la production de cellules immunitaires par la moelle osseuse[3].
Ce que les chercheurs à l'origine de ces travaux explorent aujourd'hui, c'est l'hypothèse que cette activation vasculaire persiste chez certains patients bien après la phase aiguë, sous la forme d'un profil biologique candidat. Ce profil vasculaire n'est ni les microcaillots fibrineux résistants à la fibrinolyse, ni le déficit en oxyde nitrique responsable de la mauvaise dilatation des vaisseaux, deux mécanismes déjà détaillés sur ce site.
Ces trois dimensions vasculaires ne sont probablement pas indépendantes : une hypoxie tissulaire active la voie HIF-1α qui stimule la production de VEGF-A, le stress oxydatif et l'inflammation réduisent l'activité de l'eNOS et donc la disponibilité en oxyde nitrique, et l'activation endothéliale libère le facteur von Willebrand qui favorise la coagulation ; une thrombo-inflammation qui hypoperfuse les tissus peut à son tour relancer l'activation de HIF-1α.
La troisième dimension, traitée ici, est donc un signal de dérégulation de la voie proangiogénique objectivé par un VEGF-A plasmatique élevé : ce signal ne mesure pas directement une prolifération de nouveaux vaisseaux, mais peut refléter l'hypoxie, un mécanisme de réparation endothéliale, une perméabilité vasculaire accrue ou une libération cellulaire. Un résumé accessible qui regroupe ces trois dimensions vasculaires (microcaillots, oxyde nitrique, VEGF-A) existe aussi en une page, sans détail mécanistique, pour qui cherche l'essentiel.
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Cette hypothèse ne justifie aucune automédication anti-angiogénique. Les molécules qui bloquent le VEGF (utilisées en oncologie ou en ophtalmologie, sur prescription et sous surveillance stricte) ne sont ni validées ni accessibles pour le Covid long : les confondre avec un complément ou un traitement « anti-inflammatoire vasculaire » serait une erreur d'interprétation potentiellement dangereuse.
VEGF-A : le signal qui ressort de la cohorte
🟠 Association documentée — cohorte observationnelle de 137 patientsUne cohorte de 137 patients Covid long montre un VEGF-A plasmatique élevé, associé de façon significative à une DLCO altérée et à des lésions résiduelles au scanner thoracique.[1]
Cette cohorte (âge médian 55 ans, 68 % d'hommes), à dominante respiratoire post-hospitalisation, a été comparée à 20 volontaires sains et à 88 patients hospitalisés pour un Covid aigu[1] : une population probablement enrichie en séquelles pulmonaires de formes initiales sévères, non représentative de l'ensemble du Covid long communautaire.
Le VEGF-A et le facteur von Willebrand (un marqueur d'activation endothéliale) sont élevés chez les patients Covid long par rapport aux témoins sains, sans élévation parallèle des marqueurs inflammatoires ou plaquettaires classiques. Dans un modèle statistique de Cox ajusté sur l'âge, le sexe et l'IMC, le VEGF-A ressort comme le facteur le plus significativement associé à une DLCO altérée et à des séquelles persistantes au scanner, un ajustement qui ne contrôle pas la sévérité initiale, le tabagisme ou d'éventuelles atteintes parenchymateuses, des facteurs de confusion résiduels possibles.
Les auteurs formulent eux-mêmes cette observation comme une hypothèse à confirmer, évoquant la possibilité que « la persistance de troubles angiogéniques puisse contribuer » aux séquelles respiratoires[1], ce qui reste une association statistique documentée sur une cohorte, pas une preuve de mécanisme causal ni un test diagnostique validé pour un individu.
Un second travail, publié sous forme de lettre scientifique dans une population distincte (fatigue persistante après hospitalisation pour Covid-19, sans mesure de la fonction pulmonaire), rapporte un excès de cellules endothéliales circulantes (CEC, des cellules normalement rares dans le sang qui se détachent d'une paroi vasculaire lésée)[2]. Ce format de publication, plus bref qu'une étude de cohorte détaillée, et cette population différente invitent à ne jamais présenter le VEGF-A et les CEC comme une signature combinée mesurée chez les mêmes patients : ce sont deux publications distinctes.
Le signal VEGF-A a par ailleurs été retrouvé de façon indépendante dans une cohorte protéomique espagnole de 171 personnes (dont 133 Covid longs), avec une surexpression marquée chez les femmes ménopausées[6] : cette réplication renforce la plausibilité générale de la voie VEGF-A dans le Covid long, sans valider spécifiquement son association avec la DLCO altérée ou les lésions au scanner, qui reposent encore essentiellement sur la cohorte française.
Un dosage isolé ne dit rien de la trajectoire : suivre dans la durée l'essoufflement, la tolérance à l'effort et la fatigue permet de documenter concrètement l'évolution d'un profil respiratoire, en complément d'un avis médical et d'examens fonctionnels adaptés.
Découvrir myBoussole⚠️ Ce qu'un dosage de VEGF-A ne permet pas de conclure seul
Le VEGF-A n'est pas, à ce jour, un biomarqueur standardisé pour la pratique clinique courante : il n'existe pas de valeur seuil validée pour une interprétation individuelle en dehors du cadre de la recherche. Faire doser ce marqueur dans un laboratoire privé sans cadre médical expose à des résultats difficiles à interpréter isolément, et à un coût qui n'apporte pas, à lui seul, de réponse actionnable.
sST2 : un marqueur qui ne reflète pas l'atteinte observée
🟢 Résultat négatif informatif — publié par la même équipe (HEGP)Le sST2, un autre marqueur vasculaire candidat, ne corrèle avec aucun des signaux du profil vasculaire étudié dans cette cohorte (VEGF-A, facteur von Willebrand, D-dimères), chez les mêmes patients suivis jusqu'à deux ans.[4]
Cette analyse, portant sur 194 visites de suivi réalisées entre 3 et 24 mois après l'infection chez les mêmes 137 patients, ne retrouve aucune association entre le sST2 et la fatigue, la dyspnée ou la DLCO altérée[4]. La même équipe de recherche publie aussi bien ses résultats positifs que ses résultats négatifs : cette transparence est une bonne pratique scientifique, mais elle ne remplace ni une réplication externe ni une validation méthodologique indépendante.
Le sST2 appartient à l'axe biologique IL-33/ST2 (inflammation, stress cardiaque, fibrose) : un axe différent de la voie VEGF-A, pas un substitut ni un test de cohérence direct pour cette dernière. Ce résultat négatif illustre surtout que tous les biomarqueurs vasculaires ne se valent pas : un profil vasculaire candidat du Covid long suppose de s'appuyer sur des marqueurs qui ont réellement fait la preuve de leur association, pas sur n'importe quel signal disponible.
⚠️ Prudence d'interprétation
L'ensemble de ces résultats (positifs comme négatifs) provient d'une seule cohorte monocentrique française, suivie par la même équipe de recherche. Une réplication indépendante existe pour le signal VEGF-A pris isolément (cohorte protéomique espagnole[6]), mais pas encore pour son association spécifique avec la DLCO altérée ou les lésions au scanner, qui reposent essentiellement sur cette cohorte unique.
À retenir en pratique
Si un essoufflement ou une DLCO altérée persiste après un Covid, l'étape utile est une exploration fonctionnelle respiratoire (DLCO, scanner thoracique si indiqué) discutée avec un pneumologue ou votre médecin traitant, plutôt qu'un dosage isolé de VEGF-A, de CEC ou de sST2, qui restent des outils de recherche et non des tests de routine.
BASECOVID : un essai pilote sur le VEGF-A
🔴 Signal préliminaire — essai enregistré, non encore recruteurBASECOVID est un essai pilote de phase 2, enregistré sous le numéro NCT07089719, évaluant le bevacizumab (anticorps anti-VEGF-A) chez 21 patients présentant une dyspnée significative et une DLCO inférieure à 75 % de la valeur prédite.
Sponsorisé par l'Assistance Publique - Hôpitaux de Paris et mené à l'Hôpital européen Georges-Pompidou, cet essai ouvert (open-label), non comparatif et à faible effectif administre 10 mg/kg de bevacizumab en perfusion intraveineuse toutes les deux semaines, sur cinq perfusions réparties sur deux mois, suivies de cinq mois de suivi (sept mois par patient au total). Les critères d'inclusion associent une dyspnée significative (score mMRC supérieur à 2) et une DLCO inférieure à 75 % de la valeur prédite, documentées plus de trois mois après une infection Covid-19 confirmée.
Son schéma ouvert et non comparatif vise à rechercher un signal de tolérance et d'efficacité, pas à démontrer un bénéfice clinique : au moment de la vérification de ces informations, l'essai était enregistré comme non encore recruteur, et aucun résultat d'efficacité n'est disponible à ce jour. Ce format ne permet en aucun cas de conclure à une efficacité, ni de considérer ce traitement comme accessible en dehors du cadre de cet essai[5].
Si le profil vasculaire objectivé par le VEGF-A venait à être confirmé et validé sur d'autres cohortes, il pourrait ouvrir la voie à une forme de médecine de précision : identifier, parmi les personnes vivant avec un Covid long, celles dont les symptômes respiratoires relèvent davantage d'une dérégulation de la voie VEGF-A que des microcaillots fibrineux, du déficit en oxyde nitrique ou d'autres mécanismes déjà décrits (neuroinflammation, dysautonomie, atteinte mitochondriale).
Mais ce raisonnement reste, à ce stade, une hypothèse de recherche : BASECOVID n'a pas encore produit de résultat, et rien n'indique qu'un traitement anti-VEGF-A soit accessible aujourd'hui en dehors de ce cadre expérimental.
Fait établi. L'endothéliopathie inflammatoire et la dérégulation de la voie proangiogénique (VEGF-A, FGF-2, PlGF surexprimés) sont des mécanismes bien documentés pendant la phase aiguë du Covid-19[3].
Hypothèse étayée. Chez une partie des patients Covid long à dominante respiratoire, un VEGF-A élevé est associé à une DLCO altérée et à des lésions résiduelles au scanner[1], un signal statistique (modèle de Cox ajusté âge/sexe/IMC), pas une classification en clusters ni un phénotype biologiquement démontré comme sous-groupe autonome. Les cellules endothéliales circulantes, rapportées dans une publication distincte sur la fatigue persistante[2], et un signal VEGF-A répliqué de façon indépendante dans une cohorte espagnole[6], renforcent la plausibilité générale de cette voie sans la valider comme profil composite.
Spéculation à nuancer. BASECOVID (NCT07089719), essai pilote de phase 2 sur le bevacizumab chez 21 patients, pourrait apporter un premier signal de tolérance et d'efficacité, mais il est enregistré comme non encore recruteur au registre consulté, sans résultat disponible, et son schéma ouvert, non comparatif, ne permettra pas de démontrer un bénéfice clinique à lui seul[5].
Ce qu'il faut retenir
Les données disponibles suggèrent que le Covid long n'est probablement pas une entité biologique unique : un profil vasculaire candidat, marqué par un facteur de croissance endothélial vasculaire A (VEGF-A) plasmatique élevé, se distingue des microcaillots fibrineux et du déficit en oxyde nitrique déjà documentés. Ce signal est associé, chez une partie des patients suivis, à une capacité de diffusion pulmonaire du monoxyde de carbone (DLCO) altérée et à des lésions résiduelles au scanner thoracique. Les cellules endothéliales circulantes, rapportées séparément dans une population différente, restent un signal distinct, jamais démontré comme profil combiné avec le VEGF-A.
Cette association reste établie sur une cohorte observationnelle unique dont les limites de population méritent d'être gardées en tête, et l'absence de corrélation du sST2 rappelle qu'un marqueur vasculaire ne vaut que par sa validation indépendante. L'essai BASECOVID (NCT07089719) pourrait, à terme, apporter un premier signal clinique, mais il est enregistré comme non encore recruteur au registre consulté, aucun résultat n'est disponible et aucun traitement anti-VEGF-A n'est accessible en dehors de ce cadre expérimental.
Trois dimensions vasculaires potentiellement intriquées, un seul objectif : identifier de quoi votre organisme a réellement besoin, avant d'agir dessus.Faire objectiver votre essoufflement : si une dyspnée ou une fatigue à l'effort persiste après un Covid, demandez une exploration fonctionnelle respiratoire (DLCO, test de marche) plutôt qu'un dosage isolé de VEGF-A hors cadre validé.
Ne pas chercher de traitement anti-VEGF-A hors essai clinique : aucune molécule anti-angiogénique n'est validée pour le Covid long ; l'essai BASECOVID (NCT07089719) est enregistré mais non encore recruteur au registre consulté, sans résultat exploitable à ce jour.
Garder une vision d'ensemble : ces mécanismes vasculaires ne peuvent pas encore être distingués de façon fiable en pratique courante. L'objectif clinique actuel reste de caractériser une éventuelle atteinte respiratoire par des examens validés (EFR, scanner), pas d'attribuer un sous-type biologique expérimental à votre situation ; un professionnel de santé formé au Covid long reste le bon interlocuteur pour ce suivi.
Questions fréquentes
Un profil vasculaire explique-t-il tous les symptômes du Covid long ?
Qu'est-ce que le VEGF-A et pourquoi certains chercheurs le mesurent-ils dans le Covid long ?
Ce profil vasculaire est-il différent des microcaillots ou du déficit en oxyde nitrique ?
Existe-t-il un traitement ciblant le VEGF-A pour le Covid long ?
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Découvrir myBoussoleSources
- Philippe et al., 2024 — PubMed PMID 37526809. VEGF-A plasma levels are associated with impaired DLCO and radiological sequelae in long COVID patients. Angiogenesis, 27(1), 51-66. Cohorte observationnelle de 137 patients Covid long comparés à 20 volontaires sains et 88 patients Covid aigu hospitalisés.
- Smadja et al., 2024 — PubMed PMID 39704834. Circulating endothelial cells: a key biomarker of persistent fatigue after hospitalization for COVID-19. Angiogenesis, 28(1), 8. Publié sous forme de lettre scientifique (communication brève), signal préliminaire à interpréter avec prudence renforcée.
- Smadja et al., 2021 — PubMed PMID 34184164. COVID-19 is a systemic vascular hemopathy: insight for mechanistic and clinical aspects. Angiogenesis, 24(4), 755-788. Revue narrative sur les mécanismes vasculaires de la phase aiguë, utilisée ici comme contexte mécanistique de fond.
- Smadja et al., 2026 — PubMed PMID 41722813. Soluble ST2 fails to reflect persistent endothelial dysfunction or symptoms in post-acute sequelae of COVID-19. Annales Pharmaceutiques Françaises. Même cohorte de 137 patients, 194 visites de suivi entre 3 et 24 mois post-infection ; résultat négatif sur le sST2.
- David Smadja (HEGP / Université Paris Cité), « Covid long : et si ce n'était pas une seule maladie, mais plusieurs ? », article republié de The Conversation sur whatsupdoc-lemag.fr, 22 juillet 2026. Source secondaire de vulgarisation évoquant l'essai clinique BASECOVID. Cet essai est confirmé par un enregistrement officiel sur ClinicalTrials.gov (NCT07089719) : essai pilote de phase 2, bevacizumab, 21 patients, sponsorisé par l'Assistance Publique - Hôpitaux de Paris. Aucun résultat d'efficacité n'est encore disponible.
- Farré et al., 2025 — PubMed PMID 41074076. VEGFA sex-specific signature is associated to long COVID symptom persistence. BMC Medicine, 23(1), 552. Cohorte protéomique indépendante (Olink, 1395 biomarqueurs) de 171 personnes infectées par le SARS-CoV-2, dont 133 Covid longs (cohorte COVICAT, Espagne) ; réplication indépendante du signal VEGF-A général, sans mesure de la fonction pulmonaire.