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BDNF et NGF : pourquoi la plasticité cérébrale ne se résume pas à une molécule

Réseau neuronal stylisé illustrant les connexions synaptiques modulées par le BDNF et le NGF

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Le BDNF est souvent présenté comme « l'engrais du cerveau ». Cette métaphore a un problème : elle laisse croire qu'une seule molécule commande la plasticité cérébrale. En réalité, cette capacité du cerveau à se remodeler dépend d'un réseau de neurotrophines, d'un budget énergétique mitochondrial et d'un contexte inflammatoire qui peut tout accélérer ou tout bloquer.

Fait établi

Le BDNF et le NGF régulent la plasticité synaptique via des récepteurs distincts (TrkB et TrkA) et ne sont pas interchangeables.

Hypothèse étayée

Les mitochondries fournissent l'énergie nécessaire à la plasticité. L'exercice musculaire stimule le BDNF hippocampique via l'irisine : deux voies convergentes, principalement démontrées chez l'animal.

Ce que ça change

Les dosages sanguins de BDNF ne reflètent pas directement l'activité cérébrale : un taux élevé après l'exercice ne prouve pas un gain de plasticité dans l'hippocampe.

Ce qui manque

Aucun essai clinique n'a démontré qu'augmenter le BDNF circulant améliore la cognition chez l'humain sain ou malade.

Glossaire rapide
  • BDNF (Brain-Derived Neurotrophic Factor) : neurotrophine produite par les neurones, les astrocytes et les muscles. Favorise la survie neuronale, la potentialisation synaptique et la neurogenèse hippocampique via son récepteur TrkB.
  • NGF (Nerve Growth Factor) : première neurotrophine découverte (Rita Levi-Montalcini et Stanley Cohen, années 1950 ; Nobel 1986). Régule les neurones cholinergiques, la nociception et les cellules immunitaires via TrkA.
  • TrkB / TrkA : récepteurs à activité tyrosine kinase. TrkB lie le BDNF mature, TrkA lie le NGF. Leur activation déclenche des cascades de survie et de plasticité.
  • p75NTR : récepteur des neurotrophines immatures (pro-formes). Son activation, en complexe avec la sortiline, favorise l'apoptose et l'élagage synaptique. L'issue dépend du co-récepteur et du contexte cellulaire, pas uniquement du ligand.
  • Val66Met (rs6265) : polymorphisme du gène BDNF. Les porteurs de l'allèle Met sécrètent moins de BDNF en réponse à l'activité neuronale, sans que ce trait soit déterministe.
  • PGC-1α : co-activateur transcriptionnel mitochondrial. Stimule la biogenèse des mitochondries et, via l'irisine, l'expression du BDNF dans l'hippocampe.

Le cerveau peut-il perdre sa capacité à s'adapter ?

Fait établi — revues systématiques
La plasticité cérébrale ne s'éteint jamais complètement : elle ralentit, se détourne ou se dégrade, mais le réseau reste modifiable.

La plasticité synaptique est la capacité des connexions neuronales à se renforcer ou à s'affaiblir en fonction de l'expérience. C'est le socle biologique de l'apprentissage, de la mémoire et de la récupération après une lésion. Ce processus ne s'arrête pas à l'âge adulte : l'hippocampe continue de former de nouvelles synapses, le cortex se réorganise après un AVC, et même le cerveau âgé conserve une capacité de remodelage [1].

Ce qui change avec l'âge, l'inflammation chronique ou une maladie neurodégénérative, ce n'est pas la présence ou l'absence de plasticité : c'est son efficacité, sa direction et sa régulation. Le terme « neuroplasticité » est parfois utilisé comme synonyme de bonne nouvelle, mais la plasticité peut aussi être maladaptative. La sensibilisation centrale dans la douleur chronique, l'hyperexcitabilité post-traumatique et la consolidation de circuits anxieux sont toutes des formes de plasticité [1].

Pour qu'une plasticité soit constructive, trois conditions minimales doivent être réunies : un signal moléculaire (les neurotrophines), un apport énergétique suffisant (les mitochondries) et un environnement permissif (absence d'inflammation chronique majeure). Les sections suivantes examinent ces trois piliers en partant du BDNF et du NGF, non pas comme des « boosters » à optimiser, mais comme des messagers dont l'action dépend entièrement du contexte.

BDNF et NGF : deux messagers, des fonctions différentes

Fait établi — biologie des récepteurs

Le cerveau produit des messagers chimiques (BDNF et NGF) qui aident les neurones à survivre et à communiquer. Chacun agit via des récepteurs spécifiques, et leur forme immature peut avoir l'effet inverse : fragiliser les connexions.

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BDNF et NGF n'ont ni le même récepteur ni le même territoire : les confondre, c'est raisonner comme si adrénaline et sérotonine faisaient le même travail.

Le BDNF et le NGF sont les deux neurotrophines les plus étudiées, mais leurs territoires d'action sont largement distincts.

Le BDNF : plasticité synaptique et mémoire

Le BDNF agit principalement dans l'hippocampe et le cortex cérébral. Sécrété sous forme immature (proBDNF), il est clivé en BDNF mature par des protéases extracellulaires (MMP-9, plasmine). Le BDNF mature active le récepteur TrkB et déclenche trois cascades : PI3K/Akt (survie cellulaire), MAPK/ERK (différenciation) et PLCγ (potentialisation synaptique à long terme, LTP) [2, 6].

Le proBDNF, non clivé, se lie à p75NTR en complexe avec la sortiline et favorise l'apoptose et la dépression synaptique à long terme (LTD). L'issue du signal p75NTR dépend du co-récepteur engagé et du contexte cellulaire : la dichotomie « TrkB = survie, p75 = mort » est un raccourci utile mais incomplet [2].

Le ratio proBDNF/BDNF mature reste néanmoins un régulateur fonctionnel clé. Dans un contexte inflammatoire, les protéases de clivage (MMP-9, plasmine) sont inhibées et le proBDNF s'accumule, déplaçant l'équilibre vers la rétraction synaptique [15].

Le NGF : neurones cholinergiques, douleur et immunité

Découvert dans les années 1950 par Rita Levi-Montalcini et Stanley Cohen (Nobel de médecine 1986), le NGF cible les neurones cholinergiques du noyau basal de Meynert (atteints précocement dans la maladie d'Alzheimer), les fibres nociceptives C (douleur chronique) et les cellules immunitaires, notamment les mastocytes et les lymphocytes T [3].

Via son récepteur TrkA, le NGF maintient la survie de ces populations neuronales. Le NGF peut aussi activer p75NTR, avec les mêmes conséquences pro-apoptotiques que le proBDNF [4].

BDNF et NGF : récepteurs et fonctions comparées Schéma comparatif montrant les voies de signalisation du BDNF (via TrkB) et du NGF (via TrkA), avec le récepteur p75NTR partagé au centre BDNF et NGF : récepteurs et fonctions comparées BDNF Récepteur TrkB Cascades de signalisation PI3K / Akt MAPK / ERK PLCγ Fonctions Survie neuronale LTP (mémoire) Neurogenèse hippocampique Territoire Hippocampe, cortex cérébral NGF Récepteur TrkA Cascades de signalisation PI3K / Akt MAPK / ERK Fonctions Survie cholinergique Nociception (fibres C) Immunité (mastocytes, T) Territoire Noyau basal, nocicepteurs, SNP p75NTR (pro-formes) Apoptose Élagage (LTD)
Le BDNF et le NGF activent des récepteurs Trk distincts (TrkB et TrkA). Le récepteur p75NTR, partagé, lie les pro-formes immatures et déclenche des signaux opposés (apoptose, dépression synaptique). Adapté de Colucci-D'Amato et al. 2020 [2] et Skaper 2017 [3].

L'œil du docteur en pharmacie

ISRS et balance proBDNF/BDNF mature : le rôle du système tPA/PAI-1. Le proBDNF (forme immature, pro-apoptotique via p75NTR) est clivé en BDNF mature (neurotrophique via TrkB) par la plasmine, elle-même activée par le tPA (activateur tissulaire du plasminogène). Le PAI-1 (inhibiteur de l'activateur du plasminogène de type 1) freine cette cascade en neutralisant le tPA [15].

Chez 57 patients souffrant de dépression majeure, les taux sériques de BDNF mature et de tPA étaient significativement abaissés par rapport aux témoins, tandis que le proBDNF et le PAI-1 étaient élevés. Après 4 semaines d'ISRS (fluoxétine ou sertraline), le BDNF et le tPA ont augmenté, le proBDNF et le PAI-1 ont diminué, rétablissant un ratio BDNF/proBDNF plus favorable [18]. Ces résultats sont confirmés en préclinique : chez la souris soumise à un stress chronique, la fluoxétine corrige la surexpression de proBDNF/p75NTR/sortiline et restaure la signalisation TrkB dans le cortex et l'hippocampe [19].

Implication pratique : un patient sous ISRS ne « booste » pas son BDNF de la même manière qu'un sujet naïf de traitement. L'interprétation d'un dosage sanguin de BDNF doit tenir compte du contexte pharmacologique : les ISRS modifient non seulement le taux total, mais le ratio entre formes immature et mature, ce qui change la signification biologique du résultat.

Ce que le suivi rend visible

La fatigue cognitive, le brouillard mental et les troubles du sommeil sont des signaux indirects d'un contexte défavorable à la plasticité (inflammation, stress chronique, sédentarité). Les suivre dans le temps aide à identifier des tendances avant d'en parler à son médecin.

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BDNF et NGF ne travaillent pas seuls

Fait établi — classification des neurotrophines

BDNF et NGF font partie d'une famille de quatre protéines protectrices du système nerveux. Chacune a un rôle distinct, et elles se complètent sans être interchangeables.

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Le BDNF n'est pas le chef d'orchestre : c'est un instrument parmi cinq, et aucun ne joue juste sans les autres.

Les neurotrophines forment une famille de protéines partageant une structure commune (nœud cystine) mais des fonctions non redondantes. Le tableau ci-dessous résume leurs différences principales [5].

Neurotrophine Récepteur Territoire principal Fonction dominante
BDNF TrkB Hippocampe, cortex LTP, neurogenèse, survie
NGF TrkA Noyau basal, nocicepteurs Cholinergique, douleur
NT-3 TrkC Cervelet, moelle épinière Proprioception, développement
NT-4/5 TrkB (haute affinité) Distribution diffuse Survie motoneurones
GDNF* GFRα1 / RET Substance noire Survie dopaminergique

* Le GDNF appartient à la famille TGF-β et non aux neurotrophines au sens strict, mais il est systématiquement inclus dans les revues sur les facteurs neurotrophiques [5].

La plasticité a une facture énergétique : mitochondries

Hypothèse étayée — données principalement animales

Les neurones ont besoin d'énergie pour se remodeler. Les mitochondries (centrales énergétiques des cellules) et le BDNF s'influencent mutuellement : l'exercice physique active cette chaîne via une hormone musculaire, l'irisine.

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Sans mitochondries fonctionnelles, la synapse n'a pas le budget énergétique pour se renforcer : la plasticité s'arrête à la facture.

La potentialisation synaptique (LTP) est un processus énergivore : chaque cycle de libération vésiculaire, de repolarisation et de synthèse protéique locale consomme de l'ATP. Sans mitochondries fonctionnelles dans le compartiment synaptique, la plasticité n'a pas le budget pour s'exécuter [16].

Deux voies distinctes convergent vers la plasticité. D'un côté, le BDNF active TrkB → PI3K/Akt → phosphorylation de CREB, qui stimule la transcription de PGC-1α, le principal régulateur de la biogenèse mitochondriale.

De l'autre, PGC-1α induit l'expression de FNDC5 dans le muscle squelettique, dont le clivage libère l'irisine circulante. L'irisine augmente l'expression du BDNF dans l'hippocampe [7]. Ces deux voies ne forment pas un circuit fermé : chacune est documentée indépendamment, et leur interaction directe reste à démontrer chez l'humain.

La voie muscle → irisine → BDNF hippocampique est documentée chez la souris (Wrann et al., Cell Metabolism, 2013) et constitue l'un des mécanismes candidats pour expliquer les bénéfices cognitifs de l'exercice physique [7]. Chez l'humain, la transposition reste incomplète : l'exercice augmente le BDNF circulant et l'irisine plasmatique, mais le lien causal avec la biogenèse mitochondriale cérébrale n'est pas démontré in vivo.

Deux voies convergentes vers la plasticité synaptique Schéma montrant deux voies distinctes convergeant vers la synapse : la voie BDNF-TrkB-CREB-PGC-1α (neuronale) et la voie exercice-irisine-BDNF (musculaire). Ces voies ne forment pas un circuit fermé. Deux voies convergentes vers la plasticité synaptique Synapse LTP, mémoire, plasticité demande ATP BDNF → TrkB PI3K / Akt → CREB transcription Mitochondrie PGC-1α → biogenèse ATP pour la synapse ATP Muscle squelettique FNDC5 → irisine irisine → ↑ BDNF hippocampe Exercice ⚠ Deux voies documentées séparément Convergence démontrée chez la souris, corrélée chez l'humain
Deux voies convergent vers la plasticité synaptique : ① la voie neuronale BDNF → TrkB → CREB → PGC-1α stimule la biogenèse mitochondriale ; ② la voie musculaire exercice → FNDC5 → irisine augmente le BDNF hippocampique. Ces deux voies ne forment pas un circuit fermé : chacune est documentée indépendamment, leur interaction est démontrée chez la souris (Wrann et al. 2013 [7]), corrélée chez l'humain.

Prudence d'interprétation

Le circuit PGC-1α → irisine → BDNF a été démontré dans le muscle et l'hippocampe de souris transgéniques. Chez l'humain, les données sont corrélatives (élévation conjointe BDNF + irisine après exercice). L'extrapolation directe animal → humain reste une hypothèse, pas un fait [7].

Qu'est-ce qui favorise ou freine cette plasticité ?

Hypothèse étayée — données observationnelles et animales

Certains facteurs augmentent naturellement le BDNF (exercice, sommeil, oméga-3), d'autres le freinent (stress chronique, sédentarité, alcool). Une variante génétique courante (Val66Met) peut aussi moduler sa sécrétion.

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Porter l'allèle Met du BDNF ne condamne pas la plasticité : l'exercice, le sommeil et le contexte inflammatoire modulent son expression au-delà du seul génotype.

Trois catégories de facteurs modulent l'expression et l'activité du BDNF : la génétique, le mode de vie et l'environnement inflammatoire.

Le polymorphisme Val66Met (rs6265)

Le variant Val66Met est le polymorphisme le plus étudié du gène BDNF. Les porteurs de l'allèle Met (20-30 % de la population européenne, jusqu'à 50 % en Asie de l'Est) sécrètent moins de BDNF en réponse à l'activité neuronale, en raison d'un défaut de trafic intracellulaire de la protéine vers les vésicules de sécrétion [8]. Les conséquences fonctionnelles varient selon le contexte :

  • ① Mémoire et sommeil : la consolidation de la mémoire épisodique pendant le sommeil est modulée chez les porteurs Met [9].
  • ② Réponse à l'exercice : la réponse cognitive à l'exercice est modulée par le génotype, mais non abolie : les porteurs Met bénéficient toujours de l'exercice, possiblement à un degré moindre [8].
  • ③ Mémoire émotionnelle : la mémoire des événements négatifs serait renforcée chez les porteurs Met, avec des implications pour le PTSD (étude observationnelle, n = 200) [10].

Modulateurs positifs

  • Exercice aérobie : le levier le plus robuste (méta-analysé, voir section 6).
  • Sommeil de qualité : contribue à la consolidation mnésique BDNF-dépendante.
  • Stimulation cognitive et restriction calorique intermittente : augmentent le BDNF dans des modèles animaux, sans preuve clinique directe chez l'humain.
  • Lithium, même à dose sub-thérapeutique : induit le BDNF via la voie CREB/TrkB et inhibe GSK-3β, deux mécanismes convergents vers la neuroprotection (données précliniques et signal écologique) [20].

Modulateurs négatifs

  • Inflammation chronique (IL-6, TNF-α) : inhibe la transcription du gène BDNF via NF-κB.
  • Stress chronique (cortisol élevé) : provoque une atrophie hippocampique mesurable.
  • Privation de sommeil, sédentarité prolongée, consommation chronique d'alcool : réduisent le BDNF sérique dans des études observationnelles [1, 15].

À retenir en pratique

Le Val66Met n'est pas un « gène de la mémoire » qu'on ne peut pas changer. C'est un facteur de modulation parmi d'autres. L'exercice, le sommeil et la gestion de l'inflammation chronique modulent la plasticité BDNF-dépendante indépendamment du génotype, bien que l'ampleur de cette modulation reste à quantifier [8].

Peut-on réellement « augmenter son BDNF » ?

Hypothèse étayée — méta-analyses avec limites

Les études sur le BDNF proviennent surtout de modèles animaux ou de dosages sanguins. Traduire ces résultats en bénéfice concret pour le cerveau humain reste un défi majeur : un taux sanguin ne reflète pas forcément ce qui se passe dans le cerveau.

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Augmenter le BDNF sanguin après un sprint ne prouve rien sur ce qui se passe dans l'hippocampe : le marqueur périphérique n'est pas la fonction cérébrale.

La réponse dépend de ce qu'on mesure. L'affirmation « l'exercice augmente le BDNF » est techniquement correcte, mais elle masque un fossé entre le marqueur et la fonction.

L'échelle de preuve en cinq niveaux

  1. Cellule (in vitro) : Le BDNF stimule la croissance dendritique et la survie neuronale dans des cultures primaires. Niveau solide, mais non transposable directement [2].
  2. Animal (souris) : L'exercice volontaire augmente le BDNF hippocampique, la neurogenèse dans le gyrus denté et les performances cognitives. Le lien causal est établi via des knockouts conditionnels [7].
  3. Biomarqueur sanguin (humain) : L'exercice aigu augmente le BDNF sérique de 0,33 à 0,44 écarts-types (méta-analyses) [11, 12]. Mais le BDNF sérique provient à plus de 90 % des plaquettes, pas du cerveau. La corrélation entre BDNF périphérique et BDNF central est faible et contestée [15].
  4. Fonction clinique (humain) : Les programmes d'exercice multicomposants améliorent certaines fonctions cognitives (mémoire de travail, vitesse de traitement) chez des populations cliniques : dépression, sclérose en plaques, personnes âgées [11, 12]. Mais le lien spécifique entre cette amélioration et le BDNF (vs effets cardiovasculaires, vasculaires, anti-inflammatoires de l'exercice) n'est pas isolé.
  5. Bénéfice patient (intervention ciblée) : Aucun essai clinique n'a démontré qu'une intervention ciblant spécifiquement le BDNF (agoniste TrkB, mimétique BDNF) améliore la cognition chez l'humain. Le promédicament R13, converti en 7,8-DHF (mimétique TrkB) après administration orale, reste au stade préclinique chez la souris [16].
Du laboratoire au patient : où s'arrêtent les preuves sur le BDNF Échelle visuelle en cinq niveaux montrant que les preuves sur le BDNF sont solides en laboratoire mais s'amenuisent au niveau clinique humain Du laboratoire au patient : où s'arrêtent les preuves Cellule in vitro Animal souris, rat Biomarqueur sang (plaquettes) FOSSÉ TRADUCTIONNEL Fonction cognition humaine Patient intervention ciblée FORCE DE LA PREUVE Solide Corrélative Insuffisante
Les preuves sur le BDNF sont robustes au niveau cellulaire et animal, mais le passage au bénéfice clinique humain (niveaux IV-V) bute sur le fossé traductionnel : le BDNF sanguin (plaquettaire) n'est pas un reflet fiable de l'activité cérébrale.

Après une maladie infectieuse : plasticité sous contraintes

Hypothèse étayée — données préliminaires
Après une infection sévère, la neuroinflammation persistante est associée à un déplacement du profil neurotrophique vers la nociception et l'immunité, au détriment de la plasticité.

Les infections sévères, notamment le COVID-19, perturbent la plasticité cérébrale par au moins trois mécanismes convergents.

Neuroinflammation prolongée

L'activation microgliale persistante (microglie « primée ») réduit la sécrétion de BDNF par les astrocytes et augmente les cytokines pro-inflammatoires qui inhibent la transcription du gène BDNF [13, 17]. Ce mécanisme est documenté dans le Covid long et l'EM/SFC (voir l'article dédié sur la microglie primée).

Détournement du NGF

Chez les patients souffrant de céphalées post-COVID, les taux de β-NGF sont significativement élevés, en association avec des marqueurs d'activation microgliale (CX3CL1 élevé) [14]. Cette association suggère un rôle du NGF dans la sensibilisation douloureuse post-infectieuse, mais le lien causal n'est pas établi : il peut s'agir d'une conséquence de l'inflammation plutôt que d'un mécanisme moteur.

Dysfonction mitochondriale

L'inflammation systémique altère la biogenèse mitochondriale (PGC-1α inhibé par NF-κB), privant les synapses de leur source d'énergie et affaiblissant les voies BDNF-dépendantes de la plasticité décrites en section 4. Ces trois mécanismes sont détaillés dans des articles dédiés (voir « Pour aller plus loin » ci-dessous).

Soutenir une fonction plutôt que poursuivre une molécule

Synthèse — convergence des données
Soutenir les conditions d'une plasticité efficace — énergie, absence d'inflammation, stimulation — reste plus pertinent que de courir après le taux d'un seul facteur de croissance.

Ce qu'une « molécule miracle » ne dit pas, c'est que le BDNF n'est qu'un maillon dans une chaîne qui inclut les mitochondries, le contexte inflammatoire, le génotype et le comportement. Aucun supplément ne cible utilement cette chaîne de bout en bout.

Trois questions pour évaluer une affirmation sur le BDNF :

  • ① Le BDNF a-t-il été mesuré dans le cerveau ou dans le sang ? Le BDNF sérique (plaquettaire) n'est pas un reflet fiable du BDNF central.
  • ② L'effet observé vient-il d'un modèle animal ou d'un essai clinique ? Les données animales établissent des mécanismes, pas des preuves d'efficacité chez l'humain.
  • ③ Le bénéfice est-il attribué au BDNF isolément ou à l'intervention globale ? Dans les méta-analyses, l'exercice améliore la cognition, mais ce bénéfice n'est pas dissociable de ses effets cardiovasculaires, métaboliques et anti-inflammatoires.
Ce que l'on sait, et ce que l'on ne sait pas

Fait établi. Les neurotrophines (BDNF, NGF, NT-3, NT-4) régulent la plasticité synaptique, la survie neuronale et la neurogenèse via des récepteurs spécifiques (famille Trk). Le BDNF est le plus abondant dans le cerveau adulte. L'exercice aérobie augmente le BDNF sérique (méta-analyses, SMD 0,33-0,44).

Hypothèse étayée. La convergence des voies BDNF → PGC-1α (neuronale) et exercice → irisine → BDNF (musculaire) constitue un mécanisme plausible pour les bénéfices cognitifs de l'exercice, mais la démonstration causale reste animale. Le polymorphisme Val66Met module la réponse mais n'est pas déterministe.

Spéculation. L'idée qu'on puisse « augmenter son BDNF cérébral » par un supplément ou un protocole ciblé n'est soutenue par aucun essai clinique. Le promédicament R13 (converti en 7,8-DHF, mimétique TrkB) est au stade préclinique chez la souris.

Ce qu'il faut retenir

La plasticité cérébrale ne dépend pas d'une seule molécule. Le facteur neurotrophique dérivé du cerveau (BDNF) est un signal parmi d'autres neurotrophines (NGF, NT-3, NT-4/5), dont l'efficacité est subordonnée au budget énergétique mitochondrial, à l'équilibre proBDNF/mBDNF et à l'état inflammatoire local. L'exercice physique régulier, le sommeil et la gestion de l'inflammation chronique sont les leviers les mieux documentés, non pas parce qu'ils « boostent le BDNF », mais parce qu'ils créent les conditions dans lesquelles les neurotrophines peuvent accomplir leur travail.

Ce qui compte, ce n'est pas le taux d'une molécule dans un tube, mais la capacité fonctionnelle d'un réseau neuronal à se remodeler (voir section 6 sur les limites du BDNF sérique).

Avant de chercher à augmenter un chiffre, vérifier que les conditions de base sont réunies : dormir, bouger, réduire l'inflammation. Le reste est spéculatif.
Que faire concrètement avec cet article

Activité physique régulière : l'exercice aérobie est le levier le plus robuste associé à une augmentation du BDNF sérique et à une amélioration cognitive dans les méta-analyses [11, 12]. L'intensité et la durée doivent être adaptées individuellement. En cas de malaise post-effort (PEM), d'EM/SFC ou de fibromyalgie sévère, les recommandations NICE 2021 déconseillent l'exercice graduel standardisé : privilégier le pacing et un accompagnement spécialisé.

Sommeil protégé : la consolidation mnésique BDNF-dépendante se produit pendant le sommeil lent profond. Moins de 6 heures par nuit est associé à un BDNF sérique réduit dans les études observationnelles [9].

Réduire l'inflammation chronique : si fatigue, brouillard mental ou douleur persistent au-delà de quelques semaines, en parler à son médecin. L'inflammation chronique est le frein le plus documenté de la plasticité BDNF-dépendante [1, 15].

Questions fréquentes

Le BDNF sérique est-il un bon marqueur de la santé cérébrale ?
Non. Plus de 90 % du BDNF mesuré dans le sang provient des plaquettes, pas du cerveau. La corrélation entre BDNF périphérique et BDNF central est faible. Un taux bas ou élevé ne permet pas, à lui seul, de conclure sur l'état de la plasticité cérébrale [15].
Un complément alimentaire peut-il augmenter le BDNF dans le cerveau ?
Aucun complément n'a démontré, dans un essai clinique contrôlé, qu'il augmente le BDNF cérébral chez l'humain. Certains composés (curcumine, oméga-3, resvératrol) augmentent le BDNF sérique dans des études observationnelles, mais le lien avec une amélioration cognitive fonctionnelle n'est pas établi. Le promédicament R13, converti en 7,8-DHF (mimétique TrkB), reste au stade préclinique [16].
Je suis porteur du variant Val66Met : ma plasticité est-elle compromise ?
Le polymorphisme Val66Met réduit la sécrétion activité-dépendante du BDNF, mais son impact clinique varie selon l'âge, le mode de vie et la présence d'inflammation. L'exercice physique et le sommeil modulent l'impact fonctionnel du génotype, sans le compenser entièrement. Ce variant n'est pas une condamnation : c'est un facteur de modulation parmi d'autres [8].
Pourquoi parle-t-on de BDNF et de NGF dans le Covid long ?
La neuroinflammation persistante (microglie activée) réduit l'expression du BDNF et est associée à une élévation du NGF dans un contexte nociceptif. Cela pourrait contribuer au brouillard mental et aux céphalées post-infectieuses, mais les données humaines restent préliminaires et le lien causal n'est pas établi [13, 14].

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Sources

  1. Wang CS, Kavalali ET, Monteggia LM. « BDNF signaling in context: From synaptic regulation to psychiatric disorders. » Cell. 2022;185(1):62-76. PMID : 34963057
  2. Colucci-D'Amato L, Speranza L, Volpicelli F. « Neurotrophic Factor BDNF, Physiological Functions and Therapeutic Potential in Depression, Neurodegeneration and Brain Cancer. » Int J Mol Sci. 2020;21(20):7777. PMID : 33096634
  3. Skaper SD. « Nerve growth factor: a neuroimmune crosstalk mediator for all seasons. » Immunology. 2017;151(1):1-15. PMID : 28112808
  4. Cattaneo A, Capsoni S. « Painless Nerve Growth Factor: A TrkA biased agonist mediating a broad neuroprotection via its actions on microglia cells. » Pharmacol Res. 2019;139:17-25. PMID : 30391352
  5. Malewska-Kasprzak M, Skibińska M, Dmitrzak-Węglarz M. « Alterations in Neurotrophins in Alcohol-Addicted Patients during Alcohol Withdrawal. » Brain Sci. 2024;14(6):583. PMID : 38928583
  6. Foltran RB, Diaz SL. « BDNF isoforms: a round trip ticket between neurogenesis and serotonin? » J Neurochem. 2016;138(2):204-221. PMID : 27167299
  7. Wrann CD, White JP, et al. « Exercise induces hippocampal BDNF through a PGC-1α/FNDC5 pathway. » Cell Metab. 2013;18(5):649-659. PMID : 24120943
  8. Liu T, Li H, Colton JP, et al. « The BDNF Val66Met Polymorphism, Regular Exercise, and Cognition: A Systematic Review. » West J Nurs Res. 2020;42(8):660-673. PMID : 32075548
  9. Rovný R, Marko M, Michalko D, et al. « BDNF Val66Met polymorphism is associated with consolidation of episodic memory during sleep. » Biol Psychol. 2023;179:108568. PMID : 37075935
  10. Hori H, Itoh M, Yoshida F, et al. « The BDNF Val66Met polymorphism affects negative memory bias in civilian women with PTSD. » Sci Rep. 2020;10(1):3151. PMID : 32081932
  11. da Cunha LL, Feter N, Alt R, Rombaldi AJ. « Effects of exercise training on inflammatory, neurotrophic and immunological markers and neurotransmitters in people with depression: A systematic review and meta-analysis. » J Affect Disord. 2023;326:73-82. PMID : 36709828
  12. Shobeiri P, Karimi A, Momtazmanesh S, et al. « Exercise-induced increase in blood-based brain-derived neurotrophic factor (BDNF) in people with multiple sclerosis: A systematic review and meta-analysis of exercise intervention trials. » PLoS One. 2022;17(3):e0264557. PMID : 35239684
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  14. Ruhnau J, Blücher M, Bahlmann S, et al. « Occurrence of new or more severe headaches following COVID-19 is associated with markers of microglial activation and peripheral sensitization. » J Headache Pain. 2024;25(1):101. PMID : 38890625
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