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Kétamine dans le Covid long : mécanismes et essais cliniques

La kétamine bloque un récepteur cérébral clé — le récepteur NMDA — et interrompt le cycle d'hyperexcitabilité qui caractérise certaines formes de douleur chronique et de brouillard mental. Dans le Covid long, plusieurs anomalies biologiques ressemblent à ce qu'on observe dans la fibromyalgie, où la kétamine a déjà fait l'objet d'études. Deux essais cliniques Phase 2 sont enregistrés aux États-Unis pour tester cette hypothèse directement : aucun résultat définitif n'est publié à ce jour.

Cet article est pour vous si

Vous êtes atteint de Covid long et vous vous interrogez sur les pistes pharmacologiques émergentes ; vous suivez l'évolution de la recherche sur les mécanismes neuro-inflammatoires ; ou vous souhaitez comprendre pourquoi la kétamine — connue comme anesthésique et explorée en psychiatrie — fait l'objet d'essais cliniques dans cette indication.

Chiffres clés
2Essais Phase 2 enregistrés aux États-Unis (NCT06821087, NCT05690503), sans résultats publiés identifiés au 11/06/2026
6Études fibromyalgie/kétamine dans une revue systématique 2024, soit 115 patients au total (Carvalho et al.)
0Essai finalisé avec résultats publiés spécifiquement sur la kétamine dans le Covid long à ce jour

Ce que vous allez comprendre

Neuroinflammation dans certains sous-groupes

Des études d'imagerie suggèrent une activation gliale persistante et un déséquilibre glutamate/GABA chez certains patients Covid long. Ces anomalies peuvent contribuer à la fatigue, au brouillard mental et à la douleur diffuse, sans démontrer un mécanisme unique chez tous les patients.

La kétamine cible le récepteur NMDA

Par blocage non compétitif de l'intérieur du canal ionique, la kétamine interrompt l'hyperexcitabilité glutamatergique. À faibles doses, elle augmente aussi le BDNF, facteur de plasticité neuronale réduit dans le Covid long.

Analogie fibromyalgie : fragile

Les données fibromyalgie suggèrent surtout un effet antalgique court terme. Une revue Cochrane 2025 sur la douleur chronique ne retrouve pas de preuve claire de bénéfice, avec davantage d'effets indésirables.

Deux Phase 2, pas encore de preuve clinique

NCT06821087 (20 patients, injections intramusculaires + MRI + biomarqueurs) et NCT05690503 (12 patients PASC + dépression, perfusion IV en crossover) restent exploratoires.

Glossaire rapide — termes clés
  • Récepteur NMDA : canal ionique neuronal activé par le glutamate (principal neurotransmetteur excitateur). Sa suractivation entretient l'hyperexcitabilité dans les douleurs chroniques et le brouillard mental.
  • Sensibilisation centrale : état dans lequel le système nerveux central amplifie les signaux douloureux et sensitifs, même en l'absence de stimulus périphérique proportionnel. Documentée dans la fibromyalgie, l'EM/SFC et le Covid long.
  • BDNF (Brain-Derived Neurotrophic Factor) : protéine de croissance neuronale impliquée dans la plasticité synaptique. Réduit dans la dépression résistante et certaines formes de Covid long ; la kétamine en stimule la synthèse rapide.
  • Voie kynurénine : voie métabolique du tryptophane activée par l'inflammation. Produit des métabolites neuroactifs (quinolinate, kynurénate) qui modulent directement les récepteurs NMDA. Biomarqueur suivi dans NCT06821087.
  • fMRI (IRMf) : imagerie par résonance magnétique fonctionnelle — mesure l'activité cérébrale via les variations de flux sanguin. Utilisée dans les essais kétamine/Covid long pour objectiver les changements de connectivité.
Représentation abstraite d'un réseau neuronal avec activation microgliale — fond sombre, connexions synaptiques lumineuses, cellules cérébrales en relief

Le Covid long comme dérèglement neuro-immun persistant

Hypothèse étayée — études observationnelles, imagerie et biomarqueurs

Chez certains patients Covid long, les données d'imagerie suggèrent une activation gliale persistante après la phase aiguë. Les études TEP (tomographie par émission de positons) ne prouvent pas que tous les patients ont une microglie activée, mais elles documentent un signal neuro-inflammatoire dans plusieurs régions impliquées dans la cognition et la régulation de la fatigue (cortex cingulaire, thalamus, ganglions de la base, régions limbiques selon les études).

Le modèle biologique proposé est le suivant : une activation neuro-immune persistante pourrait entretenir une libération de cytokines pro-inflammatoires — notamment IL-6 et TNF-alpha (TNF-α) — capables de perturber la transmission synaptique. Deux mécanismes sont souvent discutés : ① l'IL-6 peut stimuler l'enzyme IDO (indoléamine 2,3-dioxygénase), ce qui redirige le tryptophane vers la voie kynurénine, et ② le TNF-α peut augmenter l'expression des récepteurs NMDA en surface neuronale. Ce modèle peut conduire à une hyperexcitabilité glutamatergique, mais il reste une hypothèse de sous-groupe, pas une explication universelle du Covid long.

Le déséquilibre entre glutamate (excitateur) et GABA (inhibiteur) peut être exploré par spectroscopie par résonance magnétique (MRS). Certaines études PASC rapportent des anomalies GABA/glutamate dans des régions comme le cortex cingulaire ou l'occipital, mais les effectifs restent modestes et les résultats ne suffisent pas à définir un biomarqueur clinique utilisable. La comparaison avec la fibromyalgie et l'EM/SFC est donc pertinente pour générer des hypothèses, pas pour conclure à une physiopathologie identique.

Cascade neuroinflammation dans le Covid long : de l'activation microgliale à la dysfonction NMDA Microglie activée (persistante) IL-6 / TNF-α ↑ IDO (kynurénine) ↑ NMDA en surface Glu ↑ / GABA ↓ Hyperexcitabilité glutamatergique Manifestations • Brouillard mental • Douleur diffuse • Fatigue persistante • Intolérance à l'effort Cascade simplifiée — ne représente pas l'exhaustivité des voies impliquées
Cascade neuroinflammation dans le Covid long : l'activation gliale persistante pourrait libérer des cytokines, dérégler la balance glutamate/GABA et amplifier l'excitabilité des récepteurs NMDA. Cette cascade est une hypothèse mécanistique de sous-groupe, non une preuve causale chez tous les patients.
Dans certains profils de Covid long, l'hypothèse forte n'est pas un cerveau abîmé de façon uniforme, mais une activation neuro-immune persistante qui entretient l'excitabilité NMDA et rend les symptômes plus difficiles à stabiliser.

La kétamine : blocage NMDA et cascade glutamatergique

Fait établi (pharmacologie) — extrapolation au Covid long : hypothèse étayée

La kétamine agit principalement comme antagoniste non compétitif des récepteurs NMDA : elle entre dans le canal ionique lorsqu'il est ouvert et le bloque de l'intérieur, interrompant le flux calcique. Cette action est dose-dépendante. À doses anesthésiques (> 1 mg/kg IV), la dissociation et les effets psychédéliques dominent. À doses sub-anesthésiques (0,1-0,5 mg/kg IV), utilisées dans les essais douleur chronique et dépression, le blocage NMDA réduit l'hyperexcitabilité synaptique sans dissociation marquée.

Au-delà du blocage NMDA direct, la kétamine active une cascade secondaire : ① elle lève l'inhibition tonique des récepteurs AMPA (autre récepteur glutamatergique), ce qui provoque une libération rapide de BDNF (Brain-Derived Neurotrophic Factor) via la voie mTORC1. ② Cette augmentation de BDNF est détectable dans le plasma humain en quelques heures après la perfusion et persiste plusieurs jours. ③ Le BDNF stimule la synaptogenèse dans le cortex préfrontal et l'hippocampe, régions particulièrement touchées dans le Covid long (atrophie hippocampique documentée dans plusieurs études post-Covid).

Un troisième effet reste plus spéculatif : la kétamine pourrait moduler la voie kynurénine dans certains contextes inflammatoires. Dans le Covid long avec neuro-inflammation active, la voie kynurénine peut être déviée vers des métabolites neuroactifs comme le quinolinate, agoniste NMDA endogène. L'essai NCT06821087 mesure des biomarqueurs inflammatoires et métaboliques, dont la voie kynurénine, mais il ne faut pas en déduire à ce stade que la kétamine corrigera cette voie chez les patients.

Ce que le suivi rend visible

Fatigue, brouillard mental, intolérance à l'effort, douleurs diffuses : ces ressentis sont souvent difficiles à objectiver lors d'une consultation de 20 minutes. myBoussole permet de les suivre quotidiennement, d'identifier les patterns temporels et de préparer un compte-rendu structuré pour votre spécialiste.

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Récepteur NMDA : glutamate ouvre le canal, la kétamine bloque l'entrée de Ca²⁺ Sans kétamine Canal ouvert — Ca²⁺ entre Ca²⁺ Glu ↓ influx Hyperexcitabilité neuronale Avec kétamine Canal bloqué — Ca²⁺ stoppé Kétamine Ca²⁺ Glu Excitabilité réduite + BDNF stimulé La kétamine entre dans le canal ouvert et le bloque de l'intérieur (antagonisme non compétitif)
Récepteur NMDA et mécanisme de la kétamine : à gauche, en l'absence de kétamine, le glutamate ouvre le canal et permet un influx calcique (Ca²⁺) qui amplifie l'excitabilité neuronale. À droite, la kétamine pénètre dans le canal ouvert et le bloque physiquement, interrompant l'influx calcique et réduisant l'hyperexcitabilité synaptique. Cet effet est non compétitif avec le glutamate (Fait établi — pharmacologie).
La kétamine n'est pas un antidouleur classique : elle interrompt le cycle d'hyperexcitabilité en bloquant le canal ionique du récepteur NMDA de l'intérieur, et stimule secondairement le BDNF — un facteur de plasticité neuronale.

Ce que l'analogie fibromyalgie enseigne (et ses limites)

Études interventionnelles dans la fibromyalgie — extrapolation au Covid long : analogie, pas preuve

La fibromyalgie partage avec le Covid long plusieurs traits biologiques mesurables : sensibilisation centrale, déséquilibre glutamate/GABA, activation microgliale et BDNF réduit. Cette convergence mécanistique justifie d'examiner ce que les études kétamine dans la fibromyalgie ont produit comme résultats, tout en gardant à l'esprit les différences fondamentales entre les deux populations.

La référence Benjamin et al. 2025 dans Disease-a-Month (PMID 40582925) ne doit pas être lue comme une revue dédiée à la kétamine : elle synthétise 34 études sur la fibromyalgie au sens large, tous traitements confondus. Pour la kétamine spécifiquement, une revue systématique de Carvalho et al. 2024 (PMID 39075628) retrouve seulement 6 études et 115 patients, avec des signaux surtout à court terme. Pastrak et al. (2021, Ochsner Journal, PMID 34984054) rapportaient déjà un effet antalgique bref avec les perfusions IV à faible dose, parfois limité à quelques heures après l'administration.

Sur le plan posologique, un consensus Delphi réunissant 28 spécialistes français de la douleur chronique (Voute et al. 2022, European Journal of Pain, PMID 35092320) a identifié l'infusion IV de 0,5 à 0,9 mg/kg/jour pendant 4 jours comme pratique préférée en douleur chronique réfractaire. Ce consensus ne valide pas le Covid long : il décrit des usages spécialisés en douleur, alors que les essais PASC actuels utilisent leurs propres protocoles, dont un protocole intramusculaire pour NCT06821087.

Preuve contradictoire récente

Une revue Cochrane publiée en 2025 sur les antagonistes NMDA dans la douleur chronique ne retrouve pas de preuve claire de bénéfice de la kétamine, y compris dans les sous-groupes de douleur chronique, et signale une augmentation des effets indésirables psychotomimétiques et digestifs. Le niveau de preuve est jugé faible à très faible. Cette donnée ne disqualifie pas les essais Covid long, mais elle empêche de présenter l'analogie fibromyalgie/douleur chronique comme un socle solide.

L'œil du Docteur en pharmacie

La kétamine est métabolisée principalement par le CYP3A4 (en normkétamine) et secondairement par le CYP2B6 (en hydroxynormkétamine). Ces voies sont soumises à d'importantes interactions médicamenteuses : les inhibiteurs du CYP3A4 (certains antifongiques azolés, érythromycine, ritonavir) augmentent l'exposition à la kétamine ; les inducteurs (rifampicine, carbamazépine) la réduisent. Chez un patient Covid long sous plusieurs médicaments — ce qui est fréquent dans cette population — une revue des interactions CYP est indispensable avant toute prescription.

Un point souvent oublié : la normkétamine et l'hydroxynormkétamine (métabolites principaux) sont eux-mêmes pharmacologiquement actifs. L'hydroxynormkétamine aurait même des effets AMPA-positifs indépendants du blocage NMDA, ce qui complique l'interprétation dose-réponse dans les essais cliniques.

⚠️ Avertissement — contre-indications et risques

La kétamine est contre-indiquée en cas d'antécédents de psychose, de schizophrénie ou de trouble bipolaire avec épisodes maniaques non stabilisés, d'hypertension artérielle sévère non contrôlée, et de porphyrie aiguë intermittente. Elle est déconseillée en cas d'antécédents d'abus de substances. Des effets dissociatifs, des hallucinations et une tachycardie transitoire sont possibles même à doses sub-anesthésiques. Toute administration doit se faire en milieu médical avec surveillance.

⚠️ Prudence d'interprétation — limites de l'analogie

La fibromyalgie et le Covid long partagent des mécanismes de surface, mais les déclencheurs, la temporalité et les comorbidités sont distincts. Dans la fibromyalgie, la sensibilisation centrale s'est installée progressivement ; dans le Covid long, elle fait suite à une infection virale avec composantes auto-immunes, de persistance virale et d'atteinte endothéliale qui n'ont pas d'équivalent dans la fibromyalgie primaire. Les résultats obtenus dans la fibromyalgie ne sont pas transposables sans essais dédiés.

Profils biologiques comparés : fibromyalgie et Covid long — convergences et divergences Fibromyalgie Biomarqueur Covid long ↑ (cortex insulaire) Glutamate cérébral (MRS) ↑ (cortex cingulaire) Oui (TEP) Activation microgliale Oui (TEP post-covid) ↓ souvent BDNF plasmatique ↓ dans certaines cohortes Absent Auto-anticorps / persistance virale Documentés (sous-groupes) Absent Atteinte endothéliale / microclots Documentée Lignes rouges = divergences importantes limitant la transposabilité des résultats
Convergences et divergences fibromyalgie / Covid long : les deux conditions partagent une neuroinflammation, une élévation du glutamate cérébral et une réduction du BDNF — ce qui justifie l'analogie. Mais le Covid long ajoute des composantes auto-immunes, une possible persistance virale et une atteinte endothéliale absentes dans la fibromyalgie primaire, ce qui limite la transposabilité directe des résultats.
Les effets de la kétamine dans la fibromyalgie fournissent une analogie mécanistique plausible, pas une preuve transposable : les populations partagent des voies biologiques mais pas les mêmes déclencheurs ni les mêmes comorbidités.

Deux essais Phase 2 en cours : état des preuves en 2026

Essais Phase 2 enregistrés — aucun résultat publié identifié au 11/06/2026

Deux essais cliniques Phase 2 portent directement sur la kétamine dans le Covid long ou le PASC, avec des protocoles distincts. Ils constituent le premier niveau de recherche interventionnelle dédiée à cette indication, mais pas encore un niveau de preuve clinique : aucun résultat publié n'a été identifié au 11/06/2026.

Paramètre NCT06821087 NCT05690503
Centre University of Texas at Austin NY State Psychiatric Institute (Columbia)
Population 20 patients Covid long avec fatigue et troubles cognitifs 12 patients PASC + dépression comorbide
Intervention 4 injections intramusculaires sur 2 semaines (0,5 puis 0,65 puis 0,75 mg/kg) Kétamine IV vs placebo (crossover randomisé)
Biomarqueurs MRI/fMRI + biomarqueurs sériques, dont inflammation et voie kynurénine Modulation glutamatergique (CI-581a/b)
Démarrage Avril 2025 Mars 2023
Fin prévue (primaire) Mai 2026 Juin 2025 (statut registre à surveiller ; aucun résultat publié identifié au 11/06/2026)
Critère principal Réduction fatigue + amélioration cognition Amélioration dépression + symptômes PASC

L'essai NCT06821087 est particulièrement intéressant du point de vue mécanistique : en combinant imagerie cérébrale, tests cognitifs, fatigue rapportée et biomarqueurs sériques, il pourra explorer si un signal clinique s'accompagne d'un changement biologique mesurable. En revanche, son design ouvert à 20 patients, sans bras placebo identifié, limite fortement l'interprétation causale : un signal positif devra être confirmé par un essai randomisé plus large.

L'essai NCT05690503 adopte une approche différente : il cible spécifiquement les patients PASC avec symptômes dépressifs, pas l'ensemble du Covid long. Son design croisé randomisé (chaque patient reçoit kétamine et comparateur dans des ordres différents) offre un meilleur contrôle méthodologique que NCT06821087, au prix d'une taille d'échantillon très restreinte (12 patients) et d'un critère principal centré sur les symptômes dépressifs.

À retenir sur le statut réglementaire

En France (juin 2026), la kétamine n'a aucune indication approuvée dans le Covid long. Son usage dans cette indication est strictement expérimental et ne peut se faire qu'en contexte d'essai clinique ou en prescription hors AMM encadrée (médecine de la douleur spécialisée). L'eskétamine nasale (Spravato, Janssen) est approuvée uniquement dans la dépression résistante au traitement.

Ces deux Phase 2 ne valident pas la kétamine dans le Covid long : elles testent une hypothèse. La question utile n'est pas “est-ce que la kétamine marche ?”, mais “chez quel sous-groupe, sur quel symptôme, avec quel signal biologique et quel coût en tolérance ?”.
Ce que l'on sait, et ce que l'on ne sait pas

Fait établi. La kétamine bloque les récepteurs NMDA. Elle possède aussi des effets neuroplastiques et antidépresseurs documentés dans d'autres indications. Dans la fibromyalgie et la douleur chronique, le signal clinique reste incertain : plusieurs petites études suggèrent un effet court terme, mais une revue Cochrane 2025 ne retrouve pas de preuve claire de bénéfice durable.

Hypothèse étayée. Certains mécanismes décrits dans le Covid long (activation gliale, déséquilibre glutamate/GABA, voie kynurénine, baisse de BDNF dans certaines cohortes) convergent avec des cibles pharmacologiques plausibles de la kétamine. Cette convergence justifie des essais Phase 2. Elle ne préjuge pas des résultats : une analogie mécanistique peut ne pas se traduire par un bénéfice clinique si d'autres voies (auto-immunes, endothéliales, virales, dysautonomiques) dominent.

Spéculation. La kétamine est un traitement du Covid long, ou sera approuvée pour cette indication dans les 5 ans. Aucun résultat d'essai randomisé finalisé ne permet cette conclusion en 2026. Les résultats préliminaires pourraient aussi révéler que seul un sous-groupe de patients (ceux avec neuroinflammation active documentée) répondent — ce qui modifierait radicalement la stratégie thérapeutique.

Ce qu'il faut retenir

La kétamine cible plusieurs mécanismes plausibles dans certains profils de Covid long — hyperexcitabilité glutamatergique, récepteurs NMDA, neuroplasticité, voie kynurénine — mais la preuve clinique spécifique manque encore. Les données fibromyalgie/douleur chronique ne suffisent pas : elles sont hétérogènes, souvent de petite taille, et contredites par une revue Cochrane récente qui ne retrouve pas de bénéfice clair en douleur chronique.

En revanche, transposer directement les données fibromyalgie au Covid long reste une extrapolation : le Covid long ajoute des composantes post-virales (auto-anticorps, persistance virale, atteinte endothéliale, dysautonomie) qui n'ont pas d'équivalent dans la fibromyalgie primaire. Au 11/06/2026, aucun résultat publié des essais NCT06821087 et NCT05690503 n'a été identifié. Jusqu'à publication de données contrôlées, la kétamine reste une piste mécanistiquement plausible, pas une option thérapeutique validée dans le Covid long.

Information à visée éducative. Ne se substitue pas à un avis médical individualisé.

Questions fréquentes

La kétamine est-elle disponible comme traitement du Covid long ?
Non. À ce jour (11/06/2026), aucun résultat d'essai clinique finalisé ne valide la kétamine dans le Covid long. Deux essais Phase 2 sont enregistrés aux États-Unis (NCT06821087 et NCT05690503), mais leurs résultats ne sont pas encore publiés. La kétamine est disponible en France à titre d'anesthésique et, sous forme intranasale (eskétamine, Spravato), dans la dépression résistante — mais pas dans le Covid long. Son usage dans cette indication ne peut se faire qu'en contexte d'essai clinique ou en prescription hors AMM encadrée par un spécialiste.
Pourquoi les essais n'utilisent-ils pas l'eskétamine nasale ?
Les deux essais n'utilisent pas tous la voie IV. NCT06821087 utilise des injections intramusculaires répétées, tandis que NCT05690503 utilise une perfusion IV dans une population PASC avec symptômes dépressifs. L'eskétamine nasale a une biodisponibilité et une cinétique différentes ; elle est approuvée dans la dépression résistante, mais pas dans le Covid long.
La kétamine présente-t-elle des risques particuliers dans le contexte du Covid long ?
Oui. Outre les contre-indications générales (psychose, hypertension sévère, abus de substances), le profil médicamenteux souvent chargé des patients Covid long complexifie le risque. La kétamine est métabolisée par le CYP3A4 et le CYP2B6 : les interactions avec des médicaments courants dans cette population (antihistaminiques, benzodiazépines, antiépileptiques) sont possibles. Par ailleurs, des effets dissociatifs transitoires et une tachycardie sont possibles même à doses sub-anesthésiques, ce qui peut mal interagir avec la dysautonomie fréquente dans le Covid long. Toute administration doit être précédée d'une revue médicale complète des traitements en cours.

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Sources

  1. Benjamin S et al. (2025). Fibromyalgia: Advances in pathophysiology, diagnostic biomarkers, genetic insights, multisystemic involvement, and treatment updates and multidisciplinary interventions. Disease-a-Month. PMID 40582925.
  2. Carvalho JF, de Sena EP (2024). Ketamine in fibromyalgia: a systematic review. Advances in Rheumatology. PMID 39075628.
  3. Pastrak M et al. (2021). Systematic Review of the Use of Intravenous Ketamine for Fibromyalgia. Ochsner Journal. PMID 34984054.
  4. Voute M et al. (2022). Ketamine in chronic pain: A Delphi survey. European Journal of Pain. PMID 35092320.
  5. Cochrane (2025). Ketamine use in chronic pain unsupported by evidence. cochrane.org
  6. Lee JH, Kim J (2026). Neuroinflammatory mechanisms and therapeutic targets in post-COVID-19 fatigue. Adv Exp Med Biol. PMID 42036566.
  7. NCT06821087 — Phase 2 trial: intramuscular ketamine in Long COVID (fatigue + cognition + MRI/fMRI + serum biomarkers). UT Austin. Démarré avril 2025, fin prévue mai 2026. clinicaltrials.gov/study/NCT06821087
  8. NCT05690503 — Phase 2 RCT crossover: IV ketamine in PASC + depressive symptoms (glutamatergic modulation, CI-581a/b). NY State Psychiatric Institute / Columbia. Démarré mars 2023. clinicaltrials.gov/study/NCT05690503