L'œil dans le Covid long, l'EM/SFC et la fibromyalgie
L'article en 1 minute
Les troubles visuels sont fréquents dans le Covid long, l'encéphalomyélite myalgique (EM/SFC) et la fibromyalgie, et l'examen ophtalmologique courant revient souvent normal. La recherche explore donc l'œil autrement : les petites fibres nerveuses de la cornée, la réaction de la pupille, les vaisseaux de la rétine.
Les résultats existent, mais ils ne se ressemblent pas d'une maladie à l'autre. En fibromyalgie, plusieurs études contrôlées retrouvent une atteinte des fibres nerveuses de la cornée. Après un Covid, plusieurs équipes retrouvent une anomalie de la contraction de la pupille. Dans l'EM/SFC, l'unique étude de pupille ne trouve rien, et l'unique étude cornéenne ne retrouve qu'une modification de la forme des fibres, sans perte.
Ces observations pointent vers des voies communes possibles : petites fibres nerveuses, régulation autonome, inflammation, microcirculation. Elles ne prouvent pas que les trois maladies partagent une cause unique.
Aucun de ces examens n'est un test diagnostique validé, et le principal d'entre eux reste un examen de recherche, indisponible en ville.
À retenir : avant d'attribuer un trouble visuel à votre maladie, faites écarter une presbytie qui débute, une correction inadaptée, une sécheresse et l'effet de vos traitements.
Glossaire rapide
- Microscopie confocale cornéenne : examen de contact qui photographie, sur l'œil vivant, les petites fibres nerveuses de la cornée, sans aucun prélèvement.
- Pupillométrie dynamique : mesure de la réaction de la pupille à un flash lumineux calibré, qui donne une image indirecte de la régulation autonome.
- OCT et OCT-A : imageries de la rétine, la première mesurant l'épaisseur des couches nerveuses, la seconde cartographiant les capillaires sans injection.
IntroductionVoir flou par moments, ne plus tenir dix minutes de lecture, supporter mal la lumière : ces plaintes reviennent souvent dans le Covid long, l'EM/SFC et la fibromyalgie, alors que l'examen ophtalmologique revient normal. La recherche commence à regarder ailleurs, du côté des petites fibres nerveuses de la cornée, de la pupille et de la microcirculation rétinienne. Cet article fait le partage entre ce que ces travaux montrent réellement, ce qu'il faut écarter avant eux, et ce qu'ils ne permettent pas encore de conclure.
Voir devient difficile, et l'examen ophtalmologique est normal
🟠 Plaintes rapportées, mécanismes multiplesUne acuité visuelle mesurée à 10/10 n'exclut ni une atteinte des petites fibres nerveuses de la cornée, ni un trouble de la vision binoculaire, ni un dérèglement de la régulation autonome de l'œil.
Vision qui se brouille par moments, difficulté à faire la mise au point, fatigue après quelques minutes de lecture, gêne à la lumière, sensation de sable dans les yeux, lignes qui sautent. Ces plaintes reviennent souvent chez les personnes vivant avec un Covid long, une encéphalomyélite myalgique (EM/SFC) ou une fibromyalgie. Et pourtant, la consultation ophtalmologique de routine, qui mesure l'acuité et examine le fond d'œil, revient fréquemment normale.
Ce décalage n'est pas une preuve que le symptôme est imaginaire : il indique que l'examen courant ne mesure pas la fonction en cause. Lire un texte, maintenir une image nette à 40 centimètres, s'adapter à un changement de luminosité ou stabiliser le regard pendant un mouvement sont des tâches qui mobilisent des structures que l'acuité visuelle ne teste pas.
| Ce que vous ressentez | Structures possiblement en cause |
|---|---|
| Vision floue qui varie dans la journée | Accommodation, film lacrymal, régulation autonome |
| Fatigue rapide à la lecture | Convergence, saccades oculaires, traitement visuel central |
| Gêne marquée à la lumière | Cornée, nerf trijumeau, sensibilisation centrale |
| Sécheresse, brûlure, douleur oculaire | Film lacrymal, petites fibres nerveuses cornéennes |
| Inconfort dans les environnements en mouvement | Coordination des mouvements oculaires, intégration visuo-vestibulaire |
Avant d'accuser la maladie : ce qu'il faut écarter d'abord
🟢 Causes ophtalmologiques courantesÀ partir de la quarantaine, une vision qui se brouille est d'abord une presbytie qui débute, une correction inadaptée ou une sécheresse d'origine hormonale ou médicamenteuse, bien avant d'être un signe de la maladie chronique.
C'est le piège le plus courant, et le plus coûteux. Quand une maladie chronique occupe tout l'espace, chaque symptôme nouveau lui est spontanément attribué. Pourtant, les causes ordinaires ne disparaissent pas parce qu'on est malade par ailleurs : elles deviennent simplement plus difficiles à voir.
Plusieurs situations ordinaires expliquent une grande partie des plaintes visuelles à cet âge, et chacune se corrige. La presbytie devient souvent perceptible au début ou au milieu de la quarantaine, et se manifeste d'abord par une fatigue de lecture le soir plutôt que par un flou franc. Une correction optique ancienne de deux ou trois ans peut produire un tableau proche.
La sécheresse oculaire est très fréquente à la périménopause, et une large étude de population néerlandaise portant sur près de 80 000 adultes la retrouve associée de façon indépendante au sexe féminin, au port de lentilles, à la fibromyalgie et au syndrome de fatigue chronique[20].
- Réfraction et presbytie : une mesure de la vue de moins de deux ans, avec correction de près adaptée à votre distance de travail réelle.
- Surface oculaire : sécheresse, blépharite, dysfonction des glandes de Meibomius, très souvent sous-diagnostiquées.
- Traitements en cours : la section 5 y revient en détail, c'est une cause majeure et réversible.
- Causes générales : anomalie de la glycémie, syndrome de Gougerot-Sjögren, dysthyroïdie, à rechercher selon le contexte clinique.
Un flou visuel qui revient toujours en fin de journée ne raconte pas la même histoire qu'un flou qui suit vos poussées de fatigue. Noter le moment d'apparition sur quelques semaines transforme une plainte vague en information exploitable en consultation.
Découvrir myBoussoleLa cornée, fenêtre sur les petites fibres nerveuses
🟠 Résultats contrôlés discordantsLa cornée est l'un des tissus les plus densément innervés du corps, et la microscopie confocale permet d'y observer les petites fibres nerveuses sans prélèvement, ce qui en fait la porte d'entrée la plus étudiée de ces trois maladies.
La microscopie confocale cornéenne est un examen de contact, réalisé après anesthésie locale, qui produit des images du plexus nerveux situé sous l'épithélium. On y mesure la densité des fibres, leur longueur, leurs ramifications, leur tortuosité, et le nombre de cellules dendritiques, qui sont des cellules du système immunitaire présentes dans les processus inflammatoires.
En fibromyalgie, le signal est le plus reproduit des trois maladies : plusieurs études contrôlées retrouvent une réduction d'au moins un paramètre du plexus nerveux cornéen, avec des résultats qui varient beaucoup d'un travail à l'autre.
🔬 Le détail des études Fibromyalgie : plusieurs cohortes retrouvent une densité, une longueur ou des ramifications réduites, avec une hétérogénéité de 98 % entre travaux
Une étude allemande portant sur 134 femmes retrouve une longueur de fibres réduite[10], une étude turque retrouve une densité nerveuse totale abaissée[18], et un travail mexicain mené sur un petit effectif retrouve une réduction de l'épaisseur des nerfs du stroma associée à des descripteurs de douleur neuropathique[22].
Une équipe britannique retrouve une atteinte des petites fibres chez la moitié de sa cohorte seulement, ce qui rappelle que ce profil ne concerne pas toutes les personnes atteintes[30].
Une méta-analyse récente confirme la baisse de densité dans les douleurs chroniques non neuropathiques, mais avec une hétérogénéité entre études de 98 %, ce qui signifie que les résultats varient énormément d'un travail à l'autre[12].
Dans l'EM/SFC, la situation est très différente, et c'est le point le plus souvent mal rapporté. Une seule étude contrôlée a mesuré les fibres cornéennes dans cette maladie, et elle ne trouve aucune réduction de densité ni de longueur. Ce travail espagnol a comparé 30 personnes en condition post-Covid, 30 personnes avec un EM/SFC et 30 témoins appariés sur l'âge et le sexe. Densité, longueur, ramifications, surface et largeur des fibres ne diffèrent pas entre les groupes. Le seul paramètre significativement altéré est la tortuosité, c'est-à-dire la sinuosité du trajet des fibres[1].
Un essai danois en cours inclut cet examen comme critère exploratoire chez 104 femmes, mais aucun résultat n'est encore disponible[21].
Après un Covid, les données sont plus nombreuses, et elles penchent nettement d'un côté : trois équipes sur quatre décrivent une perte de fibres accompagnée de cellules immunitaires plus nombreuses, la quatrième ne retrouvant qu'une tortuosité.
🔬 Le détail des études Après un Covid : trois équipes sur quatre décrivent une perte de fibres et des cellules dendritiques augmentées
L'étude espagnole citée plus haut retrouve une tortuosité augmentée sans perte de fibres, mais trois autres équipes décrivent l'inverse. Une équipe turque, chez 40 personnes contre 30 témoins, retrouve une densité, une longueur et des ramifications réduites chez celles qui gardaient des symptômes neurologiques, avec des cellules dendritiques augmentées[28].
Une équipe espagnole retrouve les mêmes anomalies plus de vingt mois après l'infection, avec des micronévromes chez 15 % des personnes[29]. Un travail suédois publié dans Nature Communications en 2026, portant sur 100 personnes gênées visuellement après un Covid non hospitalisé comparées à 32 personnes remises sans plainte oculaire, décrit une neurodégénérescence cornéenne et une activation persistante de cellules dendritiques et de lymphocytes T[2].
⚠️ Prudence d'interprétation
Retrouver une anomalie des fibres cornéennes ne signifie pas qu'une neuropathie des petites fibres est établie. Les auteurs de l'étude espagnole proposent eux-mêmes une autre lecture de leurs résultats : la tortuosité augmentée sans perte de fibres, et sans lien avec l'ancienneté de la maladie, évoque un processus plutôt inflammatoire que dégénératif, donc potentiellement réversible. Cette interprétation reste la leur, elle n'est pas démontrée par l'examen.
Sécheresse, douleur neuropathique, ou les deux ?
🟠 Dissociation mesurée, une étude contrôléeDes symptômes oculaires intenses avec des signes de surface modestes évoquent une composante neuropathique plutôt qu'un simple manque de larmes, mais les deux mécanismes peuvent coexister.
La sécheresse oculaire classique est un problème de surface : le film lacrymal est insuffisant ou instable, l'épithélium souffre, et les tests le montrent. La douleur neuropathique cornéenne est un problème de nerf : les fibres sensitives de la cornée transmettent un message de douleur disproportionné, voire en l'absence de lésion visible. Les deux produisent la même plainte, et appellent des approches différentes.
Une étude américaine contrôlée a mesuré cette dissociation dans l'EM/SFC, et c'est à ce jour la seule. Chez 124 vétérans, dont 32 remplissaient les critères de consensus canadiens pour l'EM/SFC, les scores de gêne oculaire, de douleur et de douleur neuropathique de l'œil étaient nettement plus élevés que chez les témoins, alors que les paramètres objectifs de la surface oculaire et les marqueurs sanguins d'inflammation étaient globalement comparables. Les auteurs concluent que des mécanismes situés au-delà de la surface oculaire contribuent aux symptômes[9].
Cette étude appelle une réserve importante avant d'être transposée : elle porte sur une population de vétérans, à 89 % masculine, d'âge moyen 55 ans. Le profil de la population la plus concernée par l'EM/SFC, majoritairement féminine et plus jeune, n'a pas été étudié de cette façon. L'étude allemande sur la fibromyalgie apporte un élément convergent : dans cette maladie, les paramètres du plexus cornéen ne différaient pas entre les personnes ayant une sécheresse et celles qui n'en avaient pas, ce qui suggère que l'atteinte nerveuse et la sécheresse de surface sont deux phénomènes distincts[10].
À retenir en pratique
Une discordance nette entre des symptômes importants et des signes de surface modestes est un motif légitime pour en parler à un ophtalmologiste, après avoir écarté les causes ordinaires de la section 2. Ce n'est pas un critère diagnostique, et cela ne se conclut pas seul.
Ce que votre ordonnance fait à vos yeux
🟠 Mécanisme direct pour certaines classes, association pour d'autresPlusieurs traitements couramment utilisés dans ces trois maladies peuvent réduire la sécrétion lacrymale ou gêner la mise au point de près. Pour certains, l'effet est pharmacologiquement prévisible ; pour d'autres, il s'agit d'une association observée ou d'un effet indirect.
C'est la partie la plus souvent absente des articles consacrés à l'œil, et pourtant la plus directement actionnable. La glande lacrymale et le muscle ciliaire, qui commande la mise au point de près, sont tous deux sous commande cholinergique, via des récepteurs muscariniques. Une activité antimuscarinique suffisante peut donc réduire la production de larmes et l'amplitude d'accommodation, avec une intensité qui varie selon la molécule, la dose et la personne. Les rapports internationaux consacrés à la sécheresse oculaire d'origine iatrogène recensent de nombreux traitements généraux capables de l'induire[23][24].
L'effet ne se répartit pas également entre les classes, et cette nuance compte pour interpréter votre propre situation. Les antidépresseurs tricycliques, comme l'amitriptyline, portent une activité antimuscarinique franche mais variable d'une molécule à l'autre. Les inhibiteurs de la recapture de la sérotonine ou de la sérotonine et de la noradrénaline sont associés à la sécheresse oculaire dans les données disponibles, mais par des mécanismes qui ne se réduisent pas au blocage muscarinique.
| Classe | Effet oculaire possible et nature du lien |
|---|---|
| Anticholinergiques et certains tricycliques | Sécheresse, pupille dilatée, mise au point de près diminuée : mécanisme direct |
| Antihistaminiques H1 | Sécheresse, parfois gêne à la mise au point : mécanisme direct |
| Sérotoninergiques et noradrénergiques | Sécheresse oculaire rapportée : association, mécanisme non univoque |
| Bêtabloquants, diurétiques | Peuvent favoriser une sécheresse de surface : association |
| Molécules sédatives | Clignement et endurance visuelle : effet indirect |
Cette même donnée pharmacologique est aussi une clé de lecture des études citées dans cet article. Le contrôle des traitements varie beaucoup d'un travail à l'autre, et se vérifie étude par étude. L'équipe turque qui a mesuré le réflexe pupillaire après un Covid excluait explicitement toute molécule susceptible de modifier la réponse de la pupille[3]. L'étude espagnole sur les fibres cornéennes, elle, ne décrit aucun ajustement pharmacologique, dans une cohorte à 90 % féminine dont le groupe EM/SFC évoluait depuis 66 mois en moyenne[1].
👁️ L'œil du Docteur en pharmacie
Un point observé récemment mérite d'être signalé, sans être surinterprété : dans un travail turc sur la fibromyalgie, les paramètres du plexus cornéen abaissés au départ rejoignaient le niveau des témoins au troisième mois d'un traitement sérotoninergique et noradrénergique, alors que la tortuosité restait plus élevée[11]. Deux lectures restent ouvertes et aucune n'est tranchée : une amélioration réelle de l'innervation, ou une modification de la mesure par le traitement lui-même. Dans les deux cas, cela rappelle qu'une image cornéenne s'interprète en connaissant l'ordonnance.
⚠️ Avertissement
Aucun de ces traitements ne se modifie ni ne s'arrête sur la base d'une gêne visuelle. Plusieurs d'entre eux exposent à un effet de rebond ou à un syndrome d'arrêt. La démarche utile est de faire la liste complète de ce que vous prenez, la date de début de chaque molécule, et de la présenter au médecin qui suit ces traitements en lui signalant la date d'apparition des troubles visuels.
Pupille, accommodation, convergence et traitement visuel
🟠 Preuves très inégales selon la maladieSur la pupille, les trois maladies ne se ressemblent pas du tout : le signal est reproduit dans plusieurs cohortes après un Covid, dont certaines seulement définies comme Covid long, l'unique étude disponible est négative dans l'EM/SFC, et aucun travail dédié n'existe en fibromyalgie.
La pupille est un des rares endroits du corps où la commande autonome s'observe directement. La branche sympathique la dilate, la branche parasympathique la resserre. Mesurer sa réaction à un flash lumineux calibré, ce qu'on appelle la pupillométrie dynamique, donne donc une image indirecte de cette régulation.
Après un Covid, plusieurs équipes indépendantes retrouvent une anomalie de la contraction pupillaire, sur des cohortes et avec des appareils différents.
🔬 Le détail des études Pupille après un Covid : trois cohortes indépendantes, du réflexe photomoteur à la dynamique pupillaire pendant une tâche cognitive
Une équipe turque a comparé 35 personnes ayant eu un Covid à 30 témoins et retrouve une latence de contraction allongée et une durée de contraction réduite, évocatrices d'un dysfonctionnement parasympathique[3]. Une équipe de Hong Kong, avec un dispositif de réalité virtuelle, a comparé 112 personnes en Covid long, 44 personnes rétablies et 29 témoins : le temps de contraction discrimine les groupes avec une aire sous la courbe de 0,87[4].
Une équipe allemande décrit par ailleurs des oscillations pupillaires modifiées pendant une tâche cognitive chez 397 personnes[5], et l'étude suédoise de 2026 décrit un affaiblissement des réflexes pupillaires autonomes[2].
Une nuance de la première étude mérite d'être lue attentivement, parce qu'elle limite ce qu'on peut en conclure : l'allongement de la latence était présent aussi bien chez les personnes ayant des symptômes persistants que chez celles qui n'en avaient plus, sans différence entre les deux. Seule la durée de contraction séparait ces deux groupes[3]. Une partie du signal marque donc l'infection passée, pas la maladie qui persiste.
Dans l'EM/SFC, l'unique étude ayant mesuré ce réflexe ne trouve rien : ni sur les diamètres, ni sur la latence, ni sur les vitesses de contraction et de dilatation, ni sur le temps de récupération[1].
En fibromyalgie, aucune étude de pupillométrie dédiée n'a été identifiée. La seule donnée approchante vient d'un travail canadien d'imagerie cérébrale : le diamètre pupillaire de base y était plus grand chez 26 femmes fibromyalgiques que chez les témoins, mais la dilatation en réponse à un stimulus douloureux atteignait des niveaux comparables dans les deux groupes[19]. Il s'agit d'un marqueur d'éveil et de vigilance, pas d'une anomalie du réflexe lumineux.
Sur la vision binoculaire, l'EM/SFC est au contraire la maladie la mieux documentée des trois. Une équipe belge a comparé 41 personnes avec un syndrome de fatigue chronique à 41 témoins appariés sur l'âge et le sexe, avec un examen orthoptique complet : amplitudes de fusion réduites, capacité de convergence réduite et plage d'accommodation réduite, les trois statistiquement significatifs, avec un p inférieur à 0,001[6]. C'est précisément ce qui rend la lecture prolongée difficile alors que l'acuité reste normale.
Après un Covid, l'étude suédoise de 2026 décrit des troubles de la vision de près et des déviations oculaires, mais sans mesure orthoptique comparable à celle des travaux belges[2].
Reste un quatrième niveau, celui du traitement de l'image par le cerveau. Il explique les gênes qu'aucun examen de l'œil ne retrouve. Une équipe britannique a montré que des personnes atteintes d'encéphalomyélite myalgique rapportaient davantage de distorsions visuelles face à des motifs répétitifs que des témoins appariés, sur un effectif de 20 contre 20[7].
En fibromyalgie, une équipe américaine a mesuré chez 24 femmes un seuil d'inconfort et un seuil d'intolérance à la lumière significativement plus bas que chez 24 témoins, en excluant la migraine, la sécheresse oculaire et les molécules modifiant la pupille. Le statut fibromyalgique restait prédictif de ce seuil alors que la sensibilité à la douleur de pression ne l'était plus[8].
La rétine, tissu neural et microcirculation
🟠 Signal robuste après Covid, discordant ailleursLa rétine appartient au système nerveux central et fait partie des rares tissus où la microcirculation s'observe directement, sans aucun prélèvement.
Deux examens différents explorent deux choses différentes. La tomographie par cohérence optique, ou OCT, mesure l'épaisseur des couches nerveuses de la rétine. L'angiographie par cohérence optique, ou OCT-A, cartographie les capillaires et mesure leur densité. Une troisième approche, l'analyse vasculaire dynamique, mesure la capacité des vaisseaux rétiniens à se dilater en réponse à une lumière clignotante, ce qui teste le couplage entre l'activité nerveuse et le débit sanguin local.
Dans le Covid long, l'étude la plus large a été publiée le 19 août 2026, trois semaines avant cet article. Une équipe munichoise a comparé 102 personnes en syndrome post-Covid, 102 personnes rétablies après infection et 96 personnes jamais infectées, avec pondération par score de propension et ajustement sur les facteurs de risque cardiovasculaire.
La dilatation veineuse induite par une lumière clignotante y est réduite chez les personnes en syndrome post-Covid, 3,7 % contre 4,8 %, les artérioles rétiniennes sont plus étroites et le rapport entre artérioles et veinules est abaissé.
Des marqueurs sanguins d'inflammation et de souffrance de l'endothélium, IL-6, ICAM-1 et VCAM-1, y sont également élevés[25]. Un travail antérieur de plus petite taille, 41 personnes contre 41, allait déjà dans ce sens[13]. Les mesures faites par OCT-A, elles, restent hétérogènes. Une autre équipe allemande retrouve une densité vasculaire réduite dans un plexus capillaire précis chez 173 personnes[14], mais avec un groupe témoin de 28 personnes en moyenne dix ans plus jeunes, ce qui pèse sur l'interprétation puisque la densité capillaire diminue avec l'âge.
Une équipe britannique n'a retrouvé, elle, aucune différence entre 40 personnes et 40 témoins, ni sur la microcirculation ni sur les couches rétiniennes, quinze mois après l'infection[15].
Pour l'EM/SFC, la donnée la plus solide disponible vient de cette même étude, et elle est indirecte. Parmi les 102 personnes en syndrome post-Covid, 62 remplissaient aussi les critères de l'EM/SFC, et ce sont elles qui présentaient les altérations microvasculaires les plus marquées, avec une capacité de discrimination correcte mais très insuffisante pour un test, une aire sous la courbe de 0,79[25]. Aucune cohorte d'EM/SFC sans antécédent de Covid n'a été identifiée : rien ne permet donc d'étendre ce résultat à un EM/SFC d'une autre origine.
En fibromyalgie, les études qui ont exploré la vascularisation de la rétine ne disent pas la même chose, et la plus récente contredit les précédentes.
🔬 Le détail des études Rétine en fibromyalgie : trois études sans anomalie maculaire, une avec plexus profond abaissé, une avec flux papillaire augmenté
Trois de ces études ne retrouvent aucune anomalie de la densité des capillaires maculaires.
Un travail turc portant sur 43 personnes répondant aux critères ACR 2016, comparées à 40 témoins, ne retrouve de différence ni sur la densité des plexus capillaires, ni sur le flux, ni sur l'épaisseur des fibres nerveuses de la rétine, et conclut que la fibromyalgie pourrait ne pas affecter substantiellement les structures oculaires[16]. Une étude espagnole sur 50 personnes décrit un amincissement des fibres nerveuses de la rétine avec une densité vasculaire maculaire comparable à celle des témoins[27].
Un troisième travail retrouve lui aussi une microcirculation maculaire normale, mais des couches rétiniennes amincies en plusieurs points[17].
Une quatrième dit l'inverse, et elle est récente. Publiée en mars 2025 chez 62 femmes répondant aux critères ACR, comparées à 60 témoins, elle retrouve une densité du plexus capillaire profond abaissée, une zone avasculaire centrale élargie et une choroïde épaissie, avec une corrélation faible entre cette densité profonde et la sévérité de la maladie[26].
Une cinquième, qui mesure non pas la macula mais le flux de la tête du nerf optique chez 85 femmes contre 38 témoins, le retrouve au contraire plus élevé chez les personnes atteintes[31]. Sur les vaisseaux de la rétine en fibromyalgie, la littérature est donc discordante, et non rassurante par consensus.
Ce qui est réellement documenté dans les trois maladies
🟠 Synthèse des études contrôlées disponiblesLes trois maladies ne sont pas au même stade de connaissance, et l'écart mesure surtout le nombre d'équipes qui les ont étudiées, pas l'importance du mécanisme.
Ce tableau rassemble ce que les études contrôlées disponibles permettent d'écrire, domaine par domaine. Il ne comporte pas de notation en croix ou en étoiles : une échelle de ce type ferait passer un manque de recherche pour une absence de mécanisme.
| Domaine | Covid long | EM/SFC | Fibromyalgie |
|---|---|---|---|
| Fibres cornéennes | Résultats hétérogènes : une étude retrouve une tortuosité sans perte, plusieurs autres une réduction des fibres et une activation immunitaire | Une seule étude : tortuosité augmentée, densité et longueur normales | Plusieurs études contrôlées convergentes sur le sens de l'effet, hétérogénéité forte |
| Réflexe pupillaire | Plusieurs études contrôlées positives après Covid, une partie seulement sur des cohortes définies comme Covid long | Une seule étude contrôlée, négative sur tous les paramètres | Aucune étude dédiée identifiée |
| Accommodation et convergence | Symptômes de vision de près décrits en 2026 dans une cohorte sélectionnée sur des plaintes oculaires, sans mesure orthoptique dédiée | Étude contrôlée ancienne, résultats nets sur les trois mesures | Très peu étudié |
| Surface oculaire | Activation immunitaire de surface décrite en 2026, dans une cohorte sélectionnée sur des plaintes oculaires | Une étude : symptômes majorés, signes objectifs comparables | Sécheresse fréquente, association populationnelle documentée |
| Traitement visuel central | Non exploré directement, une donnée indirecte de charge cognitive | Gêne aux motifs répétitifs mesurée sur un petit effectif | Seuil d'inconfort lumineux abaissé, une étude contrôlée |
| Rétine et microcirculation | Étude de 2026 sur 300 personnes : dilatation au flicker réduite, artérioles plus étroites | Sous-groupe de 62 personnes post-Covid remplissant les critères : altérations les plus marquées | Plusieurs études discordantes : certaines sans anomalie maculaire, d'autres avec plexus profond abaissé ou flux papillaire augmenté |
| Test diagnostique validé | Aucun | Aucun | Aucun |
Une précision de vocabulaire décide de la lecture de tout ce tableau : les populations étudiées ne sont pas les mêmes d'une étude à l'autre. Une cohorte de personnes ayant eu un Covid, une cohorte de Covid long diagnostiqué, et une cohorte sélectionnée sur des plaintes oculaires apparues après un Covid décrivent trois groupes différents.
L'étude suédoise de 2026, l'une des plus complètes du corpus sur le phénotypage oculaire, compare des personnes gênées visuellement à des personnes remises et sans plainte oculaire, et non à des témoins jamais infectés : elle isole donc ce qui distingue un post-Covid qui voit mal d'un post-Covid qui voit bien[2].
Ces ressemblances entre les trois maladies ne prouvent pas une cause unique. Elles suggèrent que certaines voies, petites fibres nerveuses, régulation autonome, inflammation neuro-immune et microcirculation, peuvent être perturbées dans plusieurs syndromes distincts, éventuellement pour des raisons différentes.
Peut-on déjà s'en servir comme test ?
🔴 Aucun test validé à ce jourAucun de ces examens ne constitue aujourd'hui un test diagnostique du Covid long, de l'EM/SFC ou de la fibromyalgie, et plusieurs éléments manquent avant qu'un seul puisse le devenir.
Un marqueur utilisable en pratique doit réunir des conditions précises : donner le même résultat d'un appareil à l'autre et d'un centre à l'autre, disposer de valeurs de référence dans la population générale, et rester interprétable malgré l'âge, la myopie, la sécheresse oculaire, un diabète, un glaucome ou une autre neuropathie. Aucun des examens décrits ici ne remplit encore cet ensemble.
Deux limites méritent d'être connues, parce qu'elles ne se voient pas dans les résumés d'études. D'abord, le paramètre le plus discriminant de l'étude espagnole, la tortuosité, n'est pas calculé par le logiciel standard qui a produit tous les autres paramètres : il vient d'un algorithme développé par l'équipe elle-même[1]. Sa comparabilité d'un centre à l'autre n'est donc pas établie.
Ensuite, les performances annoncées, souvent situées entre 77 et 91 %, proviennent de validations internes aux cohortes qui ont servi à construire les modèles[2][4]. Ces travaux comportent une validation interne, mais aucune validation externe indépendante n'est rapportée : elle devra être conduite de façon prospective, dans des cohortes distinctes, avant tout usage diagnostique.
À cela s'ajoute l'accessibilité réelle. La microscopie confocale cornéenne n'est pas un examen de routine et reste disponible surtout dans des centres spécialisés. La pupillométrie dynamique et l'OCT-A existent en pratique clinique, mais pour d'autres indications, et leur interprétation dans ces maladies n'est pas standardisée. Un bilan orthoptique, en revanche, est bien plus largement disponible, et il repose sur des mesures validées depuis longtemps.
Quand la vision s'éteint en passant debout
🟠 Hypoperfusion documentée, mécanisme discutéUne vision qui grise ou s'éteint quelques secondes au moment de se lever, avec vertige et retour à la normale une fois allongée, oriente vers une baisse transitoire de la perfusion du cerveau plutôt que vers une atteinte de l'œil.
Se mettre debout déplace vers le bas du corps une part importante du volume sanguin. Le retour veineux diminue, le débit cardiaque avec lui, et la circulation cérébrale doit amortir cette chute. Chez des témoins en bonne santé soumis à un test d'inclinaison, le débit cardiaque baisse d'environ 10 % et le débit sanguin cérébral de 6 % seulement[32]. En position simplement assise, ce dernier ne bouge pratiquement pas[33].
Dans un sous-groupe important de personnes atteintes d'EM/SFC, cet amortissement ne se fait plus. Une équipe néerlandaise a mesuré en même temps le débit cardiaque et le débit sanguin cérébral chez 534 personnes atteintes d'EM/SFC, en ne retenant que celles dont la réponse de fréquence cardiaque et de pression artérielle au test était classée normale, donc en excluant les POTS, les hypotensions orthostatiques et les malaises.
488 d'entre elles, soit 91 % de ce groupe sélectionné, présentaient une baisse anormale du débit cérébral, de 29 % en moyenne, avec une baisse du débit cardiaque de 28 %[32].
Le rapport entre ces deux chiffres compte davantage que chacun pris isolément. Chez ces 488 personnes, la baisse du débit cérébral suivait celle du débit cardiaque presque unité pour unité, là où les témoins amortissaient une chute pourtant bien plus faible. Les auteurs interprètent cette proportion de un pour un comme le signe d'une compensation vasculaire cérébrale insuffisante, et proposent une atteinte de l'endothélium des vaisseaux comme explication possible.
Ni la dilatation des artérioles cérébrales ni la fonction endothéliale n'ont été mesurées directement dans ce travail, et ses auteurs écrivent dans leurs limites qu'ils ne peuvent pas départager les mécanismes en jeu.
Une fréquence cardiaque et une pression artérielle normales pendant un test orthostatique ne garantissent donc pas que le débit cérébral soit préservé. C'est précisément ce groupe qui a été étudié ici : ces 534 personnes avaient toutes une réponse de pouls et de tension classée normale. Un examen qui ne mesure que ces deux paramètres peut se révéler rassurant sans avoir regardé ce qui pose problème.
Un second résultat déplace une consigne courante. La même équipe a mesuré 100 personnes atteintes d'EM/SFC sévère en position simplement assise, sans station debout : le débit cérébral y baissait déjà de 24,5 %, contre 0,4 % chez les témoins, sans variation de la tension ni du pouls[33]. Être assise suffisait donc à provoquer l'anomalie, alors que leur débit mesuré en position allongée était comparable à celui des témoins. Les dix participantes qui ne rapportaient aucune gêne à la station debout dans leur vie quotidienne faisaient exception, avec un profil de témoin.
Après un Covid, ni la mesure ni le mécanisme décrits ne sont les mêmes. Une petite série de neuf personnes explorées à Boston retrouve une baisse de 20 % de la vitesse du flux dans l'artère cérébrale moyenne, mesurée par Doppler transcrânien, contre 3 % chez les témoins, et chez six d'entre elles sans aucune accélération du pouls[34]. Cette baisse y était indépendante du gaz carbonique expiré, alors qu'elle en dépendait chez les personnes atteintes de POTS du même travail, et les auteurs interprètent ce profil comme compatible avec une contraction persistante des petites artères cérébrales.
Une vitesse de flux n'est pas un débit, puisqu'elle dépend aussi du calibre du vaisseau : ces 20 % ne s'additionnent pas aux 29 % du paragraphe précédent. Neuf personnes, c'est peu : ce résultat oriente, il ne conclut pas.
Dans le POTS, une boucle supplémentaire a été décrite, sur des sous-groupes précis. Environ la moitié des personnes de ces cohortes présentent un gaz carbonique abaissé en position debout[35], et un gaz carbonique bas resserre les artères cérébrales. Chez onze personnes atteintes de POTS dont la plainte principale était un essoufflement debout, la chute de la vitesse du flux cérébral précédait l'augmentation de la ventilation de dix-sept secondes en moyenne[36]. L'hyperventilation n'explique donc pas le début de la baisse, mais elle peut ensuite l'entretenir.
Reste la question qui vous concerne le plus directement : à quel moment de cette séquence la vision se trouble. Un travail italien a chronométré les signes qui précèdent un malaise chez 149 personnes chez qui une syncope avait été provoquée par un test d'inclinaison sensibilisé par un vasodilatateur. Céphalée, bouffée de chaleur et palpitations apparaissaient plus de trois minutes avant. Nausée, faiblesse, sueurs et vertige, une à trois minutes avant. La vision floue apparaissait dans la dernière minute, avec les valeurs de tension et de fréquence cardiaque les plus basses de tout l'épisode[37].
Cette chronologie vaut pour le malaise vasovagal provoqué dans ce protocole. Elle ne se transpose pas telle quelle à l'intolérance orthostatique installée de l'EM/SFC, du POTS ou du Covid long, où la baisse de perfusion s'installe autrement, et l'étude mesure une vision floue plutôt qu'un obscurcissement progressif. Elle suffit néanmoins à écarter une idée répandue : le trouble visuel n'est pas le premier signe d'alerte du malaise, c'est un signe tardif.
La conduite à tenir en découle, et elle est étayée par un essai randomisé. Chez 223 personnes sujettes aux malaises avec des signes annonciateurs reconnaissables, apprendre à réagir dès ces signes réduisait les récidives de 39 % par rapport aux conseils habituels seuls[40]. Dès que la vue se trouble en position debout, il s'agit donc d'interrompre la station debout sans attendre : s'asseoir bas ou s'allonger, jambes surélevées si c'est possible.
L'épisode orthostatique est bref, il touche le plus souvent les deux yeux, il survient au lever ou après une station debout prolongée, parfois même en position assise chez les personnes les plus atteintes, et il cède rapidement une fois allongée. Il s'accompagne souvent de vertige, de sueurs ou de nausée. Il se répète, et cette répétition ne l'écarte en rien : une intolérance orthostatique est par définition récurrente.
Le rideau qui descend devant un seul œil est autre chose. C'est le tableau de la perte visuelle transitoire d'un œil, dont le diagnostic repose uniquement sur l'interrogatoire, dont les formes sont plus variées qu'on ne le croit, et qui appelle la même urgence d'évaluation qu'un accident ischémique transitoire du cerveau[38].
La distinction un œil ou deux yeux est difficile à faire soi-même sur le moment, car personne ne pense à fermer un œil pendant un malaise, et la littérature confie ce partage à l'ophtalmologiste et au neurologue. Appellent un avis rapide : une perte de vision nettement limitée à un œil, un trouble qui persiste une fois allongée, un manque qui reste dans le champ visuel, un épisode inhabituel par rapport à ceux que vous connaissez, ou une perte de vision survenant sans aucun contexte de malaise (voir la section suivante).
Un point d'honnêteté sur ce que ces travaux ne montrent pas. Aucun d'entre eux ne mesure la perfusion de la rétine au moment où la vision s'éteint : ce qui est mesuré, c'est la circulation du cerveau. Écrire que le voile noir du Covid long vient d'un défaut de perfusion de la rétine dépasserait les données disponibles, et rien ne dit aujourd'hui quelle part du signal visuel revient à la rétine, au nerf optique ou aux voies visuelles centrales.
Ce mécanisme n'est pas non plus retrouvé de la même façon par toutes les équipes. Un travail pilote canadien publié en 2025, portant sur neuf personnes atteintes de Covid long, douze d'EM/SFC et dix témoins, ne retrouve aucune différence entre les groupes sur les réponses circulatoires au test d'inclinaison, mais ce test durait cinq minutes là où les travaux néerlandais vont jusqu'à trente[39]. Il décrit en revanche d'autres anomalies, propres à chacune des deux maladies.
Les travaux néerlandais proviennent par ailleurs d'une seule équipe, sont rétrospectifs, et leurs auteurs écrivent eux-mêmes que leur méthode de mesure doit être reproduite ailleurs[32].
Quand un symptôme oculaire impose une consultation
🟢 Repères d'orientation usuelsUne maladie chronique n'immunise contre aucune urgence ophtalmologique, et certains signes imposent un avis rapide quelle que soit l'histoire médicale par ailleurs.
C'est le risque symétrique de tout ce qui précède. À force de rattacher chaque symptôme à sa maladie chronique, un signe qui appelle un examen rapide peut être rangé dans la même catégorie que les autres et attendre plusieurs semaines.
Les situations suivantes justifient une consultation sans caractère d'urgence évident, c'est-à-dire un rendez-vous ophtalmologique ou orthoptique. Précisez, au moment de la prise de rendez-vous, depuis quand cela dure :
- sécheresse persistante malgré des larmes artificielles ;
- flou fluctuant installé depuis plusieurs semaines ou mois ;
- fatigue rapide à la lecture, lignes qui sautent ;
- gêne à la lumière chronique et stable.
Les situations suivantes justifient au contraire un avis rapide, en urgence pour la plupart, indépendamment de toute maladie chronique :
- baisse de vision brutale, d'un œil ou des deux ;
- apparition d'un manque dans le champ visuel ;
- vision double d'apparition récente et persistante ;
- œil rouge et douloureux ;
- douleur oculaire importante accompagnée d'une baisse de vision ;
- éclairs lumineux nouveaux avec une pluie de points noirs, ou un voile qui descend.
Ces signes ne sont pas des complications attendues du Covid long, de l'EM/SFC ou de la fibromyalgie. Ils renvoient le plus souvent à des causes ophtalmologiques propres, dont certaines se traitent d'autant mieux qu'elles sont vues tôt.
Fait établi. Les plaintes visuelles sont fréquentes dans ces trois maladies et coexistent souvent avec un examen ophtalmologique de routine normal. Les symptômes de sécheresse y sont fréquemment rapportés, avec une association populationnelle documentée pour la fibromyalgie et le syndrome de fatigue chronique ; leur fréquence propre au Covid long n'est pas établie par les travaux cités ici. Plusieurs médicaments couramment prescrits dans ces situations réduisent la sécrétion lacrymale et l'amplitude d'accommodation, par un mécanisme pharmacologique connu et attendu.
Hypothèse étayée. Une atteinte des petites fibres nerveuses cornéennes est documentée par plusieurs études contrôlées indépendantes en fibromyalgie, et une anomalie de la contraction pupillaire par plusieurs équipes après un Covid. Ces signaux sont reproduits à l'échelle de groupes, mais leur signification pour une personne donnée n'est pas établie, et toutes les études ne contrôlent pas les traitements en cours.
Spéculation. Que ces observations traduisent un mécanisme unique partagé par les trois maladies reste une hypothèse, et les résultats disponibles sont plutôt discordants. Qu'un de ces examens puisse servir de test diagnostique n'est démontré nulle part : les performances publiées proviennent de validations internes aux cohortes qui ont servi à construire les modèles, sans reproduction dans des cohortes externes indépendantes.
Ce qu'il faut retenir
L'œil ouvre trois fenêtres différentes sur ces maladies. La cornée donne accès aux petites fibres nerveuses, la pupille et l'accommodation renseignent sur la régulation autonome, la rétine sur le tissu nerveux et la microcirculation. Les résultats publiés sont assez cohérents pour justifier une recherche active, et trop inégaux d'une maladie à l'autre pour fonder quoi que ce soit chez une personne donnée.
Dans l'immédiat, ce qui change quelque chose pour vous est plus simple. Faire écarter les causes ordinaires, faire vérifier ce que vos traitements font à vos yeux, et consulter rapidement devant une baisse de vision brutale, une vision double récente, un œil rouge et douloureux ou un voile qui descend. Ces signes ne doivent pas être attribués d'emblée à votre maladie chronique : ils appellent une évaluation ophtalmologique rapide, et ils se traitent d'autant mieux qu'ils sont vus tôt.
L'œil ne dit pas encore de quoi vous souffrez. Il commence à dire où regarder.① Faites la liste de vos traitements : notez chaque molécule et sa date de début, puis comparez avec la date d'apparition de vos troubles visuels. Présentez cette liste au médecin qui suit ces traitements, sans rien modifier vous-même.
② Notez quand le flou apparaît : pendant sept jours, notez l'heure et le contexte. Un flou de fin de journée et un flou qui suit vos poussées de fatigue n'orientent pas au même endroit.
③ Parlez d'un bilan orthoptique si la lecture est en cause : si la gêne porte surtout sur la lecture, la convergence ou une fatigue visuelle malgré une correction adaptée, ce bilan mesure des fonctions que l'acuité visuelle ne teste pas. À discuter avec votre médecin traitant ou votre ophtalmologiste.
Questions fréquentes
Pourquoi ma vue est-elle floue alors que mon ophtalmologiste ne trouve rien ?
L'examen de routine mesure l'acuité visuelle et examine le fond d'œil. En temps de consultation contraint, il n'explore pas systématiquement la capacité à maintenir la mise au point de près, la convergence des deux yeux ou la réaction de la pupille. Un flou fluctuant peut venir de l'une de ces fonctions sans que rien n'apparaisse à l'examen standard. Un bilan orthoptique et un examen de la surface oculaire explorent précisément ce que l'acuité ne mesure pas.
La microscopie confocale de la cornée peut-elle diagnostiquer une fibromyalgie ?
Non. Plusieurs études contrôlées retrouvent une réduction des fibres nerveuses de la cornée en fibromyalgie, mais avec une variabilité très importante d'un travail à l'autre, et sans valeurs de référence permettant de trancher pour une personne donnée. Cet examen reste par ailleurs un outil de recherche et de centres spécialisés, qui ne se prescrit pas en consultation de ville. Aucun examen oculaire ne constitue aujourd'hui un test diagnostique de la fibromyalgie.
Mes antidépresseurs peuvent-ils rendre ma vision floue ?
C'est possible. La glande lacrymale et le muscle qui commande la mise au point de près sont sous commande cholinergique : les molécules à effet antimuscarinique, dont certains antidépresseurs tricycliques, réduisent la production de larmes et l'amplitude d'accommodation. Les sérotoninergiques et noradrénergiques sont eux aussi associés à la sécheresse oculaire, par d'autres mécanismes. Aucun de ces traitements ne se modifie ni ne s'arrête sans l'avis du médecin qui les a prescrits.
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Découvrir myBoussoleSources
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- Long-term ocular symptoms following COVID-19 linked to immune dysregulation, dysautonomia and peripheral neuropathy. Moustardas et al., 2026 — PubMed PMID 42420292
- Abnormal quantitative pupillary light responses following COVID-19. Bitirgen et al., 2022 — PubMed PMID 35380318
- Virtual Reality-Based Infrared Pupillometry (VIP) for Long-COVID. Tang et al., 2025 — PubMed PMID 39631631
- Task-Evoked Pupillary Dynamics Are Altered in Post-COVID Syndrome. Smit et al., 2026 — PubMed PMID 42201061
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- Increased Vulnerability to Pattern-Related Visual Stress in Myalgic Encephalomyelitis. Wilson et al., 2015 — PubMed PMID 26562880
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