Photobiomodulation : lumière rouge et cellules
L'article en 1 minute
Aucun appareil grand public ne garantit un effet biologique mesuré. myBoussole en parle parce que derrière le marketing Instagram, il y a un mécanisme mitochondrial documenté (cytochrome c oxydase), avec un niveau de preuve très différent selon l'indication.
Fait établi : sur la fibromyalgie, une méta-analyse de 9 essais randomisés (325 patients, Yeh et al., 2019) montre des améliorations significatives de la douleur et de la fatigue. Une revue-parapluie de 2025 (204 essais, plus de 9 000 participants) confirme ce signal sur la fatigue, avec une certitude jugée modérée.
L'hypothèse d'un mécanisme mitochondrial commun (la lumière libérerait le monoxyde d'azote lié à la cytochrome c oxydase, restaurant la production d'ATP) est cohérente avec la dysfonction mitochondriale hétérogène rapportée dans le Covid long, mais reste une extrapolation, pas une preuve clinique directe pour cette indication.
Le premier essai randomisé dédié au Covid long (Lim et al., 2026, 43 patients, financé par le fabricant du dispositif) n'a pas atteint son critère principal (p = 0,088) ; seul un sous-groupe de moins de 45 ans montre un signal (p = 0,028).
À retenir : même sur la fibromyalgie, la certitude globale reste faible à modérée et aucun protocole (longueur d'onde, dose, fréquence) n'est standardisé ; un avis médical reste utile avant tout achat d'appareil, notamment en cas de lésion cancéreuse ou de grossesse.
📖 Termes de référence
- Photobiomodulation (PBM) = Low-Level Light Therapy (LLLT), thérapie par la lumière à faible puissance
- Cytochrome c oxydase (CCO) = Cytochrome c oxidase, complexe IV de la chaîne respiratoire mitochondriale
- Proche infrarouge (NIR) = Near-Infrared, longueurs d'onde 780–1100 nm
- Densité d'énergie (J/cm²) = Fluence, dose lumineuse délivrée par unité de surface
- Potentiel membranaire mitochondrial (ΔΨm) = Mitochondrial membrane potential
- Espèces réactives de l'oxygène (ROS) = Reactive Oxygen Species
- FIQ = Fibromyalgia Impact Questionnaire, score de retentissement global
- Malaise post-effort (MPE) = Post-Exertional Malaise (PEM)
Introduction On vous a vendu des panneaux LED rouges sur Instagram en promettant de tout guérir. La réalité est plus nuancée : il y a derrière la photobiomodulation une biochimie sérieuse documentée, un signal parmi les mieux étayés sur la fibromyalgie (certitude toutefois faible à modérée), et un premier essai clinique sur le Covid long qui mérite d'être lu, avec ses limites.
Qu'est-ce que la photobiomodulation ?
🟠 Modèle mécanistique bien documenté — mécanisme exact non univoqueLa photobiomodulation (PBM) désigne l'utilisation de la lumière à faible puissance — essentiellement rouge (630–700 nm) et proche infrarouge (780–1100 nm) — pour produire un effet biologique sur les tissus. Le terme remplace progressivement l'ancienne dénomination LLLT (Low-Level Laser Therapy), utilisée depuis les années 1960 quand le biologiste hongrois Endre Mester observa pour la première fois une accélération de la cicatrisation sous laser.
La nomenclature peut prêter à confusion : PBM, LLLT, photothérapie rouge, thérapie infrarouge, ces termes désignent souvent des interventions apparentées, mais avec des dispositifs et des paramètres très variables, pas toujours strictement équivalents. Ce qui les distingue le plus nettement de la luminothérapie circadienne (lumière blanche ou bleue utilisée pour les troubles du rythme circadien, via la mélanopsine rétinienne), c'est la cible biologique visée : des effets photobiologiques locaux (mitochondries, tissus), plutôt qu'un signal circadien rétinien.
Les dispositifs se répartissent en deux grandes catégories : les lasers de classe III et IV, utilisés en cabinet médical ou kinésithérapique, et les panneaux LED grand public, dont la popularité a explosé ces cinq dernières années. La différence thérapeutique entre laser et LED reste débattue — les deux activent la même cible — mais le calibrage précis de la dose délivrée est nettement plus fiable sur les appareils médicaux.
Les deux fenêtres thérapeutiques de la PBM dans le spectre visible et proche infrarouge. La lumière bleue (luminothérapie circadienne) agit sur un mécanisme totalement différent.
Comment la lumière agit sur la mitochondrie
🟢 Mécanismes bien étayés — non univoques (Hamblin 2018, Harvard/MGH)La cytochrome c oxydase (CCO), complexe IV de la chaîne de transport électronique mitochondriale, est l'un des principaux photoaccepteurs proposés pour la PBM, en particulier dans certaines fenêtres spectrales. C'est un chromophore : elle absorbe les photons dans les longueurs d'onde rouge et proche infrarouge.[1]
Selon l'hypothèse la plus étudiée, en conditions normales la CCO peut être partiellement inhibée par du monoxyde d'azote (NO) endogène, qui se fixe sur le site de liaison de l'oxygène et freine la respiration cellulaire. L'absorption d'un photon par la CCO dissocierait cette liaison NO : le NO serait libéré, l'enzyme retrouverait son activité, et la chaîne respiratoire sa pleine fonction. D'autres mécanismes, au-delà de la seule CCO, sont également discutés dans la littérature.[1]
Il s'ensuit une cascade en plusieurs étapes :[2]
- Augmentation du potentiel membranaire mitochondrial (ΔΨm)
- Augmentation de la production d'ATP
- Modulation des espèces réactives de l'oxygène (ROS) : ni supprimées ni amplifiées, mais recalibrées
- Activation de facteurs de transcription : NF-κB, Nrf2, PGC-1α
- Réduction des cytokines pro-inflammatoires en aval : TNF-α, IL-1β, IL-6
De l'absorption du photon par la CCO à la production d'ATP et à la modulation inflammatoire. Le NO inhibiteur libéré est une clé du mécanisme.
👁️ L'œil du Docteur en pharmacie : l'effet bimodal
La PBM présente une réponse dose-effet souvent biphasique (ou hormétique) : trop peu de lumière → pas d'effet ; une dose optimale → effet thérapeutique ; trop → inhibition voire effet opposé. Cette biphasicité illustre justement pourquoi la simple réciprocité fluence = irradiance × temps (loi de Bunsen-Roscoe) ne suffit pas à définir la dose biologique : irradiance, durée, pulsation et tissu exposé comptent également, pas seulement l'énergie totale délivrée.
C'est précisément ce qui rend les appareils non calibrés grand public problématiques : sans connaître ces paramètres, on ne sait pas dans quelle zone de la courbe on se trouve. La plage de dose optimale dépend du contexte (tissu, indication, dispositif), plus qu'elle ne définit une fenêtre thérapeutique unique et étroite.
La PBM a un effet dose-dépendant : sans suivi structuré de votre douleur ou de votre fatigue séance après séance, difficile de savoir si vous êtes dans la bonne fenêtre thérapeutique ou si l'effet s'estompe avec le temps.
Commencer le suiviCe que disent les données : douleur et fibromyalgie
🟠 Association documentée — méta-analyses, qualité méthodologique faible à modéréeC'est sur la fibromyalgie que le signal est aujourd'hui le mieux étayé pour la PBM, même si la certitude globale des données reste jugée faible à modérée par la revue-parapluie la plus récente.[8] En 2019, Yeh et al. ont publié dans Pain Physician une méta-analyse de 9 essais randomisés contrôlés (n=325) évaluant la LLLT versus laser placebo dans la fibromyalgie.[3]
Les résultats sont statistiquement significatifs sur l'ensemble des critères explorés :
- Score FIQ (impact global) : SMD 1,16 (IC 95% 0,64–1,69)
- Sévérité de la douleur : SMD 1,18 (IC 95% 0,82–1,54)
- Fatigue : SMD 1,40 (IC 95% 0,96–1,84), résultat particulièrement pertinent pour l'audience Boussole
- Dépression : SMD 1,46 (IC 95% 0,93–2,00)
- Raideur : SMD 0,92 (IC 95% 0,36–1,48)
Ces SMD sont élevés. Mais la lecture critique s'impose : la qualité méthodologique des essais inclus est jugée faible à modérée. La plupart n'aveuglent que les personnes participantes (pas les thérapeutes), les protocoles sont hétérogènes (longueurs d'onde, fréquences, durées variables), et plusieurs n'ont pas de procédure d'allocation randomisée clairement documentée. Il est difficile de conclure à une causalité robuste.
Une revue-parapluie publiée en 2025 par Son et al., regroupant 15 méta-analyses portant sur 204 essais randomisés et plus de 9 000 participants à travers 35 critères de jugement, confirme ce signal : la fatigue dans la fibromyalgie fait partie des rares critères où la certitude est jugée modérée (SMD équivalent 1,25, IC 95 % 0,63–1,87), la plupart des 35 critères évalués tous domaines confondus restant de certitude faible à très faible.[8]
Une revue systématique dédiée spécifiquement à la fibromyalgie, publiée en juin 2026 (7 essais randomisés), retrouve des réductions à court terme de la douleur et des gains de qualité de vie, tout en soulignant une hétérogénéité substantielle qui limite la généralisation des résultats.[9]
Dans certaines douleurs musculosquelettiques, notamment la fasciite plantaire, une méta-analyse de 2023 (Ferlito et al., 19 RCTs, n=1089) confirme que la PBM réduit la douleur significativement par rapport au placebo à court terme (MD −22/100 sur échelle VAS).[4] Son effet antalgique apparaît supérieur aux ondes de choc, mais sans avantage ajouté quand elle est combinée à d'autres électrothérapies. Cet effet documenté sur la fasciite plantaire ne se généralise pas nécessairement à l'ensemble des douleurs musculosquelettiques.
Un essai clinique en cours (Carvalho et al., 2025, protocole publié) évalue l'association PBM et exercice aérobie dans la fibromyalgie : les résultats, non encore disponibles, apporteront des données complémentaires sur l'additionnalité de ces approches.[5]
Niveau de preuve par indication. La fibromyalgie dispose des données les plus robustes. Le Covid long est en phase préliminaire.
Covid long et brouillard mental : où en est-on vraiment ?
🔴 Signal préliminaire — 1er RCT pilote non conclusif (n=43, 2026)Jusqu'à récemment, la réponse honnête était : zéro essai randomisé dédié au Covid long. La situation a changé début 2026 avec la publication dans eClinicalMedicine (The Lancet) du premier essai contrôlé randomisé évaluant la PBM pour le brouillard cognitif du Covid long.[6]
Pourquoi le mécanisme est cohérent
Avant d'examiner les données cliniques, posons le cadre mécanistique. Dans le Covid long, une dysfonction mitochondriale hétérogène est rapportée par plusieurs études, sans biomarqueur validé ni consensus sur son ampleur exacte :[7] diminution de production d'ATP, augmentation du stress oxydatif, dérèglement du rapport pyruvate/lactate, modifications du potentiel membranaire mitochondrial, et dans les cellules endothéliales, réduction de la production de monoxyde d'azote compromettant la vasodilatation.
La revue narrative de Bessalah et al. (médecine/sciences, 2025) cite la PBM parmi les pistes explorées pour atténuer ces symptômes, en précisant que l'effet passerait par la stimulation de la production d'énergie mitochondriale ; il s'agit d'une piste discutée par les auteurs, pas d'une conclusion démontrée par des essais cliniques dédiés.[7]
La CCO est l'un des points d'entrée proposés pour la PBM dans cette cascade, sans être établie comme la cible exclusive. Le raisonnement mécanistique est donc cohérent, mais cohérence mécanistique n'est pas preuve clinique.
Le premier RCT : résultats et limites
L'essai de Lim et al. (2026) a recruté 43 adultes présentant des symptômes cognitifs de Covid long depuis plus de 12 semaines. Les personnes participantes ont reçu soit une PBM intranasal et transcrânienne (810 nm, 40 Hz, 20 min/jour, 6 jours/semaine pendant 8 semaines), soit un dispositif sham identique en apparence.
Résultats sur le critère principal (score cognitif composite Creyos à J56) :
- Globalement : différence active vs sham de 0,043 point, p=0,088, non significatif
- Sous-groupe de moins de 45 ans (analyse préspécifiée exploratoire) : p=0,028, taille d'effet modérée (d≈0,44)
- Tâche d'attention (Feature Match) : significative à J28 et J84
Les critères secondaires — fatigue, mobilité, qualité de vie — ont majoritairement favorisé le groupe sham, ce qui est contre-intuitif et non expliqué de façon concluante par les auteurs. Aucun effet indésirable grave n'a été rapporté (céphalées légères 16%, irritation cutanée 14%).
La lecture critique est indispensable ici. Le financement provient de Vielight Inc., fabricant du dispositif testé, dont plusieurs auteurs sont employés ou consultants. Le critère principal n'est pas atteint. L'effectif de 43 personnes est insuffisant pour toute conclusion robuste. La cohorte est peu représentative (93% de participants blancs, 77% de femmes). Les auteurs eux-mêmes concluent que des essais plus larges sont nécessaires avant de pouvoir conclure.
👁️ L'œil du Docteur en pharmacie : lire un RCT industriel
Un essai contrôlé randomisé financé par le fabricant du dispositif n'est pas automatiquement invalide, mais il exige une vigilance accrue. Ici, plusieurs éléments méritent attention : les auteurs jouent un rôle dans la conception de l'étude ET commercialisent le dispositif testé, le critère principal n'est pas atteint globalement, et les résultats sur les critères subjectifs (fatigue, qualité de vie) sont défavorables à l'intervention.
Ce que l'on peut retenir : signal exploratoire sur la cognition chez les moins de 45 ans, sécurité acceptable à court terme. Ce qu'on ne peut pas dire : que la PBM est efficace pour le brouillard cognitif du Covid long.
Pour les personnes atteintes de Covid long qui s'intéressent à la PBM : le pacing reste prioritaire. La PBM n'est pas une thérapie d'effort, mais tout protocole adjuvant doit être intégré dans une gestion de l'énergie globale pour éviter d'aggraver le malaise post-effort.
Protocoles, appareils et paramètres
🟠 Association documentée — hétérogénéité importante des protocolesL'un des problèmes centraux de la littérature sur la PBM est la non-standardisation des protocoles. Les paramètres suivants varient considérablement entre les études :
- Longueur d'onde : 630–700 nm (rouge visible) ou 780–1100 nm (proche infrarouge)
- Puissance et densité d'énergie (fluence) : exprimée en J/cm², le paramètre clé souvent absent des communications grand public
- Durée de session : quelques minutes à plus d'une heure
- Fréquence : quotidienne, tri-hebdomadaire, variable
- Mode : continu ou pulsé (la pulsation à 40 Hz est spécifiquement explorée pour les effets neuroprotecteurs)
En pratique, deux grandes catégories de dispositifs existent. Les lasers médicaux (classes III et IV), utilisés par les kinésithérapeutes et médecins, délivrent une dose calibrée sur une cible précise. Les panneaux LED grand public couvrent de plus grandes surfaces mais avec une calibration très variable d'un appareil à l'autre, et sans garantie que la longueur d'onde annoncée correspond à celle effectivement émise.
Le coût d'une séance en cabinet varie de 30 à 60 euros. Les panneaux LED domestiques se négocient entre 50 et 500 euros. L'investissement peut sembler raisonnable, mais sans dispositif calibré, l'effet thérapeutique reste incertain.
Précautions, contre-indications et limites
🟠 Consensus d'experts — données de sécurité à court terme disponiblesLa PBM est généralement bien tolérée à court terme dans les essais publiés, mais le suivi de sécurité n'y est presque jamais le critère principal. Les effets indésirables rapportés sont légers et transitoires : sensation de chaleur, érythème passager, céphalées occasionnelles (16 % dans l'essai de Lim 2026). Aucun effet indésirable grave n'a été rapporté dans les études incluses, mais l'exhaustivité du recueil des effets indésirables varie selon les essais.
La littérature grand public confond souvent contre-indication avérée, précaution par manque de données et simple prudence. Voici ce que documentent réellement les sources disponibles, notamment un projet de guidance de la FDA (Draft Guidance, non finalisée : « for comment purposes only ») sur les dispositifs de photobiomodulation[10] :
- Yeux (précaution ferme) : toujours protéger les yeux pendant la séance, les lasers de classe III et IV peuvent causer des lésions rétiniennes irréversibles. Les LED grand public sont moins à risque mais la protection reste recommandée.
- Lésions cancéreuses (précaution par manque de données) : le projet de guidance FDA recommande d'éviter l'application sur ou à proximité d'une lésion cancéreuse, non pas parce qu'une stimulation de la prolifération tumorale est démontrée, mais parce que les tests concluants manquent sur ce point.[10]
- Zones hémorragiques actives (précaution) : l'effet sur la microcirculation pourrait aggraver un saignement.
- Grossesse (précaution par manque de données) : la sécurité des lasers non thermiques pendant la grossesse n'a pas été établie, ce qui justifie d'éviter l'usage par prudence plutôt que par un risque démontré.[10]
- Photosensibilité médicamenteuse (précaution à nuancer selon le dispositif) : certains médicaments (tétracyclines, fluoroquinolones, amiodarone) augmentent la photosensibilité cutanée, un mécanisme documenté surtout pour l'UVA. Sa transposition mécanique à toute PBM rouge/proche infrarouge n'est pas établie : c'est le spectre réellement émis par le dispositif utilisé qui doit être pris en compte, pas une règle générique.
La principale limite reste l'absence de données à long terme. La plupart des essais durent 4 à 12 semaines. On ne sait pas si les effets se maintiennent, si un entretien est nécessaire, ni quels sont les effets d'une exposition répétée sur des années.
Concernant les dispositifs grand public : le risque n'est pas tant la dangerosité que l'inefficacité. Un panneau LED mal calibré ou avec une longueur d'onde inexacte ne stimule pas la CCO de façon efficace : on dépense de l'argent sans bénéfice démontré.
🧩 Ce que l'on sait, et ce que l'on ne sait pas encore
Ce qu'on sait : Le mécanisme biologique de la PBM sur la CCO mitochondriale est bien étayé (Harvard, 2018), sans être univoque. Sur la fibromyalgie, c'est le signal le mieux étayé de la littérature PBM (méta-analyse de 9 RCTs, revue-parapluie 2025 de 204 RCTs) : améliorations significatives de la douleur, de la fatigue et du score FIQ, mais une certitude globale jugée faible à modérée. Dans certaines douleurs musculosquelettiques, notamment la fasciite plantaire, l'effet antalgique vs placebo est également documenté. La sécurité à court terme semble acceptable.
Ce qu'on ne sait pas encore : Le protocole optimal (longueur d'onde, dose, fréquence) n'est pas établi. Les effets à long terme sont inconnus. Pour le Covid long, les données restent préliminaires : le premier RCT (n=43) n'a pas atteint son critère principal et est financé par l'industriel. La supériorité des appareils médicaux sur les panneaux LED grand public n'est pas démontrée en conditions réelles. Aucun biomarqueur ne permet de prédire qui répondra à cette approche.
Ce qu'il faut retenir
La photobiomodulation (PBM) par lumière rouge et proche infrarouge repose sur une base biophysique et mitochondriale plausible et bien documentée, avec la cytochrome c oxydase comme photoaccepteur le mieux étudié. Ce n'est ni de la médecine douce ni du marketing : c'est de la biophysique cellulaire, même si le mécanisme moléculaire précis n'est pas définitivement établi dans ses moindres détails.
Sur la fibromyalgie, c'est le signal le mieux étayé de la littérature PBM : une méta-analyse de 9 essais randomisés contrôlés (RCT, Yeh 2019, portant sur 325 patients) montre des améliorations significatives de la douleur, de la fatigue et du questionnaire d'impact de la fibromyalgie (score FIQ global), avec des tailles d'effet élevées, et une revue-parapluie de 2025 (204 RCT, Son et al.) confirme ce signal sur la fatigue avec une certitude modérée. La certitude globale reste néanmoins faible à modérée et les protocoles hétérogènes, ce qui interdit de conclure à une efficacité robuste au sens strict.
Sur le Covid long, les données sont préliminaires. Le premier RCT (Lim 2026, mené sur 43 patients, publié dans le Lancet) n'a pas atteint son critère principal, est financé par le fabricant du dispositif, et les résultats sur les critères subjectifs favorisent le groupe placebo. Un signal exploratoire existe sur la cognition chez les moins de 45 ans, mais il ne suffit pas à recommander cette approche.
En pratique, le paramètre critique est la dose : longueur d'onde, densité d'énergie (J/cm²), durée et fréquence conditionnent l'effet. L'absence de standardisation des protocoles et la variabilité des dispositifs grand public rendent l'auto-administration incertaine. Un dispositif médical calibré en cabinet reste le cadre le plus fiable pour évaluer une réponse individuelle.
La PBM est une thérapie physique avec une base mécanistique réelle et des indications documentées. Une dosimétrie documentée est indispensable pour interpréter un résultat ; elle ne garantit pas à elle seule une efficacité supérieure au placebo.
① Demandez les paramètres de dose avant tout achat. Longueur d'onde, puissance réelle, dose en J/cm², distance et durée : sans ces paramètres communiqués par le fabricant, il n'y a pas de protocole interprétable.
② Ciblez un seul objectif pendant quelques semaines. Douleur localisée, récupération musculaire, sommeil ou fatigue : pas tout à la fois, pour pouvoir juger d'un effet réel.
③ Protégez les yeux et vérifiez vos médicaments photosensibilisants. Évitez l'autotraitement sur une lésion cutanée suspecte, et demandez l'avis d'un professionnel de santé en cas de doute.
💬 Questions fréquentes
La photobiomodulation et la luminothérapie lumière bleue, c'est la même chose ?
Non, ce sont deux interventions totalement différentes. La luminothérapie à lumière blanche ou bleue agit sur la mélanopsine des cellules ganglionnaires de la rétine pour réguler le rythme circadien et traiter les troubles saisonniers de l'humeur. La PBM utilise la lumière rouge (630–700 nm) ou proche infrarouge (780–1100 nm), dont la cytochrome c oxydase mitochondriale des tissus est l'un des photoaccepteurs les mieux étudiés. Les mécanismes d'action, les cibles biologiques et les indications sont distincts.
Peut-on utiliser la photobiomodulation à domicile ?
Techniquement oui : les panneaux LED rouge et proche infrarouge sont disponibles au grand public. Pratiquement, le calibrage du dispositif est le paramètre critique. L'effet thérapeutique est dose-dépendant (trop peu → rien, trop → inhibition), et la majorité des appareils grand public ne garantissent pas la longueur d'onde exacte ni la densité d'énergie délivrée. Avant tout investissement, il est préférable d'essayer en cabinet avec un dispositif médical certifié pour évaluer si vous répondez à cette approche.
La PBM est-elle prouvée ou du marketing ?
Les deux coexistent dans ce domaine. Le mécanisme biologique sur la CCO est bien étayé par la recherche fondamentale, mais non univoque : d'autres voies sont également discutées. L'efficacité sur la fibromyalgie fait partie des signaux les mieux étayés de la littérature PBM, avec une certitude globale jugée faible à modérée, et les nuances décrites dans cet article. Mais de nombreuses allégations grand public — "guérit tout", "régénère les cellules", "anti-âge" — dépassent très largement les données disponibles.
La PBM est une thérapie physique avec une base mécanistique réelle et des indications documentées, pas une panacée. Une dosimétrie documentée reste indispensable pour interpréter un résultat, mais elle ne suffit pas à elle seule à démontrer une efficacité supérieure au placebo.
Suivez vos symptômes au quotidien
Boussole vous aide à observer vos niveaux d'énergie, votre sommeil et votre confort physique, pour mieux comprendre vos tendances et partager des données concrètes avec vos professionnels de santé.
Essayer l'application (gratuit)Sources
- Hamblin MR. Mechanisms and Mitochondrial Redox Signaling in Photobiomodulation. Photochem Photobiol. 2018;94(2):199–212. Hamblin, 2018 — DOI
- Farivar S, Malekshahabi T, Shiari R. Biological effects of low level laser therapy. J Lasers Med Sci. 2014;5(2):58–62. PMID 25653800 — PubMed
- Yeh SW, Hong CH, Shih MC, et al. Low-Level Laser Therapy for Fibromyalgia: A Systematic Review and Meta-Analysis. Pain Physician. 2019;22(3):241–254. PMID 31151332 — PubMed
- Ferlito JV, Silva CF, Almeida JC, et al. Effects of photobiomodulation therapy (PBMT) on pain intensity and disability in plantar fasciitis: systematic review and meta-analysis. Lasers Med Sci. 2023;38(1):163. Ferlito et al., 2023 — DOI
- Carvalho C, Vassão PG, Santos TIR, et al. Combined aerobic exercise and photobiomodulation for pain and other symptoms in fibromyalgia: study protocol. Pain Manag. 2025;15(10):637–649. Carvalho et al., 2025 — DOI PMID 40694599 — PubMed
- Lim L, Hosseinkhah N, Van Buskirk M, et al. Photobiomodulation for cognitive dysfunction (Brain Fog) in post-COVID-19 condition: a randomized double-blind sham-controlled pilot trial. eClinicalMedicine. 2026;92:103730. Lim et al., 2026 — DOI
- Bessalah S, Sinha D, Yuan X, Paul S, Longet S. Le COVID long — Défis et opportunités thérapeutiques face aux séquelles persistantes. médecine/sciences. 2025;41:869–876. Bessalah et al., 2025 — DOI
- Son Y, Lee H, Yu S, et al. Effects of photobiomodulation on multiple health outcomes: an umbrella review of randomized clinical trials. Syst Rev. 2025;14(1):160. Son et al., 2025 — DOI PMID 40770824 — PubMed
- G A S, Maiya GA, Shetty S, et al. Effect of photobiomodulation on pain and quality of life in fibromyalgia syndrome: a systematic review. Lasers Med Sci. 2026;41(1). Swathi et al., 2026 — DOI PMID 42334638 — PubMed
- U.S. Food and Drug Administration. Photobiomodulation (PBM) Devices — Premarket Notification [510(k)] Submissions: Draft Guidance for Industry and FDA Staff (non finalisée). 2023. FDA, 2023 — Guidance