Grand public

Covid long : un signal vasculaire à surveiller

Après un Covid, certaines personnes restent essoufflées bien plus longtemps que prévu. Une étude française a repéré un signal dans le sang de ces patients : un marqueur lié aux vaisseaux sanguins, le VEGF-A, plus élevé chez ceux dont les poumons échangent moins bien l'oxygène. Ce n'est pas une preuve définitive, mais une piste sérieuse parmi d'autres.

Repères de lecture
Pour qui

Vous vivez avec un Covid long respiratoire (essoufflement persistant, DLCO altérée ou séquelles au scanner) et voulez comprendre, sans jargon, cette piste vasculaire.

Idée centrale

Un signal sanguin, le VEGF-A, est plus élevé chez certains patients Covid long et associé à des séquelles respiratoires : une piste parmi d'autres, pas une explication unique.

À garder en tête

Une association statistique ne prouve pas la causalité, et aucun traitement ciblé n'est aujourd'hui disponible.

Illustration clinique d'un prélèvement sanguin en laboratoire, symbolisant l'analyse de biomarqueurs vasculaires du Covid long

Trois pistes vasculaires, pas une seule

Bien documenté

Le Covid long respiratoire n'a probablement pas une seule cause vasculaire, mais plusieurs pistes qui peuvent se croiser.

Après un Covid, les vaisseaux sanguins peuvent rester perturbés de plusieurs façons différentes. Certaines études pointent des microcaillots qui résistent à la dissolution naturelle. D'autres montrent un déficit en oxyde nitrique, qui gêne la dilatation des vaisseaux. Une troisième piste, plus récente, s'intéresse à un signal appelé VEGF-A, lié à la formation de nouveaux vaisseaux sanguins. Ces trois pistes ne sont probablement pas indépendantes : elles peuvent s'alimenter les unes les autres via le manque d'oxygène dans les tissus et l'inflammation. Les microcaillots et le déficit en oxyde nitrique sont déjà détaillés sur ce site : cet article se concentre sur la troisième piste, celle du VEGF-A.

Trois pistes vasculaires coexistent probablement chez certains patients Covid long, sans qu'aucune ne les résume à elle seule.

Le signal retrouvé chez 137 patients

Hypothèse étayée

Une cohorte française de 137 patients Covid long montre un VEGF-A élevé, associé à une moins bonne oxygénation pulmonaire et à des séquelles au scanner.

Comparés à des volontaires sains et à des patients hospitalisés pour un Covid aigu, ces patients Covid long présentaient un VEGF-A plus élevé, sans hausse des marqueurs inflammatoires habituels. Après ajustement statistique sur l'âge, le sexe et le poids, le VEGF-A ressort comme le facteur le plus associé à une DLCO altérée (un test qui mesure les échanges gazeux dans les poumons) et à des lésions résiduelles au scanner. Un signal comparable a été retrouvé de façon indépendante dans une cohorte espagnole de 171 personnes. Cette association reste statistique : elle ne prouve pas qu'un VEGF-A élevé cause directement l'essoufflement chez une personne donnée.

Ce que le suivi rend visible

Documenter dans la durée l'essoufflement, la tolérance à l'effort et la fatigue aide à objectiver une évolution concrète, à partager ensuite avec un professionnel de santé.

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Un chiffre élevé de VEGF-A est associé à l'essoufflement dans cette cohorte, mais association ne veut pas dire preuve individuelle.

Un essai clinique encore au tout début

Spéculation à nuancer

Un essai pilote, BASECOVID, teste un médicament anti-VEGF-A chez 21 patients, mais aucun résultat n'est disponible.

L'essai BASECOVID (NCT07089719), mené à l'Hôpital européen Georges-Pompidou, évalue le bevacizumab, un anticorps qui bloque le VEGF-A déjà utilisé en oncologie. Son objectif est de vérifier la tolérance de ce traitement chez des patients très essoufflés, pas encore de prouver un bénéfice clinique. Au moment de la rédaction de cet article, l'essai était enregistré comme non encore recruteur et aucun résultat n'était disponible.

⚠️ Aucun traitement anti-VEGF-A disponible aujourd'hui

Le bevacizumab est un médicament sur prescription, réservé à un cadre hospitalier strict et surveillé. Aucune molécule anti-angiogénique n'est validée ou accessible pour le Covid long en dehors de cet essai. Confondre ce mécanisme avec un complément ou un traitement « anti-inflammatoire vasculaire » en vente libre serait une erreur potentiellement dangereuse.

Un essai existe, mais il n'a encore produit aucun résultat : ce n'est pas un traitement disponible aujourd'hui.
🔍 Fait établi, hypothèse plausible, spéculation à éviter

✅ Fait établi : l'activation des vaisseaux sanguins pendant la phase aiguë du Covid-19, avec une hausse de facteurs comme le VEGF-A, est un mécanisme bien documenté.

🟠 Hypothèse plausible : chez une partie des patients Covid long respiratoire, un VEGF-A élevé est associé à une moins bonne oxygénation pulmonaire et à des séquelles au scanner ; un signal partiellement retrouvé dans une autre cohorte.

🔴 Spéculation à éviter : penser qu'un dosage de VEGF-A permet un diagnostic individuel, ou qu'un traitement anti-VEGF-A est aujourd'hui disponible pour le Covid long : aucun des deux n'est vrai.

Ce qu'il faut retenir

Le Covid long respiratoire n'est probablement pas une entité unique. Chez une partie des patients qui restent essoufflés, un signal sanguin appelé VEGF-A est associé à une moins bonne oxygénation pulmonaire et à des séquelles visibles au scanner, une piste distincte des microcaillots ou du déficit en oxyde nitrique déjà connus.

Cette association vient essentiellement d'une seule cohorte principale, et aucun traitement ciblé n'est aujourd'hui accessible. Si un essoufflement persiste après un Covid, la démarche utile reste une exploration fonctionnelle respiratoire avec un professionnel de santé, pas un dosage isolé de ce marqueur.

Une piste vasculaire de plus, pas encore un diagnostic ni un traitement.
🎯 Que faire concrètement avec cet article

Faire objectiver votre essoufflement : si une dyspnée persiste après un Covid, demandez une exploration fonctionnelle respiratoire (DLCO, test de marche) plutôt qu'un dosage isolé de VEGF-A hors cadre validé.

Ne pas chercher de traitement anti-VEGF-A hors essai clinique : aucune molécule anti-angiogénique n'est validée pour le Covid long ; l'essai BASECOVID n'a produit aucun résultat à ce jour.

Garder une vision d'ensemble : cette piste vasculaire coexiste avec d'autres mécanismes (microcaillots, oxyde nitrique, neuro-inflammation) ; un professionnel de santé formé au Covid long reste le bon interlocuteur pour votre suivi.

🔬 Pour les détails mécanistiques

Cet article résume les grandes lignes. L'article complet détaille les mécanismes, les études et leurs limites : Covid long : un profil vasculaire au VEGF-A.

Questions fréquentes

Le VEGF-A explique-t-il tout mon Covid long ?
Non. Ce signal ne concerne qu'une partie des personnes vivant avec un Covid long respiratoire, et il coexiste avec d'autres mécanismes déjà documentés, comme les microcaillots ou le déficit en oxyde nitrique.
Peut-on faire doser le VEGF-A pour savoir si on est concerné ?
Ce n'est pas recommandé en pratique courante : il n'existe pas de valeur seuil validée pour interpréter ce dosage chez un individu, en dehors d'un cadre de recherche.
Existe-t-il un traitement contre ce mécanisme ?
Non, aucun traitement anti-VEGF-A n'est validé pour le Covid long. Un essai pilote (BASECOVID) est en cours, mais il n'a produit aucun résultat à ce jour.

Documenter votre essoufflement au fil du temps

Quel que soit le mécanisme en cause (vasculaire, mitochondrial, neuro-inflammatoire), myBoussole vous aide à suivre vos ressentis pour en parler plus précisément avec un professionnel de santé.

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Sources

  1. Philippe et al., 2023 — PubMed PMID 37526809. VEGF-A plasma levels are associated with impaired DLCO and radiological sequelae in long COVID patients. Angiogenesis, 27(1), 51-66. Cohorte observationnelle de 137 patients Covid long comparés à 20 volontaires sains et 88 patients Covid aigu hospitalisés.
  2. Essai BASECOVID (NCT07089719) sur ClinicalTrials.gov : essai pilote de phase 2, bevacizumab, 21 patients, sponsorisé par l'Assistance Publique - Hôpitaux de Paris. Aucun résultat d'efficacité n'est encore disponible.
  3. Farré et al., 2025 — PubMed PMID 41074076. VEGFA sex-specific signature is associated to long COVID symptom persistence. BMC Medicine, 23(1), 552. Cohorte protéomique indépendante de 171 personnes (cohorte COVICAT, Espagne) ; réplication indépendante du signal VEGF-A général.