Bezisterim et Covid long : lecture de l'essai ADDRESS-LC
Écouter cet article
Version audio · voix de synthèse · lecture intégrale du texte
L'article en 1 minute
Le bezisterim est une molécule expérimentale anti-inflammatoire, testée contre la fatigue et les troubles cognitifs du Covid long dans l'essai de phase 2 ADDRESS-LC (203 participants).
D'après le communiqué du promoteur du 15/09/2026, aucun des 22 critères n'est significatif sur l'ensemble des participants, mais 21 vont dans le sens favorable, avec des signaux annoncés par le promoteur chez les plus symptomatiques.
C'est une piste à explorer, pas une preuve d'efficacité : des analyses par sous-groupes aident à formuler des hypothèses, mais pas à les confirmer, surtout quand les critères testés sont nombreux.
Les résultats ne sont pas publiés après relecture par des pairs, les comparaisons multiples ne sont pas corrigées, et les personnes ayant déjà une EM/SFC, une fibromyalgie ou un POTS étaient exclues.
À retenir : Covid long : niveau préliminaire. EM/SFC et fibromyalgie : aucune donnée clinique directe. Un essai de confirmation reste à mener.
Glossaire rapide
- ITT (intention de traiter) : analyse de tous les participants randomisés, quel que soit leur suivi réel du traitement.
- PEM (malaise post-effort) : aggravation des symptômes, souvent différée, après un effort physique ou mental.
- Multiplicité : le fait de tester beaucoup de critères ou de sous-groupes, ce qui augmente le risque de résultats positifs dus au hasard.
- Échafaudage (scaffolding) : protéine qui organise des complexes de signalisation sans être elle-même l'enzyme qui agit.
IntroductionUne molécule expérimentale, le bezisterim, vient de livrer ses premiers résultats dans le Covid long. Le communiqué paraît encourageant, mais il faut distinguer ce qui a été mesuré, ce qui a été relu par des pairs et ce qui reste une hypothèse. Cet article vous aide à lire ces résultats sans les surestimer, et sans les ignorer.
Ce qui a été testé dans ADDRESS-LC
Protocole publiéADDRESS-LC est un essai de phase 2, randomisé contre placebo, qui a inclus 203 adultes atteints d'un Covid long avec fatigue et troubles cognitifs.[1][2]
Chaque participant a reçu 20 mg de bezisterim deux fois par jour pendant 12 semaines, ou un placebo, puis a été suivi 4 semaines de plus. L'essai s'est déroulé dans 20 centres aux États-Unis, auprès d'adultes de 18 à 69 ans.[1][2]
Pour entrer dans l'essai, il fallait une fatigue et un déficit cognitif apparus ou aggravés après le Covid, depuis au moins 3 mois, avec des scores seuils sur deux questionnaires standardisés (PROMIS), l'un pour la cognition, l'autre pour la fatigue.[1]
Le protocole mesure plusieurs familles de critères :
- Cognition : une batterie de tests objectifs (Cogstate) et un questionnaire de cognition ressentie (PROMIS).
- Fatigue et sommeil : des questionnaires PROMIS.
- Malaise post-effort (PEM) : le questionnaire DSQ-PEM.
- Vécu global : qualité de vie (SF-12) et impressions globales du patient et du clinicien.
Le protocole précise que l'essai est exploratoire : il cherche un signal, et chaque critère d'efficacité est testé séparément, sans ajustement pour la multiplicité des comparaisons.[1] Ce choix est courant en phase 2, mais il conditionne la façon de lire les résultats.
👁️ L'œil du Docteur en pharmacie
Le bezisterim (anciennement NE3107 ou HE3286) est un dérivé synthétique de l'androstenetriol, lui-même métabolite de la DHEA. Dans les premières études chez l'humain, la demi-vie terminale rapportée était d'environ 8 heures chez les hommes et 5,5 heures chez les femmes. Cette donnée ne suffit pas, à elle seule, à déterminer le meilleur intervalle entre deux prises.[5] Ces données de pharmacocinétique sont anciennes et ne disent rien de l'efficacité. Cet article ne développe pas les interactions médicamenteuses. Les sources retenues contiennent des données précliniques sur les enzymes CYP (dont CYP3A4), et le protocole prévoit des précautions vis-à-vis des inhibiteurs puissants du CYP3A4 : un point à ne pas gérer seul.
Ce que montrent les premiers résultats
Préliminaire · communiqué du promoteurSelon le communiqué du promoteur du 15/09/2026, aucun des 22 critères n'est statistiquement significatif sur les 203 participants, alors que 21 vont dans le sens favorable au bezisterim.[3]
Ce contraste est le cœur du résultat. Un même sens favorable sur 21 critères est un indice de cohérence, mais ce n'est pas une différence démontrée : sans estimation complète (écarts, intervalles de confiance, pertinence clinique), on ne sait pas de combien les symptômes ont changé.
Le promoteur rapporte ensuite des signaux dans des sous-groupes de forte sévérité initiale, qui rassembleraient environ 78 % des participants (au moins un sous-groupe). Il indique que ces analyses étaient prévues dans le plan statistique et transmises à la FDA avant la levée de l'aveugle.[3]
- Forte fatigue initiale : selon le promoteur, cinq critères annoncés significatifs, dont trois liés à la fatigue.
- PEM élevé : améliorations annoncées sur des mesures de PEM, avec des signaux sur la fatigue et la cognition objective.
- Déficit cognitif objectif important : quatre critères cognitifs objectifs annoncés significatifs.
Côté tolérance, le communiqué mentionne un événement indésirable grave sous placebo et aucun sous bezisterim, sur 12 semaines de traitement. D'après le promoteur, la tolérance paraît favorable à court terme, sans permettre de juger la sécurité à long terme.[3]
Noter chaque jour fatigue, effort et concentration permet de décrire à un soignant comment les symptômes évoluent. Ce suivi n'évalue aucune molécule et ne remplace pas un avis médical.
Découvrir myBoussole⚠️ Avertissement
Le bezisterim est une molécule expérimentale, étudiée dans le cadre d'essais. Ces résultats ne justifient pas de chercher à s'en procurer : un produit acheté en ligne n'offre aucune garantie sur sa composition. Toute question sur la prise en charge d'un Covid long se discute avec un médecin.
Pourquoi ces résultats appellent à la prudence
Signal à confirmerQuatre limites empêchent aujourd'hui de parler d'efficacité : un résultat global non significatif, des signaux issus de sous-groupes, des tests multiples non corrigés et l'absence de publication complète.[1][3]
Le résultat global est non significatif. Les signaux positifs viennent de sous-groupes, plus fragiles qu'une population ciblée dès le départ, avec un critère principal défini et une puissance statistique prévue pour le détecter.
Les comparaisons sont nombreuses. Plus on teste de critères et de sous-groupes, plus la probabilité d'obtenir au moins un résultat « significatif » par pur hasard augmente. Sans correction, les résultats positifs restent des pistes à confirmer.[1]
Les résultats ne sont pas encore publiés après relecture par des pairs. Seul le protocole l'est (BMJ Open).[1] Les résultats viennent d'un communiqué rédigé par l'entreprise qui développe la molécule.[3]
Le suivi après traitement est court (4 semaines), ce qui ne permet pas de savoir si un éventuel bénéfice se maintient.[1]
⚠️ Prudence d'interprétation
Une direction favorable n'est pas une efficacité démontrée. Un sous-groupe prévu à l'avance reste moins solide qu'une population ciblée dans un essai de confirmation. Le niveau de preuve est donc préliminaire : un signal de phase 2 à répliquer.
Que faudrait-il pour changer de statut ? Une phase 3 avec un critère principal défini à l'avance, une population ciblée et un contrôle de la multiplicité. Le promoteur dit vouloir y aller ; aucune phase 3 dans le Covid long n'a été identifiée dans les sources consultées au 01/10/2026.[3]
Un mécanisme encore flou
Mécanisme proposéOn ne sait pas encore sur quelle protéine précise agit le bezisterim. Les travaux disponibles, faits sur des cellules de souris, pointent plusieurs partenaires possibles (ERK1, ERK2, LRP1 et d'autres) plutôt qu'une cible unique. Dans une observation de laboratoire non publiée, les auteurs n'ont pas vu d'inhibition directe de l'activité de l'enzyme ERK2 et proposent plutôt un effet sur l'organisation des complexes ERK. C'est une piste de recherche, pas une explication démontrée du Covid long.
Voir le détail ↓Le bezisterim est décrit comme un modulateur de réseaux inflammatoires, et non comme un inhibiteur spécifique d'une seule protéine : ses cibles directes ne sont pas établies.[4][7]
L'hypothèse de départ est que des signaux immunitaires persistants (réservoirs viraux, réactivation d'autres virus, « mémoire » inflammatoire des macrophages, fragments de protéine Spike) entretiennent des symptômes neurologiques du Covid long.[1] Le bezisterim est testé comme modulateur de la signalisation inflammatoire (voies TLR et TNF, puis ERK et NF-κB), pas comme antiviral. Ces mécanismes du Covid long restent eux-mêmes des hypothèses.
Une étude de protéomique de 2012, menée sur des macrophages de souris, a retenu 26 protéines partenaires candidates, dont ERK1, ERK2, LRP1, RPS6KA3 (RSK3) et SIRT2.[4] La méthode ne permet pas de distinguer une liaison directe d'une simple rétention par des complexes de protéines voisines.
Les auteurs rapportent aussi une observation décrite comme non publiée : le composé ne modifiait ni l'activité kinase d'ERK2 (activée par MEK1), ni la phosphorylation d'un substrat peptidique. Ils en déduisent qu'il perturberait l'organisation (« l'échafaudage ») des complexes ERK plutôt que l'activité de l'enzyme.[4]
Deux réserves s'imposent : ces données viennent de cellules et d'animaux, et l'essentiel provient de travaux liés aux développeurs du composé. La base IUPHAR/BPS indique elle aussi que les cibles ne sont pas complètement résolues.[7]
Chez l'humain, une étude plus ancienne, menée chez des adultes obèses en intolérance au glucose, avait rapporté une meilleure sensibilité à l'insuline sous HE3286, principalement chez les participants déjà insulinorésistants.[6] Ce résultat est indirect et ne dit rien du Covid long.
EM/SFC et fibromyalgie : qu'en dire ?
Aucune donnée clinique directeAucun essai du bezisterim dédié à l'EM/SFC ou à la fibromyalgie n'a été identifié, et les personnes ayant ces diagnostics avant le Covid étaient exclues d'ADDRESS-LC.[2]
Le PEM est bien mesuré dans l'essai, mais un score élevé ne signifie pas que la personne répond aux critères de l'EM/SFC. Les sous-groupes « PEM élevé » ne peuvent donc pas être lus comme des patients atteints d'EM/SFC.[2][3]
Pour la fibromyalgie, aucune donnée clinique avec cette molécule n'a été retrouvée dans les sources consultées au 01/10/2026. Une recherche sans résultat ne prouve pas l'absence d'étude, mais elle interdit toute extrapolation.
Reste une hypothèse de travail : si le bezisterim bénéficiait à un sous-groupe de Covid long, il pourrait servir de sonde pharmacologique d'un réseau inflammatoire. Ce serait une piste pour comprendre, pas une preuve que ce réseau cause la maladie, et encore moins qu'il est le même dans l'EM/SFC ou la fibromyalgie.
À retenir en pratique
Si vous vivez un EM/SFC, une fibromyalgie ou un Covid long, la formule la plus juste aujourd'hui est : molécule expérimentale, signal de phase 2, rien de confirmé. Une participation à un essai se discute avec un médecin, à partir du registre de l'essai (ClinicalTrials.gov).
Fait établi. Le plan de l'essai ADDRESS-LC (203 participants, 20 mg deux fois par jour pendant 12 semaines, placebo) est publié et relu par des pairs.[1] D'après le communiqué du promoteur, aucun des 22 critères n'est significatif sur l'ensemble des participants.[3]
Hypothèse à tester. Les signaux annoncés sur la fatigue, le PEM et la cognition chez les participants les plus symptomatiques suggèrent un bénéfice possible dans un sous-ensemble de Covid long. Ils restent à confirmer dans un essai de phase 3. Le bezisterim agirait par un réseau de partenaires (ERK1 et ERK2, LRP1, entre autres) et non par une cible unique.
Spéculation. Une efficacité du bezisterim dans le Covid long, dans l'EM/SFC ou dans la fibromyalgie n'est pas démontrée, et rien ne prouve que la voie ERK/NF-κB soit la cause de ces maladies.
Ce qu'il faut retenir
Le bezisterim a produit dans ADDRESS-LC un signal de phase 2, pas une preuve. Aucun critère n'est significatif sur l'ensemble des 203 participants, et les signaux favorables chez les plus symptomatiques demandent une confirmation.
Pour l'EM/SFC et la fibromyalgie, il n'existe aucune donnée clinique directe. Il reste à voir la publication complète, la définition exacte des sous-groupes, les biomarqueurs et une éventuelle phase 3. D'ici là, aucune décision de prise en charge ne devrait s'appuyer sur ce communiqué.
Un signal dit où regarder, jamais quoi décider.① Lire le résultat avec son niveau de preuve : Covid long : niveau préliminaire. EM/SFC et fibromyalgie : aucune donnée clinique directe. Un communiqué de promoteur se lit toujours avec ce filtre.
② Attendre la publication complète : Les éléments décisifs sont les écarts en valeur absolue, les intervalles de confiance, la définition des sous-groupes et une éventuelle phase 3 (registre ClinicalTrials.gov, NCT06847191).
③ En parler à un professionnel de santé : Une question sur un essai ou une molécule expérimentale se discute avec un médecin qui connaît votre situation. Il n'est pas recommandé de chercher à se procurer la molécule par soi-même.
Questions fréquentes
Le bezisterim est-il un traitement du Covid long ?
Le bezisterim est-il un inhibiteur d'ERK ?
Cet essai concerne-t-il l'EM/SFC ou la fibromyalgie ?
Garder une trace de votre parcours
myBoussole est un journal de suivi qui aide à décrire fatigue, effort et concentration à un soignant. Il ne dit rien de l'efficacité d'une molécule et ne remplace pas un avis médical.
Découvrir myBoussoleSources
- Markham P, Peluso MJ, Chou SHY, et al. ADDRESS-LC: study protocol for a phase 2, triple-blind, randomised, placebo-controlled trial to evaluate the efficacy and safety of bezisterim (NE3107) in adults with long COVID. BMJ Open. 2026;16:e118726. PMID 42498469.
- ClinicalTrials.gov. NCT06847191 : NE3107 in Adults With Neurological Symptoms of Long COVID. Registre d'essais cliniques, sans PMID. clinicaltrials.gov/study/NCT06847191.
- BioVie Inc. BioVie Announces Topline Results from Phase 2 ADDRESS-LC Trial Evaluating Bezisterim for the Treatment of Neurological Symptoms Associated with Long COVID. Communiqué du promoteur du 15/09/2026, non relu par des pairs, sans PMID. GlobeNewswire.
- Reading CL, Frincke JM, White SK. Molecular targets for 17α-ethynyl-5-androstene-3β,7β,17β-triol, an anti-inflammatory agent derived from the human metabolome. PLoS One. 2012;7(2):e32147. PMID 22384159.
- Ahlem CN, Kennedy MR, Page TM, et al. Studies of the pharmacology of 17α-ethynyl-androst-5-ene-3β,7β,17β-triol, a synthetic anti-inflammatory androstene. Int J Clin Exp Med. 2011;4(2):119-135. PMID 21686136.
- Reading CL, Stickney DR, Flores-Riveros J, et al. A synthetic anti-inflammatory sterol improves insulin sensitivity in insulin-resistant obese impaired glucose tolerance subjects. Obesity (Silver Spring). 2013;21(9):E343-E349. PMID 23670958.
- IUPHAR/BPS Guide to Pharmacology. Bezisterim, ligand ID 13988. Base de données, sans PMID. guidetopharmacology.org.