Grand public

Covid long : une piste biologique pour comprendre une partie de la fatigue

Illustration du métabolisme énergétique et du tryptophane dans le Covid long

L'article en 1 minute

Lecture audio générée par une voix de synthèse.

Une fatigue persistante malgré le sommeil est fréquente dans le Covid long. Une piste explore un tryptophane mal utilisé, acide aminé qui sert à fabriquer la sérotonine et participe à l'énergie des cellules.

Une inflammation qui dure semble détourner du tryptophane vers un autre chemin, ce qui en laisserait moins pour la sérotonine. Ce chemin fabrique aussi une molécule qui aide les cellules à produire de l'énergie : l'effet net dépend des étapes suivantes. Des études d'observation et des travaux sur cellules exposées au plasma de patients en Covid aigu trouvent des profils distincts de personnes saines.

Ces signaux pourraient contribuer à la fatigue, au brouillard cognitif et à une inflammation de faible intensité, sans en être la cause unique.

Un essai avec tirage au sort de 2025 a testé le nicotinamide riboside dans le Covid long. La molécule qui aide à produire l'énergie a nettement augmenté, mais ni la fatigue, ni le sommeil, ni la pensée ne se sont nettement améliorés face au placebo. Tryptophane et niacine n'ont pas d'essai dédié.

À retenir : n'en faites pas un complément automatique. Noter son énergie aide à préparer une consultation.

📖 Termes de référence
  • Covid long = symptômes qui persistent après l'infection initiale au SARS-CoV-2
  • Tryptophane (Trp) = petite substance apportée par l'alimentation, utile à plusieurs fonctions du corps
  • NAD+ = molécule impliquée dans la production d'énergie dans les cellules
  • Mitochondries = petites structures dans les cellules qui aident à produire l'énergie
  • NMN / NR = dérivés de la vitamine B3 étudiés en recherche

Introduction Vous dormez neuf heures et vous vous réveillez épuisé. Vos examens habituels reviennent parfois normaux, alors que la fatigue reste bien réelle. Dans le Covid long, cette fatigue a probablement plusieurs causes : inflammation persistante, dérèglement du système nerveux autonome, troubles du sommeil, entre autres. Cet article explore une piste parmi d'autres, étudiée en laboratoire : une partie du tryptophane, une petite brique utile au corps, semble davantage mobilisée par l'inflammation, ce qui pourrait réduire l'énergie disponible dans certaines cellules.

Une piste biologique possible

🟠 Association documentée : Études sur cellules humaines et cohortes

Dans un organisme en bonne santé, le tryptophane sert à plusieurs choses. Il participe notamment à la fabrication de la sérotonine, qui joue un rôle dans l'humeur et le sommeil. Il contribue aussi, de façon indirecte, à des mécanismes impliqués dans l'énergie cellulaire. Pour replacer cette piste dans les circuits d'alerte, de sommeil et d'anxiété, vous pouvez lire l'analyse dédiée à l'amygdale, la sérotonine et le Covid long.

Ce qui compte n’est pas de tout réduire, mais de mieux hiérarchiser les signaux.

Après une infection par le Covid, certaines recherches suggèrent que, chez une partie des personnes, l'inflammation persistante pourrait orienter davantage ce tryptophane vers une voie métabolique appelée voie kynurénine. Cette voie produit des métabolites aux effets variés, et elle participe aussi à la fabrication du NAD+ : il pourrait alors rester moins de tryptophane disponible pour la sérotonine, sans que cela signifie automatiquement moins de NAD+ produit.

On peut imaginer une usine qui doit répartir ses ressources entre plusieurs tâches. Si une grande partie de ses moyens est mobilisée pour gérer une situation d'urgence, elle risque de moins bien alimenter le reste de son activité.

Détournement du tryptophane dans le Covid long Tryptophane (acide aminé) Covid long (inflammation↑) aussi vers Métabolites de la voie NAD+ (synthèse en aval) Fatigue profonde PEM · Brouillard

Le tryptophane est orienté vers la voie kynurénine, qui produit des métabolites variés et participe aussi à la fabrication du NAD+ : l'effet net sur l'énergie cellulaire dépend des étapes suivantes, pas d'une simple opposition entre les deux.

Ce que les études observent dans l'organisme

🟠 Association documentée : Études in vitro et observationnelles

Les recherches disponibles décrivent surtout trois types d'anomalies biologiques qui pourraient contribuer à une partie des symptômes.

Un repère utile ne ferme pas le débat : il rend visible ce qui mérite d’être suivi dans le temps.

1. Les vaisseaux sanguins pourraient moins bien s'adapter. Dans une étude de laboratoire, des cellules humaines de la paroi des vaisseaux ont été exposées au plasma de patients hospitalisés pendant un Covid aigu (pas une cohorte de Covid long). Les chercheurs ont observé une baisse de la production d'une substance qui aide normalement les vaisseaux à se relâcher, ainsi qu'une hausse de marqueurs liés au stress oxydatif [1]. Ce modèle in vitro n'était pas une étude de Covid long ; son extrapolation à la fatigue persistante reste une hypothèse.

2. Certaines cellules semblent produire leur énergie moins efficacement. D'autres travaux ont observé, chez des personnes atteintes de Covid long, des signes d'un fonctionnement moins efficace des mitochondries, c'est-à-dire des structures cellulaires impliquées dans la production d'énergie [2]. Cela pourrait faire partie des mécanismes qui expliquent la fatigue et la récupération plus lente après un effort.

3. Certains sous-produits pourraient aussi jouer un rôle dans les symptômes cognitifs. Quand le tryptophane est davantage orienté vers certaines voies inflammatoires, il peut donner naissance à des sous-produits chimiques dont certains sont suspectés de perturber le fonctionnement du cerveau. Cette piste pourrait contribuer au brouillard mental décrit par certaines personnes, mais elle ne suffit pas à elle seule à expliquer tous les symptômes.

Niveau de preuve : ces données sont intéressantes, mais elles ne permettent pas de conclure à une causalité certaine. Une partie des résultats vient d'études sur cellules humaines en laboratoire, et une autre d'études d'observation chez des personnes atteintes de Covid long. Elles montrent des signaux convergents, pas une preuve définitive.
Trois conséquences du déficit énergétique dans le Covid long Signaux observés (études distinctes) Vaisseaux -27% NO · +54% ROS ↓ O₂ aux muscles Mitochondries Respiration cellulaire ↓ · PEM Cerveau Métabolites neuroactifs · lien cognitif étudié

Trois signaux observés dans des études distinctes (cellules exposées au plasma, cohortes de Covid long) : ils ne démontrent pas une chaîne causale unique chez un même patient.

Ce que la recherche explore

🟠 Signal préliminaire : In vitro sur cellules humaines, pas d'essai clinique

À partir de cette piste, des chercheurs étudient des molécules qui pourraient soutenir la production d'énergie cellulaire sans dépendre autant du tryptophane.

La clarté vient souvent d’un cadre qui respecte la complexité au lieu de la gommer.

Parmi elles, on retrouve deux dérivés de la vitamine B3 : le NMN et le NR. Dans une étude sur cellules exposées au plasma de patients hospitalisés pour un Covid aigu, ces molécules ont partiellement amélioré certains marqueurs observés en laboratoire [1].

Un essai randomisé publié en 2025 a testé le NR directement chez des personnes atteintes de Covid long (58 participants, 2 000 mg/jour) [3]. Le NAD+ a nettement augmenté sous traitement, mais aucune différence significative par rapport au placebo n'a été observée sur la cognition, la fatigue, le sommeil ou l'humeur dans les analyses principales. Des signaux exploratoires justifient des études plus larges, sans établir d'efficacité clinique à ce stade. Le NMN n'a pas encore fait l'objet d'un essai clinique dédié dans le Covid long.

👁️ L'œil du Docteur en pharmacie

Les formes de vitamine B3 ne se ressemblent pas toutes. L'une d'elles, l'acide nicotinique, peut provoquer des rougeurs et une sensation de chaleur chez certaines personnes.

Le NMN et le NR ne donnent généralement pas cet effet. Mais cela ne veut pas dire qu'ils sont recommandés dans le Covid long.

À ce jour, aucune de ces molécules ne fait l'objet d'une recommandation officielle pour la fatigue du Covid long. En pratique, il ne faut pas les considérer comme un traitement validé.

Comme pour tout complément, surtout à forte dose, un avis médical est nécessaire avant d'envisager une prise.

📊

Boussole vous permet de suivre vos niveaux d'énergie au quotidien et de visualiser l'évolution de votre fatigue. Essayer l'app gratuitement

Ce que ça change concrètement

🟠 Synthèse – signaux convergents, causalité non établie

La fatigue du Covid long a probablement plusieurs causes. Le tryptophane et l'énergie cellulaire représentent une piste parmi d'autres.

Des études de laboratoire et des études d'observation décrivent des anomalies biologiques plausibles, mais elles ne prouvent pas à elles seules que ce mécanisme explique tous les symptômes.

Le NMN et le NR sont des pistes de recherche, pas des traitements validés à ce jour pour le Covid long. Si vous souhaitez explorer ces sujets avec votre professionnel de santé, garder une trace de votre énergie au quotidien peut être utile pour préparer vos consultations.

⚠️ Tryptophane, 5-HTP et sérotonine : prudence. Ne combine pas précurseurs sérotoninergiques, antidépresseurs ou traitements migraineux sans avis médical : le risque d’interaction sérotoninergique existe et peut être sérieux.

🔎 Niveau de preuve de cet article

✅

Mécanisme de détournement du tryptophane en phase aiguë Covid : bien documenté, études convergentes.

✅

Anomalies biologiques observées dans le Covid long : documentées par des études d'observation et des études sur cellules humaines.

⚠️

NMN/NR sur cellules exposées au plasma de patients en Covid aigu : signaux intéressants en laboratoire, sur un modèle de Covid aigu et non de Covid long. Ne permet pas de conclure à un bénéfice clinique.

🔄

Efficacité clinique du NR chez les personnes atteintes de Covid long : un essai randomisé publié en 2025 montre une hausse du NAD+ sans bénéfice significatif versus placebo sur les critères principaux. NMN : données cliniques spécifiques encore insuffisantes.

Ce qu'il faut retenir

Dans le Covid long, plusieurs études décrivent un tryptophane circulant plus bas et une activation de la voie kynurénine chez certains patients, compatible avec une modification durable de ce métabolisme. Cette activation peut réduire le tryptophane disponible pour la sérotonine, mais elle ne permet pas de conclure directement à une baisse du NAD+ : cette même voie participe aussi à la fabrication du NAD+, dont le niveau final dépend d'autres étapes en aval.

Un essai randomisé publié en 2025 a montré que le NR augmentait nettement le NAD+ chez des personnes atteintes de Covid long, sans amélioration significative de la fatigue, du sommeil ou de la cognition par rapport au placebo. Le NR, le NMN, le tryptophane et la niacine restent des pistes exploratoires, pas des traitements validés du Covid long à ce stade. Documenter son énergie au quotidien reste le levier le plus actionnable aujourd'hui pour préparer ses consultations. La fatigue du Covid long s'accompagne de plusieurs signatures biologiques ; la voie du tryptophane est l'une des cartes actuellement étudiées.

À retenir en pratique : ne transformez pas cette piste en supplémentation automatique. Si vous envisagez tryptophane, 5-HTP, niacine, NR ou NMN, vérifiez d'abord les traitements en cours, les risques sérotoninergiques, le terrain histaminique et les objectifs de suivi. Le plus utile reste de tracer énergie, sommeil, brouillard mental et crashes pour discuter d'une hypothèse biologique avec un professionnel.

Questions fréquentes

Pourquoi suis-je encore épuisé des mois après le Covid ?
Il peut exister plusieurs explications. Parmi les pistes étudiées, certaines recherches suggèrent qu'une inflammation persistante pourrait perturber la façon dont certaines cellules produisent leur énergie. Cela pourrait contribuer à la fatigue, sans en être nécessairement l'unique cause.
Est-ce que cette fatigue est « dans la tête » ?
Non. Des anomalies biologiques mesurables ont été observées dans plusieurs études. Cela ne veut pas dire qu'un seul mécanisme explique tout, mais cela confirme que cette fatigue ne relève pas d'un problème imaginaire.
Le NMN ou le NR peuvent-ils aider contre la fatigue du Covid long ?
Un essai randomisé publié en 2025 a testé le NR directement chez des personnes atteintes de Covid long : le NAD+ a nettement augmenté, mais sans amélioration significative de la fatigue, du sommeil ou de la cognition par rapport au placebo. Le NMN n'a pas encore fait l'objet d'un essai clinique dédié dans le Covid long. Ni l'un ni l'autre ne sont aujourd'hui des traitements validés.
Quelle différence entre les différentes formes de vitamine B3 ?
Les formes de vitamine B3 ne se ressemblent pas toutes. L'acide nicotinique peut provoquer des rougeurs et une chaleur passagère. Le NMN et le NR ne donnent généralement pas cet effet. Pour toutes ces formes, un avis médical est recommandé avant toute prise.

Suivez votre énergie, objectivez votre récupération

Boussole vous aide à cartographier vos niveaux d'énergie, de sommeil et de confort physique jour après jour. Gratuit, sans compte, sans publicité.

Essayer l'app gratuitement
🧭

Suivre votre récupération au quotidien

Boussole vous permet de tracer énergie, sommeil et clarté mentale jour après jour, utile pour évaluer l'impact de vos ajustements. Essayer l'app gratuitement

Sources

  1. Freeberg KA et al. NAD-boosting compounds enhance nitric oxide production and prevent oxidative stress in endothelial cells exposed to plasma from patients with COVID-19. Nitric Oxide. 2023;140-141:1-7. PMID 37657532. DOI 10.1016/j.niox.2023.08.003
  2. Guo L et al. Prolonged indoleamine 2,3-dioxygenase-2 activity and associated cellular stress in post-acute sequelae of SARS-CoV-2 infection. EBioMedicine. 2023;94:104729. PMID 37506544. DOI 10.1016/j.ebiom.2023.104729
  3. Wu CY et al. Effects of nicotinamide riboside on NAD+ levels, cognition, and symptom recovery in long-COVID: a randomized controlled trial. EClinicalMedicine. 2025;89:103633. PMID 41357333. DOI 10.1016/j.eclinm.2025.103633