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Mémantine : bloquer NMDA sans faire baisser le glutamate

Fibromyalgie, Covid long, EM/SFC : ce que les essais et la neurochimie suggèrent sur une possible dysrégulation du tonus glutamatergique.

Canal NMDA traversant une membrane neuronale, avec la mémantine dans le pore et des molécules de glutamate autour de la synapse

La mémantine est souvent résumée comme un médicament qui « bloque le glutamate ». Cette formule est fausse : elle se place dans le canal NMDA déjà ouvert et en réduit le courant, sans nécessairement diminuer la quantité de glutamate mesurée dans le cerveau. Un petit essai dans la fibromyalgie et sa sous-étude de spectroscopie empêchent de réduire le mécanisme à un simple excès ; leurs résultats restent compatibles avec plusieurs dysrégulations fonctionnelles, sans en démontrer aucune.

Ce que vous allez comprendre
🧠
NMDA n'est pas un simple capteur

Glutamate, co-agoniste et dépolarisation doivent converger pour lever le bloc magnésium et ouvrir le canal.

🔒
La mémantine bloque un canal ouvert

Son action dépend de l'usage et du voltage. Elle ne capture pas le glutamate et ne supprime pas toute transmission NMDA.

📈
Le résultat MRS est contre-intuitif

À six mois, Glu et Glx étaient plus élevés sous mémantine que sous placebo, tandis que plusieurs critères cliniques s'amélioraient.

⚖️
Le signal clinique reste préliminaire

Ni le Covid long ni l'EM/SFC ne disposent d'une preuve spécifique permettant de conclure à l'efficacité.

Glossaire rapide
  • NMDA : récepteur ionotrope activé par le glutamate et un co-agoniste, dont le canal est aussi contrôlé par le voltage.
  • Glx : signal combiné du glutamate et de la glutamine en spectroscopie par résonance magnétique.
  • MRS : spectroscopie par résonance magnétique, méthode qui estime des métabolites dans un volume de tissu cérébral.
  • Tonique : activité relativement persistante, par opposition à une activation synaptique brève.
  • Extrasynaptique : situé hors de la zone de contact spécialisée entre deux neurones.

Sortir du modèle « trop de glutamate »

🟢 Distinction neurochimique établie

Le glutamate n'est ni bon ni mauvais : son effet dépend du lieu, du moment, du récepteur et de l'état du réseau.

Le cerveau utilise le glutamate pour sa transmission excitatrice et son métabolisme. Il participe notamment au cycle glutamate-glutamine entre neurones et astrocytes [13]. Sans préciser le compartiment, un « excès de glutamate » confond pool tissulaire, libération synaptique, concentration extracellulaire et effet récepteur.

Une même concentration moyenne peut recouvrir des fonctionnements différents. Flux, recapture, distribution cellulaire et sensibilité des récepteurs peuvent diverger. L'activité NMDA peut aussi changer sans hausse détectable du glutamate total si le timing, la localisation, le co-agoniste ou le voltage diffèrent.

Aucune donnée ne justifie une « hyperglutamatergie » universelle. Dans la fibromyalgie, le Covid long et l'encéphalomyélite myalgique ou syndrome de fatigue chronique (EM/SFC), l'hypothèse concerne au mieux certains sous-groupes et plusieurs mécanismes possibles.

Une molécule mesurée n'est pas encore un circuit expliqué.

Un récepteur NMDA ne s'ouvre pas avec le glutamate seul

🟢 Physiologie du récepteur établie

Le récepteur NMDA ne s'ouvre pas avec le glutamate seul. Il faut aussi un co-agoniste, comme la glycine ou la D-sérine, et une activation électrique suffisante pour retirer le magnésium qui bouche le canal au repos.

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Le glutamate est nécessaire à l'ouverture d'un récepteur NMDA conventionnel, mais il ne suffit pas.

Le récepteur N-méthyl-D-aspartate (NMDA) est un canal à plusieurs verrous. Il requiert le glutamate, un co-agoniste comme la glycine ou la D-sérine, puis une dépolarisation qui lève le bloc du magnésium. Sous-unités, localisation et modulateurs changent encore sa réponse [2][13].

NMDA détecte un état du réseau, pas un simple taux. Une variation de glutamate ne prédit pas proportionnellement le courant du canal, qui dépend aussi du co-agoniste, du voltage et de la durée d'ouverture.

NMDA, un canal à plusieurs verrous Quatre cartes montrent le glutamate, le co-agoniste, la dépolarisation et le canal ouvert, puis convergent vers le courant ionique. NMDA, un canal à plusieurs verrous 1. Glutamate site GluN2 occupé 2. Co-agoniste glycine ou D-sérine 3. Voltage bloc Mg²⁺ levé 4. Contexte sous-unité, localisation, durée d'activation Ouverture fonctionnelle courant ionique et signal intracellulaire
Une mesure de glutamate ne renseigne qu'un élément d'un système à plusieurs conditions.
NMDA lit une coïncidence ; il ne lit pas un taux isolé.

Ce que fait réellement la mémantine

🟢 Pharmacologie biophysique établie

La mémantine ne retire pas le glutamate. Elle entre dans certains canaux NMDA déjà ouverts et réduit leur courant. Son effet dépend donc de l'activité du canal et du voltage de la cellule.

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La mémantine est un bloqueur non compétitif du canal ouvert : elle agit dans le pore après son activation.

La formulation précise est « bloqueur non compétitif du canal ouvert ». Le canal doit être activé pour que la mémantine accède au pore ; elle ne dispute pas au glutamate son site de liaison.

Le bloc dépend de l'usage et du voltage. Sur des récepteurs humains GluN1/GluN2A, la mémantine a une affinité modérée et des cinétiques relativement rapides [1]. Des ouvertures répétées multiplient les occasions de bloc, tandis que la dépolarisation influence sa présence dans le pore.

La préférence pour une activation persistante reste relative. Le profil pourrait davantage freiner une activité répétée tout en préservant des événements brefs, sans séparer absolument une transmission « pathologique » d'une transmission « normale ».

Bloquer le canal n'est pas retirer le glutamate Deux étapes montrent d'abord un canal NMDA activé, puis la mémantine placée dans le pore tandis que le glutamate reste lié à l'extérieur. Bloquer le canal n'est pas retirer le glutamate Canal ouvert Glu Co courant ionique Canal occupé par la mémantine Glu Co MEM courant réduit Le glutamate reste présent et lié ; le pore conduit moins.
La mémantine n'est pas un « aspirateur à glutamate ». Elle modifie la conduction d'un récepteur activé.
La cible de la mémantine est un état du canal, pas le stock de glutamate.

👁️ L'œil du docteur en pharmacie

Le mot « antagoniste » décrit une action réceptrice ; il ne prédit ni la concentration du neurotransmetteur ni un bénéfice clinique.

Fibromyalgie : un essai positif, mais encore isolé

🟠 Signal clinique préliminaire

Le meilleur signal direct vient d'un essai randomisé de 63 participants, trop petit et trop isolé pour établir une efficacité robuste.

L'essai de 2014 était randomisé, en double aveugle et contrôlé contre placebo. Il a randomisé 63 participants : 31 sous mémantine et 32 sous placebo. Cinquante-deux ont terminé les évaluations, 26 par groupe ; les 11 sorties étaient équilibrées. L'analyse en intention de traiter imputait les données manquantes par la dernière observation disponible (LOCF), une méthode qui ajoute de l'incertitude dans une maladie fluctuante. La mémantine était augmentée pendant un mois jusqu'au schéma étudié de 20 mg par jour. Cette dose décrit l'essai, pas une proposition de prise [3].

Le signal était favorable mais imprécis. À six mois, l'étude rapportait une amélioration de la douleur sur échelle visuelle analogique avec une taille d'effet de Cohen de 1,43 et du seuil douloureux avec une taille d'effet de 1,05. La plupart des critères secondaires s'amélioraient, mais pas l'anxiété. Pour une réduction d'au moins 50 % de la douleur, la réduction absolue du risque était de 16,13 %, soit un nombre de sujets à traiter estimé à 6,2. Son intervalle de confiance, de 3 à 47, montre toutefois une forte imprécision.

Les limites empêchent de parler de validation. Vertiges et céphalées figuraient parmi les effets indésirables fréquents. L'effectif était faible, l'essai provenait d'une seule équipe et le résultat n'a pas reçu de réplication indépendante robuste. Ce signal mérite une étude confirmatoire ; il ne suffit pas à faire de la mémantine un traitement validé de la fibromyalgie.

Un grand effet dans un petit essai reste un signal à confirmer.

Le résultat MRS qui casse le récit simple

🟠 Sous-étude randomisée, n = 25

Dans une petite sous-étude de fibromyalgie, les valeurs de glutamate et de glutamate plus glutamine étaient plus élevées sous mémantine que sous placebo à six mois, tandis que plusieurs critères cliniques s'amélioraient. Cela ne prouve ni un effet bénéfique de cette différence, ni une relation causale.

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Dans la sous-étude de spectroscopie, l'amélioration clinique n'a pas coïncidé avec une baisse du glutamate cérébral mesuré.

La sous-étude randomisée comptait seulement 25 participants. Treize recevaient la mémantine et douze le placebo pendant six mois. À six mois, dans le cortex cingulaire postérieur, le glutamate, le rapport glutamate sur créatine et le signal combiné glutamate plus glutamine, ou Glx, étaient plus élevés dans le groupe mémantine que dans le groupe placebo. Le signal N-acétylaspartate plus N-acétylaspartylglutamate l'était aussi. Dans l'insula postérieure droite, les auteurs rapportaient également des valeurs de créatine et de choline plus élevées [4].

Une étude pilote ouverte a retrouvé un signal voisin. Chez dix personnes après trois mois, le rapport Glx sur créatine augmentait dans les insulas antérieure et postérieure, avec des améliorations cognitives et globales [5]. Sans placebo, ces changements ne peuvent pas être attribués à la molécule. Ils montrent seulement qu'une amélioration observée n'exige pas une baisse globale de Glu ou Glx.

Une différence MRS n'est pas une preuve de normalisation. Dans ce petit échantillon, les variations de Glu et de Glx n'étaient pas significativement corrélées aux variations des critères cliniques étudiés. L'étude ne démontre donc ni que le changement métabolique causait l'amélioration, ni qu'il était bénéfique.

Le signal analytique reste exploratoire. La sous-étude utilisait une spectroscopie protonique à 1,5 T avec LCModel dans cinq régions et examinait plusieurs métabolites. À ce champ, les signaux qui se chevauchent sont moins bien séparés qu'à plus haut champ. Les concentrations n'étaient pas corrigées de la contribution du liquide céphalorachidien et la méthode publiée ne rapporte pas de correction des comparaisons multiples [4][6].

Le paradoxe disparaît dès que l'on cesse de confondre mesure tissulaire et signal synaptique.

Pourquoi ce résultat n'est pas une contradiction

🟢 Limites de mesure établies

La spectroscopie estime un ensemble de métabolites dans un volume de tissu. Elle ne mesure pas directement le glutamate libéré pendant quelques millisecondes dans une synapse ni l'ouverture d'un récepteur NMDA.

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La spectroscopie mesure surtout une concentration de métabolites dans un voxel ; elle ne filme pas le glutamate libéré dans une synapse.

Le signal MRS additionne plusieurs compartiments cellulaires. Le glutamate y est à la fois neurotransmetteur et intermédiaire métabolique. La méthode ne précise ni sa fonction ni le type cellulaire concerné [6].

Concentration, flux synaptique et courant NMDA restent distincts. Un pool tissulaire n'est pas la concentration fugace dans une synapse, et le glutamate total ne renseigne pas seul sur l'ouverture du canal.

Bloquer un canal et mesurer un métabolite répondent à deux questions différentes.

L'hypothèse d'une fenêtre optimale, pas d'un interrupteur

🟠 Modèle conceptuel à tester

Une activité NMDA trop faible comme trop persistante pourrait perturber un réseau. Cette idée de fenêtre optimale est un modèle de recherche, pas un test permettant de choisir un médicament pour une personne.

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Une activité NMDA trop faible comme trop persistante pourrait dégrader l'efficacité d'un réseau, mais cette courbe n'est pas démontrée chez chaque personne.

Cette courbe ne découle pas de l'essai de mémantine. Elle représente seulement une possibilité générale de physiologie des réseaux, qui n'a pas été mesurée chez ces participants.

Une fenêtre fonctionnelle plutôt qu'un maximum Une courbe en U inversé montre une faible efficacité du réseau quand l'activité NMDA est trop faible ou trop forte, avec une zone optimale au centre. Une fenêtre fonctionnelle plutôt qu'un maximum Fenêtre optimale bon rapport signal/bruit Trop faible gain et plasticité réduits Trop persistante bruit et surcharge activité NMDA fonctionnelle efficacité du réseau
Schéma conceptuel, non courbe clinique mesurée : la même plainte cognitive pourrait théoriquement apparaître aux deux extrêmes.

La plasticité exige un certain niveau d'activité NMDA. Trop peu de signal pourrait réduire le gain ou l'apprentissage ; une activité trop persistante pourrait augmenter le bruit et la charge calcique. Ces directions opposées restent hypothétiques.

Ce schéma ne situe aucune personne. Aucune mesure courante ne convertit une plainte cognitive en tonus NMDA trop haut ou trop bas, et une réponse médicamenteuse ne constitue pas un test mécanistique.

Un modèle de fenêtre explique la nuance ; il ne choisit pas un traitement.

Covid long : un signal groupé qui n'isole pas la mémantine

🔴 Preuve spécifique absente

La donnée clinique disponible est observationnelle et fusionne amantadine et mémantine dans une même catégorie.

La cohorte de 2026 a suivi 150 personnes. Elles consultaient pour des symptômes neurologiques ou neurocognitifs du Covid long et recevaient des soins multimodaux. Environ 24 % des participants appartenaient à une catégorie nommée « inhibiteurs NMDA », qui regroupait amantadine et mémantine. La fatigue et la douleur évoluaient de façon jugée cliniquement importante dans ce groupe [8].

Cette observation ne permet aucune attribution causale à la mémantine. Il n'y avait ni randomisation, ni placebo, ni séparation entre les deux molécules. Les indications de prescription, les autres soins et l'évolution spontanée peuvent expliquer une partie ou la totalité du signal. L'amantadine possède par ailleurs une pharmacologie distincte ; son résultat ne se transfère pas automatiquement à la mémantine.

Une seconde cohorte ne fournit aucun résultat spécifique. Parmi 106 participants neuro-PASC, deux personnes seulement avaient reçu de la mémantine pour la migraine, sans résultat d'efficacité exploitable [9]. Au 04/09/2026, aucun essai randomisé contrôlé spécifique de mémantine dans le Covid long n'a été identifié par la recherche documentaire utilisée pour cet article.

Regrouper deux molécules suffit à perdre la preuve de l'une.

EM/SFC : une hypothèse de réseau sans essai d'efficacité

🔴 Aucun essai spécifique identifié

Dans l'EM/SFC, la mémantine appartient aujourd'hui au domaine des hypothèses pharmacologiques, pas à celui des traitements démontrés.

Une revue de 2026 propose un cadre excitation-inhibition. Elle discute neuroinflammation, astrocytes, recapture du glutamate et du GABA, dysautonomie et contraintes métaboliques. La mémantine y apparaît comme une piste théorique parmi d'autres, tandis que les auteurs soulignent le besoin d'études systématiques [10].

Une revue mécanistique ne mesure pas l'efficacité. Elle assemble des observations, souvent indirectes, pour produire des hypothèses testables. La proximité symptomatique entre EM/SFC, Covid long et fibromyalgie ne justifie pas de transférer le résultat d'un petit essai d'une maladie à l'autre. Fatigue, malaise post-effort, douleur et difficulté cognitive sont des phénotypes ; ils ne prouvent pas une cause neurochimique commune.

Le contrôle documentaire reste à trois états. Aucun essai clinique spécifique de mémantine dans l'EM/SFC n'a été identifié au 04/09/2026. Cela signifie « non mesuré par un essai direct », pas « efficacité nulle démontrée ».

L'absence d'essai ne prouve pas l'inefficacité ; elle interdit de promettre l'efficacité.

La méta-analyse et la HAS remettent le signal en contexte

🟢 Synthèse clinique et recommandation

Quand l'ensemble des douleurs chroniques est considéré, le bénéfice reste incertain et les vertiges augmentent.

La méta-analyse a inclus quinze études, dont onze essais de traitement. La différence moyenne sur la douleur était de -0,58, avec un intervalle de confiance à 95 % allant de -1,31 à 0,14 : l'intervalle inclut l'absence d'effet. L'hétérogénéité était forte, avec I² = 82 %, et la qualité des données faible. Le risque relatif de vertiges était estimé à 4,90, avec un intervalle très large de 1,26 à 18,99 [7].

La Haute Autorité de santé conclut à une insuffisance de données. Sa recommandation R.87 de 2025 ne dit pas que la molécule est formellement inefficace ; elle dit que les données sont insuffisantes pour en recommander l'usage dans la fibromyalgie [11]. Insuffisance de preuve n'est ni validation ni réfutation définitive.

Une recommandation se fonde sur l'ensemble du dossier, pas sur son résultat le plus séduisant.

Pourquoi ce raisonnement ne justifie aucune automédication

🟢 Sécurité réglementaire établie

Comprendre une cible ne crée ni indication, ni dose personnelle, ni balance bénéfice-risque favorable.

Les indications autorisées ne couvrent pas ces trois maladies. Dans l'Union européenne, la mémantine est autorisée pour la maladie d'Alzheimer modérée à sévère, pas pour la fibromyalgie, le Covid long ou l'EM/SFC. Les effets indésirables fréquents comprennent notamment somnolence, vertiges, céphalées, constipation, hypertension et dyspnée. La fonction rénale influence l'exposition et peut imposer une adaptation par le prescripteur [12].

Les interactions dépassent largement le seul nom de la molécule. Les associations avec d'autres antagonistes NMDA, dont l'amantadine, la kétamine ou le dextrométhorphane, doivent être évitées selon l'information produit européenne en raison d'effets centraux potentiellement plus fréquents ou plus marqués. D'autres interactions concernent notamment certains médicaments utilisant le transport cationique rénal, les traitements dopaminergiques, les anticholinergiques, le baclofène et le dantrolène. Des cas isolés d'augmentation de l'INR ont été rapportés avec la warfarine, sans causalité établie ; une surveillance de l'INR est conseillée. Une liste en ligne n'évalue toutefois ni la fonction rénale, ni les comorbidités, ni l'ensemble d'une ordonnance.

⚠️ Aucune automédication

Le schéma de 20 mg par jour cité plus haut décrit l'essai de 2014. Il ne constitue pas un protocole, encore moins une proposition individuelle. Un usage hors indication relève d'une décision médicale argumentée, d'une vérification pharmaceutique des interactions et d'un suivi de la tolérance.

Hors indication, le rationnel doit devenir plus exigeant, pas plus permissif.

Ce que les études disent vraiment

🟠 Synthèse critique des preuves

Le dossier soutient une distinction mécanistique solide, un signal clinique limité et de grandes zones non mesurées.

Ce que les études montrent vraiment

La mémantine bloque préférentiellement des canaux NMDA ouverts sans retirer le glutamate. Le petit essai randomisé dans la fibromyalgie a produit un signal clinique favorable. Dans sa sous-étude, l'amélioration observée n'était pas accompagnée d'une baisse du glutamate cérébral mesuré par MRS.

Ce qu'elles ne montrent pas

Elles ne démontrent ni une cause commune par « trop de glutamate », ni une normalisation métabolique. Elles ne valident pas la mémantine dans le Covid long ou l'EM/SFC et n'identifient aucun sous-groupe répondeur.

La conclusion la plus robuste porte sur le raisonnement, pas sur le médicament.

Ce qu'il faudrait mesurer pour avancer

🟠 Priorités de recherche

Un prochain essai utile devrait relier symptômes, pharmacologie et neurochimie sans traiter le glutamate comme une variable unique.

La priorité est un essai multicentrique, randomisé et contrôlé. Il devrait avoir un effectif calculé, une analyse en intention de traiter et un enregistrement préalable des critères. Les résultats devraient séparer douleur, cognition, fatigue, sommeil, malaise post-effort et fonction quotidienne, au lieu de faire porter toute l'interprétation sur un score global.

Le volet mécanistique doit mesurer plusieurs étages. Il devrait distinguer autant que possible glutamate, glutamine et GABA, puis coupler la MRS à des mesures fonctionnelles, de perfusion, de connectivité et d'exposition au médicament. L'axe des co-agonistes NMDA, dont la glycine et la D-sérine, ne serait interprétable qu'avec un compartiment et une méthode explicités [2].

Le moment de la mesure doit être standardisé. Heure, état veille-sommeil et position pré- ou post-effort peuvent modifier un signal dynamique. Chaque hypothèse synaptique, astrocytaire ou inflammatoire devrait avoir une mesure capable de la réfuter [6].

Les sous-groupes doivent être définis avant l'analyse. La stratification pourrait distinguer douleur, trouble cognitif, dysautonomie, malaise post-effort, sommeil ou migraine. Il faut déterminer qui répond, sur quel critère, avec quels effets indésirables et quel mécanisme observé.

Ce que le suivi rend visible

Un suivi personnel peut rendre visibles les variations de douleur, fatigue, sommeil, effort et cognition. Il ne mesure ni le glutamate ni l'activité NMDA et ne doit pas être utilisé pour conclure à un mécanisme ou décider seul d'un médicament.

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Une bonne étude doit pouvoir faire tomber l'hypothèse qu'elle teste.
Ce que l'on sait, et ce que l'on ne sait pas

Fait établi. La mémantine bloque le canal NMDA ouvert ; la MRS ne mesure pas directement son courant.

Hypothèse compatible. Le signal fibromyalgie peut correspondre à une dysrégulation fonctionnelle, sans mécanisme précis démontré.

Spéculation. Une activité NMDA sensible à la mémantine pourrait concerner certains sous-groupes de Covid long ou d'EM/SFC, mais aucun essai spécifique ne l'établit.

Ce qu'il faut retenir

Bloquer le récepteur N-méthyl-D-aspartate (NMDA) ne signifie pas faire baisser le glutamate. La mémantine réduit le courant d'un canal ouvert ; la spectroscopie par résonance magnétique (MRS) estime un pool tissulaire.

Le signal clinique en fibromyalgie reste à confirmer. Le Covid long ne fournit qu'une observation groupant deux molécules, et aucun essai spécifique n'a été identifié dans l'encéphalomyélite myalgique ou syndrome de fatigue chronique (EM/SFC). Ces données ne fondent ni recommandation ni automédication.

Le résultat MRS plus élevé sous mémantine n'est pas une preuve d'efficacité : c'est une leçon de méthode.
🎯 Que faire concrètement avec cet article

Séparer les niveaux : quand une affirmation mentionne le glutamate, vérifiez si elle parle d'un dosage tissulaire, d'un flux, d'une synapse ou d'un récepteur.

Lire le plan d'étude : distinguez essai randomisé, sous-étude, cohorte groupée et revue mécanistique avant d'interpréter un résultat.

Préparer une discussion professionnelle : si la mémantine est évoquée, apportez la liste complète des médicaments, la fonction rénale connue et l'objectif clinique mesurable à votre médecin ou votre pharmacien.

Questions fréquentes

La mémantine fait-elle baisser le glutamate dans le cerveau ?
Non. La mémantine bloque le canal de certains récepteurs NMDA lorsqu'il est ouvert. Elle ne retire pas le glutamate du cerveau et ne permet pas de déduire une baisse du glutamate mesuré. Dans une petite sous-étude de fibromyalgie, les valeurs de glutamate et de Glx étaient plus élevées sous mémantine que sous placebo à six mois, tandis que plusieurs critères cliniques s'amélioraient.
L'essai dans la fibromyalgie prouve-t-il que la mémantine est efficace ?
Non. L'essai randomisé de 63 participants fournit un signal favorable, mais il est petit, issu d'une seule équipe et sans réplication indépendante robuste. La méta-analyse sur la douleur chronique conclut à un bénéfice incertain, et la HAS juge les données insuffisantes pour recommander la mémantine dans la fibromyalgie.
Existe-t-il une preuve spécifique dans le Covid long ou l'EM/SFC ?
Aucun essai randomisé spécifique de mémantine n'a été identifié dans le Covid long, et aucun essai clinique spécifique n'a été identifié dans l'EM/SFC au 04/09/2026. Une cohorte Covid long regroupe amantadine et mémantine, ce qui empêche d'attribuer les résultats à la mémantine.

Observer les variations sans inventer leur mécanisme

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Sources

  1. Gilling KE, Jatzke C, Hechenberger M, Parsons CG. Potency, voltage-dependency, agonist concentration-dependency, blocking kinetics and partial untrapping of the uncompetitive N-methyl-D-aspartate (NMDA) channel blocker memantine at human NMDA (GluN1/GluN2A) receptors. Neuropharmacology. 2009;56(5):866-875. DOI : 10.1016/j.neuropharm.2009.01.012. Gilling et al., 2009 - PubMed PMID 19371579.
  2. Cummings KA, Popescu GK. Glycine-dependent activation of NMDA receptors. J Gen Physiol. 2015;145(6):513-527. DOI : 10.1085/jgp.201411302. Cummings et Popescu, 2015 - PubMed PMID 25964432.
  3. Oliván-Blázquez B, Herrera-Mercadal P, Puebla-Guedea M, Pérez-Yus MC, Andrés E, Fayed N, López-Del-Hoyo Y, Magallon R, Roca M, Garcia-Campayo J. Efficacy of memantine in the treatment of fibromyalgia: A double-blind, randomised, controlled trial with 6-month follow-up. Pain. 2014;155(12):2517-2525. DOI : 10.1016/j.pain.2014.09.004. Oliván-Blázquez et al., 2014 - PubMed PMID 25218600.
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