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Hormone indolique · Neurohormone endogène

Mélatonine

N-acétyl-5-méthoxytryptamine · Hormone pinéale chronobiologique

Preuve : variable selon l'indication Hormone endogène Sommeil · Circadien
Par Rémy Honoré, Docteur en pharmacie · Mis à jour 13/08/2026
En bref
L'essentiel en une phrase

La mélatonine est surtout un signal chronobiologique. Elle peut réduire modestement le délai d'endormissement ou aider à recaler le rythme veille–sommeil lorsque son indication, sa formulation et son horaire sont adaptés. Elle n'est pas un hypnotique puissant et son efficacité dans l'insomnie chronique adulte non circadienne reste limitée. Chez l'enfant, son utilisation doit être encadrée après évaluation des causes du trouble et mise en œuvre des mesures comportementales.

Famille
Hormone indolique / Antioxydant
Mécanisme clé
MT1/MT2 SCN + radical scavenger mitochondrial
Indication principale
Décalage horaire (établi) · retard de phase (horaire stratégique) — le reste : preuve variable
Forme recommandée
IR à dose minimale efficace · LP 2 mg (RCP : ≥55 ans, jusqu'à 13 semaines)

Mécanisme d'action

Voie de biosynthèse de la mélatonine : Tryptophane → 5-HTP → Sérotonine → N-acétylsérotonine → Mélatonine, avec action sur MT1 (SCN phase) et MT2 (recalage), et effets antioxydants documentés au niveau cellulaire/préclinique VOIE DE BIOSYNTHÈSE — GLANDE PINÉALE Tryptophane AA essentiel TPH 5-HTP Précurseur AADC Sérotonine 5-HT AANAT N-acétyl sérotonine ASMT (ex-HIOMT) ↓ Mélatonine CYP1A2 → 6-OHMT t½ ≈ 35–50 min MT1 — SCN Phase circadienne Endormissement MT2 — SCN Recalage circadien Effets antioxydants Piégeage ROS/RNS (préclinique) Indépendant de MT1/MT2

Voie de biosynthèse pinéale : Tryptophane → mélatonine via 4 étapes enzymatiques. La mélatonine agit via MT1 (endormissement) et MT2 (recalage circadien) ; des effets de piégeage des radicaux libres sont documentés au niveau cellulaire et préclinique, indépendamment de ces récepteurs, sans efficacité clinique spécifique démontrée aux doses utilisées pour le sommeil.

Synthèse des données par indication — population, intervention, comparateur, résultat, hétérogénéité, certitude
Indication Population Intervention Comparateur Résultat principal Hétérogénéité Certitude Limites
Décalage horaire (jet lag)Adultes voyageurs0,5–5 mg, horaire cibléPlaceboBénéfice symptomatique sur l'endormissement et le sommeil ; pas de gain net au-delà de 5 mgNon quantifiée (revue narrative)Non gradée formellementHoraire de prise déterminant ; formulation à pic court plus efficace que LP
Retard de phase (DSWPD)Enfants/adultes non aveuglesMélatonine à horaire stratégiquePlacebo / absence de traitementRecommandation de 2e niveau (AASM) — efficacité dépendante du moment de priseNon quantifiéeGuideline (Option/Guideline selon population)Horaire optimal idéalement évalué par rapport au DLMO en cas spécialisé
Insomnie chronique adulte non circadienneAdultes, insomnie primaireMélatonine IR/LPPlaceboEffet moyen faible (Ferracioli-Oda 2013) ; non significatif dans le sous-groupe insomnie chronique adulte (Choi 2022)Élevée entre essaisFaible à très faibleRecommandations européennes 2023 : TCC-I en 1re intention, IR non recommandée hors composante circadienne
Enfants/ados, insomnie idiopathique chronique5–20 ans, 8 essais, n=419Mélatonine (doses/durées variables)PlaceboTST +30,33 min ; SOL −18,03 min ; EI non graves ↑ (RR 3,44)I²=0% (les 3 résultats ci-contre)Très faible (sommeil) à faible (fonctionnement diurne) — GRADEJamais un 1er choix ; essai court seulement après échec des mesures non pharmacologiques
TSA — troubles du sommeilEnfants/ados avec TSA, 15 étudesMélatoninePlacebo/contrôle↑TST (SMD 0,78) ; ↓latence (SMD 1,23)I²≈91% (TST), ≈94% (latence) — extrêmeFaible (hétérogénéité non expliquée)SMD élevé ≠ preuve forte ; recommandée seulement après stratégies comportementales (AAN 2020)
Douleur musculosquelettique chroniqueAdultes, 23 essais, n=2028MélatoninePlacebo / comparateurs actifsAnalyse principale vs placebo non significative ; effets sous le seuil de différence cliniquement importante pour la plupartNon précisée dans l'abstractFaible à modérée (GRADE)Piste adjuvante possible, efficacité antalgique cliniquement pertinente non établie
Covid longAucune RCT de supplémentation publiéeRECOVER-SLEEP (NCT06404086) achevé, résultats non encore publiés
Trouble bipolaire11 études (6 RCT + 5 pilotes), n=1279Mélatonine et agonistes des récepteurs (rameltéon, agomélatine) — non isolés dans l'analyse groupéePlaceboSommeil et dépression : non significatifs ; signal sur la manie (2 RCT) mais hétérogèneSubstantielle (manie)FaibleRecherche/adjuvant expérimental uniquement, jamais une recommandation thérapeutique

Données cliniques par indication

Sommeil adulte — Insomnie primaire non circadienne Faible
  • Méta-analyse 19 RCTs (n=1 683) : ↓SOL 7,06 min (IC95% 4,37–9,75), ↑TST 8,25 min (IC95% 1,74–14,75), ↑SE 3,12% — effets statistiquement significatifs mais cliniquement modestes — Ferracioli-Oda 2013 [PMID 23691095]
  • Network méta-analyse 20 hypnotiques (n=17 319, 69 RCTs) : mélatonine classée parmi les hypnotiques à effet le plus limité sur SOL, TST et SE. Les antagonistes des récepteurs de l'orexine (ORA/DORA, ex. daridorexant) et les agonistes du récepteur GABA-benzodiazépinique sont des classes pharmacologiques distinctes, non comparables directement à la mélatonine — les agonistes des récepteurs de la mélatonine (MRA) ont un profil favorable en sécurité — Yue 2023 [PMID 36701954]
  • Revue systématique et méta-analyses (24 essais randomisés) : dans l'insomnie non comorbide, la mélatonine n'est significativement efficace sur le SOL et le TST que chez l'enfant/l'adolescent ; chez l'adulte, elle n'est pas significativement efficace sur le SOL, le TST ni la SE — Choi 2022 [PMID 36179487] Sous-groupe adulte insomnie chronique : non significatif
  • Recommandations européennes 2023 (Riemann et al.) : la TCC-I est recommandée en 1re intention pour l'insomnie chronique de l'adulte, quel que soit l'âge (A). La mélatonine à libération immédiate n'est pas recommandée pour le traitement de l'insomnie (A). La mélatonine à libération prolongée peut être utilisée jusqu'à 3 mois chez les personnes de 55 ans ou plus (B) — Riemann 2023 [PMID 38016484]
  • Recommandation AASM 2017 : les cliniciens sont invités à ne pas utiliser la mélatonine comme traitement de l'insomnie d'endormissement ou de maintien chez l'adulte (recommandation faible) — Sateia 2017 [PMID 27998379]
Sommeil — Enfants et adolescents, insomnie idiopathique chronique Faible à très faible (GRADE)
  • Revue systématique, méta-analyse et recommandation clinique (8 RCT, n=419, 5–20 ans) : ↑TST +30,33 min (IC95% 18,96–41,70, 4 études, I²=0%), ↓SOL −18,03 min (IC95% −26,61 à −9,44, 3 études, I²=0%) ; aucun autre bénéfice significatif retrouvé ; effets indésirables non graves augmentés (RR 3,44, IC95% 1,25–9,42, 4 études, I²=0%). Certitude très faible pour la qualité du sommeil, faible pour le fonctionnement diurne. Les auteurs concluent : la mélatonine ne doit jamais être le premier choix chez l'enfant sans trouble neurodéveloppemental ; un essai court, étroitement surveillé, peut être envisagé seulement après échec des mesures d'hygiène du sommeil et des interventions non pharmacologiques, et uniquement en cas de retentissement diurne — Edemann-Callesen 2023 [PMID 37457117] Systématique + méta-analyse + recommandation clinique — ce n'est pas un essai randomisé isolé
  • Revue de sécurité pédiatrique dédiée (22 essais randomisés, n=1 350) : pas d'association avec des effets indésirables graves, mais augmentation des effets indésirables non graves (RR 1,56, IC95% 1,01–2,43, 17 études, I²=47%). Développement pubertaire : 4 études observationnelles (n=105) — 3 études ne retrouvent peu ou pas d'influence après 2 à 4 ans de traitement, 1 étude rapporte un retard possible après plus de 7 ans ; ces résultats nécessitent une évaluation complémentaire en raison de limites méthodologiques — Händel 2023 [PMID 37483551]
  • Aucune posologie pédiatrique générique en automédication ne peut être recommandée ici : pour un enfant, l'usage doit passer par le médecin, le produit prescrit et son RCP.
Troubles du spectre autistique (TSA) — sommeil Signal positif, hétérogénéité extrême
  • Méta-analyse 15 études RCT/quasi-RCT (TSA) : ↑TST SMD=0,78 (IC95% 0,35–1,21, I²=91%), ↓latence SMD=1,23 (IC95% 0,35–2,11, I²=94%), ↑efficacité du sommeil SMD=−0,70 (I²=91%) — un SMD élevé ne doit pas être interprété comme une preuve forte lorsque l'hétérogénéité entre études est aussi extrême — Nogueira 2023 [PMID 36584862]
  • Guideline AAN 2020 (Williams Buckley et al.) : séquence recommandée — (1) rechercher et traiter les comorbidités et médicaments perturbant le sommeil ; (2) mettre en œuvre en premier des stratégies comportementales, seules ou associées à une approche pharmacologique/nutraceutique ; (3) proposer la mélatonine seulement si les stratégies comportementales sont insuffisantes, en commençant à faible dose, en privilégiant une mélatonine de qualité pharmaceutique si disponible ; (4) informer sur les effets indésirables possibles et l'absence de données de sécurité à long terme — Williams Buckley 2020 [PMID 32051244] Guideline clinique
  • Guidelines BAP 2018 (consensus d'experts, British Association for Psychopharmacology) : la mélatonine peut être utile pour les troubles du sommeil chez l'enfant avec TSA, parmi d'autres recommandations pharmacologiques ciblées selon la comorbidité (pas de traitement pharmacologique recommandé en routine pour les symptômes centraux du TSA) — Howes 2018 [PMID 29237331] Consensus clinique
  • Agomélatine (médicament distinct, agoniste MT1/MT2 + antagoniste 5-HT₂c) : une revue narrative discute son potentiel dans les troubles neurodéveloppementaux (TDAH, TSA) — il s'agit d'une molécule différente de la mélatonine, disponible sur prescription ; ses résultats ne démontrent pas l'efficacité de la mélatonine elle-même — Savino 2023 [PMID 37239206] Données préliminaires, médicament distinct
Jet lag et retard de phase (DSWPD) Bénéfice symptomatique documenté
  • Décalage horaire (Cochrane) : des doses quotidiennes de 0,5 à 5 mg peuvent être efficaces ; 5 mg peut davantage améliorer l'endormissement et le sommeil que 0,5 mg ; les doses supérieures à 5 mg n'apportent pas de bénéfice évident. Le moment de prise est essentiel — une prise au mauvais moment peut réduire l'effet ou déplacer l'horloge dans la mauvaise direction ; une prise proche de l'heure de coucher visée à destination est recommandée Cochrane — revue systématique
  • Retard de phase (DSWPD) : mélatonine administrée à un horaire stratégique, recommandation de 2e niveau de confiance (AASM 2015) chez les personnes voyantes ; le meilleur horaire dépend de la phase circadienne individuelle, idéalement évaluée cliniquement ou par rapport au DLMO dans les cas spécialisés plutôt qu'appliquée selon un protocole universel « 1 à 2h avant le coucher » — Auger 2015 [PMID 26414986]
  • Les doses de 2 à 4 mg parfois citées pour l'effet sur le sommeil chez l'enfant/ado avec trouble neuropsychiatrique proviennent d'une seule méta-analyse pédiatrique exploratoire (Bruno 2025 [PMID 40914024]) que les auteurs eux-mêmes présentent comme nécessitant réplication par de larges essais cliniques avant de guider la pratique — ce n'est pas un optimum universel pour tous les publics.
Psychiatrie : trouble bipolaire Recherche / adjuvant expérimental
  • Revue systématique et méta-analyse (11 études : 6 RCT + 5 pilotes, n=1 279) : l'analyse regroupe mélatonine, rameltéon et agomélatine (agonistes des récepteurs de la mélatonine) sans les isoler systématiquement. Sommeil (2 RCT, indice PSQI) et symptômes dépressifs (4 études) : effets groupés non significatifs. Manie : signal le plus marqué (4 études) mais hétérogénéité substantielle entre essais de faible puissance ; dans 2 RCT évaluant spécifiquement la manie aiguë, la mélatonine adjuvante a montré une supériorité vs placebo — McGowan 2022 [PMID 35305257] Signal préliminaire sur la manie uniquement, à confirmer par des essais dédiés à la mélatonine seule
  • Cette utilisation reste du domaine de la recherche et de l'adjuvant expérimental — elle ne constitue en aucun cas une recommandation thérapeutique établie.
  • TDAH : Aucune donnée interventionnelle robuste sur la mélatonine seule dans le TDAH — données indirectes via l'agomélatine (médicament distinct) uniquement.
Douleur, fibromyalgie, Covid long, POTS, SFC-EM Données insuffisantes à exploratoires
  • Fibromyalgie — essai actif contrôlé (n=63, phase II) : comparaison amitriptyline 25 mg seule, mélatonine 10 mg seule, et association, sur 6 semaines — la mélatonine seule ou associée a réduit davantage la douleur (EVA) que l'amitriptyline seule ; essai de petite taille, sans bras placebo, insuffisant pour une conclusion clinique ferme — de Zanette 2014 [PMID 25052847]
  • Fibromyalgie — revue systématique (4 études, n=98) : effet positif rapporté sur la douleur, le sommeil et d'autres symptômes de la fibromyalgie dans l'ensemble des études incluses, mais hétérogénéité significative entre elles — Hemati 2020 [PMID 31783341]
  • Douleur musculosquelettique — méta-analyse (23 essais, n=2 028, placebo et comparateurs actifs, publiée en 2026) : pour la douleur musculosquelettique chronique vs placebo, l'analyse principale n'était pas significative (mais significative en analyse de sensibilité) ; la mélatonine était supérieure aux comparateurs actifs ; pour la douleur postopératoire, supérieure au placebo avec des effets comparables aux comparateurs actifs. La plupart des effets restaient sous le seuil de différence cliniquement importante ; certitude de preuve faible à modérée — Wu 2026 [DOI 10.1097/j.pain.0000000000004045] Piste adjuvante possible, efficacité antalgique cliniquement pertinente non établie
  • Fibromyalgie — mécanisme plausible : revue sur le rôle antioxydant/anti-inflammatoire de la mélatonine dans l'inflammation chronique (dont la fibromyalgie est explicitement citée comme pathologie concernée) — mécanisme de piégeage des radicaux libres, pas de donnée d'efficacité clinique spécifique à la fibromyalgie dans cette revue — Sánchez 2015 [PMID 26225957] Préclinique/revue mécanistique
  • Covid long : Aucune RCT testant la supplémentation en mélatonine dans le Covid long n'est disponible à ce jour. Une étude de transplantation de microbiote fécal (FMT) pour l'insomnie post-COVID a mesuré la mélatonine sanguine comme biomarqueur secondaire (parmi d'autres) — l'intervention testée est la FMT, pas une supplémentation en mélatonine — Lau 2024 [PMID 38908733]. L'essai RECOVER-SLEEP (NCT06404086), qui évalue notamment la mélatonine parmi plusieurs interventions pour les troubles du sommeil du Covid long, est achevé (statut completed) mais ses résultats ne sont pas encore publiés. Les associations observées en COVID-19 aigu (taux de mélatonine et sévérité) ne peuvent pas être utilisées comme preuve d'efficacité dans le Covid long.
  • POTS / dysautonomie : Aucune donnée interventionnelle disponible.
  • SFC-EM — RCT mélatonine+zinc : un RCT en double aveugle contre placebo (n=50, 16 semaines) a montré une réduction significative de la fatigue physique perçue (critère autorapporté) sous mélatonine 1 mg + zinc 10 mg, sans bénéfice net sur plusieurs critères secondaires — l'effet propre de la mélatonine ne peut pas être isolé de celui du zinc — Castro-Marrero 2021 [PMID 34201806] Faible (confondu par le zinc)
  • SFC-EM — mélatonine seule : Un essai comparatif antérieur (n=62) n'a pas montré d'amélioration convaincante de la fatigue perçue sous mélatonine LP 10 mg seule, contrairement à l'agomélatine (agoniste MT1/MT2 + antagoniste 5-HT2C testé en comparateur) — Pardini 2014 [PMID 24636462]. En l'état, aucun essai n'isole un bénéfice propre à la mélatonine seule dans le SFC-EM.
Sommeil et démence Faible
  • Cochrane (démence, Alzheimer, ≤10 mg) : certitude de preuve faible — peu ou pas d'effet sur le sommeil dans la démence — McCleery 2020 [PMID 33189083]
Pourquoi certaines personnes réagissent différemment
  • Polymorphismes CYP1A2 : les métaboliseurs lents ont une exposition plus élevée pour la même dose → effets potentiellement plus prononcés et plus durables
  • Âge : la production pinéale décline après 50 ans — effets parfois plus marqués chez le sujet âgé, cadre dans lequel la LP est spécifiquement étudiée (≥55 ans)
  • Exposition lumineuse nocturne : suppression de la mélatonine endogène par les écrans (lumière bleue) — la supplémentation peut perdre son effet si le recalage circadien n'est pas accompagné d'hygiène lumineuse
  • Tabagisme actif : l'induction du CYP1A2 accélère l'élimination et réduit l'exposition à dose égale ; cela ne justifie pas une auto-augmentation de la dose — un avis médical/pharmaceutique est recommandé, et l'arrêt du tabac peut à l'inverse augmenter l'exposition à dose inchangée

Dosages et formes galéniques

Formes de mélatonine disponibles — comparatif biodisponibilité, indication, dose
Forme Biodisponibilité T½ effectif Indication principale Dose études Tolérance
IR (libération immédiate)
Comprimés, gélules, gouttes
3–76% (variable) 35–50 min Endormissement, jet lag, DSWPD 0,5–3 mg Bonne à faible dose
LP (libération prolongée)
Ex. Circadin® 2 mg (médicament, RCP)
Similaire IR 3,5–4h Insomnie primaire chez les personnes de 55 ans ou plus, en monothérapie (indication RCP) 2 mg, 1 à 2h avant le coucher après le repas Bonne — jusqu'à 13 semaines consécutives (RCP)
Sublinguale Non caractérisée par une étude pharmacocinétique propre à cette formulation Non établi Non spécifique — usage courant non validé par des données PK dédiées 0,5–1 mg (usage courant) Insuffisamment étudiée en RCT
Liposomale / nanoportée Non établie (allégations non comparées en RCT) Non établi Expérimental — aucun avantage clinique démontré Non standardisé Non établie
Schéma conceptuel, non quantitatif : profils plasmatiques relatifs des formes IR (pic précoce) et LP (plateau étendu), et représentation illustrative — non chiffrée à partir de données comparatives directes — de la relation dose/effet chronobiotique SCHÉMA CONCEPTUEL, NON QUANTITATIF — PROFILS IR vs LP Profil plasmatique Temps (heures) Concentration 0.5h 1h 2h 3h 4h IR (0,5–2 mg) LP 2 mg Dose mg Efficacité 0,5 1 3 5 10 Plateau (recalage circadien) Dose-réponse — effet chronobiotique ↑ dose → EI sans ↑ recalage

Schéma conceptuel, non quantitatif — ne pas lire les valeurs comme des concentrations plasmatiques réelles. IR : pic rapide puis déclin (généralement associé à l'endormissement) · LP : profil plus étendu (maintien du sommeil, RCP). Pour l'effet chronobiotique (recalage de phase, jet lag/DSWPD), la revue Cochrane indique que 0,5 à 5 mg peuvent être efficaces et que les doses supérieures à 5 mg n'apportent pas de bénéfice évident [PMID 33803450]. Pour l'effet sur le sommeil chez l'enfant/ado avec trouble neuropsychiatrique, une méta-analyse exploratoire récente évoque une efficacité maximale entre 2 et 4 mg/j — un résultat spécifique à cette population, qui nécessite réplication avant de guider la pratique générale [PMID 40914024].

En pratique — quel choix ?
  • Insomnie chronique adulte non circadienne : la TCC-I est recommandée en 1re intention (recommandations européennes 2023) ; la mélatonine IR n'est pas recommandée en l'absence de composante circadienne
  • Décalage horaire (voyage vers l'est) : 0,5 à 5 mg proche de l'heure de coucher visée à destination — le moment de prise compte autant que la dose (Cochrane)
  • DSWPD / retard de phase : mélatonine à horaire stratégique, idéalement déterminé cliniquement ou par rapport au DLMO en cas spécialisé plutôt que selon un protocole universel
  • Enfant sans trouble neurodéveloppemental : jamais un premier choix — mesures non pharmacologiques d'abord ; si essai envisagé, uniquement bref, surveillé, en cas de retentissement diurne, sur avis médical
  • TSA / troubles neurodéveloppementaux : mélatonine envisagée seulement après stratégies comportementales insuffisantes, à faible dose initiale, de qualité pharmaceutique si possible (AAN 2020)
  • ≥55 ans, insomnie primaire : forme LP 2 mg (médicament, RCP), 1 à 2h avant le coucher après le repas, jusqu'à 13 semaines
  • À proscrire : pendant la grossesse et l'allaitement (déconseillé — cf. précautions) · association fluvoxamine (à éviter — cf. interactions)
  • Avis médical/pharmaceutique requis : pour toute dose au-delà d'un usage ponctuel à faible dose, et systématiquement chez l'enfant, la personne âgée polymédiquée ou en cas de pathologie auto-immune

Précautions et sécurité

Section alignée sur le RCP français d'une spécialité à base de mélatonine LP 2 mg et sur les recommandations de l'ANSES relatives aux compléments alimentaires de mélatonine.

⛔ Contre-indication formelle
  • Hypersensibilité au principe actif ou à l'un des excipients (RCP).
⚠️ Interactions médicamenteuses à surveiller
  • Fluvoxamine : inhibiteur CYP1A2/CYP2C19 — augmentation d'environ 17 fois de l'ASC et 12 fois de la Cmax de la mélatonine (RCP) — association à éviter.
  • Quinolones (dont ciprofloxacine) : inhibiteurs du CYP1A2, susceptibles d'accroître l'exposition à la mélatonine — sans valeur quantitative précise établie dans le RCP ; prudence, éviter l'auto-augmentation de dose en cas d'association.
  • Œstrogènes (contraceptifs, THS), cimétidine, psoralènes : peuvent augmenter les concentrations plasmatiques de mélatonine (RCP).
  • Carbamazépine, rifampicine : inducteurs du CYP1A2, réduisent les concentrations plasmatiques de mélatonine (RCP).
  • Tabagisme : l'induction du CYP1A2 réduit le taux de mélatonine — ne pas en déduire une recommandation d'augmenter la dose ; l'arrêt du tabac peut à l'inverse augmenter l'exposition à dose inchangée, ce qui justifie une vigilance lors d'un sevrage tabagique.
  • Alcool : peut réduire l'efficacité de la mélatonine sur le sommeil (RCP) — à éviter en association.
  • Benzodiazépines et hypnotiques apparentés (zolpidem, zopiclone) : addition possible des effets sur la vigilance, l'attention, la mémoire et la coordination (RCP).
  • Anticoagulants (warfarine, AVK) : données limitées, principalement des signalements/cas de potentialisation — précaution et surveillance de l'INR recommandées, ce n'est pas une interaction quantitativement établie.
  • L'immunosuppression thérapeutique n'a pas de donnée établissant une interaction pharmacodynamique avec la mélatonine — cette hypothèse reste spéculative et n'est pas retenue ici.

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Synthèse clinique

Ce que la mélatonine n'est probablement pas
  • Un cofacteur : c'est une hormone/neurohormone indolique, pas un cofacteur enzymatique — confusion fréquente liée à son ancienne catégorisation sur ce site.
  • Un somnifère puissant : les effets sur la durée et la qualité du sommeil sont modestes dans la majorité des contextes adultes non circadiens — confondre mélatonine et benzodiazépine est une erreur fréquente.
  • Efficace pour toutes les insomnies adultes : les données convergent vers une absence d'efficacité significative dans l'insomnie chronique de l'adulte hors composante circadienne — ce contexte nécessite une prise en charge par TCC-I en première ligne.
  • Sans danger à tout âge : chez l'enfant/ado, les effets indésirables non graves sont plus fréquents (RR 3,44 en insomnie idiopathique, RR 1,56 en revue de sécurité dédiée), et les données sur la croissance et le développement pubertaire à long terme restent très incertaines.
  • Un traitement du Covid long : aucune RCT testant la supplémentation en mélatonine dans le Covid long n'est disponible — son usage dans ce contexte reste extrapolatif ; les associations observées en COVID-19 aigu ne sont pas transposables.

Niveau de preuve par indication

Décalage horaire (jet lag)
Bénéfice symptomatique documenté
Cochrane : 0,5–5 mg efficaces, pas de bénéfice net au-delà. L'horaire de prise conditionne l'effet.
Établi
Retard de phase (DSWPD)
Intérêt possible, horaire-dépendant
AASM 2015 : recommandation de 2e niveau. Horaire idéalement individualisé (DLMO en cas spécialisé).
Modéré
Enfants/ados insomnie idiopathique
+30 min TST, −18 min SOL
Systématique+MA+recommandation clinique, 8 RCT n=419 (Edemann-Callesen 2023). EI non graves RR 3,44. Jamais 1er choix.
Faible à très faible (GRADE)
TSA — Sommeil
SMD TST = 0,78, I²≈91%
Méta-analyse 15 études (Nogueira 2023). SMD élevé mais hétérogénéité extrême. AAN 2020 : après échec des stratégies comportementales seulement.
Signal positif, hétérogène
Insomnie chronique adulte
Non significatif
Revue Choi 2022 (24 essais). Sous-groupe adulte : SOL/TST/SE non significatifs. TCC-I en 1re intention (Riemann 2023).
Faible
Effets antioxydants
Mécanisme cellulaire/préclinique
Reiter 2016 [PMID 27500468]. Bénéfice clinique spécifique aux doses utilisées pour le sommeil non démontré.
Préclinique
Trouble bipolaire
Signal adjuvant (manie)
Revue McGowan 2022 : mélatonine/rameltéon/agomélatine groupés. Recherche/adjuvant expérimental uniquement.
Préliminaire
Douleur musculosquelettique / fibromyalgie
Piste adjuvante possible
PAIN 2026 (23 essais, n=2028) : non significatif vs placebo en analyse principale (chronique), significatif en postopératoire. Effets majoritairement sous le seuil cliniquement important.
Faible à modéré
Covid long
Absence de données interventionnelles
Aucune RCT de supplémentation. RECOVER-SLEEP (NCT06404086) achevé, résultats non publiés.
Absent
SFC-EM
1 RCT positif, confondu
Mélatonine+zinc : fatigue ↓ (n=50, PMID 34201806), effet propre non isolable. Mélatonine seule vs agomélatine : aucun effet (n=62, PMID 24636462).
Faible

Questions fréquentes

La mélatonine aide-t-elle vraiment à dormir ?
Cela dépend du contexte. Pour le décalage horaire et, dans une moindre mesure, le retard de phase (DSWPD), le bénéfice symptomatique est documenté (revue Cochrane), à condition que l'horaire de prise soit adapté. En revanche, dans l'insomnie chronique de l'adulte non circadienne, la revue Choi 2022 (24 essais randomisés) ne montre pas d'amélioration significative du SOL, du TST ou de l'efficacité du sommeil chez l'adulte. Elle n'agit pas comme un hypnotique puissant ; son effet dépend notamment de l'indication et du moment de prise.
Quelle dose choisir — 0,5 mg ou 5 mg ?
Il n'existe pas de dose universelle : pour le recalage circadien, la revue Cochrane indique que 0,5 à 5 mg peuvent être efficaces (5 mg pouvant davantage améliorer l'endormissement que 0,5 mg), sans bénéfice net au-delà de 5 mg — des doses plus élevées augmentent le risque d'effets indésirables (somnolence diurne, céphalées, cauchemars) sans gain proportionnel. Pour les autres indications, la dose dépend du contexte clinique et doit rester dans le cadre du produit utilisé (RCP ou étiquetage).
Libération immédiate ou prolongée ?
La forme à libération immédiate (IR) est généralement associée aux difficultés d'endormissement. La forme à libération prolongée (LP) — ex. Circadin® 2 mg, prescription obligatoire — a pour indication RCP l'insomnie primaire chez les personnes de 55 ans ou plus, en monothérapie, jusqu'à 13 semaines. Les formes sublinguales et liposomales ne disposent pas d'étude pharmacocinétique propre à leur formulation ni d'avantage clinique démontré en RCT de grande taille — elles restent expérimentales.
La mélatonine est-elle sûre chez l'enfant ?
Une revue de sécurité pédiatrique dédiée (22 essais, n=1 350, Händel 2023) ne retrouve pas d'association avec des effets indésirables graves à court terme, mais une augmentation des effets indésirables non graves (RR 1,56). Les données sur la croissance et le développement pubertaire à long terme restent très incertaines : 3 études observationnelles ne retrouvent pas d'influence après 2 à 4 ans, une étude rapporte un retard possible après plus de 7 ans. La mélatonine n'est jamais un premier choix chez l'enfant sans trouble neurodéveloppemental, et son usage doit passer par le médecin, le produit prescrit et son RCP — pas par l'automédication.
Quelles interactions médicamenteuses surveiller ?
La mélatonine est métabolisée par le CYP1A2. La fluvoxamine, inhibitrice puissante de ce CYP, augmente son exposition d'environ 17 fois (ASC) et 12 fois (Cmax) selon le RCP — association à éviter. Les quinolones (ciprofloxacine notamment) peuvent aussi accroître l'exposition, sans valeur quantitative précise établie. Les inducteurs (tabac, carbamazépine, rifampicine) la réduisent, sans que cela justifie une auto-augmentation de dose. L'association avec des anticoagulants (warfarine, AVK) nécessite une surveillance de l'INR.
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Sources alimentaires & modulation endogène

La mélatonine alimentaire est présente en quantités très variables et souvent faibles selon les aliments. Les teneurs mesurées dépendent fortement de la méthode analytique, du cultivar, du degré de maturité et des conditions de stockage — les valeurs ci-dessous sont donc indicatives, pas des références fixes. La voie principale pour soutenir la mélatonine endogène reste l'hygiène lumineuse circadienne.

Teneur indicative en mélatonine ou en précurseurs clés — ordres de grandeur, forte variabilité analytique
Source Composé actif Remarque
Cerises Montmorency (tart cherry)Mélatonine (ordre du ng/g, variable)Essais avec un jus complexe contenant de nombreux composés — ne démontrent pas que la mélatonine alimentaire est le mécanisme causal de l'effet observé sur le sommeil (Howatson 2011)
Raisins noirs / jus de raisinMélatonine (traces, variable)Concentration très variable selon le cépage et la méthode de dosage
TomatesMélatonine (traces à modéré, variable)Concentrations variables selon maturité et variété
Noix (cerneaux)Mélatonine (traces) + tryptophaneApport combiné mélatonine + précurseur, quantités modestes
Dindon / dindeTryptophane (source protéique)Précurseur de la sérotonine puis de la mélatonine — l'apport isolé en tryptophane alimentaire n'entraîne pas mécaniquement une hausse de la sérotonine ou de la mélatonine cérébrale, qui dépend aussi du ratio avec les autres acides aminés neutres (LNAA) et de la composition globale du repas
Graines de courgeTryptophane (source végétale riche)Même réserve que ci-dessus sur la conversion cérébrale
BananeSérotonine alimentaireLa sérotonine alimentaire ne franchit pas utilement la barrière hémato-encéphalique — sans effet central attendu par cette voie
Lait chaudTryptophane + calciumEffet rituel/comportemental plausible au coucher, données pharmacologiques directes limitées
💡 Hygiène lumineuse — modulateur endogène clé
  • L'effet de la lumière dépend de l'horaire, de l'intensité, du spectre et de la durée d'exposition — il n'existe pas de protocole universel.
  • Exposition lumière bleue le soir (smartphones, LED) → suppression possible de la mélatonine endogène, avec tendance au retard de phase si l'exposition est vespérale ou nocturne.
  • Exposition lumineuse matinale correctement programmée → avance de phase, favorise la synchronisation ; l'intensité, la durée et le moment précis doivent être adaptés au contexte individuel plutôt qu'appliqués génériquement (éviter les prescriptions non contextualisées type « 10 000 lux pendant 20 à 30 minutes » sans avis spécialisé).
  • Obscurité pendant le sommeil → favorise le maintien du pic nocturne de sécrétion.
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Mesures circadiennes spécialisées / recherche

Paramètres utilisés en recherche ou en centre du sommeil spécialisé — pas des examens de suivi de routine
Paramètre Information apportée
6-sulfatoxymélatonine urinaire (aMT6s)Métabolite principal — nécessite un protocole de recueil défini (n'est pas obligatoirement mesuré sur 24h) ; utilisé en recherche, pas en suivi de routine
Mélatonine salivaire nocturne (DLMO)Dim Light Melatonin Onset — référence en chronobiologie de recherche ; nécessite des prélèvements salivaires répétés en faible lumière, pas un examen de routine avant utilisation de mélatonine
Tryptophane plasmatiquePrécurseur — pas un examen de suivi usuel d'un traitement par mélatonine ; son interprétation isolée est limitée
Rapport tryptophane / LNAAIndicateur de recherche sur la biodisponibilité cérébrale théorique du tryptophane — pas un examen de suivi usuel

NB : ces paramètres relèvent de la recherche ou de centres du sommeil spécialisés (CHU), pas d'un bilan de routine avant ou pendant une supplémentation en mélatonine.

Sources

Recherche bibliographique menée via PubMed, Cochrane Library et sites institutionnels (RCP, ANSES, EUR-Lex, ClinicalTrials.gov) — dernière vérification titre/auteur/revue/année/PMID/DOI le 11/08/2026.

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