Mélatonine
N-acétyl-5-méthoxytryptamine · Hormone pinéale chronobiologique
- Hormone/neurohormone indolique produite à partir du tryptophane — pas un cofacteur — synthèse nocturne, inhibée par la lumière bleue
- Agit via MT1/MT2 sur le noyau suprachiasmatique (horloge biologique) ; un effet antioxydant est documenté au niveau cellulaire/préclinique, sans bénéfice clinique spécifique démontré aux doses utilisées pour le sommeil
- Décalage horaire : bénéfice symptomatique plausible et documenté (0,5 à 5 mg efficaces, pas de bénéfice net au-delà). Retard de phase (DSWPD) : intérêt possible si l'horaire de prise est adapté
- Insomnie chronique adulte non circadienne : effet moyen faible (−7 min d'endormissement, +8 min de durée totale en méta-analyse) et pertinence clinique limitée — les recommandations européennes 2023 placent la TCC-I en première intention
- Enfant/ado et TSA : effets moyens parfois plus marqués dans certaines études pédiatriques, mais essais hétérogènes et certitude souvent faible à très faible — jamais un premier choix, encadrement médical requis
- Métabolisme CYP1A2 — interaction majeure avec la fluvoxamine (RCP : exposition ×17 ASC, ×12 Cmax), association à éviter
- Données insuffisantes ou exploratoires pour la fibromyalgie, la douleur chronique, le Covid long et le trouble bipolaire
La mélatonine est surtout un signal chronobiologique. Elle peut réduire modestement le délai d'endormissement ou aider à recaler le rythme veille–sommeil lorsque son indication, sa formulation et son horaire sont adaptés. Elle n'est pas un hypnotique puissant et son efficacité dans l'insomnie chronique adulte non circadienne reste limitée. Chez l'enfant, son utilisation doit être encadrée après évaluation des causes du trouble et mise en œuvre des mesures comportementales.
Mécanisme d'action
Voie de biosynthèse pinéale : Tryptophane → mélatonine via 4 étapes enzymatiques. La mélatonine agit via MT1 (endormissement) et MT2 (recalage circadien) ; des effets de piégeage des radicaux libres sont documentés au niveau cellulaire et préclinique, indépendamment de ces récepteurs, sans efficacité clinique spécifique démontrée aux doses utilisées pour le sommeil.
- Biosynthèse : Tryptophane → 5-HTP (TPH) → Sérotonine (AADC) → N-acétylsérotonine (AANAT — enzyme limitante, activée par l'obscurité) → Mélatonine, sous l'action de l'ASMT (dénomination actuelle de l'enzyme autrefois appelée HIOMT) Établi
- MT1 (Gi-couplé) : Exprimé dans le noyau suprachiasmatique (SCN) — inhibe l'activité neuronale nocturne, favorise l'endormissement via hyperpolarisation Établi
- MT2 (Gi-couplé) : Exprimé dans le SCN et la rétine — module le décalage de phase circadienne (phase advance/delay) ; cible de l'agomélatine Établi
- Effets antioxydants : Molécule amphiphile (soluble eau + lipides) — franchit les membranes cellulaires et pourrait atteindre les mitochondries sans transporteur dédié connu ; en contexte cellulaire/préclinique, elle piège directement certaines espèces réactives (OH•, O₂•⁻, ONOO⁻) et stimule indirectement des systèmes antioxydants endogènes (SOD, glutathion peroxydase) Établi au niveau cellulaire/préclinique — efficacité clinique spécifique non démontrée aux doses utilisées pour le sommeil — Reiter 2016 [PMID 27500468]
- Métabolisme : CYP1A2 hépatique (voie principale → 6-hydroxymélatonine sulfatée, urinaire) · CYP2C9/CYP2C19 minoritaires. Demi-vie plasmatique ≈ 35–50 min (formes IR). Biodisponibilité orale : 9–33% en moyenne selon les études, avec une forte variabilité inter-individuelle et un effet de premier passage hépatique important — Harpsøe 2015 [PMID 26008214] Établi
- Rythme de sécrétion : Pic nocturne 2h00–4h00 (10–100 pg/mL selon l'âge), quasi-indétectable le jour. Inhibition immédiate par lumière bleue (460–480 nm) via mélanopsine rétinienne Établi
| Indication | Population | Intervention | Comparateur | Résultat principal | Hétérogénéité | Certitude | Limites |
|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Décalage horaire (jet lag) | Adultes voyageurs | 0,5–5 mg, horaire ciblé | Placebo | Bénéfice symptomatique sur l'endormissement et le sommeil ; pas de gain net au-delà de 5 mg | Non quantifiée (revue narrative) | Non gradée formellement | Horaire de prise déterminant ; formulation à pic court plus efficace que LP |
| Retard de phase (DSWPD) | Enfants/adultes non aveugles | Mélatonine à horaire stratégique | Placebo / absence de traitement | Recommandation de 2e niveau (AASM) — efficacité dépendante du moment de prise | Non quantifiée | Guideline (Option/Guideline selon population) | Horaire optimal idéalement évalué par rapport au DLMO en cas spécialisé |
| Insomnie chronique adulte non circadienne | Adultes, insomnie primaire | Mélatonine IR/LP | Placebo | Effet moyen faible (Ferracioli-Oda 2013) ; non significatif dans le sous-groupe insomnie chronique adulte (Choi 2022) | Élevée entre essais | Faible à très faible | Recommandations européennes 2023 : TCC-I en 1re intention, IR non recommandée hors composante circadienne |
| Enfants/ados, insomnie idiopathique chronique | 5–20 ans, 8 essais, n=419 | Mélatonine (doses/durées variables) | Placebo | TST +30,33 min ; SOL −18,03 min ; EI non graves ↑ (RR 3,44) | I²=0% (les 3 résultats ci-contre) | Très faible (sommeil) à faible (fonctionnement diurne) — GRADE | Jamais un 1er choix ; essai court seulement après échec des mesures non pharmacologiques |
| TSA — troubles du sommeil | Enfants/ados avec TSA, 15 études | Mélatonine | Placebo/contrôle | ↑TST (SMD 0,78) ; ↓latence (SMD 1,23) | I²≈91% (TST), ≈94% (latence) — extrême | Faible (hétérogénéité non expliquée) | SMD élevé ≠ preuve forte ; recommandée seulement après stratégies comportementales (AAN 2020) |
| Douleur musculosquelettique chronique | Adultes, 23 essais, n=2028 | Mélatonine | Placebo / comparateurs actifs | Analyse principale vs placebo non significative ; effets sous le seuil de différence cliniquement importante pour la plupart | Non précisée dans l'abstract | Faible à modérée (GRADE) | Piste adjuvante possible, efficacité antalgique cliniquement pertinente non établie |
| Covid long | — | — | — | Aucune RCT de supplémentation publiée | — | — | RECOVER-SLEEP (NCT06404086) achevé, résultats non encore publiés |
| Trouble bipolaire | 11 études (6 RCT + 5 pilotes), n=1279 | Mélatonine et agonistes des récepteurs (rameltéon, agomélatine) — non isolés dans l'analyse groupée | Placebo | Sommeil et dépression : non significatifs ; signal sur la manie (2 RCT) mais hétérogène | Substantielle (manie) | Faible | Recherche/adjuvant expérimental uniquement, jamais une recommandation thérapeutique |
Données cliniques par indication
- Méta-analyse 19 RCTs (n=1 683) : ↓SOL 7,06 min (IC95% 4,37–9,75), ↑TST 8,25 min (IC95% 1,74–14,75), ↑SE 3,12% — effets statistiquement significatifs mais cliniquement modestes — Ferracioli-Oda 2013 [PMID 23691095]
- Network méta-analyse 20 hypnotiques (n=17 319, 69 RCTs) : mélatonine classée parmi les hypnotiques à effet le plus limité sur SOL, TST et SE. Les antagonistes des récepteurs de l'orexine (ORA/DORA, ex. daridorexant) et les agonistes du récepteur GABA-benzodiazépinique sont des classes pharmacologiques distinctes, non comparables directement à la mélatonine — les agonistes des récepteurs de la mélatonine (MRA) ont un profil favorable en sécurité — Yue 2023 [PMID 36701954]
- Revue systématique et méta-analyses (24 essais randomisés) : dans l'insomnie non comorbide, la mélatonine n'est significativement efficace sur le SOL et le TST que chez l'enfant/l'adolescent ; chez l'adulte, elle n'est pas significativement efficace sur le SOL, le TST ni la SE — Choi 2022 [PMID 36179487] Sous-groupe adulte insomnie chronique : non significatif
- Recommandations européennes 2023 (Riemann et al.) : la TCC-I est recommandée en 1re intention pour l'insomnie chronique de l'adulte, quel que soit l'âge (A). La mélatonine à libération immédiate n'est pas recommandée pour le traitement de l'insomnie (A). La mélatonine à libération prolongée peut être utilisée jusqu'à 3 mois chez les personnes de 55 ans ou plus (B) — Riemann 2023 [PMID 38016484]
- Recommandation AASM 2017 : les cliniciens sont invités à ne pas utiliser la mélatonine comme traitement de l'insomnie d'endormissement ou de maintien chez l'adulte (recommandation faible) — Sateia 2017 [PMID 27998379]
- Revue systématique, méta-analyse et recommandation clinique (8 RCT, n=419, 5–20 ans) : ↑TST +30,33 min (IC95% 18,96–41,70, 4 études, I²=0%), ↓SOL −18,03 min (IC95% −26,61 à −9,44, 3 études, I²=0%) ; aucun autre bénéfice significatif retrouvé ; effets indésirables non graves augmentés (RR 3,44, IC95% 1,25–9,42, 4 études, I²=0%). Certitude très faible pour la qualité du sommeil, faible pour le fonctionnement diurne. Les auteurs concluent : la mélatonine ne doit jamais être le premier choix chez l'enfant sans trouble neurodéveloppemental ; un essai court, étroitement surveillé, peut être envisagé seulement après échec des mesures d'hygiène du sommeil et des interventions non pharmacologiques, et uniquement en cas de retentissement diurne — Edemann-Callesen 2023 [PMID 37457117] Systématique + méta-analyse + recommandation clinique — ce n'est pas un essai randomisé isolé
- Revue de sécurité pédiatrique dédiée (22 essais randomisés, n=1 350) : pas d'association avec des effets indésirables graves, mais augmentation des effets indésirables non graves (RR 1,56, IC95% 1,01–2,43, 17 études, I²=47%). Développement pubertaire : 4 études observationnelles (n=105) — 3 études ne retrouvent peu ou pas d'influence après 2 à 4 ans de traitement, 1 étude rapporte un retard possible après plus de 7 ans ; ces résultats nécessitent une évaluation complémentaire en raison de limites méthodologiques — Händel 2023 [PMID 37483551]
- Aucune posologie pédiatrique générique en automédication ne peut être recommandée ici : pour un enfant, l'usage doit passer par le médecin, le produit prescrit et son RCP.
- Méta-analyse 15 études RCT/quasi-RCT (TSA) : ↑TST SMD=0,78 (IC95% 0,35–1,21, I²=91%), ↓latence SMD=1,23 (IC95% 0,35–2,11, I²=94%), ↑efficacité du sommeil SMD=−0,70 (I²=91%) — un SMD élevé ne doit pas être interprété comme une preuve forte lorsque l'hétérogénéité entre études est aussi extrême — Nogueira 2023 [PMID 36584862]
- Guideline AAN 2020 (Williams Buckley et al.) : séquence recommandée — (1) rechercher et traiter les comorbidités et médicaments perturbant le sommeil ; (2) mettre en œuvre en premier des stratégies comportementales, seules ou associées à une approche pharmacologique/nutraceutique ; (3) proposer la mélatonine seulement si les stratégies comportementales sont insuffisantes, en commençant à faible dose, en privilégiant une mélatonine de qualité pharmaceutique si disponible ; (4) informer sur les effets indésirables possibles et l'absence de données de sécurité à long terme — Williams Buckley 2020 [PMID 32051244] Guideline clinique
- Guidelines BAP 2018 (consensus d'experts, British Association for Psychopharmacology) : la mélatonine peut être utile pour les troubles du sommeil chez l'enfant avec TSA, parmi d'autres recommandations pharmacologiques ciblées selon la comorbidité (pas de traitement pharmacologique recommandé en routine pour les symptômes centraux du TSA) — Howes 2018 [PMID 29237331] Consensus clinique
- Agomélatine (médicament distinct, agoniste MT1/MT2 + antagoniste 5-HT₂c) : une revue narrative discute son potentiel dans les troubles neurodéveloppementaux (TDAH, TSA) — il s'agit d'une molécule différente de la mélatonine, disponible sur prescription ; ses résultats ne démontrent pas l'efficacité de la mélatonine elle-même — Savino 2023 [PMID 37239206] Données préliminaires, médicament distinct
- Décalage horaire (Cochrane) : des doses quotidiennes de 0,5 à 5 mg peuvent être efficaces ; 5 mg peut davantage améliorer l'endormissement et le sommeil que 0,5 mg ; les doses supérieures à 5 mg n'apportent pas de bénéfice évident. Le moment de prise est essentiel — une prise au mauvais moment peut réduire l'effet ou déplacer l'horloge dans la mauvaise direction ; une prise proche de l'heure de coucher visée à destination est recommandée Cochrane — revue systématique
- Retard de phase (DSWPD) : mélatonine administrée à un horaire stratégique, recommandation de 2e niveau de confiance (AASM 2015) chez les personnes voyantes ; le meilleur horaire dépend de la phase circadienne individuelle, idéalement évaluée cliniquement ou par rapport au DLMO dans les cas spécialisés plutôt qu'appliquée selon un protocole universel « 1 à 2h avant le coucher » — Auger 2015 [PMID 26414986]
- Les doses de 2 à 4 mg parfois citées pour l'effet sur le sommeil chez l'enfant/ado avec trouble neuropsychiatrique proviennent d'une seule méta-analyse pédiatrique exploratoire (Bruno 2025 [PMID 40914024]) que les auteurs eux-mêmes présentent comme nécessitant réplication par de larges essais cliniques avant de guider la pratique — ce n'est pas un optimum universel pour tous les publics.
- Revue systématique et méta-analyse (11 études : 6 RCT + 5 pilotes, n=1 279) : l'analyse regroupe mélatonine, rameltéon et agomélatine (agonistes des récepteurs de la mélatonine) sans les isoler systématiquement. Sommeil (2 RCT, indice PSQI) et symptômes dépressifs (4 études) : effets groupés non significatifs. Manie : signal le plus marqué (4 études) mais hétérogénéité substantielle entre essais de faible puissance ; dans 2 RCT évaluant spécifiquement la manie aiguë, la mélatonine adjuvante a montré une supériorité vs placebo — McGowan 2022 [PMID 35305257] Signal préliminaire sur la manie uniquement, à confirmer par des essais dédiés à la mélatonine seule
- Cette utilisation reste du domaine de la recherche et de l'adjuvant expérimental — elle ne constitue en aucun cas une recommandation thérapeutique établie.
- TDAH : Aucune donnée interventionnelle robuste sur la mélatonine seule dans le TDAH — données indirectes via l'agomélatine (médicament distinct) uniquement.
- Fibromyalgie — essai actif contrôlé (n=63, phase II) : comparaison amitriptyline 25 mg seule, mélatonine 10 mg seule, et association, sur 6 semaines — la mélatonine seule ou associée a réduit davantage la douleur (EVA) que l'amitriptyline seule ; essai de petite taille, sans bras placebo, insuffisant pour une conclusion clinique ferme — de Zanette 2014 [PMID 25052847]
- Fibromyalgie — revue systématique (4 études, n=98) : effet positif rapporté sur la douleur, le sommeil et d'autres symptômes de la fibromyalgie dans l'ensemble des études incluses, mais hétérogénéité significative entre elles — Hemati 2020 [PMID 31783341]
- Douleur musculosquelettique — méta-analyse (23 essais, n=2 028, placebo et comparateurs actifs, publiée en 2026) : pour la douleur musculosquelettique chronique vs placebo, l'analyse principale n'était pas significative (mais significative en analyse de sensibilité) ; la mélatonine était supérieure aux comparateurs actifs ; pour la douleur postopératoire, supérieure au placebo avec des effets comparables aux comparateurs actifs. La plupart des effets restaient sous le seuil de différence cliniquement importante ; certitude de preuve faible à modérée — Wu 2026 [DOI 10.1097/j.pain.0000000000004045] Piste adjuvante possible, efficacité antalgique cliniquement pertinente non établie
- Fibromyalgie — mécanisme plausible : revue sur le rôle antioxydant/anti-inflammatoire de la mélatonine dans l'inflammation chronique (dont la fibromyalgie est explicitement citée comme pathologie concernée) — mécanisme de piégeage des radicaux libres, pas de donnée d'efficacité clinique spécifique à la fibromyalgie dans cette revue — Sánchez 2015 [PMID 26225957] Préclinique/revue mécanistique
- Covid long : Aucune RCT testant la supplémentation en mélatonine dans le Covid long n'est disponible à ce jour. Une étude de transplantation de microbiote fécal (FMT) pour l'insomnie post-COVID a mesuré la mélatonine sanguine comme biomarqueur secondaire (parmi d'autres) — l'intervention testée est la FMT, pas une supplémentation en mélatonine — Lau 2024 [PMID 38908733]. L'essai RECOVER-SLEEP (NCT06404086), qui évalue notamment la mélatonine parmi plusieurs interventions pour les troubles du sommeil du Covid long, est achevé (statut completed) mais ses résultats ne sont pas encore publiés. Les associations observées en COVID-19 aigu (taux de mélatonine et sévérité) ne peuvent pas être utilisées comme preuve d'efficacité dans le Covid long.
- POTS / dysautonomie : Aucune donnée interventionnelle disponible.
- SFC-EM — RCT mélatonine+zinc : un RCT en double aveugle contre placebo (n=50, 16 semaines) a montré une réduction significative de la fatigue physique perçue (critère autorapporté) sous mélatonine 1 mg + zinc 10 mg, sans bénéfice net sur plusieurs critères secondaires — l'effet propre de la mélatonine ne peut pas être isolé de celui du zinc — Castro-Marrero 2021 [PMID 34201806] Faible (confondu par le zinc)
- SFC-EM — mélatonine seule : Un essai comparatif antérieur (n=62) n'a pas montré d'amélioration convaincante de la fatigue perçue sous mélatonine LP 10 mg seule, contrairement à l'agomélatine (agoniste MT1/MT2 + antagoniste 5-HT2C testé en comparateur) — Pardini 2014 [PMID 24636462]. En l'état, aucun essai n'isole un bénéfice propre à la mélatonine seule dans le SFC-EM.
- Cochrane (démence, Alzheimer, ≤10 mg) : certitude de preuve faible — peu ou pas d'effet sur le sommeil dans la démence — McCleery 2020 [PMID 33189083]
- ▸Polymorphismes CYP1A2 : les métaboliseurs lents ont une exposition plus élevée pour la même dose → effets potentiellement plus prononcés et plus durables
- ▸Âge : la production pinéale décline après 50 ans — effets parfois plus marqués chez le sujet âgé, cadre dans lequel la LP est spécifiquement étudiée (≥55 ans)
- ▸Exposition lumineuse nocturne : suppression de la mélatonine endogène par les écrans (lumière bleue) — la supplémentation peut perdre son effet si le recalage circadien n'est pas accompagné d'hygiène lumineuse
- ▸Tabagisme actif : l'induction du CYP1A2 accélère l'élimination et réduit l'exposition à dose égale ; cela ne justifie pas une auto-augmentation de la dose — un avis médical/pharmaceutique est recommandé, et l'arrêt du tabac peut à l'inverse augmenter l'exposition à dose inchangée
Dosages et formes galéniques
| Forme | Biodisponibilité | T½ effectif | Indication principale | Dose études | Tolérance |
|---|---|---|---|---|---|
| IR (libération immédiate) Comprimés, gélules, gouttes |
3–76% (variable) | 35–50 min | Endormissement, jet lag, DSWPD | 0,5–3 mg | Bonne à faible dose |
| LP (libération prolongée) Ex. Circadin® 2 mg (médicament, RCP) |
Similaire IR | 3,5–4h | Insomnie primaire chez les personnes de 55 ans ou plus, en monothérapie (indication RCP) | 2 mg, 1 à 2h avant le coucher après le repas | Bonne — jusqu'à 13 semaines consécutives (RCP) |
| Sublinguale | Non caractérisée par une étude pharmacocinétique propre à cette formulation | Non établi | Non spécifique — usage courant non validé par des données PK dédiées | 0,5–1 mg (usage courant) | Insuffisamment étudiée en RCT |
| Liposomale / nanoportée | Non établie (allégations non comparées en RCT) | Non établi | Expérimental — aucun avantage clinique démontré | Non standardisé | Non établie |
Schéma conceptuel, non quantitatif — ne pas lire les valeurs comme des concentrations plasmatiques réelles. IR : pic rapide puis déclin (généralement associé à l'endormissement) · LP : profil plus étendu (maintien du sommeil, RCP). Pour l'effet chronobiotique (recalage de phase, jet lag/DSWPD), la revue Cochrane indique que 0,5 à 5 mg peuvent être efficaces et que les doses supérieures à 5 mg n'apportent pas de bénéfice évident [PMID 33803450]. Pour l'effet sur le sommeil chez l'enfant/ado avec trouble neuropsychiatrique, une méta-analyse exploratoire récente évoque une efficacité maximale entre 2 et 4 mg/j — un résultat spécifique à cette population, qui nécessite réplication avant de guider la pratique générale [PMID 40914024].
- Insomnie chronique adulte non circadienne : la TCC-I est recommandée en 1re intention (recommandations européennes 2023) ; la mélatonine IR n'est pas recommandée en l'absence de composante circadienne
- Décalage horaire (voyage vers l'est) : 0,5 à 5 mg proche de l'heure de coucher visée à destination — le moment de prise compte autant que la dose (Cochrane)
- DSWPD / retard de phase : mélatonine à horaire stratégique, idéalement déterminé cliniquement ou par rapport au DLMO en cas spécialisé plutôt que selon un protocole universel
- Enfant sans trouble neurodéveloppemental : jamais un premier choix — mesures non pharmacologiques d'abord ; si essai envisagé, uniquement bref, surveillé, en cas de retentissement diurne, sur avis médical
- TSA / troubles neurodéveloppementaux : mélatonine envisagée seulement après stratégies comportementales insuffisantes, à faible dose initiale, de qualité pharmaceutique si possible (AAN 2020)
- ≥55 ans, insomnie primaire : forme LP 2 mg (médicament, RCP), 1 à 2h avant le coucher après le repas, jusqu'à 13 semaines
- À proscrire : pendant la grossesse et l'allaitement (déconseillé — cf. précautions) · association fluvoxamine (à éviter — cf. interactions)
- Avis médical/pharmaceutique requis : pour toute dose au-delà d'un usage ponctuel à faible dose, et systématiquement chez l'enfant, la personne âgée polymédiquée ou en cas de pathologie auto-immune
Précautions et sécurité
Section alignée sur le RCP français d'une spécialité à base de mélatonine LP 2 mg et sur les recommandations de l'ANSES relatives aux compléments alimentaires de mélatonine.
- Hypersensibilité au principe actif ou à l'un des excipients (RCP).
- Grossesse : utilisation déconseillée faute de données humaines suffisantes ; les études animales citées au RCP n'ont pas montré d'effet nocif direct ou indirect.
- Allaitement : passage probable dans le lait maternel — allaitement déconseillé pendant le traitement.
- Maladie inflammatoire ou auto-immune : absence de données cliniques suffisantes, utilisation non recommandée (RCP, ANSES) — sans qu'une exacerbation par activation de l'IL-2 ou des cellules NK soit démontrée chez l'humain aux doses de supplémentation.
- Insuffisance hépatique : utilisation déconseillée (RCP).
- Enfants et adolescents (hors prescription/suivi médical) : l'ANSES recommande d'éviter la consommation de compléments de mélatonine chez l'enfant et l'adolescent ; données de sécurité insuffisantes en automédication.
- Activités nécessitant une vigilance constante : l'ANSES recommande d'éviter la mélatonine chez les personnes devant maintenir une vigilance soutenue (ex. conduite professionnelle).
- Fluvoxamine : inhibiteur CYP1A2/CYP2C19 — augmentation d'environ 17 fois de l'ASC et 12 fois de la Cmax de la mélatonine (RCP) — association à éviter.
- Quinolones (dont ciprofloxacine) : inhibiteurs du CYP1A2, susceptibles d'accroître l'exposition à la mélatonine — sans valeur quantitative précise établie dans le RCP ; prudence, éviter l'auto-augmentation de dose en cas d'association.
- Œstrogènes (contraceptifs, THS), cimétidine, psoralènes : peuvent augmenter les concentrations plasmatiques de mélatonine (RCP).
- Carbamazépine, rifampicine : inducteurs du CYP1A2, réduisent les concentrations plasmatiques de mélatonine (RCP).
- Tabagisme : l'induction du CYP1A2 réduit le taux de mélatonine — ne pas en déduire une recommandation d'augmenter la dose ; l'arrêt du tabac peut à l'inverse augmenter l'exposition à dose inchangée, ce qui justifie une vigilance lors d'un sevrage tabagique.
- Alcool : peut réduire l'efficacité de la mélatonine sur le sommeil (RCP) — à éviter en association.
- Benzodiazépines et hypnotiques apparentés (zolpidem, zopiclone) : addition possible des effets sur la vigilance, l'attention, la mémoire et la coordination (RCP).
- Anticoagulants (warfarine, AVK) : données limitées, principalement des signalements/cas de potentialisation — précaution et surveillance de l'INR recommandées, ce n'est pas une interaction quantitativement établie.
- L'immunosuppression thérapeutique n'a pas de donnée établissant une interaction pharmacodynamique avec la mélatonine — cette hypothèse reste spéculative et n'est pas retenue ici.
- Conduite et machines : ne pas conduire ni utiliser de machines en cas de somnolence (RCP) — la mélatonine exerce une influence modérée sur l'aptitude à conduire.
- Épilepsie : des cas de convulsions ont été rapportés chez des enfants épileptiques — prudence, informer le neurologue.
- Diabète : la mélatonine peut affecter la sécrétion d'insuline (récepteurs MT1/MT2 sur les cellules bêta pancréatiques) — surveiller la glycémie en cas d'association.
- Seuil réglementaire vs seuil de sécurité : en France, les compléments alimentaires apportant moins de 2 mg/j de mélatonine relèvent d'un cadre réglementaire distinct de celui du médicament ; l'ANSES estime que les données de sécurité sur des prises quotidiennes de 2 mg restent insuffisantes et recommande un usage ponctuel plutôt que chronique, faute de données à long terme — ce seuil de 2 mg n'est ni une dose sans risque, ni une valeur limite de sécurité (UL) au sens toxicologique.
- Durée : la plupart des essais évaluent 4 à 13 semaines ; les données au-delà (jusqu'à 13 semaines pour la forme LP médicamenteuse) restent le cadre de référence — les données de complément alimentaire au long cours sont limitées.
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Essayer l'app gratuitementSynthèse clinique
- La mélatonine est une hormone/neurohormone indolique qui recale l'horloge biologique (MT1/MT2) — ce n'est ni un cofacteur, ni un hypnotique puissant
- Le décalage horaire et, dans une moindre mesure, le retard de phase (DSWPD) sont les indications les mieux étayées, à condition que l'horaire de prise soit adapté
- Dans l'insomnie chronique adulte non circadienne, l'effet moyen est faible (−7 min d'endormissement, +8 min de durée totale en méta-analyse) et la pertinence clinique reste limitée — la TCC-I est recommandée en 1re intention (recommandations européennes 2023)
- Chez l'enfant/ado et dans le TSA, des effets moyens parfois plus marqués sont rapportés dans certains essais, mais avec une hétérogénéité importante et une certitude de preuve souvent faible à très faible — la mélatonine n'est jamais un premier choix et son usage doit être encadré médicalement
- Des effets antioxydants sont documentés au niveau cellulaire et préclinique, mais aucun bénéfice clinique spécifique n'est démontré aux doses utilisées pour le sommeil (fibromyalgie, Covid long notamment)
- Le CYP1A2 est le point de fragilité pharmacocinétique majeur : association fluvoxamine à éviter (RCP : ×17 ASC, ×12 Cmax) ; le tabagisme réduit l'exposition sans justifier une auto-augmentation de dose
- Un cofacteur : c'est une hormone/neurohormone indolique, pas un cofacteur enzymatique — confusion fréquente liée à son ancienne catégorisation sur ce site.
- Un somnifère puissant : les effets sur la durée et la qualité du sommeil sont modestes dans la majorité des contextes adultes non circadiens — confondre mélatonine et benzodiazépine est une erreur fréquente.
- Efficace pour toutes les insomnies adultes : les données convergent vers une absence d'efficacité significative dans l'insomnie chronique de l'adulte hors composante circadienne — ce contexte nécessite une prise en charge par TCC-I en première ligne.
- Sans danger à tout âge : chez l'enfant/ado, les effets indésirables non graves sont plus fréquents (RR 3,44 en insomnie idiopathique, RR 1,56 en revue de sécurité dédiée), et les données sur la croissance et le développement pubertaire à long terme restent très incertaines.
- Un traitement du Covid long : aucune RCT testant la supplémentation en mélatonine dans le Covid long n'est disponible — son usage dans ce contexte reste extrapolatif ; les associations observées en COVID-19 aigu ne sont pas transposables.
Niveau de preuve par indication
Questions fréquentes
Sources alimentaires & modulation endogène
La mélatonine alimentaire est présente en quantités très variables et souvent faibles selon les aliments. Les teneurs mesurées dépendent fortement de la méthode analytique, du cultivar, du degré de maturité et des conditions de stockage — les valeurs ci-dessous sont donc indicatives, pas des références fixes. La voie principale pour soutenir la mélatonine endogène reste l'hygiène lumineuse circadienne.
| Source | Composé actif | Remarque |
|---|---|---|
| Cerises Montmorency (tart cherry) | Mélatonine (ordre du ng/g, variable) | Essais avec un jus complexe contenant de nombreux composés — ne démontrent pas que la mélatonine alimentaire est le mécanisme causal de l'effet observé sur le sommeil (Howatson 2011) |
| Raisins noirs / jus de raisin | Mélatonine (traces, variable) | Concentration très variable selon le cépage et la méthode de dosage |
| Tomates | Mélatonine (traces à modéré, variable) | Concentrations variables selon maturité et variété |
| Noix (cerneaux) | Mélatonine (traces) + tryptophane | Apport combiné mélatonine + précurseur, quantités modestes |
| Dindon / dinde | Tryptophane (source protéique) | Précurseur de la sérotonine puis de la mélatonine — l'apport isolé en tryptophane alimentaire n'entraîne pas mécaniquement une hausse de la sérotonine ou de la mélatonine cérébrale, qui dépend aussi du ratio avec les autres acides aminés neutres (LNAA) et de la composition globale du repas |
| Graines de courge | Tryptophane (source végétale riche) | Même réserve que ci-dessus sur la conversion cérébrale |
| Banane | Sérotonine alimentaire | La sérotonine alimentaire ne franchit pas utilement la barrière hémato-encéphalique — sans effet central attendu par cette voie |
| Lait chaud | Tryptophane + calcium | Effet rituel/comportemental plausible au coucher, données pharmacologiques directes limitées |
- L'effet de la lumière dépend de l'horaire, de l'intensité, du spectre et de la durée d'exposition — il n'existe pas de protocole universel.
- Exposition lumière bleue le soir (smartphones, LED) → suppression possible de la mélatonine endogène, avec tendance au retard de phase si l'exposition est vespérale ou nocturne.
- Exposition lumineuse matinale correctement programmée → avance de phase, favorise la synchronisation ; l'intensité, la durée et le moment précis doivent être adaptés au contexte individuel plutôt qu'appliqués génériquement (éviter les prescriptions non contextualisées type « 10 000 lux pendant 20 à 30 minutes » sans avis spécialisé).
- Obscurité pendant le sommeil → favorise le maintien du pic nocturne de sécrétion.
Mesures circadiennes spécialisées / recherche
| Paramètre | Information apportée |
|---|---|
| 6-sulfatoxymélatonine urinaire (aMT6s) | Métabolite principal — nécessite un protocole de recueil défini (n'est pas obligatoirement mesuré sur 24h) ; utilisé en recherche, pas en suivi de routine |
| Mélatonine salivaire nocturne (DLMO) | Dim Light Melatonin Onset — référence en chronobiologie de recherche ; nécessite des prélèvements salivaires répétés en faible lumière, pas un examen de routine avant utilisation de mélatonine |
| Tryptophane plasmatique | Précurseur — pas un examen de suivi usuel d'un traitement par mélatonine ; son interprétation isolée est limitée |
| Rapport tryptophane / LNAA | Indicateur de recherche sur la biodisponibilité cérébrale théorique du tryptophane — pas un examen de suivi usuel |
NB : ces paramètres relèvent de la recherche ou de centres du sommeil spécialisés (CHU), pas d'un bilan de routine avant ou pendant une supplémentation en mélatonine.
Recherche bibliographique menée via PubMed, Cochrane Library et sites institutionnels (RCP, ANSES, EUR-Lex, ClinicalTrials.gov) — dernière vérification titre/auteur/revue/année/PMID/DOI le 11/08/2026.
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