Covid long, EM/SFC, fibromyalgie : et si le cerveau peinait à régler son gain ?
L'article en 1 minute
Le gain d'un réseau de neurones décrit la façon dont il transforme un signal reçu en réponse, comme le réglage d'une table de mixage. Cet article examine si cette idée éclaire le Covid long, l'encéphalomyélite myalgique (aussi appelée syndrome de fatigue chronique) et la fibromyalgie, où penser, bouger ou se réveiller devient coûteux.
Dans le Covid long, quatre études de stimulation magnétique du cortex retrouvent toutes un frein cérébral affaibli (l'inhibition portée par le GABA), les autres marqueurs variant. L'énergie cérébrale, la circulation du sang et le sommeil montrent des anomalies, sans schéma unique.
Ces signaux sont compatibles avec l'idée d'un système qui règle mal son niveau de réponse quand la demande change, plutôt qu'avec un cerveau uniformément trop excité ou épuisé.
Aucune étude ne mesure ce gain directement : c'est une hypothèse de lecture, bâtie sur de petits effectifs et des marqueurs indirects.
À retenir : un antidépresseur sur ordonnance, la fluvoxamine, a réduit modestement la fatigue dans un essai de 399 personnes, sans prouver ce mécanisme, et aucun complément n'a de données le reliant à ce réglage.
Glossaire rapide
- Gain : réglage du niveau de réponse d'un réseau de neurones à un signal reçu, comme le gain d'une table de mixage.
- Équilibre E/I (excitation/inhibition) : rapport entre les signaux qui activent les neurones (surtout le glutamate) et ceux qui les freinent (surtout le GABA).
- GABA et glutamate : les deux principaux messagers chimiques du cerveau : le glutamate excite les neurones, le GABA les freine.
- TMS (stimulation magnétique transcrânienne) : technique non invasive qui envoie des impulsions magnétiques sur le cortex et mesure la réponse musculaire, pour sonder indirectement des circuits d'excitation et d'inhibition.
- LICI, SICI, ICF, SAI : marqueurs de stimulation magnétique : le LICI (inhibition à intervalle long) reflète le frein GABAB, le SICI (inhibition à intervalle court) le frein GABAA, l'ICF (facilitation intracorticale) une facilitation liée au glutamate, le SAI (inhibition afférente de courte latence) un circuit cholinergique.
- EEG : électroencéphalogramme : enregistrement de l'activité électrique du cerveau.
- NMDA : type de récepteur du glutamate, impliqué dans la plasticité des synapses.
- Couplage neurovasculaire : augmentation locale du débit sanguin quand des neurones s'activent, pour leur fournir l'énergie nécessaire.
- EM/SFC : encéphalomyélite myalgique, aussi appelée syndrome de fatigue chronique.
IntroductionBeaucoup de personnes décrivent un corps épuisé et un cerveau qui ne s'éteint pas, un bruit ou une lumière insupportables, puis un effort mental qui se paie pendant des jours. Cet article propose de lire ces symptômes comme un problème de réglage du gain du cerveau, c'est-à-dire de sa capacité à ajuster sa réponse à la demande, plutôt que comme un excès ou un manque d'énergie global. Il expose ce que les études soutiennent, ce qu'elles ne soutiennent pas, et pourquoi cette lecture doit rester une hypothèse.
Le paradoxe clinique : épuisé, mais incapable de ralentir
🟠 Association documentée : EM/SFC et Covid longLe Covid long, l'EM/SFC et la fibromyalgie partagent des symptômes qui semblent se contredire : une fatigue écrasante avec un système nerveux resté en alerte, ce que la littérature anglophone résume par « wired but tired ».
Une revue publiée en 2026 sur les neurotransmetteurs dans l'EM/SFC et le Covid long décrit ce profil : fatigue sévère, troubles cognitifs, intolérance à l'effort, troubles du sommeil, hypervigilance, et cet état paradoxal d'être « câblé mais fatigué ».[1] Elle rappelle qu'on y observe de longue date une hyperactivité du système nerveux sympathique (celui de l'alerte) avec un tonus vagal réduit (celui de l'apaisement), mais que l'atteinte semble plus large qu'un simple déséquilibre autonome.
Les personnes décrivent ce paradoxe à des degrés variables :
- ① Une hypersensibilité : la lumière, le bruit ou la foule deviennent envahissants alors que l'énergie manque pour les filtrer.
- ② Un ralentissement cognitif : lire, planifier ou trouver ses mots demande un effort disproportionné.
- ③ Un sommeil qui ne répare pas : des difficultés d'endormissement ou de maintien pour certaines personnes, un besoin de sommeil très allongé pour d'autres, sans sensation de récupération dans les deux cas.
- ④ Un malaise après l'effort : une aggravation des symptômes qui survient avec un décalage après un effort.
La lecture habituelle oppose deux images : un cerveau « trop excité » ou un cerveau « épuisé ». Ces deux images décrivent mal un système qui peut être tour à tour trop réactif et trop lent. L'hypothèse examinée ici est différente : le problème porterait moins sur le niveau que sur l'ajustement.
Aucune étude ne mesure directement le gain d'un réseau cérébral chez ces personnes. Cet article assemble des marqueurs indirects, chacun avec ses limites, pour juger si cette lecture est plausible. Pour la fibromyalgie, une seule étude exploratoire est citée ici, sur le glutamate cérébral et la connectivité.
Qu'appelle-t-on gain ? L'image de la table de mixage
🟠 Hypothèse de travail : données animalesLe gain d'un réseau de neurones décrit à quel point il amplifie ou atténue un signal reçu : il ne se réduit pas à la quantité de neurotransmetteur présente, il dépend de la façon dont le réseau transforme une entrée en réponse.
Pensez à une table de mixage. Le volume d'un instrument correspond à la quantité de signal qui arrive, le gain à l'amplification appliquée à ce signal avant qu'il ne parvienne aux enceintes. Un gain trop élevé sature au moindre bruit, un gain trop bas rend inaudible un signal pourtant important.
En neurosciences, la notion n'est pas une simple image. Une théorie influente, proposée en 2005 à partir d'enregistrements chez le singe et de modèles informatiques, décrit le système de la noradrénaline, produite par le locus coeruleus (un petit noyau du tronc cérébral), comme un régulateur du gain : selon la situation, le cerveau alterne entre un mode qui affine la réponse à une tâche et un mode qui explore d'autres options.[2]
Transposer cette idée au Covid long, à l'EM/SFC et à la fibromyalgie relève d'un pari de lecture. Un réseau incapable d'ajuster son gain à la demande produirait à la fois des réponses excessives, comme une hypersensibilité aux bruits, et des réponses insuffisantes, comme un ralentissement cognitif. Les sections suivantes examinent ce que les données permettent d'en dire.
Un réveil difficile, une surcharge sensorielle en fin de journée ou un malaise qui arrive deux jours après un effort se voient rarement le jour même. Un suivi au fil des jours rend visibles ces délais et ces moments de bascule, et donne à un soignant un récit plus précis qu'un souvenir.
Découvrir myBoussoleExcitation et inhibition : pourquoi ce n'est pas glutamate contre GABA
🟠 Association documentée : petits effectifsDes études de stimulation du cortex trouvent, chez des personnes avec Covid long, un frein cérébral affaibli, mais les autres signaux varient d'une étude à l'autre.
Voir le détail ↓Dans le Covid long, quatre petites études de stimulation magnétique du cortex retrouvent toutes un frein GABAB affaibli, mais les autres marqueurs varient d'une étude à l'autre.
L'équilibre entre excitation et inhibition, dit E/I, est souvent réduit à un duel : le glutamate active, le GABA freine. Ce duel ne suffit pas à décrire le réglage d'un réseau, car une revue de 2026 décrit, dans l'EM/SFC et le Covid long, des anomalies touchant à la fois la noradrénaline, la sérotonine, le GABA et le glutamate.[1] Cette revue privilégie d'ailleurs un déséquilibre en faveur de l'excitation ; la lecture proposée ici, centrée sur l'ajustement, est différente et n'a pas été testée.
L'acétylcholine et les astrocytes participent aussi à ce réglage, et sont traités dans deux autres articles de myBoussole (acétylcholine, astrocytes).
La stimulation magnétique transcrânienne (TMS) envoie des paires d'impulsions sur le cortex moteur et mesure la réponse du muscle. Selon l'intervalle entre les deux impulsions, elle sonde de façon indirecte des circuits différents : un marqueur du frein GABAB (LICI, inhibition à intervalle long), un marqueur du frein GABAA (SICI, inhibition à intervalle court), un marqueur de facilitation liée au glutamate (ICF, facilitation intracorticale) et un marqueur cholinergique (SAI, inhibition afférente de courte latence).
Une première équipe, sur douze personnes avec fatigue et troubles exécutifs après un Covid à complications neurologiques, retrouve les freins GABAA et GABAB affaiblis.[3]
🔬 Le détail des études Versace et al. (2021) : freins GABAA et GABAB affaiblis chez 12 personnes, contre 10 témoins
Douze personnes ayant récupéré d'une pneumonie à Covid-19 avec complications neurologiques, et se plaignant d'une fatigue physique et mentale profonde, ont été évaluées 9 à 13 semaines après le début de la maladie, puis comparées à dix témoins sains. La TMS a montré une réduction marquée du SICI, une perturbation du LICI et une légère baisse du SAI. Les auteurs y voient une réduction de l'inhibition GABAergique dans le cortex moteur, sur un effectif très réduit.[3]
Une étude plus large, sur des personnes avec fatigue ou difficultés cognitives après un Covid léger, retrouve le frein GABAB et le marqueur cholinergique altérés, mais ni le frein GABAA ni la facilitation glutamatergique.[4]
🔬 Le détail des études Ortelli et al. (2022) : LICI et SAI altérés chez 67 personnes, SICI et ICF préservés
Soixante-sept personnes se plaignant de fatigue ou de difficultés cognitives après un Covid léger ont été comparées à 22 témoins. Elles avaient un seuil moteur plus élevé, des réponses musculaires plus petites et une période de silence plus longue, ce qui évoque une excitabilité motrice réduite. Le LICI et le SAI étaient altérés, alors que le SICI et l'ICF ne l'étaient pas. Les fonctions exécutives et l'attention étaient elles aussi moins bonnes que chez les témoins.[4]
Une équipe de Trieste retrouve, chez des personnes avec Covid long et troubles cognitifs, à la fois un frein GABAB affaibli et une facilitation glutamatergique réduite, sans atteinte du frein GABAA.[5]
🔬 Le détail des études Manganotti et al. (2023) : LICI et ICF réduits chez 18 personnes avec Covid long, contre 16 témoins
Dix-huit personnes avec Covid long et troubles cognitifs persistants ont été comparées à 16 témoins sains. Le seuil moteur, l'amplitude des réponses musculaires, le SICI et le SAI ne différaient pas, alors que le LICI était réduit (p = 0,003) et l'ICF nettement réduite (p < 0,001). Une fatigue élevée était rapportée par 77,8 % des personnes atteintes.[5]
Dans le cortex préfrontal, région clé de la cognition, un travail de 2026 associant TMS et électroencéphalogramme (EEG) ne retrouve pas chez les patients l'effet d'inhibition observé chez les témoins.[6]
🔬 Le détail des études Casula et al. (2026) : inhibition préfrontale absente chez 16 personnes avec plaintes cognitives, contre 12 témoins
Seize personnes avec une condition post-Covid et des plaintes cognitives ont été comparées à 12 volontaires sains, avec un protocole d'inhibition à intervalle long appliqué au cortex préfrontal gauche et enregistré par EEG. L'effet d'inhibition était visible dans l'activité oscillatoire des témoins et absent chez les patients. Chez ces derniers, le niveau d'inhibition dans les fréquences gamma et bêta variait avec la performance cognitive, avec une corrélation modérée (coefficient d'environ 0,48 en valeur absolue).[6]
Le frein GABAB (LICI) est altéré dans les quatre études, alors que les autres marqueurs sont inconstants : le frein GABAA n'est abaissé que dans une des trois études qui l'ont mesuré, la facilitation glutamatergique dans une des deux, le marqueur cholinergique dans deux des trois, légèrement dans l'une. Une seule étude retrouve simultanément un frein GABAB et une facilitation glutamatergique affaiblis, ce qui ne suffit pas à dessiner un profil type.
Un EEG chez 20 personnes avec Covid long va dans le même sens, sans se recouvrir. Il montre un rebond bêta plus faible après le mouvement et un rythme alpha plus lent au repos, que les auteurs interprètent comme un contrôle inhibiteur et une excitabilité réduits du cortex sensorimoteur.[7]
En spectroscopie par résonance magnétique, qui mesure des métabolites cérébraux, les profils diffèrent entre les deux maladies. Une étude à 7 teslas a trouvé du lactate élevé dans le cortex cingulaire antérieur chez 24 personnes avec EM/SFC, et une choline totale abaissée chez 25 personnes avec Covid long : ses auteurs recommandent de ne pas les étudier comme un seul groupe, au moins tant que les mécanismes ne sont pas mieux compris.[8] Une mini-revue conclut de même à des chevauchements et à des incohérences.[9]
Côté fibromyalgie, un essai exploratoire de 2026 a modulé les récepteurs NMDA, une porte d'entrée du glutamate, avec une molécule expérimentale, le NYX-2925. Chez 22 femmes, elle a abaissé le glutamate et la glutamine rapportés à la créatine, dans le cortex cingulaire antérieur dorsal au repos et dans l'insula postérieure après une douleur provoquée, et modifié la connectivité entre régions cérébrales.[10] Les auteurs rappellent qu'un essai randomisé plus large n'a pas confirmé de bénéfice clinique : l'intérêt de ce travail est mécanistique, pas thérapeutique.
⚠️ Prudence d'interprétation
Ces marqueurs sont indirects : une réponse musculaire à une impulsion magnétique n'est pas une mesure directe de GABA ou de glutamate. Les effectifs vont de 12 à 67 personnes, trois des quatre études de TMS partagent une même équipe de recherche, et les personnes étudiées présentaient surtout des troubles cognitifs marqués. Rien n'autorise à généraliser à toutes les personnes atteintes de Covid long, ni à l'EM/SFC ou à la fibromyalgie.
Quand la demande augmente : énergie, recyclage et circulation doivent suivre
🟠 Association documentée : observations indirectesQuand le cerveau s'active davantage, il lui faut plus d'énergie et plus de sang : plusieurs études trouvent des anomalies sur ces deux points, sans les relier entre elles.
Voir le détail ↓Lorsqu'un réseau de neurones s'active davantage, il consomme de l'énergie, recycle le glutamate libéré et appelle localement plus de sang : des observations indirectes, cérébrales ou périphériques, existent pour plusieurs de ces maillons, sans qu'aucune étude ne mesure l'enchaînement complet.
En physiologie de base, chaque impulsion nerveuse a un coût : il faut rétablir les gradients d'ions de part et d'autre de la membrane, recycler le glutamate libéré grâce aux astrocytes (le cycle glutamate-glutamine), maintenir l'équilibre d'oxydoréduction et augmenter localement le débit sanguin, ce que l'on appelle le couplage neurovasculaire. Un réseau dont la réponse monte sans que l'approvisionnement suive ne peut pas soutenir l'effort. Le rôle du glutamate et des astrocytes est détaillé dans un article dédié.
Une étude de spectroscopie au phosphore a trouvé un rapport ATP/phosphocréatine abaissé dans le cortex cingulaire de 27 personnes avec une condition post-Covid, comparées à 23 personnes rétablies. L'ATP est la monnaie d'énergie de la cellule, la phosphocréatine sa réserve rapide. Le rapport était plus bas chez les personnes dont la cognition était moins bonne, et un sous-groupe répondant aux critères d'EM/SFC montrait des altérations similaires.[11]
Chez des personnes atteintes d'EM/SFC, une analyse multi-omique du sang avant et après un effort a retrouvé des anomalies du cycle de Krebs, de l'oxydation des acides gras, du cycle de l'urée, de l'équilibre d'oxydoréduction et de la voie tryptophane, sérotonine et kynurénine, dont beaucoup s'aggravaient après l'effort et suivaient l'intensité des symptômes.[12]
Un défi passif de 90 minutes, conçu pour reproduire un stress post-effort sans demander d'effort actif, a été suivi d'un déclin cognitif dans un sous-groupe de 44 personnes avec Covid long. Il s'agissait des porteurs d'un phénotype de l'haptoglobine (Hp2-2, une protéine du sang qui existe sous plusieurs variants génétiques), pas de ceux du phénotype Hp1-1, avec des signatures métaboliques et une oxygénation cérébrale différentes.[13] Cela ne mesure pas le coût cognitif d'un effort réel : c'est une piste sur un petit effectif et un sous-groupe, à valider dans de plus grandes cohortes.
Le couplage neurovasculaire est exploré comme une piste du Covid long neurologique. Une revue de 2025 décrit une dysfonction de l'endothélium (la paroi interne des vaisseaux), un couplage neurovasculaire altéré et une perfusion cérébrale compromise.[14] Dans la rétine, fenêtre accessible sur les petits vaisseaux, une étude a mesuré chez 102 personnes avec syndrome post-Covid une dilatation des veinules provoquée par une lumière clignotante plus faible (3,7 % contre 4,8 % chez 102 personnes rétablies), les altérations de la microcirculation rétinienne étant les plus marquées dans le sous-groupe EM/SFC.[15]
Cette piste n'est pas figée. Chez 69 personnes examinées de 3 à 59 mois après un Covid léger, le délai de la réponse vasculaire cérébrale est d'autant plus court que l'infection est ancienne, sans changement de l'amplitude de cette réponse, ce qui va de pair avec de meilleurs marqueurs neuronaux dans le thalamus.[16] Il s'agissait de personnes ayant eu un Covid léger : le résultat suggère que le ralentissement vasculaire n'est pas forcément permanent, pas qu'il explique les symptômes.
Quand le système doit changer d'état : sommeil, effort, récupération
🔴 Spéculation : aucune mesure directeL'hypothèse la plus spéculative de cet article est que le problème ne serait pas un gain mal réglé de façon fixe, mais une capacité réduite à changer de gain quand le contexte change : du sommeil à l'éveil, du repos à l'activité, de l'activité à la récupération.
Un système bloqué dans un état expliquerait la fatigue, un système lent à passer d'un état à l'autre expliquerait aussi ses fluctuations. Cette lecture rend compte de phénomènes dynamiques que les images statiques expliquent mal : un réveil très difficile, une surcharge sensorielle qui s'installe en fin de journée, un effort mental soudain disproportionné, un malaise qui arrive avec retard, puis, chez certaines personnes, une récupération marquée après une bonne nuit.
Les données disponibles sont plus modestes et portent surtout sur le sommeil. Dans une enquête internationale en ligne auprès de 13 656 personnes (69,1 % de femmes), les personnes avec Covid long avaient un score de somnolence diurne plus élevé que celles sans Covid (9,16 contre 6,53), davantage de sommeil de 10 heures ou plus sur 24 heures, une fatigue plus sévère, et signalaient plus souvent une aggravation de l'inertie du sommeil, la difficulté à émerger du sommeil.[17]
Quatre cas d'hypersomnie centrale objectivée, dont trois répondant aux critères d'hypersomnie idiopathique, ont par ailleurs été identifiés parmi 530 personnes avec une condition post-Covid, soit moins de 1 % de la série.[18] L'hypersomnolence et l'inertie du sommeil semblent plus fréquentes dans le Covid long, ce qui est cohérent avec une difficulté à passer d'un état à l'autre, et le lien avec le système de l'éveil est exploré dans un article sur les orexines.
Cohérent ne veut pas dire démontré. Cette enquête ne regarde pas le cerveau, ne compare pas des transitions et repose sur des déclarations, et aucune étude citée ici n'a mesuré la vitesse à laquelle un réseau change de gain. Cette section est donc l'hypothèse la plus spéculative de l'article.
À retenir en pratique
Pour votre consultation, un repère simple : noter à quel moment de la journée le passage d'un état à l'autre coûte le plus (réveil, transition entre repos et activité, fin de journée), et le délai entre un effort et l'aggravation des symptômes. Ces observations aident un soignant à situer les fluctuations, sans prétendre en expliquer la cause.
Ce que les traitements enseignent, sans prouver le modèle
🟠 Essai contrôlé unique : effet modesteUn essai contrôlé de 2026 montre que la fluvoxamine réduit modestement la fatigue du Covid long, ce qui suggère qu'une action pharmacologique peut influencer le tableau, mais pas qu'elle agit en rétablissant le gain neuronal.
L'essai, mené au Brésil, a réparti au hasard 399 adultes dont la fatigue persistait depuis au moins 90 jours après un Covid entre fluvoxamine, metformine ou placebo, pendant 60 jours.[19] À 60 jours, la fluvoxamine a réduit le score de gravité de la fatigue de 0,43 point de plus que le placebo (entre 0,07 et 0,80 point selon l'intervalle de crédibilité à 95 %), et de 0,58 point à 90 jours ; la metformine n'a montré aucun bénéfice.
L'effet est modeste et le suivi court : 90 jours, avec la fatigue pour seul critère principal, ce que les auteurs signalent eux-mêmes comme une limite. Les effets indésirables étaient moins fréquents sous fluvoxamine (20,0 %) que sous metformine (28,8 %) ou placebo (29,7 %), et les événements graves rares dans tous les groupes.
La fluvoxamine bloque la recapture de la sérotonine, mais elle se fixe aussi sur le récepteur sigma-1 dans le cerveau humain à dose thérapeutique,[20] et d'autres mécanismes ont été proposés dans le Covid aigu, dont une action sur la sphingomyélinase acide, une enzyme des membranes cellulaires.[21] L'essai ne permet pas de dire laquelle de ces actions explique l'effet observé, encore moins qu'il passe par le gain neuronal.
D'autres pistes touchent d'autres maillons du modèle : les récepteurs NMDA, avec la mémantine (article dédié) et le NYX-2925 vu plus haut, ou l'acétylcholine, avec la pyridostigmine (article dédié). Leurs données propres sont détaillées dans ces articles.
👁️ L'œil du Docteur en pharmacie
La fluvoxamine est un médicament sur ordonnance, autorisé dans la dépression et les troubles obsessionnels compulsifs : son usage dans le Covid long est hors indication. Elle inhibe des enzymes hépatiques du cytochrome P450 (CYP1A2, CYP2C19) et interagit avec de nombreux médicaments, en particulier ceux qui augmentent aussi la sérotonine, ce qui justifie une vérification par un pharmacien.
Comme les autres antidépresseurs de sa classe, elle comporte des précautions selon les antécédents, notamment d'épilepsie, et un arrêt brutal est déconseillé. Un essai de 90 jours ne dit rien de l'usage prolongé. Toute décision ou modification se discute avec un prescripteur, sur le tableau clinique complet ; le profil de la molécule est détaillé dans l'article dédié.
Des leviers métaboliques intéressants, mais pas des traitements démontrés
🔴 Signal préliminaire : rationnel mécanistiqueGlycine, magnésium, arginine, alpha-cétoglutarate et créatine touchent chacun un maillon de ce modèle, mais aucune étude citée ici ne relie leur usage, dans le Covid long, à un réglage du gain neuronal.
Cette section décrit des rationnels biochimiques, pas des recommandations. Un mécanisme plausible n'est pas une preuve d'efficacité, et les fiches NutriFact de myBoussole détaillent, molécule par molécule, les données cliniques et les précautions.
- ① Glycine : co-agoniste des récepteurs NMDA, précurseur du glutathion (un antioxydant) et de la créatine. Selon sa fiche, aucune donnée interventionnelle publiée dans le Covid long, l'EM/SFC ou la fibromyalgie (recherche d'août 2026).
- ② Magnésium : bloque le canal des récepteurs NMDA au repos et sert de cofacteur de l'ATP. Rationnel mécanistique présent, mais preuve clinique absente dans le Covid long selon la fiche.
- ③ Arginine : substrat de la synthèse de monoxyde d'azote, qui dilate les vaisseaux et intervient dans le couplage neurovasculaire. Selon sa fiche, un seul essai exploratoire dans le Covid long (46 personnes, arginine associée à la vitamine C, effet non isolable).
- ④ Alpha-cétoglutarate : intermédiaire du cycle de Krebs, relié au métabolisme du glutamate. Aucune fiche NutriFact à ce jour, et aucune donnée clinique dans ces maladies n'est présentée ici.
- ⑤ Créatine : réserve d'énergie rapide (phosphocréatine), avec, selon sa fiche, un intérêt croissant dans les fatigues chroniques. Le rapport ATP/phosphocréatine abaissé vu plus haut est suggestif, sans montrer qu'un apport le corrige.
Aucune de ces molécules n'a été testée pour rétablir un gain neuronal, et la question « que prendre ? » n'a pas de réponse dans cet article : elle relève d'un professionnel de santé qui connaît votre situation, vos traitements et vos antécédents.
⚠️ Avertissement
Plusieurs de ces molécules comportent des précautions documentées, détaillées dans leurs fiches :
① Glycine : ajoutée à un traitement par clozapine, elle a aggravé les symptômes positifs dans une méta-analyse (selon sa fiche).
② Magnésium : l'insuffisance rénale contre-indique l'autosupplémentation.
③ Arginine : un essai randomisé après un infarctus récent a fermé ses inclusions pour raison de sécurité (6 décès sous arginine contre aucun sous placebo)[22], et elle n'est pas recommandée dans ce contexte.
④ Alpha-cétoglutarate : aucune donnée de sécurité n'est présentée ici, ce qui n'en prouve pas l'innocuité.
⑤ Créatine : avis médical préalable en cas de maladie rénale ou de trouble bipolaire.
En dehors de ces situations, toute supplémentation doit être discutée avec un professionnel de santé qui évaluera les contre-indications liées à votre profil clinique individuel.
Constats publiés, à confirmer. De petites études publiées de stimulation magnétique retrouvent, chez des personnes avec Covid long et troubles cognitifs, un frein GABAB affaibli dans le cortex. Un essai contrôlé de 399 personnes a observé une réduction modeste de la fatigue sous fluvoxamine. Une revue de 2026 rapporte des anomalies touchant plusieurs neurotransmetteurs dans l'EM/SFC et le Covid long.
Hypothèse de synthèse. Que ces altérations traduisent une difficulté à régler le gain d'un réseau, plutôt qu'un excès ou un manque uniforme d'activité, est une lecture compatible avec plusieurs marqueurs indirects (inhibition corticale, énergie cérébrale, circulation locale, sommeil), sans qu'aucune étude ne l'ait testée directement ni départagée d'explications concurrentes.
Spéculation. Que la difficulté porte surtout sur les transitions d'état, qu'elle explique le malaise post-effort retardé et que des leviers métaboliques puissent la corriger n'est étayé par aucune donnée directe : c'est un cadre pour formuler des études, pas un constat.
Ce qu'il faut retenir
Dans le Covid long, l'encéphalomyélite myalgique/syndrome de fatigue chronique (EM/SFC) et la fibromyalgie, une lecture en termes de gain propose de voir non pas un cerveau uniformément excité ou épuisé, mais un réseau qui règle difficilement sa réponse quand la demande change : effort, sommeil, douleur, stimulation sensorielle. Des marqueurs indirects vont dans ce sens, sans qu'aucune étude ne mesure ce gain.
Cette hypothèse n'autorise aucune conclusion individuelle et ne remplace aucun avis médical. Les médicaments et compléments évoqués ne sont pas des traitements démontrés de ce mécanisme : toute décision se prend avec un professionnel de santé, à partir de votre situation propre.
Comprendre un réglage n'est pas le rétablir, mais cela aide à poser de meilleures questions.① Repérer vos moments de bascule : pendant une semaine, notez quand le passage d'un état à l'autre coûte le plus : réveil, transition entre repos et activité, fin de journée.
② Noter le délai après un effort : observez le temps qui sépare un effort, physique ou mental, d'une éventuelle aggravation, sans chercher à la provoquer.
③ En parler à un soignant : apportez ces observations à votre médecin ou à votre pharmacien, en particulier avant toute décision sur un médicament ou un complément cité ici.
Questions fréquentes
Le gain neuronal est-il un mécanisme prouvé dans le Covid long ?
Non. C'est une hypothèse de lecture qui rassemble des marqueurs indirects : stimulation magnétique du cortex, énergie cérébrale, circulation locale du sang, sommeil. Les études citées n'ont pas mesuré le gain directement et portent sur de petits effectifs.
La fluvoxamine peut-elle réduire la fatigue du Covid long ?
Dans un essai contrôlé de 399 adultes, elle a réduit modestement la fatigue à 60 et 90 jours, sans qu'on sache par quel mécanisme. C'est un médicament sur ordonnance, utilisé hors indication dans cette situation, avec de nombreuses interactions : la décision relève d'un prescripteur.
Faut-il prendre de la glycine, du magnésium ou de la créatine pour rééquilibrer le cerveau ?
Rien ne démontre aujourd'hui qu'un de ces compléments rétablisse le réglage neuronal dans le Covid long. Chacun comporte des précautions différentes (rénales, cardiaques, médicamenteuses selon la molécule) : les fiches NutriFact les détaillent, et un professionnel de santé doit valider tout usage.
Suivre ce qui varie, pour le raconter
myBoussole structure vos ressentis au fil des jours pour vous aider à raconter vos fluctuations à un soignant. Information et éducation, sans diagnostic ni promesse thérapeutique.
Découvrir myBoussoleSources
- Wirth KJ et al. Imbalance of Excitatory and Inhibitory Neurotransmitter Systems in Myalgic Encephalomyelitis/Chronic Fatigue Syndrome. Int J Mol Sci. 2026. Wirth et al., 2026 — PubMed PMID 42123618
- Aston-Jones G, Cohen JD. An integrative theory of locus coeruleus-norepinephrine function: adaptive gain and optimal performance. Annu Rev Neurosci. 2005. Aston-Jones et al., 2005 — PubMed PMID 16022602
- Versace V et al. Intracortical GABAergic dysfunction in patients with fatigue and dysexecutive syndrome after COVID-19. Clin Neurophysiol. 2021. Versace et al., 2021 — PubMed PMID 33774378
- Ortelli P et al. Altered motor cortex physiology and dysexecutive syndrome in patients with fatigue and cognitive difficulties after mild COVID-19. Eur J Neurol. 2022. Ortelli et al., 2022 — PubMed PMID 35138693
- Manganotti P et al. Deficient GABABergic and glutamatergic excitability in the motor cortex of patients with long-COVID and cognitive impairment. Clin Neurophysiol. 2023. Manganotti et al., 2023 — PubMed PMID 37210757
- Casula EP et al. Disrupted intracortical inhibition in the prefrontal cortex relates to cognitive dysfunction in post-COVID-19 condition: A TMS-EEG study. Clin Neurophysiol. 2026. Casula et al., 2026 — PubMed PMID 41763093
- Casado Sánchez M et al. Identifying EEG biomarkers of fatigue and brain fog in long COVID: insights from rest and movement-related brain activity. J Clin Neurosci. 2026. Casado Sánchez et al., 2026 — PubMed PMID 42579936
- Godlewska BR et al. Brain and muscle chemistry in myalgic encephalitis/chronic fatigue syndrome (ME/CFS) and long COVID: a 7T magnetic resonance spectroscopy study. Mol Psychiatry. 2025. Godlewska et al., 2025 — PubMed PMID 40652046
- Zhu Y et al. Metabolic neuroimaging of myalgic encephalomyelitis/chronic fatigue syndrome and Long-COVID. Immunometabolism (Cobham). 2025. Zhu et al., 2025 — PubMed PMID 40958852
- Harte SE et al. Effects of N-methyl-d-aspartate receptor modulation on brain glutamate, functional connectivity, and clinical symptoms in fibromyalgia. Pain Rep. 2026. Harte et al., 2026 — PubMed PMID 42610093
- Weber-Fahr W et al. Reduced Adenosine Triphosphate-to-Phosphocreatine Ratios in Neuropsychiatric Post-COVID Condition: Evidence From (31)P Magnetic Resonance Spectroscopy Biol Psychiatry. 2026. Weber-Fahr et al., 2026 — PubMed PMID 41525818
- Che X et al. Heightened innate immunity may trigger chronic inflammation, fatigue and post-exertional malaise in ME/CFS. NPJ Metab Health Dis. 2025. Che et al., 2025 — PubMed PMID 40903540
- Moezzi A et al. Haptoglobin Phenotypes Stratify Post-Exertional Cognitive Dysfunction Associated with Altered Cerebral Oxygenation and Metabolic Signatures in Long COVID. Int J Mol Sci. 2026. Moezzi et al., 2026 — PubMed PMID 42589652
- Fekete M et al. Cerebromicrovascular mechanisms contributing to long COVID: implications for neurocognitive health. Geroscience. 2025. Fekete et al., 2025 — PubMed PMID 39777702
- Wallraven T et al. Microvascular remodeling and endothelial dysfunction across the post-COVID-19 spectrum: a prospective observational case-control study. BMC Med. 2026. Wallraven et al., 2026 — PubMed PMID 42625188
- Coe DB et al. Cerebrovascular recovery drives restoration of neurometabolite levels after mild COVID-19. J Cereb Blood Flow Metab. 2026. Coe et al., 2026 — PubMed PMID 42036992
- Sarkanen T et al. Long COVID as a risk factor for hypersomnolence and fatigue: insights from the 2nd International Covid Sleep Study Collaboration (ICOSS-2). Sleep Med. 2025. Sarkanen et al., 2025 — PubMed PMID 41124977
- Morelli-Zaher C et al. Post-COVID central hypersomnia, a treatable trait in long COVID: 4 case reports. Front Neurol. 2024. Morelli-Zaher et al., 2024 — PubMed PMID 38419710
- Reis G et al. The Effect of Fluvoxamine and Metformin for Fatigue in Patients With Long COVID: An Adaptive Randomized Trial. Ann Intern Med. 2026. Reis et al., 2026 — PubMed PMID 41911553
- Ishikawa M et al. High occupancy of sigma-1 receptors in the human brain after single oral administration of fluvoxamine: a positron emission tomography study using [11C]SA4503. Biol Psychiatry. 2007. Ishikawa et al., 2007 — PubMed PMID 17662961
- Hashimoto Y et al. Mechanisms of action of fluvoxamine for COVID-19: a historical review. Mol Psychiatry. 2022. Hashimoto et al., 2022 — PubMed PMID 34997196
- Schulman SP et al. L-arginine therapy in acute myocardial infarction: the Vascular Interaction With Age in Myocardial Infarction (VINTAGE MI) randomized clinical trial. JAMA. 2006. Schulman et al., 2006 — PubMed PMID 16391217